Ou 35. Juillet 1666 (Matous
345 Pkincbssb, quand d'honnêtes-gens, Non moins habiles qu'obligeans , Me viennent conjurer de métré Quelc^ues articles dans ma Lettre , Soit vieui ou nouveaux, sans délais
ijo Et sans intérêt je le fais.
EctUT lA vsnxE Dx S. Jacques ,
JUSTBMBKT TROIS MOIS APftÉS PaSQIISS.
A Ptm, Cht^ CM. CktKOMtt, Imp. A Uh.. at* Armts i» Rtj'. raedtU Hncktttt. Av*c Pm. J* Sa M.
(Biblioth. de l'AneniI, B. t.. nSoo. — Biblioth. de M. tïbiron Jimo d — Ce denier exemplirre porte li cUte da 17 juillet et le* idreuei luivant CJur a. ChtMamU, Itmfi. A Ut., nx Arma duRv. ntdtU HndktOt, dtStM^tOi. £1 i I^, Cluf M. MatMtvtl, AS. Thomal d'vffVM.)
' RothMhiid.
■ : A Paru,
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pai Chariis robinet.} Du 35. Juillet 1666.
Demain , dit-on , ou dés ce Jour,
La Royale & brillante Altesse
Pour qui je fais rouUer la Presse
Doit arriver en ce S^our.
O Dieux , l'agréable Nouvelle 1
Je n'en sçay point une plus belle ,
Ni que j'aye aussi plus à cœur.
Je verray ma grande Patronne , Dont le Nom de l'Oubly rendra le mien vainqueur ! Ahl c'est un heur pour moy plus cher qu'une Couronne.
Taschons donc de bien régaler
Cette Héroïne merveilleuse ,
Et qu'en vaio la plus orgueilleuse
Prétendroit pouvoir égaler.
Muse , prenez un gai visage ,
Mettez tout , vous dis-je . en usage
Afin de plaire â ses beaux Yeux ,
Et foites si bien qu'elle voye Que, lors que vous sentez leur approche en ces lieux, V<HU n'en avez pas moins qu'un noble excez de joye.
(lAIO-^Ic
- Dd 2$. Juilkt 1666 (Robinet).
On doit tenir ce qu'on promet.
Alors que l'Honneur le permet.
Or , aujourd'huy, bien a'avantage , La Piété mesine m'engage
^5 A tenir ce que j'ay promis Ces jours derniers , szmsl & bis.
Je m'en vais donc y satisfaire Puisque la chose est nécessaire , Et voici , Lecteur, ce que c'est ;
jo Daignez le lire . s'il vous pUît.
Le Mercredi pénultième Et de ce mois le quatornéme , Au Grand Convent des CordeLiers , Qui vivent en bons Réguliers .
' j5 Dans leur vaste & belle Clôture , On fit de Saint Bonnàventukb , Avec éclat & pieté , La célèbre Solennité.
Un Acte de Théologie , 40 Non pas sans beaucoup d'énergie ,
Y fut , ledit jour, soutenu Selon son divin Contenu,
Qui n'étoit pas un Sujet mince , Et les PÉRÈS de la Province 45 Qui de ce Saint portent le nom
Y présidèrent , ce dit-on.
La Compagnie estoit illustre ,
Et de Prélats d'un très-grand lustre.
De Philosophes , d'Orateurs ,
jo Et sur tout d'Abbez & Docteurs De la Maisok de la Sorbonne , Qui certe en tels Hommes foisonne Et reçoit , pour maintes raisons , Ce Saint au ra»g de ses Patrons ,
55 Ayant mesme , autresfbis , chez elle (Voyez donc si juste est son zélé] Pris le cher Bonnet de Docteur.
Au surplus , un digne OnATEtiR , S'il en fut jamais un au Monde ,
te Et dont l'Eloquence féconde Lui trace à la Gloire un chemin , Btta A sçavoir le Pérb Seuin , Fit l'Eloge , d'une manière Qui ravit l'Assistance entière ,
65 Car on ne pouvoit faire mieux , Et six fois cent Religieux , De divers Ordres , s'y trouvèrent , Qui tous en exuse admirèrent , Avec le reste du Concours ,
70 Un si doae & si beau Discours.
Dée lons'-temps, du conte on vous De la nob^ Inpants de Pbbse, [berce Que l'on voit en cette Ot£ , Sans qu'aucun vous ait récité
fi Cette curieuse Avanture ; Mais je vais , dans mon Ecriture , En foire la narration .
