‹ Les contradictions de Monseigneur MaretChapitre 8 sur 12 · III · texte numérisé non relu

III

Le Concile cle Bâle a été conduit jusqu'au schisme par la doctrine que Mgr Maret cherche à appuyer sur son autorité.

Plus logiques pourtant que Mgr Maret, les membres du Concile de Bâle se montrent résolus à aller jusqu’au bout, et à ne plus ménager le Pontife dans lequel ils ne voient qu’un rebelle. Pour mettre fin à cette déplorable lutte, le Pape, nous l’avons vu, avait consenti à révoquer les condamnations prononcées précédemment. Mais en poussant ainsi la condescendance jusqu’à ses dernières limites, il n’avait pas réussi à désarmer l’hostilité des membres les plus remuants du Concile. 11 n’esi pas d’excès auxquels ne se montrassent disposés à se porter contre le Pape ces hommes dont le chef est déclaré vénérable par Mgr Maret au moment même où il déplore leurs écarts (1). Il ne voit pas qu’en exaltant leurs qualités personnelles, il fait retomber tout le poids de leurs torts sur la doctrine qui les a égarés. Pendant ce temps, le Souverain-Pontife, aussi attentif à procurer l’union de l’Eglise que le Concile de Bâle mettait

(1) « Nous no suivrons pas dans ses tristes opérations cette tumultueuse assemblée qui cependant avait à sa tête un homme vénérable, le cardinal d’AUeman, archevêque d'Arles. » (Vol. I, p. 455.) — Un peu plus bas Mgr Maret qualifie de déplorables écarts les actes de cette assemblée et la déclare ellemême schismatique.

d’acharnement à la déchirer, poursuivait avec les Grecs d’actives négociations dont le succès devenait de plus en plus probable. Bientôt on ne discuta plus que sur le choix d’une ville accessible aux Grecs, où put immédiatement se réunir un Concile composé des Evêques des deux Eglises. Ces heureux gages d’une réunion depuis si longtemps désirée ne contribuèrent pas peu à ramener vers le Pape l’opinion quelque temps égarée par les préjugés schismatiques; et Eugène IV put enfin mettre à exécution la résolution, plusieurs fois annoncée déjà, de transférer le Concile.

En effet, malgré l’opposition de la majorité des membres de l’assemblée de Bâle, il réunit bientôt à Florence ce Concile vraiment œcuménique.

C’est ici que les gallicans, pour pouvoir, avec tous les catholiques, accepter l’autorité du Concile de Florence, se voient contraints de renier encore une fois leur système.

Cette nécessité est inévitable, et Mgr Maretfaitde vains efforts pour y échapper. 11 vient d’établir que le Concile de Bâle avait été œcuménique jusqu’à la vingt-cinquième session. Il était par conséquent souverain; et, en cas de scission avec le Pape, c’était l’autorité du Concile qui devait l’emporter. Et, comme dans toute assemblée souveraine , c’est toujours la majorité qui prévaut sur la minorité, tous les catholiques devaient , d’après les principes gallicans, demeurer attachés à la majorité du Concile. Voici pourtant que , dans la vingt-cinquième session,

l’assemblée de Bâle jusque-là œcuménique, se divise. La minorité se prononce pour le Pape. « La partie la plus nombreuse, nous dit Mgr Maret, poussant à l’excès les défiances jalouses et obéissant à des mouvements passionnés plutôt qu’à la raison, s’obstina, à ne point désigner (pour traiter la réunion des Grecs), d’autre lieu qu’Avignon. Ainsi, dès ce moment, le Concile se trouva partagé en deux portions qui prirent des résolutions différentes, et firent des décrets contraires. Dans cet état de division, il ne pouvait plus représenter l’Eglise universelle. »

Etudions ces paroles de Mgr Maret, car elles sont pour nous du plus haut intérêt. Nous sommes en présence d’un fait analogue à ces phénomènes astronomiques, qui n’arrivent qu’une fois en plusieurs siècles, et permettent à la science d’éclaircir des problèmes jusque-là insolubles. Nous avons sous les yeux l’exemple unique d’un Concile qui a pu, avec quelque raison, s’attribuer l’œcuménuité ; et qui, en se séparant du Pape, nous fournit la précieuse facilité de mettre à l’épreuve la doctrine gallicane, faite précisément en vue de cette hypothèse. La Providence a voulu qu’aussitôt après le Concile de Constance, les décrets de ce Concile, qui, pris dans un faux sens, devaient produire la doctrine gallicane, fussent mis en pratique précisément dans ce sens, afin que la fausseté et les dangers pussent en être démontrés par le plus palpable de tous les arguments, celui de l’expérience.

