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LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 22. Aoust 1666.
La Migraine qui , l'autre fois , C'est à dire l'autre Semaine , Crût tout court arrêter ma Veine ,
Reconut de quel Bois , ma foy, je me chaufois. Elle veid bien , l'Acariâtre , Que Charle étoit opiniâtre , Tout autant qu'elle pour le moins , Et , quoi qu'elle eût pris pour Seconde Une Fièvre assez funbonde ,
A Madame pourtant je rendis tous mes soins.
Depuis » sans qu'il m'en ait coûté
Une goûte du Sang de France
(Que j'estime plus que Finance] , J'ay mis Fièvre & Migrai^ie enfin sur le côté.
L'une & l'autre , étant fort camuse ,
Laisse présentement la Muze
Exercer en paix son Emplov ,
Et c'est la première Nouvelle
Que je vous débite ; elle est belle , Et , si ce n'est pour vous , elle est belle pour Moy.
MAmus GoNiN» quoi qu'on en die, N'est pas mort : il est plein d^ vie.
Ce LUBOMIRSKI POLONOIS ,
Qui vous fait si bien le Sournois , 35 Le Chien-couchant, la Chate-mite , En lui vraiment le ressuscite.
Peste 1 comme il sçait attraper Et finement les Gens duper I En conscience , je l'admire, jo Vous avez sceu comme à son Sire U témoignoit être soumis , Et, d'un esprit humble , remis Et tout contrit de répentance , S'abandonner à sa Clémence , 55 Sans aucun Si , ni Car . ni Mais , Voulant obéir désormais ; Mais le Dissimulé , te Fourbe , Qui plus qu'un Arc a l'Ame courbe.
Las I reculoit pour mieux sauter,
40 Et l'on vient de me raconter Qu'il a si bien pris ses mesures , Qu'il a rabatu les Coutures A maints Soldats de l'Osr du Roy.
Vous m'entendez prou, que je croy;
45 Sinon , par diction plus claire , Je dis qu'à grands coups de Rapière U a fait passer à Trépas • De rOsT de son Roy maints Soldats ; Et j'ajoute , selon l'Histoire ,
50 Qu'il fit cette Action si noire Ou si rouge (c'est mieux parler, Pour le sang qu'on y veid couler) Au de-là d'un Pont, que le Traître , Plus méchant qu'un vieux Singe ou
55 Fit abatre sur leurs Talons [Reitre , Pour les égorger en Moutons.