‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 136 sur 247 · L'HERMITE · texte numérisé non relu

L'HERMITE

Un de ces vagabonds Hermites

aao Qui font si bien les Chatemites Et passent l'Espiègle en bons tours.

Estant venu les derniers jours Près cette Ville , en un Village Où l'on festoit le Patronage ,

215 Et sçachant que chez le Curé Tout étoit des mieux préparé Pour traiter bonne Compagnie .

Au bout de la Cérémonie , Se propose très-bien & beau

330 De prendre sa part au Cadeau Et d'en tirer ou Pied ou Aile Par une ruse assez nouvelle.

Chacun étant lors au Sermon Que faisoit donc du Saint Patron

335 Un CoRDELiER ambulatoire, Qu'admirôit son bel Auditoire , Celuy-ci va chez le Pasteur En guise du Prédicateur, Et dit au Valet qu'il rencontre

a4oQue tout à l'instant il luy montre L'endroit où Monsieur le Curé Loge son Cidre & son Poiré , Pour rafraîchir un peu sa langue Toute sèche de sa Harangue.

M5 Le Valet , sotement séduit , Prend un erand Pot ; il le conduit.

Luy, qui de saints Propos le berce , Ayant tasté du Cidre en Perce , Dit qu'on voit bien à la Couleur

a5oQue ce n'est pas là le meilleur, Et , pour exécuter sa pièce , Il vous en perce une autre Pièce.

ao5. — Do 9. Janvier 1667 (Robimbt).

Mais , si-tôt qu'il en a goûté , Faisant encor le dégoûté ,

^55 Branle la Teste , crache , tousse Et luy fait mettre au trou le poulce , Tancus aue , d'une habile main , Il perce le Tonneau voisin Et vous en tire Tasse pleine ,

^^ Dont il rafraîchit sa Bedaine.

En suite , tenant le Foret :

€ Ah 1 je n'ay point fait de fosset • » Ce dit le franc Fourbe d'Hermite ; € Mettes-là l'autre poulce vite , ^a^5 » Et j'en vais faire promtement. » Mais , au lieu de ce , prestement Il emporte le Poulet d'Inde Qu'on destinoit à faire Brinde « Avec TEclanche , l'Aloyau

370 Et mêmes iusques au Gâteau , Sans rien laisser pour le Convive.

Alors le vray Prescheur arrive , Qui fortement entend crier

Le Valet du fonds du Cellier ;

^75 II y court & le pauvre Hère , Ne démêlant pas le bon Père D'avec cduy qui l'a duppé.

Pour être trop préoccupé , L'apostrophe avec mainte injure.

^o L'autre , le voyant en posture Fort plaisante à s'imaginer.

N'a pas de peine à deviner Que c'est le Tour d'un faux Hennite Et luy fait des Fossets bien vite ,

2S5 Tancus que le pauvre Garçon Luy dit la Pièce tout du long.

Là-dessus , la Grand'Messe dite .

Le Curé s'en revient au Gite , Avec ceux qvi'il a semonnez ,

990 Lesquels sont tous moult étonnes De voir, par le Fil de l'Histoire , Qu'on leur a laissé dequoy boire .

Mais qu'Us sortiront de Léans Sans nul besoin de Cure-dents.

Madame , c'est assez écrire ; Je m'en vais dorre mon Cornet , Car, si je vous fûsois trop lire , On pourroit m'appeller un plaisant Robynet.

Je fis ceci deux jours après l'Epiphanie , Où l'on fait des Gâteaux la bachique harmonie.

A Paru, Chix F. Muguet, rue de U Harpe, amc trois Rois, Avte Priwlige du Roy,

(Biblioth. nat., Lc^, 33. Réf. — Biblioth. Maurioc, 396. A^

— Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 1 1803.

^ Biblioth. de M. le baron James de Rothschild)

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LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charlbs R0BIN£T.]

Du 16. Janvier 1667.

Que le Froid rigoureux change les Eaux en Marbres, Qu'il fasse des Jardins mourir les tendres Fleurs , Que de Feuillages verds il dépouille les Arbres Et que du Dieu du Jour il glace les Chaleurs ; Que même » s'il se peut , il éteigne les Fiâmes Que le fils de Cypns allume dans les Ames , Et qu'au Centre du Cœur il gèle les Soupirs , Son austère rigueur sur mon Devoir est vaine : Il faut que pour Madame il cède à mes Désirs Et qu'eue ait malgré luy les Tributs de ma Veine.

Si, dans ma Lettre prétérite , On a leu que le Moscovite Préféroit aux douteux Explois La Paix avec le Polonois ,

'5 C'est, Lectew, qu'on a, par méprise, Une Rime pour l'autre prise.

En laissant passer Polonois En la place de Suédois; Et, comme Historien fidèle,

«Pour la vérité plein de zèle, Je veux bien vous en avertir.

Car, pour ne vous en point mentir, A peine croit-on qu'une Trêve, Quelle qu'elle soit, longue ou brève,

vSe pmsse fidre à cette fois Entre le Peuple Polonois Et ce fînet de Moscovite, Qui ne va vraiment pas si vîte , Crojant, comme ailleurs je l'ay dit,

}o Tirer un notable Profit De cette intestine Bellone Qui trouble encor cette Couronne.

Sa DiÉn» héUsI rien ne produit Que du grabuge & que du bruit ^^ Après des Jours plus de Trentaine, Et Ton croit, pour chose certaine •

Qu'elle pourra se terminer

Sans (|u on vove par là borner

Les tristes Mal-heurs du Sarmarthe, pokmois 40 Qui du repos plus ne se flate.

Les Mutins , reprenans l'essor.

Vont réveiller le Chat qui dort

Et tâchent d'échaufer r Armée,

Qui tant soit peu s'étoit calmée , 45 Pour la faire rentrer, dit-on ,

Dans la Confédération.

Ainsi vainement l'on besogne

A pacifier la Pologne,

Et c'est , sans aucune vertu , 50 Ressembler au Cognb-Fé^u.

Le Suédois, trouvant aux Armes Tous ses plaisirs & tous ses charmes.

Comme Amateur des beaux Emplois, Est demeuré sous le Hamois ,

55 Depuis son grand Blocus de Brème, Et les Nouvelles disent même Que son Conétable Vrangel , Qui ne craint ni Gel ni Dégel, A receu ordre en bonne forme

^ De ne faire aucune Réforme Des preux & des hardis Soudars

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