COUR
De même y receut , au Visage , 160 Ainsi (ju'on le mande, un Outrage, Mais si léger, grâces aux Cieux , Que ce n'est qu'un Coup glorieux.
Lecteur & Lectrice, hé-bien I au'est- Ma Muse est-elle Prophétesser [ce?
165 Vous scavez ce qu'au dernier jour Je pré(fis du Prince d'HARcouR , Et vous voyez , à la huitaine , Cette Prédiction certaine.
A propos de guerriers Explois ,
170 Au grand dépit des Bruxelois, Le fameux IHuncb de Turbnnb , Qui , pource , de nôtre Hypocréne Mérite bien tant soit peu d'eau , En vient de faire un assez beau.
175 Sans s'amuser à la Moutarde , Ayant eu l'avis d'Oudenarde Que l'Espagnol faisoit complot De se retrancher dans Alôt, Place par Nous sur luy gagnée
180 Et puis par Nous abandonnée , Fut vite de ce côté-là , Pour vous les dénicher de-là.
^•P**^** Arrivant îUec , l'onzième ,
Il fit pousser à l'instant même ,
185 Par de fiers & vaillans Dragons , Une Garde vers l'un des Ponts.
Le soir, on ouvrit la Tranchée , Et , le lendemain , la Nichée Dénicha dés le point du Jour,
190 Sans bruit de Trompette & Tambour, Et fut droit conduite à Bruxelle , Pour réjouir Monsieur Castelle.
Au reste , cette Garnison N'étoit pas petite , dit-on ,
195 Car elle étoit de huit cens Hommes, Y compris quelques Gentils- hom- Et, croyant-là passer l'Hyver, [mes, De peur d'être prise sans vert, Elle avoit Plomb & Poudre & Mèche,
300 De la plus fine & la plus sèche ,
Jusques à quatorze milliers , Deux Canons des plus meurtriers, , Du lard , des œufs , des choux , des
[raves , Qu'aiment fort plusieurs de ces Bra-
ao5 Et maints autres Ingrédiens , [ves . Desquels profitèrent nos Gens.
Aprés-quoy, l'on a mis belle-erre Alost à bas , rez pied , rez terre , Afin d'empêcher désormais
110 L'Espagnol i'v nicher jamais.
De CouRCBLLB, en cette rencontre, ^J^'J" De son Courage faisant montre , ruttoarie D'un Mousquet sans discrétion Receut une Contusion.
ai5 De CoAUN , Duc de mérite , [quîte , Pour beaucoup moins s'en trouva Car son Cheval , heureusement , Pour lui fut blessé seulement.
Bbrtillac , en propre personne , J^uwi
aao Y fut maltraité de Bellonne , "otiSï
Mais légèrement, toutefois , Et sans danger pour cette fois ; [dre, Mais Decron, plus que tous à plain- ^'jjjjK"® Par malheur, s'y sentit atteindre ovâes
aa5 D'un coup tout à travers le Corps , Qui l'assigna parmi les Morts.
De-là , Ton fut devers Liquerouk, Près de Bruxblle & non de Bbroub, Se saisir encor d'un Château a^o Fait à l'Antique , & bon & beau , Et qu'on fit, parlant de tout prendre.
Sans coup férir, sur le champ rendre.
[François Mais quoi donc , quoi ? les seiUs Aux Pays-Bas font des Explois ,
335 Et les Ennemis , en extase , Demeurent nichez en leur Case , Sans faire voir, en Gens de cœur, Quelque Echantillon de Valeur?
Non , non , vraiment , de par le
[Diantre ;
340 Et ne faut point que sous le Ventre On aille leur mettre le Feu.
Chût, donc, écoutez-nous un peu, Et vous verrez qu'en conscience Ils se frotent & d'importance.
245 Deux Partis , sortis , pour le vrai ,
aSo. «- Du 24. Septembre 1667 (Robdcbt).
De Valbnobnns & de Cambrai, S'étans joints dedans un Village, Pour enlever sur son Passage , ^°dSsî?* En Corps-Saint, l'Intendant Talon, Htyniut Au retour de Lile , dit-on ,
Où , sans doute , pour (quelque Af- II s'étoit trouvé nécessaire ,- [faire Le Sieur Gouverneur de Bouchaim »
De ce Village-là prochain ,
2^5 Ayant une ferme croyance
Que c'étoient des Troupes de Fran-
Envoya soixante Froteurs [ce ,
Pour très-bien froter ces Messieurs.
Ils viennent & , sans reconétre
a6o Qu'ils sont sujets d'un même Maître, Dessus le Qdi-vtve abusez , A l'instant , en mal-avisez , Se chargent d'une telle sorte Que , selon qu'on nous le raporte ,
265 Du moins quarante & cinq ou six Furent navrez , ou bien occis , Avant qu'ils sceussent leur bévue , Tant • lors , ils a voient la berlue.