Voilà donc ce Concile que Mgr Maret déclare

œcuménique et supérieur au Pape, en lutte ouverte avec le Pape. Cette lutte s’est prolongée longtemps : le Pape a condamné le Concile, le Concile de son côté a condamné le Pape ; et toujours Mgr Maret, fidèle à ses principes a donné tort au Pape et raison au Concile. Vainement Eugène IV a décrété la translation du Concile à Bologne; Mgr Maret, qui pourtant reconnaît généralement au Souverain-Pontife ce droit dé translation, approuve le Concile de l’avoir méprisé dans cette circonstance.

Jusqu’ici donc, selon le défenseur du gallicanisme, dans toutes ses luttes contre le Pape, le Concile a été le légitime représentant de l’autorité de Jésus- Christ; et le Pape, en refusant de reconnaître cette autorité, s’est mis en révolte contre Jésus-Christ, et a mérité toutes les condamnations dont l’a frappé le Concile.

Mais voilà que, tout-à-coup, le gallicanisme fait volte-face, et l'autorité divine de Jésus-Christ est obligée de le suivre dans cette soudaine évolution. Ce même Concile, qui naguère possédait les incomparables privilèges de la souveraineté et de l’infaillibilité ; auquel tous les catholiques, et le Pape tout le premier, étaient tenus d’obéir, se trouve tout à-coup privé de tous ces privilèges sans avoir pourtant rien changé ni à ses doctrines, ni à ses tendances ; et Mgr Maret lui déclare qu’il n’est plus qu’une assemblée tumultueuse et schismatique, et que les catholiques qui lui demeureront attachés ne seront que des rebelles. Evidemment Mgr Maret est tenu de nous rendre rai-

son d’un changement si propre à dérouter ceux qui adoptent ses principes. Comment le Concile de Bâle a-t-il pu perdre la souveraineté qu’il possédait à l’origine, et que le gallicanisme attribue à tous les Conciles œcuméniques, même après leur séparation d’avec le Pape?

Mgr Maret nous donne plusieurs raisons qui sont autant de contradictions palpables.

La première de ces raisons est tirée de la division du Concile. « Dès ce moment, le Concile se trouva partagé en deux fractions qui firent des décrets contraires. Dans cet état de division, il ne pouvait plus représenter l’Eglise universelle (1) ». Si cette raison a quelque valeur, il faut dire que le Concile général ne peut représenter l’Eglise universelle qu’autant qu’il n’est pas divisé. D’où il suit: 1° Que tous les Conciles où les hérétiques ont été représentés par un nombre plus ou moins grand d’Evêques, ayant été par là même divisés, n’ont pas été des Conciles généraux ; 2° Que si à l’avenir, un certain nombre d’Evêques forment un parti contraire à la majorité de leurs collègues, comme avant leur condamnation, ils ont le droit d’entrer au Concile et par conséquent de le diviser, il ne pourra plus y avoir dans l’Eglise d’autorité capable de rétablir l’unité. Mgr Maret admet-il cette conséquence ? Et comment pourrait-il ne pas l’admettre s’il maintient le principe d’où elle découle ?

Le docte Prélat semble avoir compris l’in-

(1) Vol. I, p. 454.

