‹ Les contrées mystérieuses et les peuples inconnusChapitre 24 sur 56 · SA · texte numérisé non relu

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bordé de forêts ou de prairies, il se rencontre avec l'Uruguay dans l’estuaire de la Plata, terme de sa course.

L'Orénoque appartient dans tout son parcours au Vénézuéla. Sa source, que nul Européen n’a visitée encore, est située dans la Sierra Parimé. Le volume de ses eaux est considérable, accru dans son cours par le tribut des rios des terres chaudes de l'État vénézuélien qui se déroulent dans les Ilanos, et de diverses rivières nées dans les régions tempérées des monts de la Guyane.

Ce grand fleuve traverse successivement un plateau, brise diverses chaînes de montagnes et forme une suite de cataractes, ces fameux « raudales » de Maypures et d’Atures, gradins de rios, de courants rapides, de petites chutes. L’Orénoque entre enfin dans le bas pays où il coule lentement entre les Ilanos de sa rive gauche et les forêts de sa rive droite, argileux, blanchâtre, encombré de hauts-fonds, d'îles d’alluvions et de joncs que hantent les caïmans et les tortues. Il arrive ainsi jusqu'au delta qu'il forme vers la mer. À Angostura, ou Ciudad Bolivar, où ce fleuve est resserré dans un étroit chenal, il n’a pas moins de cinq mille mètres de large. Un peu au-dessous, il reprend son développement. Là, commence le delta ; le fleuve se déverse dans l’Atlantique par dix-sept embouchures, dont la principale, la « Boca del Navios », qui est celle que prennent les grands navires, a de seize à trente-cinq kilomètres de large.

Et maintenant, après les montagnes, les déserts et les grands fleuves de l'Amérique du Sud, les habitants.

Essai de classement des tribus indiennes de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud. —

Mayas. — Famille Antisienne. — Famille Péruvienne. — Araucans. — Indiens des Pampas. — Chiquitos. — Population moxos. — Guaranis et Botocudos. — Peuplades du bassin de l’Orénoque et de l'Équateur. — Traits physiques. — Caractères. — La nudité et le vêtement. — Ornements. — Armes. — Le curare. — Habitations. — Nourriture. — Chasse et pêche. — Les tortues. — Industries. — Extrême diversité de langues, d'idées religieuses, de mœurs et d'usages, — Les anthropophages et le docteur Crevaux.

Ce serait une bien rude tèche que de vouloir consacrer une monographie, ne füt-elle que de quelques lignes, à chacune des innombrables tribus de l’Amérique centrale et de l'Amérique du Sud. C’est par plusieurs centaines que l’on compte les tribus du Brésil, et dans les autres États on en à aussi relevé un très grand nombre. Mais c’est ici on jamais le cas de savoir se borner…

Nous allons pourtant essayer d’un classement par grandes familles, d’après les traits physiques ou la langue ; nous parviendrons peut-être ainsi à mettre quelque ordre dans le tableau de ces peuples sauvages, répandus sur de si vastes territoires; mais quant aux us et coutumes, ils diffèrent tellement d’une tribu à l’autre qu’on dirait que pour mieux conserver son autonomie propre chaque tribu a décidé de faire en toutes choses le contraire des tribus voisines ou rivales. — Nous aurons la même observation à faire quand nous parlerons de l’Afrique.

Aux traits physiques que nous avons déjà indiqués comme se rapportant à toute la race indienne, il y à quelques particularités qu’on pourrait appeler « régionales ». Nous les noterons au passage.

Dans l’Amérique centrale nous avons surtout à nous occuper du Vucatan qui est une terre du Mexique encore inconnue. Là, les Mayas dominent, leur langue aussi; les autres Indiens de cette partie du continent parlent le « lenca » (dans le Honduras) et les idiomes aztèques,

qui ont pour type le « nahuatl », idiome mexicain proprement dit ; enfin l’« otomi ».

Les révions chaudes et humides du versant oriental des Andes, de la Bolivie et du Pérou appartiennent à la famille antisienne, qui compte plus de soixante peuplades distinctes, parmi lesquelles nous ne nommerons que les Yuracarès, les Mocéténès, les Tacanas, les Maropas, et les Apolistas.

