‹ Les continuateurs de LoretChapitre 79 sur 217 · XXI. SEMAINE · texte numérisé non relu

XXI. SEMAINE

Du quatorâesme Octobre 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Dîeu-mercy, je n'ay plus la fièvre.

Le coup de pistolet que , d'un air martial ,

Elle vous vît tirer l'autre jour, à cheval , La fit fuir plus vîste qu'un lièvre, L'excellent Moksikub do Moduh , Qui m'en vit le lendemain quitte , A crû toutefois , cher Dauphm ,

Que son secret tout seul avoït causé sa fuite , Et je ne veux pas amoindrir La gloire de ce fameux homme Qui Medeon d'Ahibks se nomme ;

Mais sans le pistollet j'en eusse pû mourir.

Vous fistes grande peur à Mxmak Mareschalle

En luy criant : < a vous I > quand le coup s'entendit.

Gardez de la tuer ; elle est , sans contredit , Une personne sans égale , Et nous chercherions plus d'un an

Devant que de trouver une telle Maman.

Vous estiez , dit-on , bien superbe Sur ce charmant petit cheval

Qui , sous un grand Daokok Msant le Bucephal ,

BC portmliùi^ltmttlXX. Semaint.

.yGOQl^lC

377 '^*' — I>u 14. Octobre 1666 (Sobliont). 378

N'estoit <^u'ua pied plus haut que l'herbe. Voua bisiez encor des leçons Touchant vos pistolets, qui plaisoient à merveilles, 15 Et disiez qu'un cheval , outre ceux des arçons ,

PouToit commodément en porter aux oreilles. C'estoit bien faire honte aux Escuyers fameux Qui n'avoient pu trouver ce secret d'importance i Allez , Mon Princg , avant qu'il soit un an ou deux , 30 Vous en verrez la mode en France.

Mais parlons du Papa , le meilleilr de nos Rois.

BsMSERASE est en vogue , Prwce ;

Le Sonnet qu'il fit autre-fois

Passe de Province en Province

Et jusques, diez ses Envieux ,

A toute heure on a'y fait qu'entendre : « Ah I NOUS NE sçavions pas que le Roy fut si tkndbb ; » Quel Tkesor v'sn-tx pas pouk tous les lUL-HEnREOZ î »

Sçavez-vous pour quelle avanture

Je fais cette digression ?

LoinB estoit allé voir Ta Manuhcture

Des Points de nôtre Nation ;

On luy vint donner un mémoire

De plusieurs pauvres Prisonniers

Détenus pour quelques deniers

Dans la Prisom de sainct Magloike ;

Son coeur Royal en fut touché

Et , laissant agir sa tendresse , Paye le créancier, qui se désintéresse , Et veut que chacun d'eux soit soudain relâché.

Premier Président de Thoclousb , BsHTHiE» DE Mont-rave , où gis-tu ?

Ta prompte mort fut bien jalouse Du plaisir qu'à présent ta grande Ame auroit eu. f f On m'a dit mille fois le présage admirable

Que tu fis, estant à la Cour , Dés que tu sceus l'heure & le jour QU'estoit né ce Monarque aimable.

Ravy dans l'estaze à demy, 60 J'ay sceu cent fois qu'on t'ouït dire

A I'Abbâ Lucas , ton Amy, ^ Que , quand le grand Locis seroit né sans Emfnre ,

La force de son Ascendant, Qui dans le plein midy luy fit voir la lumière . 6j Par un destin tout évident ,

L'auroit couronné Roy d'une ou d'autre manière. Tu verrois maintenant ses qualitez de Roy Qui n'estoienC que dans ton idée ;

ti-96 Cm te virt t«t Mpfrimàt dmu BC.

.yGOQl^lC

379 >83> — Du 14. Octobre 1666 (Subuont).

Tu verrais par luy seul U tfrre ponedée , ;a Car c'est la posséder que d'en estre l'effroy;

Tu pubUerois encor qu'enfin sa desûo^ Seroit telleoient eachaisnéc A des bon-heurs perpétuels Que , quand il pourroit mesme éprouver quelque 0 75 U tireroit dequoy s'agrandir d'avantage

Des desordres les plus cruels.

Mais vous demandez des nouvelles.

Je le voy bien , Dacphin charmant ; Encore , de grâce , un moment 80 Et vous en apprendrez de belles.

