Du 14. Aoust 1666 (Matoias
J'apris hier d'un nommé le Bunc, Que , ces jours passez , Monsieur De qui le Père à la Rochelle [Flanc, Fut un Ministre trop fidelle,
175 Pendant l'espace de trente ans , Estimé de tous les Sçavans , Abjura l'ancienne Hérézie, Son ame étant bien éclaircie.
Il s'est rangé du bon party,
iBoEt s'est, en un mot, converty.
Désigné pour ta mesme place , Dieu luy fit une belle grâce , L'animant d'un transport divin Pour l'ôter du mauvais chemin ;
tSj II dit avec grande éloquence Tous ses motifs en conscience.
Le Révérend Père Gntonr, Qui parle & prêche bien sur tout , Fit un discours plain de doctrine
190 Et d'une piété divine , Et , non sans jubilation , Receut son abjuration , Que l'Evesque de la Rochelle , \
Par sa science , soin & zelle , d<
19; A moyenne , dans ce dit Ueu £
Atirant mille âmes k Dieu.
Je voudrois qu'une Damoizelle, Fort aimable & spirituelle.
En ce jour en eut fait autant,
300 Ou se convertît à l'instant :
Avec platzir, dans mon Epttre , J'en ferois un joly chapitre , Car le brave Mary qu'elle a Ne souhaite rien que cela.
30; Que ne doit point faire une Dame Pour son Epoux & pour son ame ?
Le Rot, qui n'a point de Sous tout l'Empire du Solei Louis bb BomtsoN , a fait Esire loCét Exercice Militaire Qui cauze de si beaux transports Aux illustres Gardes-du-Corps , Daufins , Chevaux-legers , Gens
[d'armes , Qui volontiers prennent les armes ; i;Aux Mousquetaires embuflez Et d'un fort beau buste afiiblez , Desquels on voit que chaque manche Est d'une toile ou jaune ou bUnche iS; tntpart.
r.i,z.dbvC0(>glc
i58. — Du 14. Aoust 1666 ;Matolu].
(l'entens brocard d'argent ou d'or,
imGaniT d'une dantelle encor.
Ou bien encor d'une dantelle D'or ou d'argent tout aussi belle) , Avec sabres à leurs câtez, Généralement argentez ;
11^ Au chapeau , le bouquet de plume , Et, comme on dit, en grand volume, Jaune ou verd, gris-de-lin ou bleu , D'un beau blanc ou couleur de feu ; Par dessus le tout des coquardes ,
ijoQui rendent les humeurs gaillardes.
Dont l'aspect n'est pas moins brillant Qu'il est agréable & galant.
Mais n'oublions pas , je vous prie , Ecbarpe , housse en broderie ,
i)i Et leurs chevaux bien ajustez , Car ils sont tous fort bien montez.
C'est ainsi qu'eu cette cariére Cette Troupe ^t la première.
De la seconde, assurément ,
>4o Le diférant ajustement
Ne me semble pas moins aimable , Moins riche, ny moins admirable :
Des iuste-au-corps d'un beau drap Où I argent ne brille pas peu ; [bleu,
m Le galon , fort large ot solide , Est-Ift presque tant plain que vuîde ; Le reste est à proportion , Avec mesme profuzion.
L'une & l'autre Troupe est si leste
ijo Qu'il est sans doute manifeste
Qu'on ne sçauroit voir sous les Cieuz Bjen de plus beau ny nen de mieux; Leur bonne-mine & leur adresse Surpassent encor leur richesse.
15; C'est par le soin des Commandant Fldelles , vaillans & prudans , - Et par leurs ardeurs infinies ,
Qu'on voit fleurir ces Compagnies.
Le Duc de Chaune , avec éclat , 260 Pour luy, pour nôtre Potentat,
Avec grand Train , belle Livrée ,
Dedans Rome a fait son Entrée ,
Suivy de chars à six chevaux
De Princes & de Cardinaux. 26} Le lendemain , cette Excélance ,
Du Saint Pontife eut audlance.
Qui le récent, en vérité ,
Avec grande civilité
Et fît voir grande bienveillance 170 Pour l'invincible Rot de France.
Ce Saint-PsttE est indisposé
Et de la goûte fort pressé.
L'éclatant & fâcheux tonnerre De la Milice & de la guerre
175 A si fort retenti sur mer, Parmy le feu , parmy le fer.
Que chacun tient pour infaillible (Et la. choze est assez plauzible) Que les courageux Holandois
2S0 Auront rencontré les Anglois.