Dessus la Déposition De cette excdlente Pucblle ,
)o Ainsi qu'Historien fidelle.
Chot, donc . car je commaoct ici De vous narrer l'Histoire ainsi :
De PiSE certain Gentilhomme, Lequel Nicolini se nomme ,
)j S'estant pour un meurtre esquivé Et chez le Pebsien sauvé , Comme il avoit , hors cette tare , Les qualitez d'un Homme rare , Ayant des Lettres & du cceur ,
w On l'y choisit pour Gouverneur Des propres Fils du Ror de Pkrsk , Sans concurrance ni traverse ; Ainsi la Fortune , en ce jour.
Fit son coup . niais voici I'Anour.
); Dans les yeux de la Gouvernante De nôtre Persienne Infante En un te) point il s'embrasa Et fit si bien qu'il l'épousa , Et , dans son amoureuse yvresse .
» Il l'enlevé avec la Princesse Qui n'avoic encor que trois ans.
Et tous ses joyaux & carquans.
Ainsi , tout transporté de joye.
Il marche , avec si belle Proye.
15 Dix jours & dix nuits par les Bois , Bien plus viste qu'en "Taupinoîs , Afin de dérober sa Fuite A la plus exacte Poursuite.
U s'embarque après sur la Mer
ro Qui lors , ne montrant rien d'amer.
Semblait à la jeune Héroïne Faire carresse & bonne mine , S'humiiiant sous le Vaisseau Lequel luy scrvoit de Berceau ,
1; Et n'admettant, dans son empire , De tous les vents , que le zéphire Pour aider l'Art des Matelots A la conduire sur ses Flots.
Mais, bien-tost, de maussades Hères,
Kl Ecumcurs Turcains & Corsaires , Suivant les Décrets du Destin , En vinrent faire leur Butin.
(le
iSo. -^ Du aS. Juillet 1666 (Robinrt).
A deux mois de là, Ceot de Malthe, Les syans contrains de faire hilte ,
1 35 Reprirent ce qu'ils «voient pris , Et . pour un )e ne sçar qud prix .
A des Napoutaiks céoereot La Princessb qu'ils enlevèrent , Laissans aller ses Ravisseurs ,
i3oDignei des Foudres punisseura.
Or, cenx-d , l'ayant recouvrée , Ils la firent , chose asseurée , AVœnhb diristianiser , Ou, pour mieux dire , baptiser ;
ijj Et ce fut l'EiinttEtia lui-même Qui dessus les Fonts de Baptême La nomma certe dignement Et tout i bit royalement , Lui dormant le nom triple & riche
(40 De VALàtE-AnGOSTE-D'AtlSTRICBE.
Alors , ses Parens putadâ (Parens pour Elle bien chétifs I ) En Hongrie ta transportèrent , Et cinq ans mesme 7 demeurèrent,
145 Chez le Duc Pioolomini ; Mais , le susdit terme fini , Ld Pakqdk . fort exterminante , Extermina la Gouverkants , Qui lors à I'Intante s'ouvrit
ijo Et tout son Sort lui découvrit.
Ce que pût donc cette Princesse, »Sr«ag ^° '*'*' ** tendre jeunesse ; MB. Fut de se jetter , A PREsaooRQ , Dans un xéuaiEtiz Séjour ;
I5J Maïs . comme la Supériecrk
Mourut , pour elle à la mal-heure , Et NicoLiNi mesme aussi , Sans s'abandonner au souci D'une Ame rempante & vul^re ,
lia Se sentant un coEur militaire , Un beau jour, dessous nôlre habit.
Dont toujours on la travestit , Elle prit la route d' Espagne , Pour j faire quelque Campagne.
i6j Mais , Y manquant d'occasion , Elle changea de Région , Ayant été là deux années , Et nos Dames les Destinées L-'entraînérent en Portugal,
t7»Otl , d'un coeur vaillant & royal , Elle fadgua ses doux charmes , Dix-huit mois entiers , sous les Ar- Faisant le belliqueux Métier [mes .
Comme le plus fiimeux Guerrier.
175 Ensuite , elle veid I'Itaue ,
Et , sans qu'ici rien j'en oublie ,
Servit ces grands RiroBacAiNs v(iÏMas
Qui font enrager les Torcains.
Mais quoi ! cette Race infidelle 180 Fit derechef son Butin d'Eltle ,
L'ayant, par un cruel méchef,
Navrée à la main , voire eu chef.
Et chez cette Engeance chétive
L'Héroïne un an fut captive , 185 Tant que de généreux Chrétiens
La tirèrent de leurs liens.