Hé bien ? après cette Action ,
270 Pui-je pas dire tout-de-bon
Et sans que l'on s'en fâche en France Qu'ils se frotent , & d'importance ?
Mais en Flandre & par-tout aussi
Nous les frotons, nous, Dieu-merci.
275 Ouy, de Perpignan Ton nous mande.
Dans une gaillarde Légende , Qu'en la Cerdaignb ayans voulu Jetter un guerrier Dévolu * Sur trente deux ou trois Villages ,
280 Assortis de beaux Paysages , Et qui sont à Sa Majesté En vertu du dernier Traité , Le prudent & brave Noaille , Duc qui fait tout sans qu'il piaille ,
285 Envoya réduire à Quu Un Poste appelle Vivia , Presqu'au milieu de ces Vilages , Où seigneurioyent ces mal-sages.
Pour y réussir comme il faut ,
290 II chargea le Sieur de Foucaut De cette entreprise honorable , Et ce Lieutenant, fort capable (Jugez-en par l'Evénement), En treize heures tant seulement ,
895 En fit détaler, sans que j'erre, Soixante Joueurs de Guiterre , Id est Castillans renommez , Compris d'Oficiers Réformez , Comme je pense, une Dixaine ,
300 Avec un vadlant Capitaine , Ou bien fanfaron Capitan , Et je croi que cela s'entend.
Ainsi l'on mit en assurance Tous ces Vilages pour la France ,
305 Et l'on en sevra ces Messieurs , Qui n'ont pas pour eux les Rieurs.
Allez vite , mes Vers , vous fourrer sous la Presse , Attendant le retour de l'une & l'autre Altesse.
Septembre avoit encor six jours Quand de ma Veine ils prirent cours.
A Paris, ehê^ C. Chenautt, /mpr., nu di la Huchette, aux Armes du Roy-
(Biblioth. nat., Lc>, 22, Réf. — Bibliotk. Muarinc, 196A3.)
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LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Cnarlbs ROBINET.]
Du premier Octobre 1667.
Hé bien I nous avons vu nos Altesses Royales. Que de nouveaux Appas Elles ont toutes deux Et qu'on peut bien , Clion , les dire sans égales ,
Et des plus chers Enfans des Dieux !
Qu'il est charmant & qu'elle est Belle I Qu'elle est digne de Luy, comme il est digne d'Elle Et ^ue ce Couple enfin est un Couple parrait I Mais , Ciel , que ce Héros & que cette Héroïne , Recevans nos respects , nous ont fait bonne mine , Et que de leur accueil j'ay l'esprit satisfait I
Ce Philipb , si fier dans les Champs de Bellonne , Dont il sembloit pour lors avoir pris tout le cœur, Humanisant pour nous sa guerrière Personne ,
Me parut remply de douceur ;
Et son Henriette adorable Ne me semble pas moins qu'à l'ordinaire affable Pour l'avoir aproché sous ses Lauriers fameux. Que tant de ^ace donc nous enfle le courage ; Tachons de triomfer en leur rendant hommage , Et de rendre nos Vers , en un mot , dignes d'Ëux.
Monsieur Colbbrt, aussi digne [Homme Qu'il en soit d'icy jusqu'à Rome , Et des plus utiles , je croy, Au Service de nôtre Roy,
a5 Alla n'aguére , prés d'Auxerre , Visiter une sienne Terre , Par une espèce de Campos , Ou de relâche & de repos.
Mais , comme ce rare Ministre
30 (Que Dieu gard de tout cas sinistre 1) Ne laisse perdre aucun moment , Même en son Divertissement , Qui pour l'ordinaire est fort mince , Sans le consacrer à son Prince ,
35 U voulut , agissant ainsi Dans cette Ftomenade aussi , Qu'elle eût encore quelque marque
De son zélé pour le Monarque.
