‹ Les continuateurs de LoretChapitre 126 sur 217 · Du 3. Février 1667 ;Sn»uai«Y · texte numérisé non relu

Du 3. Février 1667 ;Sn»uai«Y

Vous connoîssez , Je croy, cette illustre Personne. Son Père , qui fait à la Cour Des miracles pour la Couronne, N'en fît pas un petit de lui donner le jour.

N'est-il pas vray, Seionkur, que c'est un Ange aimable ? Mais ne changeons point de propos ; Elle est donc d'aujourd'huy l'Ëspouse d'un Héros , Pedt-fits d'un illustre & fameux Conoestable.

Li Ddc db Chevreose est son nom.

Nous autres, pour quelle raison Serions-nous Vierges , je vous prie , Puisque cet Ange se marie ?

C'est bien pis : sa charmante Sam , Qui ne touche qu'à peine & sa dixième année , Se veut mêler aussi ae goûter la douceur

Que l'on trouve dans l'Hymenée,

Et son Fiancé, Saiht Aionan ,

La doit épouser dans un An.

Ce Comte, Sis d'un Ddc, les délices des Nôtres , Par parentése , est un Héros aussi ; La FuNCB le verra dans quelque temps d'ici. Le Duc DE Saint-Aioium n'en a jamais fait d'autres.

Pour vous en parler franchement ,

Mon Pkince, je suis fort trompée Si, depuis que son Frère est dans le monument. Ce Comte a du regret de s'estre hit d'Espée. Je sçay que quelques-uns de nos graves humains Diront qu'un Bénéfice est une bonne aiTaire ;

Mais telle Femme est un Bréviaire Qui vaut bien quelquefois les bréviaires Romains.

A l'heure que je parle, on rit , on fait dépence .

On fait la nopce encore, avec magnificence ,

De l'accomply Chkvrecsk & de I'Osiet divin

Qui porte au plus haut point son glorieux Destin.

Tout l'HosTEL DE.CoLBBRT tst en réjouissance : On tient le bal , on fait festin.

Dans une mesme Salle on fait mesme , je pense,

La' Feste de l'Illustre & superbe Alliance

E>e l'aimable se Luyne avecque Lavardm , L'un des nobles Marquis de France, Et Monsieur Colbert mesme y dance.

s donc , cher Dauphin .

Qu'on le voit aller en cadence ^esqu'aussi tùen qu'un beau blondin ?

Cela passe un peu ta croyance.

Nous serions pourtant bons de ne te croire pas ;

637 2(>9- — I>u 3. Février 1667 (SmusNT).

L'Art n'a rien de parfait doot son esprit n'abonde: C'est luT qui remet mesme en cadence le Monde Sous le plus ^rand des Potentats , ^ Et qui l'empetche bien de faire de faux pas.

Tout parle enfin de Mariage ; Ce Nom remplit tous les discours.

Depuis la pension & le grand avantage Que I'Edit donne au fruit de ses chastes amours , 8f 11 n'est point de fiUe si sage

Qui , si j'ose nommer icy le pucelage , N'ait regret de l'avoir trop long-temps retenu. Ce n'est plus & son gré qu'une fort sotte Idole, Qui luy diffère ou qui lui vole 90 Deux mille francs de revenu.

Espousons donc , je vous aupUe :

Nous ne pouvons pas mieux choisir Pour nous unir selon nostre désir Que ce temps où Chevreose à son Ange s'allie. 95 C'est toujours une compagnie

Dont la jeunesse & les beaux jours Nourriront à la Cour les jeux et les Amours , Et qui nous fournira pour toute ndtre vie Dequoy ne point manquer de plaisirs tous les jours.

■» D'ailleurs la récompense est solide & réelk

Pour ceux qui feront dix enfans.

Qui vous dit que dans peu de temps Nous ne serons point dignes d'elle ?

Dix semaines pour moy sont autant que dix ans ■ttf Pour une expédition telle ,

Et je vous apprens , cher. Dauphin, Qu'un Objet qui tient du Divin Porte bien moins long-temps son fruit qu'une Mortelle ; Témoin vostre Maman qui , la dernière fois, ' '* Pour foire une Fille fort belle

Et que rechercheront un jour les plus grands Roys, Ne fut point obligée à la porter neuf mois.

