‹ Les conteurs étrangersChapitre 8 sur 11 · I.K LAC ONTAHK) 'JHM · texte numérisé non relu

I.K LAC ONTAHK) 'JHM

son l)iil iiiuiil c^oiimic un xéritnbli ollicic r <l« nutrinc. U \\\\ ))iis fait, nnc faute, et j'y rrganlr de près. .le ne i)nis pas nu* ))iThnîul<T (nrKaii-Dmicc ait a])])ris son nu'lici* snr ccMc marc : ce n'cs^t pus possible.

— ('\'s|, ])(Mn"lanl. bien \rai ; j'ai lonjonrs pense* (pfil a\ail; nn don nalnrd ])onr lonl ce (pii touche à lu nuvipition. C'est nn habile marin, bien (pTii n'ait ))oint vu l'Oeéan, et j *>.se dire (ju'il esl aussi lidèle (pfil est liabile dans son métier.

— Il étale, dit Caj> ravi ; nous allons bien voir nuiinteiiant ee (pTil \'ent. faire ; il faut bien (pril se décide. »

L'abiitée (hi Scud fut. si grande, que le \ieux marin craignit un instant (]uc Jasper n'eût l'intention de mettre en panne ; les sauxages, du fond de leurs cachc^ttes, eurent la même idée et se réjouirent silencieusement, s'imaginant bien que celui-là encore allait tomber entre leurs mains comme l'avait fait le sergent. Seul Patlilindcr conserva une entière confiance.

Jasper connaissait bien l'endroit et la profondeur de l'eau sur ces côtes ; il savait qu'il pouvait sans danger friser la rive ; il s'avança si près en passant devant la petite crique, qu'il put détacher prestement les amarres des deux bateaux des soldats tombés aux mains des Mingos, et les remorquer à sa suite en pleine eau.

I^es pirogues des sauvages étaient toutes amarrées aux deux bateaux ; cet heureux coup de main les priva de tout moyen de quitter l'île, si ce n'est à la nage. Ils s'en aperçurent aussitôt, se levèrent en masse, et, poussant des cris horribles, ils tirèrent des coups de fusil qui n'atteignirent personne. Au même instant un coup partit du toit du fort, et un Iroquois tomba atteint

19 — Le Lac Ontai'io.

en ))leiii front : c'était le chasseur qui mettait à profit riniprudence de ses ennemis ; un autre coup partit du Scud, estropiant un sauvage pour le reste de ses jours.

« C'est la carabine du Delaware, dit Pathfinder, je connais le son de son fusil aussi bien que celui de Tue-Daim ; son canon est bon, mais il ne donne pas toujours la mort. Enfin avec Chingaehgook et Jasper j'espère bien, ami Cap, que nous aurons raison de ces vagabonds. »

Le Sciid ne restait point stationnaire ; il s'avança jusqu'à l'extrémité de l'île et laissa ses prises s'en aller à la dérive ; le vent les poussa, comme Jasper l'avait prévu, sur le sable de la pointe d'une autre île, à un demi-mille de distance. Ensuite il vira de bord et revint, faisant tête au courant, par l'autre passage. Pathfinder et Cap, du haut de la tour, virent qu'il se préparait quelque chose à bord. Losrque le cutter fut en face de la crique, environnée d'épais buissons, où les Iroquois avaient cherché un refuge après l'attaque du chasseur et du sergent, il démasqua son obusier, et une pluie de mitraille tomba dru au milieu des halliers. Les sauvages se relevèrent comme une volée de cailles ; Ïue-Daim se fit encore entendre, la carabine du Delaware lui fit écho : un Iroquois fut encore frappé à mort ; un autre eut la jambe cassée.

Ce manège allait continuer quand Rosée-de- Juin parut tout à coup sur la grève, tenant à la main un drapeau blanc. L'ofhcier français et maître Muir s'avançaient à sa suite, l'air assez penaud ; on allait entrer en pourparlers.

