‹ Les continuateurs de Loret. Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autresChapitre 144 sur 247 · Du 6. Février 1667 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 6. Février 1667 (Robinet

En un Equipage brillant ,

Faisoyent la plus belle partie.

150 Et certes la mieux assortie

De tout ce qui venoit après.

Or cet Ebat, qu'on prit au frais.

Fut suivi d'un Bal d'importance ,

Où juste parut la Cadance '5$ Du noble Couple couronné ,

Et ce Bal fiit assaisonné

D'un très délicieux Régale

Qu'on servit à l'Impériale.

Hé bien ! dites, mon cher Lecteur, »^ L'entend- il ce brave Empereur,

Et peut-il de meilleure sorte

Réjouir sa noble Consorte .

Faisant, pour tout dire, entre-nous.

Si bien tous les Devoirs d'Epous , '^ Qu'on publie avec alaigresse

Déjà dans Vienne sa Grossesse.

Je brûle de dire à mon tour Que , dedans la Papale Cour , Le Duc de Chaune & la Duchesse

'7^ Reçoivent des honneurs sans cesse Qui font voir de belle hauteur Combien ce Sage Ambassadeur Sçait faire estimer sa Personne Au grand Porte-Triple-Couronne

'75 Et par toute cette Cité Où régente sa Sainteté. [cle

Vous avez sceu comme à son Cer- ( Et laissons-là la Rime en erde) Il accueillit dernièrement

'^La Duchesse honorablement , Et, rayant au sortir bénie Avec grande Cérémonie , Il la régala d'un Jésus Qui sembloit un naissant Crésus ,

'*5Tant sa Crécbe étoit enrichie.

Et puis, dans une Galerie , Lui fit , avec profusion , Présenter la Collation.

Après cela jugez voUs-même

■90 Si de I'Alexandre Septième Notre excellent Ambassadeur N'a pas gagné le fonds du Coeur.

Un bruit de Paix court en Campa- Du Portugal avec 1' Espagne , [gne , '^ Mais ce n*est qu'un aliment creux Pour le Cerveau des Curieux ,

152 aui frais.

A qui , pour de bonnes Nouvelles , On débite des bagatelles.

A Brest, au Pays des Bretons ,

200 On ne parle que de Tiutons ,

Que de Tridents , que de Neptunes, De Lys , de Fleurons , de Fortunes .

Et c'est à dire de Vaisseaux Dont voila les noms baptismaux ,

205 Que nôtre Héros maritime , Si digne de gloire & d'estime, Sçavoir Tillustre de Beaufort, Fait là construire dans le Port , Avecque tant de vigilance ,

2ioEt même tant d'expériance.

Qu'on s'en promet avec raison , En la Printaniére Saison , [Monde Grand nombre des plus beaux du Et qu'on ait encor vus sur l'Onde.

315 Ainsi, montez d'Hommes fort bons Et de quantité de Canons , Comme ils le seront sans nul doute , Quelque part qu'ils prennent leur

[route , Sous leur vaillant & |>rave Chef,

220 Ils feront des Progrés en bref.

Mais je voudroisc^u'en Angleterre, Voyant cet Appareil de Guerre .

On embrassât viste la Padc :

Ce seront toujours mes souhais ,

*a5 Et qu'entre-nous il ne s'exerce Désormais qu'un heureux Commerce.

Cependant Messieurs les Anglois Epreuvent toujours des François Les Armes , envers eux fatales ,

230 Dans les Indes Occidentales.

Le dix de Novembre dernier, Ces Affriolez de Laurier , De bonne guerre & sans intrigue , Leur otèrent I'Isle d'Antigue

255 Et depuis , tout à leur gogo , Ont pris celle de Tabago Et mêment de Saint Eustache ; Mais c'est tout aussi , que je sçache.

U n Bruit couroit ces derniers Jours, 240 Qui n'a plus maintenant de cours , Que de la Parque tyrannique La jeune Rbynb BRrrANiQUE

aïo. — Du 6. Février 1667 (Robinet).

Avoit senti le mortel Dard , [part.

Dont ne nous couvre aucun Retn-

M5 ' Son Mal, qui vcnoit cI'Ordinaire , Petit à petit , dégénère , Si que dans f>eu sa Majesté Aura sa pristine Santé Et pourra bien , par avanture ,

250 Au gré de Madame Nature , Augmenter par de doux efforts Les Vivants & non pas les Morts.

Jeudy, nôtre adorable Auguste , Où tout est ^and , tout est auguste,

^55 Ayant sans doute dans le Sein Quelque magnanime Dessein , Vint encpr en Campagne unie , Suivant son Martial Génie , Voir les Troupes de sa Maison ,

260 Que Ton croid sans comparaison Et propres à toyte Conqueste , Ayant ce Monarque à leur Teste , Tant Elles ont de fierté A l'aspect de sa Majesté.