Laissez moy dire encore & nos Peuples François Ce que je croy leur devoir dire.

Patience pour quelques mois , Peuples , & vous serez sous un fort doux fjapire

8) Louis est fier, jeune, vaîUaat.

Actif, robuste, vigilant.

Pénétrant &. grand Politique ;

Il aime l'honneur & s'en pique , II est puissant & tres-beuicux .

9a Ilest juste, bon, généreux.

Et nous venons mesibe d'appreodie Qu'aux mal-heureux son cour eat tendre : Sous un semblable Potentat On doit avoir ce qu'on souhaite.

9) Laissez-le guérir vostre Estât,

Vous sçaurez ce que c'est qu'une saoté parfoite.

Vous a-t'on dit . Dadpkin charmant .

Que , cette dernière semaine , Le fier Gendanne Trois Fontaine too Eut sa grâce assez radaiomeot?

Comme le Prévost des Geod'armes Alloit le dégrader des annea . Pour l'exiler, coofisrmdmeot A l'Arrest prononcé de son bannissement , ■«5 Arriva Monsibok dk u Saia ,

Sujet tres-innocent de ce qui s'estoit fait, ,

Qui luy dit que le Rot, par sa bonté Rotalk . Luy faisoit grâce tout-ft-fait.

Quelque temps après , le RoT mesme ' 1 10 Luy vint dire luy-mesme aussi

Que ce brave la Salb , avec instance extrême, L'avoit cent fois prié de la luy faire ainsi : Qu'il luy devoit toute sa grâce , Et qu'au reste U reprit sa place , iij Adjoustant ces mots : < va, skbs hoy,

> Et croy qub i'aurat sois de tôt. »

L'envie ne fût pas mon vice

97^ jI CïU tàt dit lufBnmincnt. | On m'ipprend que , ctttc M

i8a. — Du 14. Ooobre t66û (Subugny).

Et je V3J tam nfftn Tiou Fontains content ; Mais je voudrois. sans préjudice , Que le Roy m'en eut oit autuu.

On dît qu'une aimable Personne ,

Dont le mal va voua âllanner, Partit ces jours passes pour aller & la Mer :

C'est la CoKiBssB de Vivomke.

Elle est de ces femmes sans pris Qui choississent plutost , dans le siècle où nous sommes ,

D'aimer des chiens que d'autres hommes.

En l'absence de leurs Maris.

Elle en aimoit un à l'extrême ,

Qu'elle mitonnoit dans son lit

Avec plus de soin qp'elle-meame ,

Et cet enragé la mordit.

En vérité , Dauphin , l'on ne sçait comment faire :

Aimez un homme , il peut changer ;

Un chien vous peut mettre en danger ; Et , de quelque &^n qu'on fasse cette anaire ,

On court nsque d'en enrafter.

Rien n'est plus vny, sur ma parole ,

Et voicj l'exemple tout frais

De l'illustre Anna Bokarollb , Qui , peut-estre , en enrage à présent pour jamais. Je voua parle , DAUPinN , d'une Vtmmmn Qu'on pouvoit appellcr une aimable Chrestieane

Kt dont les jreus, à tout moment ,

Prenoient un cceur très hardiment. '

Elle estoit Noble de Vemise ,

Quant aux eacus femme de tùen ;

Quant au reste , je n'en dts rien , A cause qu'un Galant luy donnoit sa chemise.

On dit qu'elle aimoit ce Galant ,

Et mesme d'un feu noient Et tel qu'enfin le veut Venise ou I'Itaub,

Où , n'estant pas des plus permn

De feire impunément folie , On aime ainsi , dît-on, ceux qu'on s'est fait amis ; Encor ce que je dis n'«tt-il que pour les femmes ,

Car pour les hommes, Dieu-mercy, Y pouvant sans péril se prendre on d'autre fiâmes , Ils y sont inconauns autant ou plus qu'icy,

Celuy dont je parle , le ^uve.

Il fut inconstant , & si bien ,

Qu'Anna n'estant pas à l'épreuve

D'uD changement tel que le sien , Elle en cacha si mal sa haine & sa colère

DiglizedbvGoOglC

i8i. — Du 14. Octobre lG66 (Sobiaïnt). 384

Que le sismt Bonarolu apprit toute Tafiaire. On se doute , je croy, de ce qu'il fit après ; Il choisit un poignard ou le fit faire exprés , Et dans le sein dolent de sa femme inndelle

Fit une blessure mortelle.