Une autre famille, la famille péruvienne, composée des Quichuas ou Incas, des Aymaras, des Atacamas et des Changos, occupe en partie le Pérou, la Bolivie et la république Argentine.

C’est dans le sud du Pérou et dans une petite partie de la Bolivie que se trouve le pays des Quichuas. Les Aymaras sont cautonnés non loin du lac Titicaca.

Dans ces deux familles importantes, on reconnaît l’Indien de la côte du Paci-

fique, à son masque rond, Fig. 130, — Femme Ticunas du Pérou.

sans front, à son nez aplati,

à sa bouche lippue, à ses yeux étroits, inclinés de droite à gauche, et bridés par les coins, comme ceux des Chinois et des races mongoles.

Le type quichua diffère sensiblement du précédent. Le visage est ovale, avec un front fuyant, les pommettes saillantes, le nez très aquilin, en bec d’aigle, le menton saïllant et arrondi, les yeux obliques, mais bien fendus, la chevelure noire, abondante et lisse. « Du croisement de ces deux races de la côte et de la Sierra, dit M. Marcoy, il est résulté avec le temps bon nombre d’hybrides, dont une laideur hébétée est le trait distinctif. »

Au sud du Chili et incorporés à cette république, se trouvent les Araucans. C’est sur eux, on se le rappelle, que tenta de régner, sous le nom d’Orélie I‘, un avocat de Périgueux, mort il y a quelques années.

Nous mettons à part les Patagons et les Fuégiens.

Dans les Pampas, il y a plus de trente mille Indiens, encore tous sauvages. On les divise en une dizaine de nations parmi lesquelles les Tobas, les Puelches, les Mantaguayos, sont les plus connues.

Les Chiquitos occupent la contrée située au nord des Pampas. Ils sont divisés en onze nations.

Les populations moxos, — ainsi désignées d’après le nom de la plus considérable d’entre elles, sont établies au nord-ouest des Chiquitos. Parmi elles, les Canichanas, encore très redoutés aujourd’hui, sacrifiaient jadis leurs prisonniers et les mangeaient.

La race des Guaranis ou Caraïbes comprend les Guaranis et les Botocudos. Elle est répandue dans presque tout le Brésil et s'étend jusqu'aux Andes. Elle domine aussi dans le Paraguay, les Guyanes et jusqu’à la mer des Antilles, dont elle occupait les petites îles à l’époque de la découverte de l'Amérique. Les Botocudos, au nombre de quatre mille, absolument sauvages, sont enclavés au milieu des Guaranis.

Enfin, il y a encore les peuplades de l'Orénoque et celles de l’Équateur (les Orejones, — Ccotos et Anguteros, — les Mayorunas, etc.), qui se divisent en plus de cent cinquante tribus, parlant toutes des langues différentes.

Notons ici que le Brésil contient environ un million d’Indiens vivant à l’état sauvage ; ce sont des & Indios Bravos » ou plus précisément les «€ Indios do matto », ce qui veut dire Indiens des bois. Les dénombrements relèvent en outre 400,000 Indiens soumis.

Et maintenant, sans plus tenir compte d'aucun classement et en ne

nous occupant pas davantage de la prééminence des tribus selon l’importance de leur population, qu’on nous permette de présenter quelques particularités intéressantes touchant ces peuples si rebelles à la civilisation.

Parmi ces Indiens, il y en a de grands, d’une taille bien prise, comme les Tobas du Grand-Chaco, — ce sont les Indiens qui ont massacré la mission Crevaux. — Il y en a d’une puissante beauté de formes, comme les Orejones de l’Équateur, — tous laids du reste; — il y en a même de bien faits, dont le corps robuste et élancé rappelle le corps de l’Européen, et dont la peau est peu colorée : tels sont les Antisiens des Andes du Pérou et de la Bolivie, et les Yuracarès (hommes blancs). Les Araucans sont trapus avec de larges épaules, une poitrine bombée. A l'extrémité de l’échelle, pour la taille, se trouvent les Changos.

