Du 8. Octobre 1667 (Robinet
45 Pensant décider la Querelle Que Philippe avoît avec elle ; Mais ce Monarque plein d'Appas Ne la trouva , par ma Foy, pas , Et • sur le point de sa visite ,
50 Elle avoit quité son beau Gîte Pour aller chez les Ennemis , Où tout lui peut être permis , Et même d*ètre Continue , Si nôtre Guerre continue.
>5 Ainsi , sa Grande Majesté , Apres avoir félicité Le Prince dessus sa Victoire , Plus ravy qu'on ne le peut croire , Reprit bien & beau le chemin
60 Dudit Château de Saint-Germain , D'où son adorable Thérsze , Qui des Vertus a plus de tréze , Avoit , par un même souci , Envoyé vers Monsieur aussi,
65 Diverses fois , un galant Homme Que Devizé par tout on nomme , Et qui fort honorablement S'aquita de son Compliment.
Je me suis aussi laissé dire 70 Que nôtre auguste et digne Sire , Grand certes de toutes façons , A la Comtesse de Soissons , ^ Dans ce temps-là , rendit visite , Cette Altesse de haut mérite 75 Se trouvant sur le dernier mois Qu'il lui convient , selon les Loix De nôtre Grand'-Mére Nature , Mettre au Monde une Créature Qui doit-être , de sa façon , 80 Ou belle Fille , ou beau Garçon; Mais , comme aussi Monsieur son Est de moitié dans ce Mystère, [Père Si c'est un Mâle , je prévois Qu'il aimera les beaux Explois.
85 C'est trop garder nôtre Nouvelle » Tout-à-fait curieuse & belle , De ce grand Jésuite Profez , Lequel de Maroc & de Fez Porteroit le beau Diadème ,
90 S'il n'eût pré&îré le Saint Crème A cette Couronne de Prix
Que porte maintenant son Fils.
En voici donc toute l'Histoire Bien digne de nôtre Ecritoire.
95 Ce Prince , travesti , dit-on , Allant au tombeau de Mahom , Rendre Grâces , vaille-que-vaille , Du gain d'une grande Bataille , En TAn cinquante, ou cinouante-un,
joo Fut pris sur les Flots de Neptun Par Fun de nos Héros de Makhe , Digne qu'à jamais on l' exalte Pour ce plus beau de tous ses Fais , A sçavoir Balthazar Mendez.
105 Or, conmie donc il se déguise Et qu'il ne passe , dans sa Prise , Que pour un Seigneur Marocain , On lui donne campos , soudain Qu'il a donné quelque finance
1 10 Pour sa Rançon & Délivrance ; Mais , dés au 'il pense à son retour, La Grâce 1 arrète à son tour.
Et le rend , dedans ses Entraves , L'un de ses plus fameux Esclaves.
115 Ce Roy se fait déturquiser, Et c'est-à-dire baptiser.
Le propre jour de Saint Ignace :
Ec , conduit par la même Grâce , Il prend le Nom de Loyola ,
I90 Joignant même à ce beau Nom-là
/ Ceux de cet illustre Corsaire Qui l'avoit pris sur sa Galère.
Ensuite, il apprend le Latin Et se fait Sacerdos enfin ,
tasA dessein d'aller, en retraite.
Vivre ea trés-humble Anacoretbe ; Mais , suivant la Direction De la sainte Inspiration , Il se fait Jésuiste dans Rome ,
i>o Et , sur le bruit que le SAnrr-HÔME Le vouloit , pal* un digne éclat , Elever au Cardinalat , [vainc ,
Luy, dont l'Ame est humble & non Passe dans Naple , puis à Genne ,
135 Où • prêchant admirablement , Id-est apostoliquement , Il convertitt pardon saint stile , Des Otomans jusqu'à deux mille.
Depuis , par son zélé embrasé ,
140 Ce grand Chrétien s'est avisé D'aller dedans son Pays mêioe, Pour prêcher aux Siens le Bâtême.
C'est ce qu'on mande de Bordeaux, Ville où l'on hàt de beaux Cad^ux.