Qui des deux emporte la gloire Du combat & de la victoire ?
Mon cher Lecteur, c' est-là le point , Et qu'encore l'on ae sçait point.
38j pRWCESSB , dans l'autre semaine , Je vous en rendray très-certaine.
Ces Vers sortent de hon estoc , Deux ioors avant le grand Saint Roc.
I 4bi Rty, nu Jt la HmektIU. Avie Prn. il
[Bfbliotb. de l'AreeniI, B. U iiSoo. — Bibtioth. dt M. 1t bironjiinel de RottiKhild. — Ce dernier aempliire porte Iidite du iS MÛt 1M6 et lei >dreue« niinotet : A Paru, Oui C. Cktnmuli , Iw^. A Lit., A%» Arma in Rv, nu et la HncJutU , Avu PriviUgt it S. M. EtÀLfom, Ck€^ M. MaOntl ^ à S. TTumat i-Aquin.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pt« Chaklh ROBIHET.]
Du i5. Aoust 1666.
Nonobstant certaine Migraine , Pire que la Fièvre Quartaioe , Qui me délabre le Cerveau , Je vais , 6 charmante Princesse , Pour Vous faire un effort nouveau.
Et mettre des Vers sous la Presse.
Mais , excusez , grande Héroïne , Si cette Missive est chagrine , El vous fait peu voir de BrîUans , Et daignez agréer , par grâce , Des Vers plus rudes que coulans.
Après un si sincère aveu de ma disgrâce, Car, comme en Proverbe l'on dit ,
Je rimaille aujourd'huy par manière d'aquit.
1; Jusqu'ici , l'on avoit nouvelle Qu'avecqùe cœur, prudence & zélé Le Marquis Ville, comme un Mars, Sous les VÉMmENS Etendards , Assiégeoit la Neuve Candie ,
«0 De son Canon bien étourdie ;
Mais, je ne sçat , certain Bruit sourd Aujourd'huy par la Ville court Qui ne dît pas la même chose.
Toutesfois , Muse , bouche close ;
1; Et sur ce , dans un Jour ou deux , Attendons le Courier Boiteux :
Il est le plus lent dans sa Route , Mais le plus certain, sans nul doute.
r remettre un peu, it en jeu
Cependant, pour remet 30 S'il se peut , nôtre Esprit [SabiK- (Car le chagrin ne me plaît mie] , 3^^] Discourons de ce beau Messie Qui fait maintenant le plaisir De Monsieur le Pr^iueh Visik , 3j Puis qu' enfin, par un bon mémoire.
Nous en sçavons toute l'Histoire.
n est Arabe , & d'un aspect Qui pour lui cause du respect ; Docte de plus , faisant harangues
40 En je ne sçai combien de Langues ; Il est fort sobre &, bien souvent.
Trois jours entiers il vit de vent ; Outre un si grand & si beau Jeûne , Ce Messie , encore tout jeune,
45 Vaque sans cesse ft l'OitAisaN , Et la Nuit , dedans sa Prison , Il parlt brillant de lumières Qu'ont peine A souf&ir les paupières; Sur quoi les Turcs , p>eu Gens 4e
[bien,
50 Disent qu'il est Nègromanden.
Quand U vinst à CoNSTAHTtNOPLS , Qui bien rime avec Andrimople , 11 y demanda, d'un haut ton,
. Qu'on lui fist restitution
5jDes saints Lieux de la Palestinb, A quoi même encore il s'obstine ; Mats on lui iît un malin tour.
Car on le mit dans une Tour, Ainsi qu'un Perroquet en Cage ,
i59- — I^ i5. Aoiut 1666 (Robinet).
60 Pour apprendre un autre Langage ; Et même il devoit , bonne foy, Etre , par un piteux anoj.
Ainsi qu'un Prophète de baie , Empalé comme l'on empale ;
6; Mais une Légion de Juifs , Qu'adretement il a séduits , Ayans , par maints riches Régales Et par cent mille Richedales , Gagné ledit Pkekibr Visir ,
70 Qui les prit avec grand plaisir, Ils lui conservèrent la Vie , Dont il eut t'ame bien ravie.
On dit pourtant que , l'ayant sceu , 11 en parut contr eux émeu ,
]j Disant qu'il avoit des Cohortes Qui YÎendroyent luy rompre les Por- Et le retirer de Prison , [tes
Lors qu'il en seroit la saison.