Quant à la couleur de la peau, elle est parfois très foncée, comme chez les sauvages des Pampas, dont le teint est brun-olivâtre. Les Indiens de l'Amérique équinoxiale sont d’un rouge noir. Les Ticunas rappellent le vieil acajou. Chez les Tacanas et les Mocéténès, on rencontre souvent des individus qui présentent sur le visage et sur tout le corps des taches blanches sur leur peau bistrée. Nous venons de dire que la peau des Antisiens est faiblement colorée.

Les Yaguas, aux cheveux ras, à l’air ouvert, bien proportionnés, ne font pas trop de honte à la forme humaine. Mais que dire des Omaguas qui ont une tête en forme de mitre, et de véritables yeux de porc?

Les plus laids de tous ces Indiens, ce sont peut-être les Orejones, avec leurs faces rondes, bossuées d’un gros naseau, leur bouche aux épaisses lèvres qui va littéralement de l’une à l’autre oreille. Et quelles oreilles! Démesurément allongées par la nature et « l’art », leur lobe pend jusqu’à l'épaule.

Cependant, en fait de laideur, on pourrait peut-être établir un concours entre ces derniers et les Mayorunas anthropophages de la mission de Pevas, sur la rive droite de l’'Amazone, et dont on peut dresser ainsi qu'il suit le signalement : tête rasée et sur le sinciput une touffe de cheveux épanouie en cœur d’artichaut, des hiéroglyphes tracés à l'encre noire sur le visage, aux ailes du nez et à la lèvre inférieure des pièces d’argent, enfin de chaque côté du menton une forte épine garnie de plumes à sa base.

Parmi les Indiens, les femmes ne sont pas toujours la plus belle moitié du genre humain. Qu'on se figure comme prototype du genre une créature à la peau bistrée, haute de 1 mètre 35 centimètres, ayant des cheveux dont la rudesse rappelle le crin d’une brosse, — ces cheveux d’un noir mat avec des reflets fauves, coupés carrément à la

hauteur de l'œil, — rarement assez vêtues pour couvrir leurs grosses formes matelassées de graisse. Parfois à l'abdomen ballonné s’unissent des membres grêles. Chez les femmes Tobas et chez d’autres Indiennes qui prennent de l’âge, le sein s’allonge au point de permettre aux mères d’allaiter leurs enfants en les portant sur le dos.

Et malgré tont cela, le plus souvent, des mains et des pieds à faire envie aux dames d'Europe; mais les Indiennes sont astreintes à de trop rudes travaux pour que cette seule distinction de leur race ne s’altère pas promptement chez elles.

Les Indiens, si peu favorisés sous le rapport de la beauté, trouvent encore le moyen de s’enlaidir. Les uns s’arrachent les sourcils, les cils, les rares poils de barbe dont ils sont gratifiés : dans plusieurs tribus les hommes, aussi bien que les femmes, considèrent comme une grande beauté l’absence des sourcils, et ils vont jusqu’à employer des plantes corrosives pour faire tomber les cils. Certains d’entre eux se peignent le visage de rouge et de noir, ou se font sur la poitrine et les bras des rayures capricieuses, des dessins d’un beau rouge safran avec le suc de l’achioté, ou d’un bleu sombre avec de faux indigos.

Les Conibos se teignent les gencives en noir avec l'herbe yanamucu, Les Araucaniennes se peignent les ongles en rouge.

Au Pérou, les Chontaquiros se balafrent le visage de deux rangées de grecques noires allant des tempes à la bouche; — cela ressemble à des favoris ; les mêmes Indiens aiment à se peindre jusqu'aux genoux de superbes bottes. Le fruit du genipa leur fournit une abondante teinture noire. Leurs femmes s’en barbouillent les joues, le tour des yeux et la gorge, et simulent aussi à leurs mains des gants et à leurs pieds des brodequins. Les Conibos ont de semblables vanités ; à l’imitation de leurs voisins, ils sont largement fournis de bottes à l’aide du même procédé économique, de mitaines et d’autres superfluités.