145 Et qu'ayant passé par Tholose , Que la claire Garonne arrose , Il y fiit rpceu, bonne-foy.
Tout ainsi qu'on reçoit un P.oy, Mains dévots Diseurs d'Antiphoines,
150 A sçavoir tant Prestres que Moines , L'ayans , à ce qu'on dit , traité Du beau titre oe Majesté.
Arrivant le jour Saint Ignace , Il en fit , de très-bonne grâce
^33 Et d'un air noble & souverain , Les Eloges , le lendemain , En présence d'une Assemblée De tout le beau Monde comblée , Et des plus Doaes mêmement ,
160 Qu'il jetta dans Tétonnement.
Au reste , ce Prêcheur illustre , Qui dédaigne un Rojral Balustre , Est de sa Personne bien-fait , Doué d'un Esprit fort complet ,
165 Du plus beau Naturel du Monde , Et , comme en Talens il abonde , Outre ces grandes qualitez Qui conviennent aux Mdjestez , Il peut en quinze ou seize Langues ,
lyoOuyr & faire des Harangues ; Mais , ce qu'on estime le plus , Des grands Saints il a les Vertus , Et , dans son zélé , il ne respire Rien que la Gloire du Martyre.
175 Du Sénat de cette Cité ^ Dont je vous ay le nom cité , Les Députez, tous Gens de marque, Ont harangué nôtre Monarque Dessus les glorieux Progrez 180 Que chez le Flamand il a fais.
Cçluy qui portoit la Parole S'aquita bien d'un si beau Rôle, Etant , & d'effet & de nom .
*ïf^"S* Un docte & sage Salomon.
Corn- Il faut aussi que je vous die ^'^^^ Qu'il est de noue Académie
Et qu'il étoit, dés dix-huit ans , Un des plus beaux Esprits du Temps, Faisant , tout du long & du large , 190 D'Avocat Général la Charge , Dans le Barreau du Grand Conseil, Avec un renom sans-pareil.
Mais, à propos d'Explois de Guerre
95». TT^ Du JB< Ck|i;oMr9 1J667 (RoBUvr).
MH»
Sur ladite Flaouuide Tierre , 195 Ils sont bornez par la Saison
Où chacun garde le Tison ,
Eit , dans trés-peu de jours, nos
[Troupes ,
Vont tailler & maoger leurs Soupes
En de fort bons Quartiers d'Hyver, aoo Jusques au temps du {louveau Vert,
Où naissent les Lys & les Roses ;
Aiasi donc^ pisrlons d'autres choses.
Le Sarmathe , ou le Polonois , A toujours le Mal Tartarois ,
205 Car enfin ces maudits Barbares , Que l'on appelle les Tartares .
Par leur Sultan-Galba conduits , Se sont dans l'Ukraine introduits , Au nombre de cinquante mille ,
a 10 Et , d'une façon incivile , S'y sont emparez de CzéaiN , Pour entamer ce grand Terrain Dont ils vont faire leur Conqueste , Si bien-tôt on ne les arreste.
313 On dit que l'Orgueilleux Croissant Va moins croissant que décroissant Eln son beau Siège de Candie , Et , quoi qu'à la Porte on en die , C'est un Point presques asseuré
a2o Qu'il ne sera point arboré Dans cette Métropolitaine, De qui la Garnison Chrétienne , Malgré les efforts sans Vertu Du Grand Vizir , cogne-Fétu ,
225 Tous ses Dehors encor conserve : Dieu toujours ainsi les préserve 1
L'Espagnol , aimans les Débas , ,nirîiis S'amuse à disputer le Pas , «rAsiorga]
Dans Rome, au sage DncdeCHAUNE; 2)o Mais il lui fait voir son Bec-jaune Et le convainc avec éclat Que c'est à nôtre Potentat, Si puissant & si magnanime , A jOuer par-tout à la Prime.
335 Passons , ma petite Clion , Du costé du Septentrion Et discourons un peu de Londre ,
a52. — Du 8. Octobre 1667 (Rosnost).
Où maint dessus ses Œufs va pondre, Sous les £eiyorables Aspects 340 Du divin Astre de la Paix.
Illec donc , la belle Princessb , ^^^ Laquelle dToaac est Duchesse , ^^ôde* A mis au Jour nouvellement jgjj;. Un Prince tout-à-fidt charmant , ^5 Pour reparer la triste Perte Par Elle & son Epous soufferte Des premiers Fnuts de leur Amour, Dont fort gajre est VAxquoimr Co0r.
Terminons enfin nôtre Epitre , 250 En disant un mot du Chapitre Que tinrent , dans les Cordeliers , ^^ Ces derniers jours , les Chbvàlibrs 8. Michel jj^ çç j.^g ^ Éameux Archange
Qui fit choir la noire Phalange ,
855 Laquelle , dans le plus haut Lieu , Entreprit de détrôner Dibu.
Là , le cher Duc de Roqueiaurs , Depuis huit bons Ans veuf encore , Comme Commissaire du Rot,
aéoSe rendit en pompeux arroy, Suivy de force braves Hommes De sa Maison, tous Gentils-hommes, Et, bref, d'un Train leste & nom-
[breux.