Mais , pour moy je croi que ces
[Sommes
BoValoyent mieux ni qu'Anges ni
[qu'Hommes , Et que les premiers , notamment , N'ont pas un grand empressement Pour secourir de teb Messies , Et ce sont pures facéties.
B3 Quand au VisIr on l'amena , Nulement il ne s'inclina , Non plus que devant quelques autres Qui d'Illec sont les grands Apôtres , Sçavoir les Mdttis & Rabins ,
9» Qu'il traita de plaisans Robins , De prétendre avec indécence Ainsi de Lui la Révérance.
Ce Ministre en eut du dépit , Mais, par les Discours qu il lui fît ,
9j I^eins de choses émerveillables , Et doctes autant qu'agréables, Quoi qu'il Est de I'Oubrius , 11 devînt si doux que rien plus ; Quedi-je? il voulut qu'à même heure,
KM Au lieu de sa sombre Demeure , Il fut logé dans le Serkail , Parmi l'Azur. l'Or, le Corail , Les Lustres , les Oriiévreries , Le* Parfums & les Pierreries ,
loj Dans le plus bel Appartement De ce Palais d'Enctiantement.
En si beau Lieu, le cher Messie Pas le petit brin ne s' ennuyé , Etant sans cesse visité
110 Et de chacun complimenté.
Et , pour opérer des MervûUes Qui doivent être sans pareilles.
Dedans peu de jours il attend Un autre Prophète Nathan ,
1 15 Et de plus un nouvel Héue.
Que dirons-nous de sa folie Et de la lourdise des Juifs , Qui mieux aiment d'être Séduits , Et , courans après des Fantômes
110 Qui n'ont aucuns bons Axiomes , Attendre, jusqu'au Jugement, Un Messie inutilement , Que d'en suivre un dont I'Evanoile Dure après six cens Ans & mille ?
ri} O qu'il est Sot ! ô qu'ils sont Foux ! Messieurs , avouons-le entre-nous.
Lors que , dans la Cni Romaine , Crrâ Sainte & non plus mondaine , Nôtre Duc en public entra,
ijoTout son grand Peuple l'admira, Tant il étoit en bonne Couche; Car, sans qu'ici du tout je bronche.
Il étoit dans un Char brillant Et d'Atelage équipolent,
IJ5 Que de Cbigi , rare Eminence , Ayant grand instinc pour la France, Lui voulut envoyer exprés , Pour l'honorer à plus grands &ais , Beaucoup plus loin que d'ordinaire
140 II n'avait coutume de faire.
Dans ce beau Carrosse vitré Et superbement décoré , Les Seigneurs Cardinaux Antoine , Aux magnificetices idoines ,
m Retz , Ursini , Maldachini , Et mêmes aussi Manuni , Tous d'un admirable Génie , Lui ^izoyent digne Compagnie.
Outre beau nombre d'Estafiers ,
150 De leur Equipage tous âers.
On voyoit vingt & quatre Pages Par politique & lors oien sages ; Et SIX Carrosses , contenans Gentils-hommes & d'autres Gens ,
155 Tous lestes tout du long de l'Aune, Suivoyent ledit Seigneur de Chaune, Que chacun montroit à ses Yeux .
Voir d'un cœur contant & joyeux.
Après , sans un seul en rabatre ,
160 II en rouloit cent trente-quatre , Dont Cardinaux, Princes, Seigheurs
i59- — Du i5. Aoust 1666 (Roi
ÏT).
Voulurent croître les honneurs ,
Par un Cortège , de la sorte ,
Le plus nombreux qui par la Porte
i65(SçaToir celle del Popolo] Soit entré, j'en jure Apollo.
S'ëtant dans le Pauus Faxnezb Rafraîchi , des plus à son aise , Le même Aktoine , Cardinal ,
170 Le conduisit au Quirimal , Où , sans blesser son caractère , Il baisa les Pieds du Saint P^re , Et , dans une heure d'entretien , En fut traité certes très-bien.
17; De là sortant , il fut en suite A ses Pareks rendre visite , Et , comme , entre nous , le Pass^ Est heureusement éfocé , Par de réciproques tendresses ,
tSo On se fit Ift mille caresses.
Etant au Palais de retour, De leur part il fut tour A tour Régalé aune manière ample Ou, pour mieux dire, sans exemple,
iSj De Gibier, de Fruits , de Ljqueurs , Et, bref, de mille autres Douceurs.