Les négociateurs furent invités à s'avancer au pied du fort ; Jasper jeta l'ancre par le travers de la petite citadelle, et l'obusier fut braqué sur

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(Mix. Ji i'u|ui|)ii^^' (lu Srinl, s;nif riiomnu' (jui tenait lu intîdK* cnlhiiniiux', ])Vc{ à mettre le feu à l'ohusitM% ]>{irut en dehors des l);isliii<r.iffos ; seid Cliiu- <(acli<((M»k resta eaelir, ])lus ]);ir li;il)itude cjuc j>ar doliaiiee.

« Vous reni))(M-|e/, ralhlihder, sVeria le (juartier-maître en face la i)()rle de la oiladelie, tt le ea])itaine San<fli( r lui-même xinil. se mettre à votre merci ; il esjx're (|ue vous eonsentirez a laisser un ennemi eoura<]fenx, trahi ])ar h* malheur, cvaeuer l'île a])rès réehantjfe des ))risoimiers. »

Muir parlait très haut ; on entendait ses pan>leb aussi bien sur le pont du Scud (jue sur le sommet de la citadelle.

u Que pensez-vous de ces pro])ositions, Jasi)er? s'écria le chasseur. Vous avez entendu : êtes-vous d'avis que nous laissions aller ces vagabonds?

— Qu'est devenue Mibel Dunhnm? s'écria le jeune homme ; si im seul cheveu de sa tête est tombé, je veux exterminer tous les Iroquois !

— Elle est en bas, saine et sauve ; elle soigne son père. Jasper, nous n'avons point à venger Dunham, il a été blessé dans une lutte régulière ; quant à Mabel...

— Me \oiei ! s'écria la jeune fille apparaissant sur le toit, me voici ! Mais je ne veux pas entendre parler de vengeance ; il n'y a déjà eu que trop de sang versé. Si ces gens-là veulent s'en aller, laissez-les partir, Jasper ; mon père, hélas ! est à toute extrémité, qu'on le laisse au moins mourir en paix.

— C'est bien, c'est bien, Jlagnet, dit Cap ; mais il est de notre devoir de ne point compromettre notre succès et d'en assurer les conséquences heureuses.

— Je suis pourtant de Tavis de Mabel, reprit

Pathfinclcr ; je ne voudrais pas ôtcr injustement la vie môme à un Mingo ; du moment où ils se soumettent, je n'ai ])lus rien à dire. Lieutenant Muir, cjuclles sont les conditions de vos amis, Français ou Indiens?

— Mes amis ! dit Muir en tressaillant ; les eimemis du roi ne sauraient être mes amis. Les hasards de la guerre m'ont jeté au milieu d'eux ; maître Cap vous dira, s'il le veut, tout ce que j'ai fait pour fuir cette calamité.

— Fuir est bien le mot, dit sèchement le vieux marin. Nous avons, en effet, gagné directement, dès le début de l'action, un trou fort commode pour se cacher ; on y est en sûreté comme a fond de cale ; nous y serions encore sans la faim qui nous a contraints d'en sortir. Je me suis toujours demandé depuis, monsieur Muir, qui vous avait enseigné l'existence de ce refuge, et comment vous connaissiez si bien le chemin qui y mène.

— Vous ne nierez pas que vous ne m'y ayez buivi : nous avons obéi au même instinct de conservation. »

Pathfinder riait ainsi que Cap ; Jasper jouissait de l'embarras du quartier-maître ; Mabel attendait patiemment le résultat des négociations engagées. Les Lidiens furent bientôt tous réunis à cinquante toises du fort, sous le feu de l'obusier. Pathfinder sortit alors pour terminer l'arrangement avec l'officier, M. Sanglier. Les sauvages, malgré leur opposition assez vive, durent rendre toutes leurs armes, y compris leurs couteaux et leurs tomahawks. Pathfinder les connaissait trop bien pour leur laisser une arme entre les mains. Sanglier rendit ensuite ses prisonniers ; ils avaient été cachés dans la caverne dont Muir connaissait si bien le chemin. On les amena : quatre d'entre

