DE LA XIX. SEMAINE
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Contmlnt le* Pirticuliritti du Gnnd Bmbrueincnt de 1é Vilte de Londrc.
La joye estoit en Angleterre
Pour le dernier exploit de guerre
Qu'avoîent fait de vaitlans Anglois
Contre des Marchands Hollandois ;
j Une infinité de Canaille
Y faisoit encore ripaille
Et beuvoit à mesme du pot ,
Y meslant avec le bon mot Un conte de ma mere-l'oye;
ro Mais mal-heur au sot feu de joye Qu'à ces réjouissances-U Un maudit Boulanger mesla 1 Tandis qu'en effet, pour en faire.
U court avec de la lumière
■5 Dedans le cabinet au bois , Son binet , luy brûlant les dois ,
Y tombe parmy la ramille,
. D'où le feu , qui soudain pétille , Jettant force éclat violet.
M> L'impertinent bquin qu'il est.
Qui trouve sa lueur jolie ( Car, ayant beu jusque à U lie, Ar mal-beur , cet éclat charmant Luy paroissoit beau doublement).
ij Admire & rit dedans son ame , Des plaisans tours de cette âftme , Et , les deux mains sur les rognons , Va . riant . & ses compagnons , Afin qu'un chacun deux le voyc.
fo N'est-ce pas un beau feu de joye Que Msoit cet yvrogne-là ' ^ur l'admirer comme cela ?
On veut éteindre l'incendie ; Mais , de peur qu'on y remédie ,
3j Le Feu s'eafuit dans le grenier Et de U chez un Goudronnier.
De chez le Goudronnier il mine Un magazin de poix raisiné.
De là va chez un Papeûer,
40 Du Papetier chez un Mercier, Du Mercier chez l'Apoticaire , Passe en suite chez un Notaire , Du Notaire chez un Greffier, Du Greffier chez un Conseiller,
45 Du Conseiller au vendeur d'buille , De là passe à l'Hostel de Ville , De l'Hostel de Ville aux Clochers^ Et puis aux Estaux des Bouchers , .
Et puis dans mille Hostelleries ,
joEt puis dans mille Brasseries, Et puis chez les Marchands Drapiers, Et puis chez les pauvres Fripiers , Et puis chez les vendeurs d'olindes.
Et puis aux Magasins des Indes
jj (Et c'est le Diable que cela , Car tout le Trésor estoit là ) , Et puis dans la Place Publique , Et puis chez les faiseurs de briques , Et puis chez tous les Tapissiers .
60 Et puis chez tous les Pâtissiers , Et puis chez les vendeurs de crème .
Chez les vendeurs d'Orvientan même, Et , toujours de certe h^n , Saute de maison en maison ,
6; Tant qu'il les a toutes sautées Durant cinq jours & cinq nuitées.
• Du t. Ocokbre 1666 (Sobuont).
Hélas ! que de dîflérens cris ^reot là des gens bien surpris I Quelle épouTeatabte bagarre I
70 Quel pitoyable tintamarre 1 Quels diables de chariTaris Y firent femmes & maris !
Combien là de cloches sonnèrent Et l'alarme carillonnèrent
75Ju5qu'à ce que trop de chaleur Fit cesser Leur chant de malheur I Combien dans leurs chausses pisse- Et de malle-peur trespassérenti [reot Combien plustost en périt-il
80 Au milieu de ce feu subtil I On compte nnc mille personnss , Mauvaises , passables ou bonnes; Mais l'emplastre de ces malheurs.
C'est qu'il mourut plus de voleurs,
Sj Ces jours-là, que de bonnes âmes ; Car, comme à la foveur des flimes Tels crurent aisément piller.
Tels s'y sentirent bien grilicr; Tels mesmes auraient peu suffire
90 A faire là mourir de rire , Si l'on eu pu rire en perdant , Car tels , d'un charbon tout ardant Sentant roussir certaine chose Que par honneur dire l'on n'ose
95 Et qu'on a pourtant bien dû soin De secourir en tel besoin , Que d'ailleurs il feut qu'il employé Ses deus mains à tenir sa proye , Piétinoit d'un air si plaisant
10a Que rien , dit-on , ne l'escoit tant. Mais , helas ! que de pauvres Mères Versèrent de larmes ameres En voyant brûler leurs Enfans Dans tous ces brasiers estoufans I
loj Mais quel nombre de Mères mesmes, D'épouvente & de pidé blesmes , En les voulant sauver de là , ï^toyablement s'y brûla ! Ce n'est pas que ceux qui périrent
110 Tous par surprise s'y rôtirent.
Car, aés qu'on eut veu que le Feu Continuoit un si beau jeu , Et que cet ouvrier habile Pouvoît brûlée toute la Ville ,
ii{ Les plus proches voisins des lieux Où regnoit ce Feu furieux , De leur maison , boutique ou loge , Avoient tous fait Jacques dé-loge , Et, quand un quartier, s'embrasaot.