Mais qui prierons-nous de la Nopce ?

La troupe , à mon avis . qui seroit la plus grosse - ■> Au^menteroit d'autent nostre contentement.

[1 fiut du moins tâcher que la Maison Royale

Nous donne son consentement , Sur tout ayons pour nous Maman la Markschalle , Dans le commerce où nous entrons. '* Si, comme elle a le soin des beaux Enfans ce Francb,

Elle en avoir aussi de ceux que nous ferons , Nous aurions , MoNsEtONEna , des biens en abondance.

Ah I que j'étendray loin le Nom de mon Elspous ! Qu'on verra des effets bien dignes de ma flammet

>.Cooi^lc

6S9 109- — Du 3. Février 1667 (SnEioiiT;.

■■5 Ihiitque je vais estre la Femme

D'un Prince cbannint coaune tous I

Approchant de plus prés vdtr« AugUfte personne , Ainsi qu'une Femme le doit , C'est pour lors , beau Fleuron d'une Illustre Couronne , ■3« Que , sçâchant sur le bout du doit ,

Les venus que déjà U naissance tous donne. Je pooTTay tuen mieux dans mes Vert En faire paît b l'Univers. ,

Ce sera pour 'lors. Mon beau Puncb, ■ 35 Que j'iray oien plus librement

Vous chercher tuns chaque Province Quelque digne sujet de divertissement.

Ce sera par ciét Hymenée Que ce que je promis de &irc l'autre Amiée , ■40 Dans celle ob nous vivons se fera galamment.

Et qu'il ne sera point & Puis de Ruelles , Point de secret appartement,' Dont , pour un Maiv si channant, Je ne tu^ quelques Nouvelles.

uj Achevons donc , voicy le temps

Où les Plaisirs viennent en fbule Présenter à mes Vers des sujets édatans. Ne permettons point qu'il s'écoule Sans conclure un Hjrmen si doux:

■}« Donnez-moi vôtre fcnr, je vous donne la mienne.

Et , dés Jeodt procham , que rien ne nous retienne De nous mettre en estât de causer en Espouz.

Du Jeudi 3. Février 1667.

.yGoQi^lc

LETTRE EN VERS A MADAMK

! Pai Chaii.1i R08IMBT.1 Du 6. F^rier 1667.

Quel Feu s'allume dani mon Ame , Dont je ressens Tardant Transport , Et par quel ordre , par quel Sort, Sui-je en cet instant tout de FlBme ?

Quel Objet al-je tû , si rare & si parfait , De qui ce Feu soit un effet.

Et seroi'je tombé dans de nouvelles Chaînes ? Non , ce Feu n'est pas de l'Amour

Qui produit des Soupirs, des Chagrins & des Gctnes

Et qui dans le Cceur seul établit son Séjour;

C'est le Feu que Clion me donne

En cet ordinaire Début

De mon Poëtique Tribut

A mon adorable PatrÔne.

La Belle vient toujours au-devant de mes Vœux

Quand , pour cet Objet glorieux , Le Jour est amvé de composer ma Lettre.

Profitant donc de son Secours , Je vais «1 ce moment à ma Tâche me mettre Et donner à mes Vers leur Historique Cours.

MoNSKiaNBTO le SopHT de Pkrsk , Du Gkamd Skignedk Partie averse , Avoit r'assamblé ses Soudards Sous un grand nombre d'Etendards,

*i Pour revenir vers Babilohe

Faire voir aux Tracs leur Bec-jaune; Mais , avant que de rien tanter.

Au Divan il a fait porter Quelques Articles de Concorde ,

«oAvec un long & bel Exorde Contenant que , sur leur Refus , De la Paix il ne parle plus Et qu'il s'en va faire la Gurrrk A sa Hautkssb , tant que terre ,

I» Dût-il , ta ces nouveaux Efforts ,

Tarir ses Indiens Trésors.

Mais, dessus ce Point, sa H&irrEsss Ne se hausse ny ne se baisse , Et ne pense qu aux grands Projets

40 Que contre Saint Marc Elle a raita.KTfauaD Désirant , quoi que l'on en die , Avoir la Clef de la Candib. uiuiro-

C'eat pour accomplir ce désir pouniw

Que Monsieur son I^eiubr Vista .