Elle vint tors devant Pavie ,
Par une belle & noble envie
De s'y signaler bravement , 190 Ce qu'elle fit, non pas vraiment
Sans des blesseurei glorieuses ,
Aussi bien que tres-angoisseuses ,
A la Cuisse , à la Jamb« , au Bras ,
Tousendrois, je croi , plein d'appas.
195 Puis elle veid (toujours en Homme]
Encor Venise , Gène & Roue ,
Et là fDîeux I quel injuste Sort ,
Et qu eu pareil cas il a tort t ]
Cette rare & jeune Ajuzône , aoo Qu'on devoit servir sur un Trône ,
Ses Infîfrieures servit ;
k V«lM , iMl* Hntt dam uu I* SOpon Ami*
Mw>l« . et, k Hon» , «U» lU daai KiA ■iV'M U DoolisBe SaTslll, qui Inj dooni da rpaj ft^n loi «m
Mais enfin, elle se rendit ,
Au mois de May , dans cette Ville , p»*
A présent donc le cher Azu^
30J De deux fameux Infortunes Que la Fortune a détrônez , Sçavoîr, cette I^rsi&nhs illuatre , Qui n'est qu'en son cinquième lus- Et te brave Prince Otoman ; [tre,
aioDont l'on pourroit sort^lement Un digne Mariage faire , Si celuy-ci n'estoit pas Père ; i"*^
Car un Sort dur & rigoureux '"* "
D'un mesme air les traite tous deux.
j De Madrid coun une nouvelle Qui . las I mettra bien en cervelle Nôtre amoureux Ihpérator.
11 ne tient pas I'Infahte encor ; Non, car certaine Tierce Fièvre,
o Qui dans son beau sang fait ta miè- La tient à Dénia , dit-on , [vre ,
Cequi, pour tous deux, n'est pas oon.
io3
Les Portugais , vers Atamonte , N'ont pas des mieux trouvé leur
[compte , la; Et je l'avois fort bien prédit.
Un si brusque accueil on leur fit , Qu'aussi-tost ils se retirèrent De ce Lieu, qu'ils s'en approchèrent.
Les Anqlois & les Holandois ijo S'apprêtent à nouveaui Explois; Mais on m'a dit que la Sn^E (Dieu veuille que cela succède I] Se mesle de les desarmer Et de les porter à s'aimer 13; Comme bons Voisins & Confrères.
Si je vois clair dans les Aiïaires , Nous serons mairie de l'Accord , Et j'en seray joyeux bien fort.
A LoNSRE on a grande alaigresse , 140 Car d'YoRK la belle Duchesse A mis n'aguére au Monde un Fils , Heureusement , & jour prétix.
Pourquoi sa Belle-Sœur, la Reyne, Ne prend-elle pas même peine ?
94; Ce FRurr d'HYHEN seroit bien doux Et pour Elle & pour son Eponx .
Et , certainement , elle est d'âge A prendre là dessus courage ; Nature point ne luy dèfeut; 150 Mais . si par hazard il lui faut , En ce cas , donner quelque Emule , Le voici , sans nul Préambule. *
i5o. — Ou 25. Juillet 1666 (Robihkt).
On m'écrit , & c'est de Dordrech,
Q'un Tronc de nerh & d'os tout sec, ;; Une Femelle OcrocÉKAntE ,
Ayant repris goust au Mtst6rk ,
A si noblement opéré
Que , malgré Nature ou bon' gré ,
Avant les trois quarts d'une Année , ■0 Cette Amoureuse surannée
A mis en lumière un Garçon ,
Tel qu'il seroit de la façon
De quelque Epouse printannière.
Qui commance à prendre carrière, i; Or, pour dire la vérité ,
Une Mlle Fécondité
Condamne l'oisive Nature
En toute jeune Créature,
Et je prétend luy faire voir ro En cet Exemple son devoir.
Un Ambassadeiir de Pologne , ' Que l'on dit avoir bonne trogne , Q Est au Climat de nôtre Cour . 1
Et je croi qu'il doit , en ce jour, j
rj Y Faire une moult belle Entrée , Qui par nous sera bien narrée.
A présent , trêve de caquet ; Je m en vais fermer mon Paquet.
Deux jours après la Madelaine iBoJe fis cette Epître assez pleine.
A Parii, ClUf F. Mngiul, nu di la Harpt , aux trait Roit. , Avec PràiiUp i* Raj.
.yGOQl^lC
LA MUSE DE LA GOUR
[Pa* PERDOU di SUBUGNY.]