I ao Msua^oit encor le suivant , Le suivant , de vitesse extrême , Deslogeoit encor tout de mesme , De sorte que le plus gasté Ce ne fut pas [ sans vanité )
lajLe quartier où ce brasier traistre Subtilement avoit sceu naisire.
Mais bien des quartiers éloignez Qui , voyant lom comme leur nez , Ne croyoient pas que ce desordre
rjoDe si loin tes pût aller mordre.
Qui , Diable , eut aussi peu penser.
Alors qu'on le vit commencer.
Que le Feu, prenant, par exemple.
Par delà la Porte du Temple ,
IJ5 Pust, sans s'esteindre, toutfougueuz. Brûler Paris jusqu'aux Chartreux ?
Car, parbleu ! je vous puis repondre Qu'il a fait ce chemin dans Londre Et que le lieu qu'il y brûla
140 Est tout aussi long que cela.
Or ce fut donques , à vray dire , Dans ces quartiers qu'on eut le pire.
Car, les Diables , parmy les vens , Portant la flame en peu de temps
145 D'une rue en une autre rue , Trop tard tout le monde se tue A sauver ses biens précieux Et les porter en d'autres lieux.
Et mesme on m'a dit une chose
150 Que je vous asseure sans glose , Que de tres-notables Bourgeois , En sauvèrent jusqu'à trois fois Dans des maisons fort éloigoées , Où , voyant que les- destinées
IJ5 Estoient enfin que tout périt , Quelque temps après tout fut frit.
Ls Roy de la grande Bretaone S'estoit mis pour lors en campagne Et couroit par tout à cho'al.
1 6a Hé , que Dieu le garde de mal [ Il a bien de la confiance En des gens pleins de malveillance Et montre bien là , par ma fay.
Qu'il n'est tel que d avoir un Roy.
i«) It fit sauver, le Don Monarque , Tous les biens le plus de remarque , Et fit porter dans son trésor Six , sept ou huit mitions d'or , Qu'il veut rendre aux propriétaires
17a Pour les*remettre en leurs affaires. Helas 1 le bon Prince qu'il est.
Qu'il n'en rende rien, s'il lui plalst.
itS- — Du 1. Octobre i6fi6 (ScauaMT),
Et qu'à moitié du denier trente
Il leur en fasie plustost rente.
175 II deut se sentir bden touché
De voir tant de inonde écacbé ,
De voir mille poutres bruUntei
D'un quartier à l'autre volantei ,
Et des tisons meime voler 180 Et jusqu'à son chevid aller.
Le pauvre Duc d'Yorck , son frère ,
Pensa bien, dans ce sort contraire,
Crier « mon Dieu 1 > de tout son [cŒur.
Car, tandis qn'avecque vigueur itf U couroit, vite comme un foudre,
Vers le Mogaân à U poudre
(En bon François , vers l'Arsenal),
Pour le conserver à Withal ,
Une poutre tres-mal-faisante , lyoComme je vous aj dit, brûlante.
Sur ce Maj^in se brisa ,
Et tout l'Arsenal embrasa.
D'abord , & clic & clac A paffe ,
La maudite poutre s'agrane 195 Aux fenestres du Magazin,
Et , le Jeu s'y Baissant enfin ,
Envoyé , avec bruit effroyable ,
Et Magnain & poudre au diaUe.
O vous , qui dans vos ieunes ans 100 Avez pu , courant par les champs ,
AvMT mangé vache enragée ,
Avoir veu muraille assiégée ,
Et du peuple bien étonné
De se voir sourdement miné , 105 Un chacun de vous s'imagine
Peut-estre que , comme une mine ,
On vit sauter cette maison ?
Sans doute la comparaison
En peut aprocfaer, &. 5X)ur cause ; iioC'estoit pourtant bien autre chose.
Ce Feu de Malédiction ,
Consumant la munition
Que l'on desdooitpour la Flote.
Fait aussi que le Flotte saute , 115 Car sans munition flotter.
C'est ce qu'on appelle sauter.
U se brûu , dans ces traverses ,
iSi AÂ Duc YoacK.
À paru , Cht^ AUxaairi Ltutlin , ta coin de U rut Dauphiut , itvamt U Pmtmti^. Avk prieilégi
A A af OKU è radreof Jn librain laiali it i666. —BCnt CMbMiuitr pas uttt Uttrt. {A La MuH de Coar 1666 (voy. tame I , cal, 909). pp. i}]-i56.
^rfEaiH||<lelaMiiae|Id(1i Coar.llDn Jeudi jo. Septmnbre & de la XtX. Smitii». ln-4 d* ^ pp., chiflUn tjj-rf6 et ligait* q%. — BMhth. de M. le buon PisboB.)