4ï Que Ton tient un maître Astronome, Est passé dedans ce Royaume Avecque tant de Musulmans .

Et tous des plus francs Garnemens.

...Caio^^Ic

- Du 6. Février 1667 [Rohnkt].

Deux Patriakches à grand'barttes.

$oEtans montez dessus des Barbes, Sont arrivez dedans Moscou , Capitale vous sçavez d'où.

Et si vous ce le sçavez mie , Je vous dis que c est de Russie.

ÏS Or ces deux Véniirables U Ont été fort bien receus là, Et de manière tres-civile.

Par le Clergé d'iceiie Ville .

Où , ce dit-on , ils sont allez

^ Pour assoupir des Démeslez Sur le Sujet de la Créance (Et, par conséquent, d'importance), j\yans été mandez exprés , Non , je vous jure , dlci-prés ,

^ï Mais , sans aucune nienterie ,

D'AkTIOCHB & d'ALEXANORIE.

La DiÉTE du POLOHOIS ,

Dont je vous parlay l'autre-fois , Fut effectivement rompue

70 Dans le bruit & dans la Cohue, Par la Querelle d'Allemant Qu'un Nonce fit expressément , Comme je devinay la Chose , Par un guet-append & pour cause.

7S Mais je ne sçavois pas le tout, [bout. Comme aujourd'huy, de bout en

O que le Genre humain est fourbe !

Ldbokirsqi;i , cette Ame courbe .

Qui , disoit~on , ne brouilloit plus ,

^Avoit donné deux mille Ecus, Avec un Cheval, pour salaire A ce Nonce , son Emissaire , A dessein qu'il tîst ce beau coup , Qu'on n'estimera pas beaucoup.

8s C'est avoir l'ame bien vénale De trahir, pour un tel Régale , Les Interests de son Pays , Et pareils Traîtres sont haïs Tant du Ciel comme de la Terre

9^* Et dignes des coups du Tonnerre.

Au reste, on doit, le premier Mars, Temps à manger des Epinars , Dequoi maint Douillet s'inquiète , Commancer une autre Diète:

95 Mais les Cosaques, cependant, Le Tartarb les secondant , Donnent assez de Tablature ,

Et . n'aguére, en déconfiture ,

Ils mirent l'Osr des Polonois «Sans en faire à plus de deux foi»,

Car ces Maudits , avec furie ,

En bâtirent une Partie ,

Dans un Lieu , Soano nonmié ,

Qui par ta sera renommé; ■ï Puis , allans dedans la Russie

Ainsi que dans la Vounie ,

Ils y délirent le surplus.

Et le Prince Démétrius

Se veîd tout prés d'estre leur Proye; ° Mais [dont il eut beaucoup de joye)

11 évita ce mauvais pas ,

Car il ne les attendit pas.

Des Aigles le jeune & beau Sire , Dont l'AMOuit partage l' Empire ,

15 Divertissant , mais du bel air, L'Objet à son Cœur le plus cher, Cette belle Infante d'EsPACNS , A présent sa digne Compagne , Après les Feux , Chasses , Cadeaux,

">La fait courir sur les Traîneaux.

Et ce Plaisir Elle eut n'aguére D'une fort galante manière.

Auprès de son aimable Epous, Qui des mieux lui fait les yeux doux,

'J Elle étoit sur un magnifique , Aiournée i la Germanique , Ayant un Bouquet atople & beau De Plumes vertes au Chapeau , Tout brillant des Trésors qu'étide

1° La superbe Inde Orientale.

Plus de soixante autres Traîneaux.

Des plus galans & plus nouveaux ,

Qui tenoyent presqu'un quart de

[lieue.

Rouloyent en bon ordre à sa Queue,

15 Avec 1 Elite de la Coor , Tout-à-fait pimpante en ce Jour.

On y voyoit les deux Princesses I^J^ Que 1 on appelle Archiduchesses , •>»i5' Derrière les deux Majestez , n^

|o Chacune ayant à ses Costez . ^' ^

Pour Conducteur, un Seigneurgrave 1^;- Que l'on appelle IIlcc Marckgrave, rm^^i Ce qui veut dire Ici Marquis , ^J^

Et tous deux d'un mérite exquis.