Suffisance de cette raison; aussi en insinue-t-il timidement une autre. Le Concile de Bâle avait cessé d'être œcuménique à partir de la vingt-sixième session, parce que, dès ce moment, le Pape, bien qu’il eût contre lui la partie la plus nombreuse du Concile, avait cependant pour lui la majorité des Evêques? Cette raison serait bien la meilleure ; mais Mgr Maret n’a pas le droit de la mettre en avant, car si elle avait assez de valeur pour infirmer les actes du Concile postérieurs à la division, elle n’en devait pas avoir moins pour infirmer les actes antérieurs. En effet, depuis le commencement, tous les décrets avaient été portés, non pas à la majorité des voix épiscopales, mais à la majorité des membres du Concile, dont un grand nombre étaient laïques. Une pareille irrégularité constitue sûrement, pour un décret conciliaire, une cause très-suffisante de nullité ; mais, encore une fois, il est interdit à Mgr Maret de faire valoir ce motif, vu qu’il tendrait à ébranler également les décrets auxquels le Prélat attribue une valeur incontestable. D’ailleurs, le Concile étant souverain selon .lui, il ne peut, sans se contredire, lui refuser le droit de régie lui-même sa procédure.

Il faut donc chercher un autre motif pour condamner comme schismatique la majorité qui persista à résister au Pape après la translation. Ce motif, Mgr Maret croit l’avoir trouvé dans l’adage : Non numerand, scd ponderandi. Il constate que cetle majorité contraire au Pape n’était pas saine. « La plus saine partie des Pères était avec le Pape et les

égats. Au contraire, la partie la plus nombreuse du Concile était la moins autorisée (1). » Telle est • donc la troisième raison sur laquelle s’appuie Mgr Maret, pour priver le Concile de son œcuménicité, après cette division. De cette réponse, nous pouvons tirer la loi suivante : quand il y aura division dans un Concile œcuménique et souverain, la souveraineté demeurera avec la partie la plus saine et la plus autorisée, lors même que ce serait la partie moindre.

Mais cette règle nous jette dans des embarras bien plus grands encore que les précédents. D’après quels indices pourra-t-on découvrir avec certitude quelle est entre les deux portions du Concile la plus saine et la plus autorisée ? En jugera-t-on par la conduite et les qualités personnelles des membres de ces diverses fractions? Mais alors il faut dire avec Wikleff, que l’autorité ecclésiastique dépend du mérite personnel de celui qui en est dépositaire. Si c’est par la doctrine qu’ils professent que les membres du Concile doivent être sains et autorisés, qui sera appelé à les juger sous ce rapport? Le Concile général n’est-il pas précisément rassemblé pour discerner la saine doctrine et la saine morale de la doctrine fausse et de la morale corrompue? Et comment remplirait-il son office si son autorité dépend du jugement qu’on doit porter sur la doctrine et la morale de ses membres?

(1) Vol. I, p. 454

Mgr Maret a encore un quatrième motif pour priver le Concile de Bâle de son œcuménité : c’est que Eugène IV avait décrété la translation de ce Concile à Ferrare ; et que « ce motif de translation qui semble n’avoir été pour Eugène qu’un prétexte, au commencement du Concile de Bâle, était alors justifié par la détermination des Grecs, et devenait péremptoire (1). » Mais si Mgr Maret eût fait valoir cette raison devant les membres du Concile de Bâle, ceux-ci auraient eu le droit de lui poser les dilemmes suivants auxquels le théologien gallican n’aurait pu absolument rien répondre : Ou vous reconnaissez au Pape le droit de transférer un Concile œcuménique, malgré l’opposition de ce dernier, ou vous lui refusez ce droit. Si vous affirmez co droit, vous devez reconnaître que notre Concile a cessé d’être œcuménique dès son origine , puisque dès lors Eugène IV à ordonné a son légat Cesarini de le transférer à Bologne. Que si nous avons eu le droit, selon vous, de résister au premier décret du Pape, nous avons également le droit de résister à ses décrets nouveaux. — Ou notre assemblée a été souveraine jusqu’ici, ou elle ne l’a pas été ; si elle ne l’a pas été, cessez de soutenir la doctrine sur laquelle s’appuie notre souveraineté, et déchirez les chapitres de votre ouvrage qui la démontrent ; mais si vous maintenez celte souveraineté , reconnaissez alors que c’est à nous, et non pas au Pape, qu’il appartient de

1) Vol. 1, p. 453.

convenir avec les Grecs du lieu où doit s’opérer leur réunion. Il vous semble, dites- vous, que le motif de translation mis en avant par le Pape n’était auparavant qu’un prétexte, tandis que maintenant il est péremptoire. Mais à qui donc appartient-il de juger de la valeur des motifs qu’on met en avant pour nous priver du souverain pouvoir que vous nous reconnaissez ? Est-ce à vous, simple théologien, ou à la majorité du tribunal dont vous avez proclamé la souveraineté?