Tous les Registres des commerces ; On n'en doit pas attendre moins
lao Qu'un milioo de iaux-témotns , Que négatives cnminelles , Que banqueroutes étemelles Et que grande confusion Parmy Pangloise Nation.
115 Mais ce n'est pas là tout encore Ce que cette namme dévore ; Allons vers l'Estian de la Mer, Que nous pouvons Rive nommer.
Apres que sa flamme subtile
ijo Eut brûlé dix parts de la Ville , D'onze que l'on y peut compter ; Apres avoir tout fait peter.
Durant ces mortelles angoisses , En quaire-vîngt quatre Partûsse* ;
ijj Apres avoir encor brûlé Des lieux dont j'ay déjà j)arlé , Assommé de nulle manières Dix mille âmes fiûsant prières ( Car tàea dévoyés sont ceuz-U
140 Qui point ne prient en ce temps4à) ; Apres avoir en£n fait rage , U vint encor sur le rivage , Non content de tant de maisons , Brûler les huches à pMSsons ,
145 Et consumer & faut fondre Une moitié du Pont de Londre.
Que vous dlray-je , Mousbioneos ?
Tout y pleuroit , sur mon honneur, Tout V nurïoit , s'il but le dire ,
ijoCar pleurer ne sçauroit suffire.
Tout gemissoît à haute vois , Fors un malotru poSte Anglois Qui , n'y perdant aucune affaire [Car poëte n'a rien d'ordinaire ] ,
15; Regardoit fort tranquillement
Les effets de l'embrasement ,
Et mesme eu tiroit avec joye
. Une idée du feu de Troye.
Une chose luy sonnoit mal :
i6a Que point n'estoît de grand cheval Qui rendit , dans cette défaite , Son idée un peu plus parfùte.
Mais , de voir cela sans ennuy.
En est-il de plus grand que luy î
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pai CnAKi.B* KOBIMBT.] Du 3. Octobre 1666.
s d'oD tre»-haut mérite , En ce moment que je médite An tujet dt nu Lettre en Vers , Sot un Peint je suit en balance , j Et, je le jure en conscience , J'ay le pauvre esprit à l'envera.
Je ne açajr ce que je dojr faire , ^ je doy perler ou me faire De ce Desastre Flamboyant ) Où Londre CDCore se consume , Où la Thamise encore fume Et d'épouvante va fuyant.
Mais pourquoy but-il que j'hâte î Ma Musette toute interdite 15 Me prescrit assez mon devoir.
Oui , de l'air qu'elle s*éfarouche Deanu ce M«l-heur qui vous touche, Elle me le fiùt trop sçavoir.
Que d'autrea donc fassent miracle ) A peindre un n triste spectacle ; Qu'ils en lyent k scnn & l'honneur;
Sur un sujet qui vous afflige Et l'un & l'autre je néglif^ Et les leur quite de bon cœur.
ij Mais, que dis-je, 6 charmante Allé vous mesure i ma féblesse [tesse ?
Et je trahis vostre vertu :
Le caur d'une grande Héroïne Tient des Cîeux sa trempe divine
)a Et ne «çauroît estre afaatu.
Rnissant donc mieuic ma Préface,
Je diray que cette Disgrâce N'a pu se peindre en vos bnoz Yeux, Et que , l»illans i l'ordinaire, j; Ils ont servi de preuve claire Que vous estes Fille des Dieux.
Ouy, Lecteurs k qui je m'adresse, L'he^o^ue & rare F
Apprit d'un Front ferme & aerein ,
40 Sans en montrer aucun chagrin , Ce funeste Esclandre de Fl£&c , Qui touche mSme juaqu'i l'ame Des Ennemis plus uritez Et plus justement emportez,
4$ Et permet que ma Narrative Naïvement voua le décrive.
Ecoutez donc : voicy cmnment Arriva cet EmbraseoMnt.
Un BoDiAHon, qui ponveit cuire
50 A mwDdre Feo , l'on peut le dire , L'ayant laissé prendre hors du Four, Il m , pawo , chez luT son tour.
Et , punissant sa n^li^ence , Flamba sa Caie en diligence.
$5 De là , portant de toutes parts Ses Bnûdons, par trop égriUars, De Domicile en Domicile , Cet Elément fort indocile De LoKsttx embrasa les deux Tiers.
60 Mais on soupçonne les QiuQmss , Plus malins que oe Fili de Gouge Qui brûla jadis le Pont-rouge. ' Ou pareils autres Gamemens Dignes d' éternels chfttimens ,
6; D'avoir eu part k l'Incendie; Car, en effet , quo^ que l'on die Que toutes les Maisons d'illec Soient étrétes & de bois sec , Et qu'alors grand nombre estoient [planes
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