Les Corps donc de cette Cité ,
40 L'ayant chez-luy complimenté , Il sceut si bien , par son langage , En sa Réponse toute sage , Leur représenter les Bontez De la Perle des Majestez
45 Vers les Peuples qui sont sous Elle» Et la Dépense solemnelle Qu'EUe tait si royalement Pour l'entier rétablissement Du Trafic qui par Nous s'exerce ,
50 Chez le Grand Mogor, chez le Perse, Et, pour tout dire, en tous les Lieux Qu'éclaire le Flambeau des Cieux , Comme aussi ses soins & ses cures Touchant tant de Manufactures ,
55 Qu'elle introduit dans son Etat ,
lOÎl
25 1. — Du 1. Octobre 1667 (Robinet],
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Par lesquelles ce Potentat Attire , dans toute la France, Une florissante Abondance Et donne à chacun le moyen
60 D'avoir son Pain quotidien , Par un Employ doux & tranquile Autant qu'honnête , autant qu'utile; Il sceut , di-je» par son discours , Où la douceur régne toujours ,
65 Leur transmettre si bien son zeUe , Digne d'une gloire immortelle , Que ces Corps » dés le lendemain , Pour mériter du SouvBRAm La Bonté , par tout signalée ,
70 Firent une grande Assemblée , Où , par noble Emulation , Outre une Contribution Unanimement résolue, ptrAn Qu'à cinq mil Frans on évalue ,
75 On conclud encore, de plus , De remédier aux Abus Qui se sont glissez-là , je pense , Dans rOuvrage des Points de Fran- D'introduire chez^ux aussi , [ce ;
80 Par un non moins digne soud , Les Serges & les bas de Laine , D'établir Pension certaine En faveur vraiment de tous ceux Qui , d'un Esprit ingénieux ,
85 Trouveront dedans leurs Cervelles Quelques Inventions nouvelles , Et de payer la Taille enfin Pour ceux qui , par un bon Pestin , Etans fécons dans leurs Familles ,
90 Fourniront trois Garçons ou Filles , Pour travailler de leurs dix doigts En quelqu'un des susdits Emplois ; D'où la belle Ville Auxerroise , Et fort peuplée & fort bourgeoise ,
95 Ettend un lustre tout nouveau.
Mais, si son Sort devient plus beau, Elle doit mettre en sa Mémoire , Comme je le mets dans l'Histoire , Qu'elle le doit à cet expert
100 Et nompareil Monsieur Colbert.
Lundv, le Comte de Rouvillb , Jeune , bien-fait , d'humeur civile , Et qui d'ailleurs a des Jaunets , Sans qui les Gen^ sont fort benêts , 105 Epousa , par bonne fortune , La belle Infante de BAthunb »
delà
Fille de ce Défunt Sdcneur Qui fut le Chevalier d Honneur De nôtre auguste & belle RsyNE , [ioQu*icy bien -tôt Dieu nous r'ameine Pour y mieux passer les cours jours; Mais passons à d'autres Discours.
Son Epous , Louis QuATORZiéiiE , L'Honneur certe du Diadème ,
1 15 Et Prince grand Justicier»
N'aguére , au Sieur de BrisaiOEr
A concédé la Survivance
De sa Charge de conséquence ^^
En faveur de son propre Fils ;
laoCe rare Potentat des Lys , Qui fait tout avéque lumière , Témoignant , de cette manière , Qu'ayant de bons & de fins yeux Il a conu de tous les deux
125 Les Services & le mérite.
C'est , sans que du tout je hésite Ni que j'erre , ni peu ni point , Comme je conclus sur ce point.
Sa belle & glorieuse Armée , 1^ De* qui la Dame Renommée Dit maintes choses dans Madrit , Dont l'un est dolent & contrit , Est encore (loin de Dunquerque) En son dernier Camp de Liquerque, 135 Tandis qu'Alôt à bas est mis ; Et , pendant cela , ses Partis S'en vont par-tout batre UEstrade , Donnans Aubade ou Sérénade Aux Portes des Villes & Bourgs 140 Des Espagnols , qui font les sourds,' Ou marmotent leurs Patenôtres , Sans jamais rien répondre aux NÔ-
[trct.
C'est, dit-on, cpxe^ fort sagement,
Ils attendent patiamment 145 Toutes les Forces nécessaires;
Mais ce sont de grandes Affiures ,
Et les Ministres , à Madrit ,
Sur cela perdent leur Eœrit.
Ib vouloient envoyer à Vibniis 150 De leurs Doublons mainte centaine.
Pour y lever des Fantassins ;
Et puis , en cbaagMnt de Desstins,
loSS
a5i. -^ iXi 1. Octobre 1667 (Robinet),
De crainte de s'aller méprendre , Us ont crû qu'ils dévoient attendre 155 Que TEmpereur* premièrement, Eût déclaré son Sentiment Sur cette Affaire d'importance , Qui fort rinquiéte , en conscience.
Cependant, de nôtre Côté •
160 Nôtre brillante Majesté »
Désirant mettre à bout I'Espaonb Dedans la future Campagne, [prêts, Donne ordre à tous ses grands Ap- Qui devant le temps seront prêts ,
165 Et • pour avancer ses Conquestes , Il &it Chois de certaines Testes Dont l'ancienne & sage Valeur Pour les Ennemis me fait peur.
La Pfeitxbonrf 8.
Gwmtin
Uoomtade