LE POLE NORD ET LE POLE SUD
Le pôle nord, — Aspect des régions polaires. — Étranges lois physiques. — La lune et les parasélènes. — Le soleil et les parhélies. — Une journée de quatre mois. — Un crépuscule de cinquante jours. — Dangers de la navigation. — Les Cicebergs » en mouvement. — Comment se forment les montagnes de glace. — L'hiver. — Les tourmentes de neige. — Les tempêtes qui désagrègent la banquise. — Le & pack ». — Navires emprisonnés dans les glaces. — Les & hummocks ».— Quartiers d'hiver. — La nuit polaire. — Son silence effrayant. — Aurores boréales. — Éloge du froid, — Ses bizarreries. — Ses curiosités, — Retour du soleil. — Tableaux d'été. — Effets de mirage.
S'il est une contrée mystérieuse entre toutes, c’est bien cette région du pôle nord dont l’inconnu exerce une si grande attraction, qui fait naître des illusions si généreuses et ne livre un à un ses secrets qu’au prix de tant de sacrifices héroïques, de tant d'efforts, de tant de deuils!
La fin dramatique de sir John Franklin et de ses compagnons dans les mers arctiques, les expéditions successives entreprises par l’Angleterre et les États-Unis pour découvrir leurs traces, ont attiré l’attention sur ces contrées hostiles, où la création semble finir et le chaos recommencer.
Le capitaine Mac-Clintoch constata, en 1859, que les équipages de l’Érèbe et de la Terreur avaient péri misérablement. Lorsque l’impression douloureuse causée par la certitude de ce désastre se fut un peu dissipée, on se trouva ramené à l’objet même de l’expédition de Franklin, qui était, on se le rappelle, la recherche d’un passage d'Europe en Asie en suivant la direction nord-ouest. En même temps, les notions récemment acquises sur la configuration des terres boréales fournissaient la preuve que ce passage existait réellement, que sir John Franklin avait été bien près de l’atteindre, mais que la science seule devait profiter des résultats obtenus, ce passage ne pouvant être utilisé pour la navigation, du moins dans l’état actuel de nos moyens maritimes.
Depuis la constatation, par M. Nordenskiüld, de la possibilité de suivre de l’ouest à l’est les côtes de la Norvège, de la Russie et de la Sibérie jusqu'au détroit de Behring, c’est-à-dire d’aller réellement d'Europe en Asie par l’océan Glacial, la recherche d’un passage par le nord-ouest a beaucoup perdu de son intérêt.
Toutefois un grand pas à été fait dans la connaissance des régions circumpolaires. La géographie se trouve avoir largement bénéficié de tous les voyages entrepris depuis le commencement de ce siècle ; ils lui ont donné le tracé à peu près définitif d’une partie du globe jusquelà à peine entrevue.
Ce n’est pas tout. Plusieurs découvertes faites par les Parry, les Mac- Clure, les Mac-Clintoch, les Kane, les Hayes, les Weyprecht intéressent diverses branches des sciences physiques, et doivent recevoir d’utiles applications. C’est dans la région arctique qu'a été trouvée la loi des courants mystérieux qui, semblables à deux fleuves immenses, : traversent les vastes espaces de l'Océan : le « gulf-stream » et « l’icestream » (1) (le courant chaud qui s’élève au nord, et le courant glacé qui en descend). C’est dans la terre Boothia que les deux Ross ont atteint pour la première fois le pôle magnétique, ce point central autour duquel tourne l'aiguille de la boussole sur une moitié de l’hémisphère nord. Les nombreuses observations des explorateurs autour de ce centre ont beaucoup ajouté à ce que nous savions sur les lois de la déclinaison et de l’intensité magnétiques.
Les régions polaires offrent à l'imagination un attrait irrésistible.
Rien ne s’y règle sur les lois auxquelles nous sommes accoutumés.
L'hiver y dure neuf mois ; le printemps y apparaît en juillet. Au 80° degré de latitude, l’année n’a qu’un jour de six mois et une nuit d’une étendue égale : du jour sans fin de l'été, on passe, à travers le crépuscule d'automne, à la nuit sans fin de l'hiver.
Les fleuves, s’arrêtant dans leur marche, donnent naissance à d’immenses glaciers auprès desquels ceux des Alpes ne sont que des minia- . tures ; et de ces glaciers se détachent incessamment d'énormes monta-
(1) Le « courant du golfe » et le « courant froid ». Prononcez : gueulf strime et aïce strime.