Au reste, telle étoït la Jo^e , Qui lors par tout se faisoit voye , De revoir , en si noble arroy,
190 Un nouveau Ministre du Rov, Que, pardestransportsauthentiques.
On ferma même les Boutiques , On épancha du Vin par tout , Et , de l'un jusqu'à 1 autre bout ,
195 Ce ne fut que bruit d'Escopettes Et de fanfares de Trompettes , Qui marquoyent bien , mon cher
[Lecteur, Que tout cela partoit du cœur.
Les deux Flotes se sont revues aoo Et . derechef , un peu batues ; Mais ce qu'on en sçait, cette fois , Est que CeLle des Holandois , Ayant vent au Front, non en Poupe, Fut contrainte avecque sa Troupe soj De combatre en se retirant.
Le Bruit commun est mon Garent De ce qu'Ici je vous avance , Et plus loin ne va ma Science.
Quand davantage j'en sçauray, aïo N'en doutez point , je l'éciiray.
Mais il ne 6iut pas que j'oubbe
Ce que le beau Renom publie D'un jeune & noble Chevauer , Qu'on ne sçauroit assez louer.
iij Ce Chevauer , dit de Lorraine , Plus charmant que la belle H^lbike, Ayant vu venir un Brûlot Qui s'en alloît faire Capot Le grand Ajiiral de Holande ,
iw Comme il a i'ame toute grande , En Chaloupe au devant alla , Et , l'enflamant , fit qu'il brûla , Sans qu'il pût son effet produire , Id est, audit Ahiral nuire.
115 Le Sieur Chevalier de Cavois , Friand de semblables Explois , Fut aussi de cette Partie , Que chacun juge bien harcUe :
Et , bref, le Baron de Bdsca
ajoAvecces Messieurs s'embarqua.
Ce qui pourra (je le déaire) Adoucir vers Lui le grand Sikb.
Par charité , je donne Avis [Dont je croi qu'ils seront raws)
ijj A nos chers & dévoyez Frères Qu'aux BARNABrrBS , l'un des Pérès Et leur pRiEiTR , Homme sçavant , n» Doit faire , d'ores-en-avant , «ÎÏS
Chaque Feste , la Controverse ,
140 Où depuis long-temps il s'exerce.
Mais s ils y vont , qu'en dira-t'on ?
Adieu Presche de Charentom.
Les Théatins , autres bons Péres , Dont les Maximes sont sévères .
14J De leur Fondateur Bien-Heureux Ont fait la Feste Ici , chez eux , Avecque leur zélé ordinaire Et sur tout un beau Luminaire, DoH CÔHE , ce Grand Général
Ijo Et pANécTRISTB BanNAL ,
En ât l'Eloge avecque gloire , Mais devant petit AcorronE , Pour la petitesse du Lieu , Qui s'accroîtra , s'il plaît à Dieu.
aj5 Le quinze Août , malgré ma M
Je fis cette Lettre assez pleî:
[gr«ne.
1^. — Du tS. Aoiut 1666 (RoBontr).
Les Asuteurs de la Sant^ Sçauront que , dans cette Cit^ , Un Médecin vient de parêtre
tteQui d'HTPfXDuTE est le grand Mal- On peu guérir, en le voyant , [tre : Eo l'écoutam, bref, en riant.
11 n'est nuls maux en la Nature Dont il ne fasse ainsi la Cure.
16; Je vous cautionne , du moins , Et j'en produirois des Témoins , Je le proteste , infini nombre , Que le Chagrin , tout le plus sombre Et dans le coeur plus retranché ,
170 En est a l'insunt déniché.
Il avoit guéri ma Migraine , Et la Traîtresse , riiuiumaine , Par Stratagème m'a repris ; Mais , en reprenant de son Ris
i75 Encore une petite Dose ,
Je ne croi vraiment pas qu'elle ose Se reposter dans mon Cerveau.
Or, ce Medicds tout nouveau Et de Vertu si singulière
380 Est le propre Monsieuk MouëxB , Qui feit , sans aucun contredit .
Tout ce que ci-dessus j'ay dît.
Dans son Medeqn fait par force , Qui pour rire chacun amorce ;
18$ Et tds Médecins valent bien Par ma foy ceux je ne dis rien.
4 Para , Cltt^ F Magul ,nititta Harpt, aux IraH Sais. (Bibliotb. nat., Le>, 11.
Ame PrMliti d» X
-Biblioth. Munine, 196 A'. - Bal, B. L. 11801.)
LA MUSE DE LA COUR
I Pak PEROOU di SUBLICNY. ]