D’ailleurs, de deux choses l’une : ou les décrets que nous avons portés dans notre deuxième session étaient des décrets souverains, ou ils ne l’étaient pas ; s’ils ne l’étaient pas, dites-nous ce qu’il y manquait, dans la doctrine gallicane que vous soutenez avec nous, et réfutez vous-même les arguments par lesquels vous avez établi la souveraineté de ces décrets. Que s’ils étaient souverains, le Pape n’a sûrement pas le droit d’y contrevenir ; et il a d’autant moins ce droit qu’il a, selon vous, sanctionné ces mêmes décrets. Ne serait-ce pas renverser par sa base la doctrine gallicane que de reconnaître à un Pape le pouvoir de révoquer, par sa seule autorité, un décret rendu par un Concile général? Le 'Pape ne pouvait donc transférer le Concile, contrairement à notre décret, sans le consentement de la majorité de ce même Concile ; et quand vous nous appelez schismatiques, parce que nous avons refusé d’accepter cette translation, c’est vous qui reniez votre doctrine ; vous qui vous faites fauteur du schisme, en approu-

vant ce renversement de la souveraineté que vous venez d’établir.'

Ce troisième point n’est donc pas moins péremptoirement établi que les précédents. Oui, le Concile de Bâle, en se jetant dans le schisme que Mgr Maret condamne, n’a fait que tirer la conclusion très-logique de la doctrine de Mgr Maret.

Le schisme, c’est-à-dire le plus grand malheur qui puisse arriver à l’Eglise, voilà le résultat réel, certain, démontré par l’histoire aussi bien que par le raisonnement, de la périodicité conciliaire entendue dans le sens du docteur gallican, et préconisée par lui comme le salut de l’Eglise.

i Eugène IV et le Concile de Florence ont condamné le système de Mgr Maret, et réprouvé la périodicité conciliaire entendue dans son sens.

Les résultats que nous venons de signaler pouvaient suffire pour juger le système qui les a produits ; et il semble que les excès des premiers promoteurs de ce système auraient dû rendre inutile toute autre condamnation.

Mais le divin fondateur de l’Eglise prévoyait qu’un jour les théories d’où étaient résultés des maux si graves seraient de nouveau mises en avant et colorées des apparences du zèle. Pour rendre toute illusion impossible, il a voulu que la souveraine autorité qui le représente ici-bas, jugeât souverainement ce

système et dans ses principes spéculatifs et, dans ses conséquences pratiques.

Ce fut l’œuvre du Concile de Florence ; et, chose étonnante : Mgr Maret semble avoir entrevu ce dessein de la Providence, quand il a écrit les paroles suivantes, bien plus vraies qu’il ne se le persuadait en les écrivant : « Une réaction contre les excès des Bâlois devait se produire. Elle sc fit à Florence. »

La réaction, en effet, fut complète. Non-seulement, le Concile de Florence opéra la réunion de l’église grecque, que le Concile de Bâle avait failli entraver, mais il scella inébranlablement l’union de l’Eglise latine que les Bâlois avaient voulu briser de nouveau. Et , pour atteindre ce but, le Concile prit trois mesures, également décisives, contre le système de Mgr Maret : \° Il condamna les décrets de Constance entendus dans le sens de cet écrivain; 2° il établit la doctrine contraire par une solennelle profession de foi ; 3° il abrogea virtuellement le décret Frequens dont les Bâlois avaient voulu , par une fausse interprétation, se faire une arme contre la Papauté.

Suivant notre habitude, nous allons donner la parole à Mgr Maret, au sujet de ces trois points également concluants contre lui, et nous le laisserons confirmer cette condamnation par ses contradictions palpables.

1° Parlons d’abord de la solennelle ‘proscription des décrets de Constance entendus au sens gallican.