Ce procédé seroit condamnable à Paris ,

On y plaindroit fort cette Dame ; Mais , comme dans Venise il sied bien aux Maris , On n'y dit rien , sinon : « Dieu veuille avcùr son ame I »

Ailleurs tous les Venitibms

Ne tuent pas ainsi leurs femmes ,

Mais plutost jettent feux &. fiâmes A battre en leur pa!!s les Tîntes comme des chiens.

Cette Nation tres-damnée ,

Estant âere dans laT^ANKÊE

D'avoir veu le siège levé

De devant la Nedpve-Cakdib ,

Et par un secours arrivé

Se rendant deux fois plus hardie ,

Entreprit , dit-on . un beau jour

D'attaquer la Vikills à son tour.

On l'y receut de bonne grâce

Avec grande joye & bon feu ,

Et si bon que, n'estant pas jeu , On y coucha du moins mille Turcs sur la place ,

Y tuant encor à plaisir

Un des Neveux du Grand Visut.

Un autre que moy pourroit dire

Que ce grand Visœ , prenadt feu En apprenant la Mort de Monsieur son Neveu ,

Aura beau sujet de maudire ;

Mais j'ayme mieux n'avancer rien.

Pour peu qu'un Turc ait d'opulence , , Il luy tiaist je ne sçay combien

De Neveux de cette importance ;

Et , comme il faudroit du loisir Pour connoistre une graine en tant de gens féconde ,

Peut-estre que le granu Visir'

N'a jamais sceu qu'il fut au monde.

Ce grand Ottoman est toujours

A Thbbes, avec son armée ,

Et mainte Ville est allumée , Ne sçachant en quel lieu ce torrent prendra cours.

On ne sçait si la Oauiattb ,

Si Ceriqo , Ckpkalonœ ,

Ou Zante en doit estre l'Objet.

Douze mille Chevaux font sa Cavailerie , Vingt & deux mille Turcs forment l'Infanterie Et doivent en tout cas commencer le Projet.

n.i,z.dbvGoOi^lc

iSs. — Du 14. Octobre 1666 (Sdbuohy], 386

Au reste , j'ay sceu la Nouvelle Que l'Amiral Rottek , incommodé de l'Eau

Qui rend sa langueur plus cruelle , Partit pour Amsterdam , de la Meuse, en bateau.

Les EsTATs ont mis en sa place

Le Pensionnajrb db Wrr ,

Sous lequel la Flotte obéît

Jusques au jour qu'elle repasse.

Elle tient encore les Sots ,

Et ta Flotte de I'Angleiïrre , Qui , malgré le mal-heur qui se mesle en sa guerre , Met encor son espoir en ses bons Matelots ,

Plus fiere que ses infortunes ,

Veut sortir encor de ses Dunes.

Je luy conseille , toutefois , De retourner plutost au fond de la Tamise Jusqu'à ce que sa Ville en estât se soJt mise De fa remenre en Mer une seconde fois ,

Car, dans un destin si funeste , Elle feroit tres-mal de jouer de son reste.

Je finis & ne dy plus rien ,

Sinon que Brème est assiégée ,

Mais qu'elle se dépendra bien

Avant que W^rangel l'ait rangée.

Et qu'on dit que , dans peu de jours ,

Elle attend un puissant secours.

Adieu donc , Dauphin que j'adore ; Mon sang s'échauffe en écrivant , Et je craindrois au'en poursuivant ' Ma Fièvre ne revint encore

DE SUBLIGNY

M caim Je la rut Dn^ùut , itvmU U Pua-maif. Jvtc PHvtlip

Extuaict du Privilège du Roy.

Par Lettres Patentes du Roy signées & scellées du grand Sceau de cire jaune, en datte du quatorziesme Avril 1666 , il est permis {yoy. tome l, col. po;.]

116 Cévnm. Jmu BC ■ i U lignaturt it l'auteur, fadriui du Ubrairi il

itl A Dcnou* qui. fExtTtia Au ?rii\\eft ne le Irauveut qut daus A . —

I B C plactn: ici lu date

(A La Muw de Caur 1666 (voy. tome i. col. 909) pp. 165-171. A U MuK DtupbÎDC 1667 — iBj-191.

C Li MuM Dw^in* iMS — iS} 191.)

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LETTRE EN VERS A MADAMi

[Pa« CHAtti.it ROBINET.]