De plus , ce Seigneur généreux
265 Y fit , dans une grande Sale , Une Chère presque Royale A tous les Chevaliers susdits , Qui parurent bien ébaudis De voir les exquises Pâtures ,
S70 Les beaux Fruits & les Confitures , Qui furent , avec tant d'appas , Sends dans un si grand Kepas , Au son des Hauts-Bois, des Muzet- Et des Luths & des Epinettes. [tes ,
175 Mais il les ravit plus encor
Quand, sous un Dais tout frangé <f or Et dans un Fauteuil magnifique , Avec cet air dont il s'explique , Rempli de charme & d'agrément , aSo II leur exposa nettement Les Intentions favorables D'un Monarque des plus aimables* Et le plus plein de Majesté , Pour leur oelle Société.
285 En achevant cette Colonne , J'apprend que la Retnb, en PbrsoD- Avec maints Anges , vinst ici [ne.
Voir hier son Beau-Frére aussi .
Ainsi que vôtre auguste Altesse
390 Et MadekoiseiXe , sa Nièce , Qui déjà , d'Esprit & de Corps ,
Fait briller, comme Vous , de mcnrdl- [leux Tréson.
Mais il me semble que la Muse Un peu trop long-temps vous amuse; »95 Objet donc de ^oire éclatant , Je la congédie à l'instant.
Ces Vermisseaux à la Douzaine, Le huitième October, sortirent de ma
[Veine.
APOSTILE
J'oubliois une Nouveauté 300 Qui doit charmer nôtre Cité.
Molière reprenant courage , Malgré la Bourrasque &rOn^; Sur la Scène se fidt revoir : ^ n«)irl Au nom des Dieux, qu'on Taifle
j4 Paris, ck4^ C. Chmëult, rue de U HnehêtU. Avu Pr,
(Biblioth. Mt., U», aj. R^t- - Biblioth. Maxarine. 396 A^.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Chaklbs ROBINET.]
Du i5. Octobre 1667.
Mes Historiques Vers , il faut aller demain Rendre Hommage à Madame , au Château S. Germain ;
Ne faites point le Sit derrière.
De bien plus beaux que vous , pour un si grand bon-heur,
Voleroyent dans cette carrière ; Mais de vous préférer Elle vous fait l'honneur.
Aussi , sentez-vous bien de quel beau Prix il est Et , comme tout charmez de ce noble Intérest , Sans force , de ma Veine un chacun de vous coule. Ouy, vous êtes si prompts , au gré de mes souhaits ,
Que vous vous jettez presque en Moule, Dés que de mon Ecrit j'ay choisi les Sujets.
La Nouvelle étoit bien certaine Que le Tartare dans T Ukraine
15 Avoit fait une Irruption ; Mais il n'est pas constant , dit-on , Qu'il tienne Czérim dans sa Manche, Car je lus un Ecrit , Dimanche , Qui porte que le Gouverneur,
90 Homme de courage & d'honneur, A des mieux réprimé l'audace De cette Tartaroise Race , Soutenant d'un air glorieux Quatorze Assauts , tous furieux «
sç Et qu'ayant , par sa résistance , Beaucoup émoussé la vaillance De ces nombreux Assiégeans , Il a , pour banqueter se8 Gens , Durant une Trentaine entière,
30 D'une façon fort singulière ,
Fait saler maints maigres Chevaux , Faute de Bœufis , Vaches & Veaux , De Moutons, d'A^gneaux & Volailles, Qui plaisent mieux à nos Entrailles,
95 Espmnt, dans ces trente jours , Recevoir, par un bon Secours , D'autres Munitions de Bouche ,
Avéque enfin tout ce qui touche Le Salut de ce Pdste-là , 40 Et c'est être Brave au de-là I
Cependant les Tourne-Casaques , Qu'on conét trop pour les Cosaques, Avec grand nombre d'Otomans , Comm'eux de mauvais Garnemans ,
45 Ont paru devers Léopole , Pour y faire leur Monopole ; Or la Noblesse, en desarroy.
En est dedans un tel éfroy Que , pour sa Défense plus grande ,
$b L' Arriére-ban Elle demande. Mais , comme un peu l'on la conêc^ Elle recevra , s'il lui plaît , Pour la jseureté des Affaires , Des Cohortes Auxiliaires ,
55 Et mêmes un Chef Etranger, Qui puisse au Devoir la ranger ; Et , sans cela , point de nouvelle Et point d'Arriére-ban pour Elle.
Mais tout cela me fait frémir