265 Mercredy, le Duc de Chbvrsusb , Couronnant sa Flftme amoureuse , Fiança cet Objet charmant Qui de son Cœur étoit Taimant , C'est à sçavoir la Fille Aînée

270 Que Ton tient tout-à-fait bien née , De l'illustre Monsieur- Colbert Qui le Rot si sagement sert, [me»

En même temps , & chez lui-mê- Par un autre bon-heur extrême .

275 Le cher Marquis de Lavardin , Qui ne manaue pas de Dindin , Fiança la belle de Lutnes , PucELLE à lors des plus poupines, Et nôtre admirable Prélat ,

280 Qui fait tout avec tant d*éclat , Fit la belle Cérémonie , Devant nombreuse Compagnie Qui n'étoit toute que de Grands Tant des Amis que des Parans ,

285 Comme vous le voyez en marge .

Et tout du long & tout du large.

De Duo 0t la Duchesse de Loyues. la Docheese de Ckerreaae, la P|iBceese de GnymeDé, le Dao et la Dacbesee de Sonbise, la Doohess^di Fequl^Dl, la Princesse de Bade, le Duo eila Doehesse Masaiin . le Dnoctli Daohesse de Saint Agnan, le ChaooeUer de Pranoe, rBvesqoe dn Miai [ Philibert -Bmmanael de Beaamanolr de Lavardin] et ploslears aoties Fb^ sonnes de marque.

Après, vinst la Collation Qui , sans amplification , Aux'plus belles étoit égale ,

290 Et Lambert, dedans ce Régale , Mêlant un Plat de son Métier, Sceut si noblement marier Sa Voix & son Théorbe ensemble ( Et je croi Touir, ce me semble) ,

295 Que ses Auditeurs ébaudis

Se creurent dans le Paradis. [Ange, Mais en ce Lieu , non plus qu'un Aucun ne boit , aucun ne mange , Au lieu qu'Ici , sur nouveaux frais ,

500 L'on se repût de friands Mets [mes Qu'en un Souper fait dans les Fbr- On servit en mainte Plats énormes ; Pendant quoi divers Instrumens Faisoyent par leurs Accords char-

305 Une excellente Mélodie. [mans

Après , on eut la Comédie , Et lors , étant plus de Minuit , Le Dieu d'Hymen enfin unit Ces deux jeunes & brillons Couples, 310 Aux Loix de I'Amour des plus sou- Qui s'en allèrent prestement [pies .

Chacun en son Appartement Pour exécuter ces Paroles , Qui n*ont point certe été frivoles :

315 CrESOTE , MULTIPUCATE.

Or. pour dire la Vérité , Ils s'en seront tous , que je pense , Ac^uitez en leur, conscience , Voire mêmes comme à l'envî , 32oDequoi , pour moy. je suis ravi. Souhaitons que deux beaux Chefs-

[d'œuvres Dans neuf mois sortent de leurs oro-

[VRBS

Là-dessus je clos mon Ëcrit Et dit Bonjour à l'Héroïne 525 A qui de coeur je le destine ,

CrrsCITI & MULTIPLICATE.

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Et je voudrois qu'il fut digne de son Esprit.

Tel qu'il est , Février étoit au jour cinquième Quand il eut l'Onction extrême.

A Paris , Ou^ F Muguet , rue de h Harpe , aux trois Rois, Avec Frivilège du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Masarine, 296. A^. — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 11802. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Pa» CHAtLES ROBINET]

Du i3. Février 1667.

Je n'oserois me rien promettre :

Mais guoy ? selon que je me sens ,

Je croirois quasi que ma Lettre

Ne sera pas de mauvais sens ;

Qu'on y verra flame & lumière

Et quelque nouvelle manière

Qui chatouillera le Lecteur , Et que , quoi au'on ait dit de mes derniers Ouvrages.

Qu'on dira , de belle hauteur .

Qu'ils doivent tous céder à ces nouvelles Pages.

Toutesfois , je ne veux rien croire .

De crainte de me voir trompé Et puis c|ue , sur ma sote gloire , Je ne sois justement drapé.

Clion , qui me fait bon visage , Peut , comme un Cosaque volage , Me tourner le Dos en chemin.

Ah ! je me dédis donc & croi que mon Epitre De beauté n'aura pas le brin ,

Et qu'on n'y verra pas un passable Chapitre.

Mais je vais faire mon possible Pour empescher un tel mal'heur.

Grands Dieux , qu'il me seroit sensible ! J'en mourrois vraiment de douleur.

Quoy ? j'aurois écrit à Madiame Une fois sans esprit , & sans grâce , & sans flâme ,

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