LA JALOUSIE AFFAMÉE
1J5 La J&LonsiE , o justes Cieux ,
A des transports bien furieux I
C'est une ^tranf^e frénésie ;
Je le montrais dernièrement
Dans un certain Evénement ato Que je nommois , je croj, Tardants Jau>iisib.
Mais voie; la Passe-oûtre encor , Et je pense qu'en cet essor Toute sa rage est consommée.
Icy, par un horrible effet , i6j Elle dévore son Objet ,
Et je puis la nommer Jalousie AFFAiite.
Une jeune Femme, en Amob , Avoît an Epoui un peu fou , Qui lujr mertoit martel en teste , «70 Faisant comme maints Emportez
Qui travaillent de tous cotez Et font , chez eux . chommer & mainte & mainte Feste.
Elle , aimant le Travail aussi , S'ennuyoit de se voir ainsi 175 ^'^ ^i^* croisez , toujours oisive ,
Et , tant le soir que lé madn , Conjuroit son Ëftcheux Destin Sur cela , mais en vain , d'une voix trés-plaindve.
Voyant donc , par un sort fiital, 180 Que sans remède étoit son mal ,
Elle se porte à la vangeance , Et conclud (quel transport jalous I] Enfin de manger son Epous , Pour en avoir ainsi la pleine jouissance.
m Dés le soir , sa perfide main
Lujr plonge un poignard dans le sein Et , par une horrible furie, - Sans en avoir aucune horreur.
D'abord tire & mange son cœur
«90 Et tout ce qui pouvoit causer sa jalousie.
Quant au reste , le lendemain , Elle en fait , dit-on , un festin Plus cruel que celuy d'Oreste , Qui fit coucher l'Astre du Jour, 195 ^^ pouvant achever son tour
Tant il avoit d'horreur d'un Repas si funeste
îdbvGoOgIc
34^. — Du 38. Aoust 1667 [RomncT). y^
Les Parens elle 7 convia , Mais l'un des Mets les éfroya ; C'étoit de son Mary la teste Qu'elle avoit placée au milieu.
Ah I quel triste Objst , juste Dieu , Et pour les Conviez quelle funèbre Feste I
Le surplus , vous le devinez.
Ces Conviez , bien consternez , Font arrêter là Conviante , Et chez l'équitable Thémis Son Procez en état est mis , Et. dans l'air, elle en dance une trïste'Courante
PiUNCEssE , vous sçavez ce que je vous ay dît , Que j'avois l'esprit interdit; Ainsi je suis digne d'excuse.
Si ma CuoN icy parét tant soit peu buse.
Je fis , en Août le vingt-sept , Cette belle Légende , & comment ? Dieu le sçait.
tê dt I» Haelutlt , aux AnmJitKtji.
LETTRE EN VERS A MADAME
TPa* Chaklii robinet.]
Du 4. Septembre 1667.
Notre Muze , vôtre humble Ancelle , Ne manque point, tous les huit jours.
Princesse qui valez la plus belle Immortelle ,
De redonner pour vous naissance à ses Discours , Et, bien loin qu'elle s'en ennuie , Il faut tout franc que je vous die
Qu'elle voudroit sans-cesse être dans cet Employ. Mais la chose est aisée à croire ,
Et l'on verroit ce zélé en tout autre qu'en moy ;
Sur les Nouvelles donc poursuivons notre Histoire.
.yGoQi^lc
a47- — Du 4. Septembre 1667 (Romkkt).
icotOBiir.
Nom avons dequoy gozeter Et d'imponance caqueter, Grâce au Monarque magnanime Que la Gloire si bien anime.
1; LiLE est enfin dessous les Loix De ce grand Moo£le des Rois , Et de cette illustre Conqueste Il mit , Dimanche , sur sa Teste Le beau Laurier prématuré ,
aoCar nôtre Siège aurait duré Peut-âtre bien encor huitaine , Ou même toute une quinzaine , Sans le Courage & le Bon-heur De nôtre adorable Vainqueur.
15 O combien J'ay l'Ame ravie De ce qu'ainsi ma Prophétie Ait eu de st prés son éfet 1 Car enfin Vôtre Aj-tesse sçait Que , Samedy, dans ma dernière
30 [Que Gens ayans sens & lumière Ont trouvée assez à leur goût] , Je dis qu'avant la fin d'Août On entreroit dedans la Ville , Malgré son Gouverneur habile
35 Et sa superbe Garnison ,
Qu'on a sceu mettre à la raison En neuf jours de Tranchée ouverte , Et presque sans aucune perte.
Mais touchons un si rare Exploit
40 Par le Détail , comme on le doit , Et donnons-nous un peu carrière Sur une si belle Matière.
Comme nôtre Canon , d'abord , Ne tonnoit pas encor bien fort , Les Ennemis , pleins d'insolence , Nous railloient dessus son silence ; Mais , le vingt-un , avant Midy, Aussi vray que je vous le dy, II les força bien de se taire , Par les soins du Sieur Salnt-Hy- Car il tira , pour le certain , [uike, Mille coups , en ce seul matin.
Le soir aussi , nos Bonets rouges , Furetans Greniers , Chambres .
[Bouges , A leur tour firent très-beau jeu Et mirent en maints lieux le Feu , Si que toute la Bourgeoisie D'un étrange èfroy fut saisie.
£n vain leur Comte & Gouverneur Tftcha de luy redonner cœur
, Et , convoquant les plus Notables , Pensa . par des Discours affables, Afilant des mieux son caquet.
Leur faire prendre le Mousquet,
6j Pour se joindre avec ses Gcns-d'ar- Et venir ainsi, sous les Arme$, [mes Faire tous leurs petits éforts Pour le salut de leurs Dehors.
Nul ne fit cas de son Bien-dire .
70 Et maint, s'en mettant même à rire, Luy dit, sans craindre son couroui:
€ On s'en raporte fort A vous > Et l'on prétend vous laisser faire , » Car, en un mot . c'est vôtre af^-
73 » Dont vous devez avoir l'honneur.
» Bon-jour, Monsieur le Gouver- Ainsi donc fut anéantie [neur. * Une générale Sortie Qu'il attendolt de ce Bourgeois ,
80 Dont il pesu plus de cent rois , Jugeant bien que les Destinées , Au pjus tard tledans sept journées, Borneroient son Gouvernement , Cas déplaisant certainement.
85 Mais il convint à sa colère D'avaler la Pillule amére , Et toute sa resource alors Fut dedans ses propres éforts , Employant sa Mousqueterie
90 Et grosse & mince Artillerie ' Le plus utilement qu'il pût; Mais le Succez petit en fut , Hors quelques 'Testes amputées .
Ou , parlant plus clair, emportées
9j Par le décapitant Canon .
Qui les décoloit , tout-de-bon , Aussi proprement que le Glaive, Lequel les fait sauter en Grève.
Mais il fut bien-tôt démonté 100 Par le nôtre , des mieux pointé , Qui mil les Dehors en ruine Et, rendant la Ville chagrine.
Abatit , outre ces Dehors, Maint pan de muraille du Corps.
loj Cependant, aux Ataques nôtres , Chacun disant ses Patenôtres , Sans pourtant songer A trembler.
Poussa le Travail d'un tel air Qu'on se trouva, le vingt-deuxième.
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