Du 17. Octobre 1666.

Objet brillant & glorieux Pour qui je fais rouler la Presse , Je doi préparer vôtre Altesse A prendre tout son Sérieux .

Car je débute , en cette Epltre.

Certainement par un Chapitre Qui sera plein de gravité.

Mais je suis prié de le mettre , Et m£me l'on a crû ^ue vôtre IHeté

Le pourroit bien permettre.

Madame , je n'en doute point ,

Je n'ay nule peine à le croire

Et je sçai que vous faites gloire

De vous signaler sur ce Point ;

Mais je dis , moy, que ces Matières

Ne sont nulement Gazetiéres

Et qu'on doit les traiter ailleurs.

Nonobstant pourtant tout scrupule , Et quoi qu'en puissent dire & maints & maintt Lecteurs , La i^ose va passer sans plus long Préambule.

A Rors , au Climat des Picards , Qui la plusiKirt sont de francs Gars , Et de Conscience sans fraude, Hors-mis qu'ils ont la teste chaude , 15 Un Soldat de la Garkison Etant, ce dit-on, sans raison Condamné , par un fScheux rôle , De ^re en 1 Air la capriole , iduw Une Dahe de probité ^ Et d'une haute pieté ,

Bien instruite de son Affaire , Lui fit prendre le Scapulairb , Dont l'on ne peut trop la louer.

Et l'obligea de se vouer, )j Tenantlors en sa main un Cierge , . Avec confiance k la Vibrqe.

En suite , cet Infortuné Sans grftcfl au Supplice est mené ,

Et le CAaNiFBX , certe habile

40 Autant qu'aucun d'une autre Ville , Fait si bien sur lui son devoir Que mort à tous il le fait voir.

De plus , le pauvre Corps demeure Au Bois funeste plus d'une heure ,

4) Tandis que , pour entièrement Exécuter son Jugement, On s'en va quenr une Claye (Cette circonstance est tres-vraye ) Pour le traîner par la Cité

50 En Duéliste détesté , Puis le jetter à la Voirie, Où finit la Cérémonie.

Néantmoins , trois heures après , Quelques Soldats allans exprés

$5 Pour lui donner la Sépulture ( O la menreîlleuae Avanture I)

i83. — Ou 17. Octobre

Apperçofvent dans ce momest Encore en Lui du mouvement , Et , dedans le plus proche Gute

6oLe portans ensemble au plus viste , II n est pas li ù-^ôt saigné Qu'à la Vie il est ramené ; Et, dés le lendemain , Dihanchk, Ayant pris sa Chemise blanche ,

6$ 11 fut à la Messe , en santé , Comme si de rien ii'eust esté.

Chacun là dessus l'apostrophe.

Notaire, Avocat, Philosophe, Officier, Soldat & Bourgeois ,

70 L'interroge cent & cent fois ,

DiXini Et, lut , répond que nôtre Dame,

°™" Que toujours depuis il reclSme ,

Etant entrée en sa Prison ,

Comme il étoit en Oraison

7j Et revêtu du Scapulaire , L'avoit, d'une voii haute & claire , Asseuré qu'il n'en mourroit point. * On dît même que, sur ce Pomt , Dont je croî que le Prêche endesve, ^tSSt ^ Pr£uts d'AniBHs & Glahdksve J|]p-D»- L'ont exactement entendu , "a^ Et le Miracle recoonu.

On écrit eacor . de Coxbts , Qu'un épouvantable Incendie ,

S} Qui s'en «lloit mettre en Tisons D'un bout à l'autre les Maisons , S'étoit éteint aussi, n'aguére.

Par ta Vertu du Schpolaire Qu'un Soldat de cette Crré

9oAvoit dans les â&mes jette , Et qui fut , après l'Avanture , Retrouvé mêmes en nature.

Je le croy, mais le croîra-t'on Chez nos Messieurs de Charentoh

9) Et parmi nos fortes Cervelles 7 Diable-sot , ouida , bagatelles !

Mais, à propos d'embrasement.

On va travailler promtement ( De cela je puis vous répondre )

looA remettre sur les pieds Lonsre , Et bien plus belle , en vérité , Qu'elle n'a point encor été.