« Quand les excès des Bâlois eurent été portés à

leur comble, dit Mgr Maret, le pape Eugène , au milieu du Concile de Florence, et avec son approbation , fulmina contre eux la fameuse bulle Moyses (1). ®

Voilà donc, d’après les principes mêmes des gallicans, une bulle revêtue de toutes les conditions désirables d’autorité et d’infaillibilité, puisqu’elle est rendue par le Pape, dans un Concile reconnu comme général, et avec son approbation.

Or, dans cette bulle, Eugène IV s’exprime ainsi, relativement aux décrets de la cinquième session de Constance, renouvelés à plusieurs reprises par les Bâlois : « Avec l’approbation du saint Concile, nous condamnons les propositions susdites, dans le mauvais sens que leur donnent les Bâlois et que les faits prouvent être contraires à la sainte Ecriture, au sentiment des saints Pères et du Concile même de Constance, comme impies, scandaleuses, et tendant manifestement à diviser l’Eglise, et à bouleverser tout l’ordre ecclésiastique et toute la hiérarchie chrétienne (2).»

Que nous dit Mgr Maret au sujet de cette définition

(1) Vol. I, p. 462.

(2) Ipsaa propositiones superius descriptaa, juxta pravum Basileensium intellectura, quem facta demonatrant, veluti sacro sanctæ Scriptur» et sanctorum Patrum, et ipsiua Concilii Conatantiensis senauicontrarium... tanquam impiaa, scandalo8aa nec non in manifestam Eccleaiæ sciaanram, ac oinnia ecclesiaatici ordinis, et Chriatiani principatua confuaionem tendentea, ipao sacro approbante Concilio damnamus. (Labbe, Gonc. tom. XIII, p. 1190.)

tout autrement solennelle que le décret de Constance? Il cherche d’abord à y trouver la confirmation de ce même décret. « Qu’on le remarque bien, dit-il, puisque les trois propositions des Bâlois étaient condamnées comme contraires au vrai sens du Concile de Constançe, il n’était pas, il ne pouvait pas être dans l’intention du pape Eugène et des Pères de Florence de porter aucune atteinte à l’autorité de ce Concile, même dans ses sessions quatrième et cinquième. »

Ces paroles de Mgr l’Evêque de Sura nous mettent dans la nécessité de lui faire observer, avec tout le respect dû à son autorité et à son caractère, combien il est peu prudent, même pour un doyen de Sorbonne, de dire à l’Eglise ce qu’elle « ne peut pas » faire par rapport à la doctrine gallicane. On s’expose par là à recevoir de la conduite passée de l’Eglise des démentis qui peuvent donner beaucoup à penser pour l’avenir. Croirait-on que ce qui, suivant Mgr Maret, « n’était pas et ne pouvait pas être dans l’intention d’Eugène IV et du Concile de Florence » , Eugène IV et le Concile de Florence l’aient dit très-clairement dans la bulle même sur laquelle Mgr Maret s’appuie pour le nier? — C’est pourtant la pure vérité.

A la page qui précède , celle à laquelle le Prélat emprunte sa citation , le Pape , pour faire ressortir l’audace des Bâlois, qui avaient prétendu ériger en articles de foi les décrets de Constance, remarque expressément que « ces décrets avaient été portés avant la fin du schisme, par une seule des

trois obédiences, et après le départ du pape Jean XXIII que cette obédience regardait comme légitime (1). » Gomment Mgr Maret a-t-il pu ne pas remarquer ces paroles si remarquables pourtant? Et s'il les a remarquées, comment a-t-il pu écrire que, aux yeux d’Eugène IV, les décrets de la cinquième session de Constance avaient autant d’autorité que r Ecriture? Une fois de plus, le voilà tombé dans le piège qu’il avait essayé de nous tendre. Loin de confirmer les décrets de Constance, la bulle Moyscs les infirme ; elle donne, au contraire, une force inébranlable à la double assertion que Mgr Maret combat. A tous les gallicans anciens et nouveaux qui s’appuient sur les décrets de Constance, le pape Eugène IV et le Con-