15 Quarante-six Dames en suite , Et chacune d'EUes conduite Aussi par un leste Gaumt i

645 210. — Du 6. Février 1667 (Robinbt).

En un Equipage brillant ,

Faisoyent la plus belle partie.

'y> Et ctnta la mieux assortie

De tout ce qui venoit après.

Or cet Ebat , qu'on prit au frais ,

Fut suivi d'un Bal d'importance ,

Où juste parut la Cadance ■3ï Du noble Couple couhonké ,

Et ce Bal fut assaisonné

D'un très délicieux Régale

Qu'on servit à l'Impériale.

Hé bien 1 dites, mon cher Lecteur, '60 L'eotend-il ce brave Empeheur,

Et peut-il de meilleure sorte

Réjouir sa noble Consorte .

Faisant, pour tout dire, entre-nous.

Si bien tous les Devoirs d'Epous , ■ 65 Qu'on publie avec alaigresse

Déjà dans Vienne sa Grossesse.

Je brljle de dire A mon toiîr Que , dedans la Papale Cour , Le Duc de Chaune & la Duchesse

' '<■ Reçoivent des honneurs sans cesse Qui font voir de belle hauteur Comlnen ce Sage Ambassadeur Sçait faire estimer sa Personne Au grand Porte -Triple-Courokke

'ÏS Et par toute cette Cité

Où régente sa Sainteté. [cle

Vous avezsceu comme à son Ceb- { Et laissons'là la Rime en ercle] II accueillit dernièrement

■*0 La Duchesse honorablement , Et , l'ayant au sortir bénie Avec grande Cérémonie , Il la i^gala d'un Jésus Qui sembloit un naissant Crésus ,

'*$Tant sa Ckéche étoit enrichie, Et puis, dans une Galerie , Lui fit , avec profusion .

Présenter la Collation.

Après cela jugez vous-même

190 Si de I'Alexandre SEpniHB Notre eKce lient Ambassadeur N'a pas gagné le fonds du Oxur.

Un bruit de Paix coun en Campa- Du Portugal avec I'EUpagne , [gne , ■95 Mais ce n'est qu'un aliment creux Pour le Cerveau des Curieux ,

A qui , pour de bonnes Nouvelles , On débite des bagatelles.

A Brest, au Pays des Bretons ,

"»> On ne parle que de Trttons ,

Que de Tridents , que de Neptunes, De Lys, de Fleurons , de Fortunes , Et c'est & dire de Vaisseaux Dont voila les noms baptismaux ,

ïo» Que nôtre Héros maritime , Si digne de gloire & d'estime, Sçavoîr l'illustre de Beaofort, - Fait là construire dans le Port , Avecque tant de vigilance ,

aïoEt même tant d'expériance.

Qu'on s'en promet avec raison , En la Printaniére Saison, [Monde Grand nombre des plus beaux du Et qu'on aît encor vus sur l'Onde.

2 1 î Ainsi, montez d'Hommes fort bons Et de quantité de Canons , Comme ils le seront sans nul doute , Quelque part qu'ils prennent leur

[route , Sous leur vaillant & brave Chef,

aïo Ils feront des Progrés en bref.

Maisjevoudroisqu'enANGLETBKRB, Voyant cet Appareil de Guerre , On embrassât viste la Paix :

Ce seront toujours mes souhais ,

"5 Et qu'entre-nous il ne s'exerce Désormais qu'un heureux Comhercs.

Cependant Messieurs les Akglois Epreuvent toujours des François Les Armes , envers eux fatales ,

u°Dans les Indes Ocuhentales.

Le dix de Novembre dernier.

Ces Affinolez de Laurier , De bonne guerre & sans intrigue , Leur otèrent I'Isle d'Antigue

>3$ Et depuis , tout à leur gogo , Ont pris celle de Tabaco Et mêment de Saiitt Eustache ; Mais c'est tout aussi , que je sçache.

UnBruit couroit ces derniersJours, 140 Qui n'a plus maintenant de coàrs , Que de la Parque tyrannique La jeune Retne Britanique

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