Tout sera de Pierre & de Bricjue , Tant pour faire i tel Feu la nique

105 Que pour la pompe & pour l'éclat ,

1666 (RoBiMKr). 390

Et c'est de quoi l'on fait état Dans une tres-ample Ordonnance , Oti parêt beaucoup de prudance , Ainsi que beaucoup de bonté , De I'Anguclne Majesté Pour ses Peuples, dans leur desastre, Qu'on attribue 6 ce faux Astre , A ce grand Com^e dsrnibk , Dont l'Aspect flamboyant & 6er Lorgnoitplus qu'aucune autre Terre Tout le Canton de l'ANâLETEtuiK.

Quoi qu'il en soit , je suis d'avis ( Et de bon cœur ceci je dis ] Que , pour r'édifier & l'aise Cette Ville qu'on void en braise Et pour en mieux trouver les frais , L'Anglois fasse avec nous la Paix , Y compris , afin qu'on l'entende , Nos chers Aluez de Houmdb.

Mais , sur ce , j'entends certain bruïl Qui , bonne foy, me réjouit; Oui , j'en tire un aimable augure Qu'on pourra cette Paix conclure Et que , cessans d'être Ennemis , Nous vivrons enfin bons Amis.

A regret je vais vous apprendre Qu'une Belle à rendre un Cœur ten- Fut-il Turc ou je ne sçai Qui [dre ,

t C'est la Duchesse de Cr^ui , ^^ )e tant de doux Appas pourvue ),

Est des Eaux tres-mal revenue .

Avec ce Mal des plus malins "vSS?

Lequel déteint les plus beauxTeints.

Quelle funeste CompagDÎe I 140 A quoi, dites-moy, je vous prie,

Pcnsicz-vous lors , beau petit Dreo ,

Qui la suiviez en chaque Lieu ,

D'avoir laissé libre passage

A ce Mal sur son beau Visage î i4jAhl du moins, mon petit Amour.

Si vous voulez plaire à la Coua ,

Prenez garde que rien ne reste

De ce Mal cruel & funeste ;

Défendez-en sur tout ses Yeux , i;o Où vôtre Feu brilloit des mieux.

En Ami , je vous le conseille ,

Comme aussi sa Bouche vermeille

Et si petite que rien plus ;

Enfin , sans discours superflus , 155 Défendez-en tout son Visage ,

Ou l'on fera contre voua rage ,

■83. — Du 17. Octobre 1666 (Rosinbt).

S'il lui manque uu seul des Appas Qu'elle eut avant ce fScheux cas , Et s'il but que l'on dise d'Elle i£o Qu'auparavant Elle étoit Belle.

Mûa partageons nôtre Soucy :

J'en dots une partie aussi Au beau Chevauer de Lokraihe , Qu'on m'a dit 6tre en mëoae peine.

165 Ha ] quelle Disgrâce pour Luy I Quel Déplaisir & quel Ennuy, S'il faut qu'après sa Maladie On chante la Palinodie , uinu Et que I'Apollon de la Codk , uanda Quî doone Bux Vers un si beau tour. En fasse en sa noble Ecriture Une moins âateuse Peinture I Mais si la chose arrive enfin , Plusieurs rendront grâce au Destin

175 D'une telle Métamorphose, Et vous en devinez la cause.

C'est qu'il faisoit trop de Jaloua , Et que , tant Galans comme Epous, N'étoyent jamais en asseurance

180 Contre son aimable înâuance.

En foule ^ennent les Mal-heurs Et les tristes Sujets de Pleurs.

J'en vais dire un dont je frissonne :

C'est que Madame de Vivonne

1S5 A vu son beau Corps outragé Par son petit Chien enragé .

Si que la belle Désolée Est à la Mer bien viste allée Pour y plonger tous ses Appas

190 Et se gsrentir d'un Trépas, Des Trépas le plus redoutable , Ainsi que le plus éfroyable.

Les Dieux l'en gardent par bonté Et veillent qu'en pleine Santé,

195 Pour nous épargner bien des larmes, Ayant à nud montré ses Charmes Aux NÉRÉÏDEs & TarroNS , Promptement nous la revoyons 1

L'autre Jour, ndtre belle Retne , soo Dans le Petit Parc de Vincennb Ayant assamblé les Beadtez Qui sont toujours a ses cotez , Les fit danser sur les Fleurettes ,

Au Concert des douces Muzettes , ao; Et la charmante de Tonssi , voai

Déjà de maints Cœurs le Souci , !î uuï De ses beaux Pieds fit des Merveille8"'^JJ^ Qui passèrent pour nompareilles.