(1) Quibusdam decretis, licet per imam tantum ex tribus obedientiis, post recessum Joannis XXIII sic in eadem obedientia nuncupati editis. ( Labbe , tom. XIII, col. 1188.) Les membres du Concile de Bâle comprirent parfaitement la portée de ces paroles et le coup qu’elles portaient à l'autorité des décrets de Constance. Aussi cherchèrent-ils à rétorquer cet argument dans le mémoire qu'ils publièrent contre le Pape et qui commence par ces mots: Beatus Hier ony mus. Mgr Maret aurait pu voir dans la collection des Conciles de Labbe et ce mémoire (t. XII, p. 733) et les réponses aux objections qu’il renferme et que le Prélat reproduit comme si elles étaient nouvelles (tom. XIII, p. 1190 et suiv.) Malheureusement, soit dans l’ouvrage de Labbe, soit dans les autres ouvrages qu’il cite, le patron du gallicanisme semble hors d’état de voir ou de comprendre ce qui pourrait l’éclairer sur la fausseté de sa thèse. Et c’est lui qui reproche à ses adversaires « l’incapacité radicale de comprendre » la théorie gallicane. (Vol. II, p. 544.)

(1) Vol. I., p. 473.

cile de Florence répondent : 1° Que ces décrets n’ont pas dans l’Eglise une autorité souveraine ; 2° que ces décrets n’ont pas sanctionné la supériorité permanente du Concile sur un Pape universellement reconnu.

Il n’y a pas à en douter, en eflet : c’est bien cette supériorité du Concile sur le Pape, c’est bien, par conséquent, la doctrine gallicane qu’Eugène IV condamne dans sa bulle. Ces « faits » dont il déclare que ressort le mauvais sens donné par les Bâlois au Concile de Constance ne sont autres que ceux par lesquels ces derniers ont cherché à établir leur souveraineté. C’est en vain que Mgr Maret épuise sa subtilité à trouver un autre motif à cette condamnation. Il en admet la justice : les propositions des Bâlois, selon lui, « méritaient les sévères qualifications d dont les a frappées le Pape. Et pourquoi les méritaient-elles, si ce n’est parce qu’elles étaient d’accord avec la doctrine gallicane ? — Oh ! non, répond le doyen de Sorbonne , c’est parce que leurs auteurs étaient « dépourvus de toute autorité conciliaire. » — Ils l’étaient, en effet; mais ce n’est pas cette absence d’autorité qui pouvait rendre leurs propositions « impies et contraires à l’Ecriture. » Si le congrès de la paix s’avisait de définir le dogme de la Trinité, on lui dirait qu’il se mêle de ce qui ne le regarde pas ; mais aucun catholique ne qualifierait sa définition d’impie et de contraire à l’Ecriture. — Alors, c’est que les Bâlois « avaient osé donner, par leurs actes plus encore que par leurs paroles, un e

étendue illimitée aux décrets des quatrième et cinquième sessions de Constance (1). * Mais, Monseigneur, nous vous avons prouvé que cette étendue illimitée est tout simplement celle qui appartient à toute souveraineté. Du moment que la majorité du Concile est supérieure au Pape, elle a le droit de prendre les moyens efficaces pour contraindre son inférieur à obéir. C’est ce qu’ont voulu les Bâlois avec leur» vénérable » président, le cardinal d’AUeman. Vous qui admettez leur principe, vous auriez mauvaise grâce à en déclarer les conclusions impies et contraires à l’Ecriture (2). — Au moins , réplique Mgr Maret, le Concile est condamnable pour avoir voulu « faire des articles de foi (3) » de ces décrets de Constance qui étaient simplement c des décrets souverains en matière de foi.» — Mais, Monseigneur, veuillez observer deux choses : t° Que, d’après vos principes, ces décrets avaient toutes les conditions voulues pour qu’un Concile œcuménique pût en faire des articles de foi ; 2° que le Pape ne condamne pas le degré de certitude que les Bâlois leur attribuent, mais les propositions elles-mêmes. Autre chose est,

(1) Vol 1, p. 463.

(2) On peut voir dans l’Histoire de la Papauté au XV e siècle, de M. l'abbé Christophe, avec quelle force de logique la majorité conséquente du Concile de Bâle confondait la minorité inconséquente qui suivait la ligne adoptée par Mgr Maret, et qui, comme ce dernier, adoptait les principes pour renier les conclusions.

(3) Vol. I., p. 463.

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