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dix iravaiciil jujciiik hlcsstirr, ils s'étaient jetés A Irvrr iuix j^nniicrs coujis de muiiscpicl lires par les ln>(|uois conlrc le scr^^iit ; deux antres irnvnifMil (pic (les é«^n'iiti^ni lires. Ce fut iinincdiatenu iil un rcnforl. iiiiportnnt ])onr la petite ^aniisoii, (l'ant.aiil niicnx cpTils ni))p()rtai('nt leurs nrnu's et se Irouvairiit ])ar Ir fait ))arfaiteinent vn état (le sVn s(M'vir. Les autres étaient morts ; ceux (pli axaient été blessés grièvement dans l'aetion a\aient, selon leur eoutinne, été achevés ))ar les sa n vaines.

Ces conventions faites vl ré^^^ées, Jasper s'en alla chercher les banpics, échouées à un demimille de là sur le sable d'une ^rcvc ; les Irocjuois furent embarqués. Le Scud remorqua jme troisième fois les i)irouues, et, courant vent arrière, il les laissa aller à la dérive à un mille, sous le vent de l'île. Les rames avaient été enlevées des embarcations ; mais, en tenant le \ent arrière, (^ll(\s devaient forcément aborder sur les cotes du Canada dans le courant de la journée.

Le capitaine Sanglier, Arrowhead et Rosée-de- Juin étaient demeurés seuls dans Tile du Poste. Le Français voulait emporter une pièce en bonne et due forme, dont il avait besoin pour sauvegarder son honneur, et qui ne pouvait être signée que par Muir, seul en possession d'un brevet et d'une commission régulière. Arrowhead, pour des raisons connues de lai, n'avait point voulu partir avec les Iroquois, ses alliés.

Pendant la courte absence de Jasper, emmenant les canots des sauvages, Pathfinder et Cap donnèrent leurs soins à la préparation du déjeuner ; il y avait vingt-quatre heures que ni l'un ni l'autre n'avait songé à manger. Mabel elle-même, empressée de retourner auprès de son père, de plus en

plus faiblç, dut prendre quelques rafraîchissements ; le vieux chasseur courut serrer la main du sergent, sans pouvoir toutefois lui rendre compte de ce qui venait d'arriver. Au retour, trouvant les précautions qu'il avait prises tout d'abord inutiles, il congédia les soldats, qui désormais n'avaient plus besoin de faire une garde si sévère.

Comme il quittait le fort après avoir pris ces arrangements, Pathlînder rencontra le lieutenant Muir, (]ui l'appela et l'emmena à l'écart pour causer seul avec lui. Il se montra tout d'abord d'une courtoisie qui allait jusqu'à l'obséquiosité ; mais ces manières n'étaient point faites pour tromper l'honnête chasseur : il savait que rien ne révèle la trahison comme une bouche qui sourit sans raison et une langue mielleuse qui vous flatte sans cause. Il était physionomiste, et il y avait longtemps déjà qu'il avait jugé que Muir était un coquin ; mais c'était son chef. Le quartier-maître devait sa fortune à Lundie, qui au fond le connaissait trop pour l'estimer,' mais trou- \'ait commode d'avoir un flatteur à la fois son obligé, comme cela arrivée le plus souvent.

Muir était aussi rusé, aussi tortueux, que le guide était simple et droit ; tous deux étaient ]>rudents néanmoins et absolument maîtres d'eux. Le lieutenant commença par prodiguer les louanges les plus flatteuses à Pathfmder sur son courage, sa résolution, qui venaient de donner une si éclatante revanche aux armes de Sa Majesté. Après un pareil sviccès, le guide n'avait plus qu'à se retirer plein d'honneur, à se marier et à vivre en ))aix jtisqu'à la fm de ses jours. A quoi tendait ce long préambule? le chasseur l'ignorait et attendait que son adversaire démasquât ses batteries.

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