Jugez ce que ne feront pas iioSes Yeux & ses autres Appas.

Hier, nos deux PoRTz-CooROMHKt.

Qui sont d'admirables Personnes , Prirent ensemble le Chemin De leur Chatead de Saint-Gerkaim , 5 Et Monsieur avecque Madame , Bien assortis de Corps & d'Ame , Vinrent ici dans leur Palais , Où bien-tôt les voir je m'en vais.

Un certain Collectbiir de Taillr,

iio Ayant Femme de belle taille Et de visage assez mignon , En étoit Jalons tout de bon , Comme un Gueux l'est de sa Besace, La suivant par tout à la trace.

ii; Néantmoins I'Officibr fiscal , Féru de cet Objet rural , Lui poussant par fois des Fleurettes, Fit tant dedans ses amourettes Qu'elle voulut bien , par pitié ,

»y> De son mal prendre la moitié Et sou^r, en cette Avanture .

Qu'ensemble ils en fissent la Cure. Mais , désirans , d'un soin pareil , Poser le premier Appareil ,

1J5 D'un Onguent, non miton-mitaine, Aîns excellent , chose certaine , Pour la Brûlure de l'Amour, Il se passa maint & maint jour Sans que Madame la Fortune

140 A leur dessein fot opportune ,

L'Epous, plus clair-voyant qu'AROUS Avec tous ses cent yeux aigus , Empeschant, par sa Vigilance , Qu'ils entrassent en Conférance.

S4J Mais enfin l'Officier fiscal ,

Ne pouvant plus souffrir son mal , Qu'un si long-temps rendoit «trê- S'evisa de ce Stratagème. [me,

A minuit', l'Amoureux menteur

ajoVa heurter chez le Collecteur Et finement luy foit entendre

i83. — Du 17. Octobre 1666 (Robinbt).

Qu'un Tel & desseia de le prendre , El ce Tel est l'un des Huissiers Chargez de foire Prisonniers

ijj Ceux qu'on employé à la Collecte, A qui leur Race est fort suspecte.

Le pauvre Diable épouvante , Croyant que c'est la vériti , Sans croupir au Lit davantage ,

160 Déniche viste du Village , Un pied nud & l'autre chaussé , Et presqu'à demi trépassé , Tant il craint de jouer le rôle D'un Homme logé dans la Geôle.

16; Cependant , le Donneur d'avis Et la Collectrice , ravis De pouvoir commancer leur Cure , Y travûllent selon Nature , [mieux; N'en doutez point, tout de leur

17-, Mais , foin I le Destin , envieux Des plaisirs naîssans de ce Couple , Au doux Manège alors si souple , Ne les laisse guère durer.

Et les en vient ainsi sevrer.

17} Le susdit Sergent de la Taille , Avant toute nuit fait gogaiUe , S avise , dans sa belle humeur ,

D'aller chercher le Collecteur, Deux heures avant que 1' Aurore

iBo Eust fait le Point du Jour éclore , Afin de ne le manquer pas.

11 y va donc tout de ce pas , Et d'abord , avec sa Cohorte , Ayant mis bas la foible Porte ,

38j Tout de plein-pied s'avance au Lit Et du Vice-Epous se saisit.

Le Gaillard a beau se défendre Et lui faire le Cas entendre , Comme de Nuit tous Chats sont gris,

390 Pour Dupe à son tour il est pris , Et , sans qu'on lui fasse de grâce , Pour s'être ainsi mis en la place Du pauvre comu Colleaeur, Il faut que de belle hauteur

19) Il paye ] dont bien on le rAille ) Son Plaisir furtif & la Taille, A cet effet , il est , dit-on , Encor coSté dans la Prison , Où contre qui voudra je gage

joo Qu'il a bien changé de langage , Et qu'il n'y dît pas , comme nous ,

Que LE* PUISnS DÉROBEZ SONT BIKK DOCS.

Celui qui m'est permis , d'écrire à ma Princesse , Me comble tous les jours de gloire & de liesse.

J'ay fait cette Légende , en remuant les doigts , Justement au milieu du dixième des Mois.

^ Parii, CJuf F. Mmfa. né ii la Harfi, u: (Bibliet. i

irùi RoU. Avte PriviUit d» Rtf.

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LA MUSE DE LA COUR

[Par PERDOU m SUBUCNY.J

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