Les Mondurucus du Brésil, hommes et femmes, se tracent sur la

poitrine et les épaules les mailles d’un filet; un portrait de femme dessiné par le peintre Biart montre sur le visage d’une dame mondarucu, outre divers agréments dus au pinceau, une ligne rouge qui, allant d’un œil à l’autre en franchissant le nez, va se perdre au dessus des oreilles absolument comme les branches d’une paire de Iunettes. Les yeux des petites-maîtresses, cerclés de rouge avec du rocou, sont d’une distinction incontestable.

Enfin parmi les Indiens du nord des Pampas, on est étonné de rencontrer le tatouage tel qu'il est pratiqué par les sauvages de l'Océanie ; on le trouve aussi chez les Lenguas du Paraguay, où les femmes se tatouent d’une manière indélébile dès l’âge où elles songent à plaire. Ce tatouage consiste en quatre raies bleues et parallèles tombant du haut da front sur le nez, et en anneaux sur les côtés du front, sur les joues et le menton.

Les Botocudos du Brésil ont conservé la coutume, très répandue jadis, de se percer la lèvre inférieure et les oreilles pour y introduire des rondelles de bois appelées à devenir des ornements. Ces malheureux se rendent hideux à plaisir. Cependant ici l’utile se joint à l’agréable : wéile dulci : ils se servent du morceau de bois de la lèvre comme d’une assiette et découpent dessus des morceaux de viande qu'il n’y a plus qu’à pousser un peu dans la bouche.

Les Marahuas du Javari, très agréablement peinturlurés, remplacent les moustaches et la barbe absentes par des épines de palmier de six pouces de long, ou de mimosa, fichées dans les lèvres et le menton, troués à cet effet comme une écumoire.

Chez les Lenguas, les hommes et les femmes ont les oreilles percées de bonne heure. En y passant un morceau de bois, dont on augmente sans cesse le volume, on parvient, à l’âge où partout naît l'ambition, à constater que le lobule de l’oreille peut recevoir un rondin d’une respectable grosseur. Vers l’Équateur, les Ccotos et les Anguteros percent aussi leurs oreilles et parviennent à y enchâsser des rondelles en bois de cécropia d’un volume phénoménal. Ajoutons comme singularité, que les Indiens « Charbonniers » du désert de sable qu’on nomme la Pampilla, ainsi que des Indiens de plusieurs autres tribus, reçoivent un aspect étrange de leur forte chevelure nouée derrière la tête en

queue de cheval. Les Yuracarès attachent leur couteau à leurs cheveux, par derrière.

Si l’on passe au caractère, il est impossible de généraliser. Il y a des Indiens d’une humeur douce, comme les Quichuas, lesquels vont jusqu'à l’apathie et à la mélancolie ; il y en a d’efféminés, comme les Mocéténès ; il y en a d’affables et d’hospitaliers, comme les Changos. Les Antis sont bons, humbles et serviables. Au Brésil, les Mondurucus ont paru de « braves gens » à Lucien Biart, et leur bonhomie, disait-il, le réconciliait avec la race indienne.

On rencontre des populations qui se font remarquer par leur vivacité, leur loquacité, comme les Chontaquiros du Pérou; d’autres au contraire se montrent taciturnes, comme les Vuracarès. Les Indiens qui se nourrissent de tortues, comme les Conibos, semblent plongés dans une sorte de torpeur : la lenteur de leur esprit obtus, leur jovialité un peu niaise, sont écrites dans leurs yeux vagues, sur leurs joues massives. Il y a des Indiens hautains; il y en a de hardis, d’entreprenants ; on a pu noter l’arrogance des Tacanas, la rudesse et l’indiscipline des Chontaquiros. Les Muras de l’Amazone sont voleurs, n’ont aucune parole et professent une invincible antipathie pour les hommes qui n’appartiennent pas à la race rouge. Dans un concours de vertus « attardées », — on fait bien des courses de lenteur au vélocipède! — une médaille pour la malpropreté individuelle pourrait être offerte aux Lenguas du Paraguay.

Mais le trait qui domine assurément parmi les populations encore insoumises de l’Amérique du Sud, c’est la cruauté, l'humeur belliqueuse et farouche. Les riverains du Caquéta, et des affluents du Napo, les Indiens nomades de la Pampa, et bien d’autres sont toujours dispos pour le pillage, l’incendie, le meurtre et le rapt.

Enfin il existe encore parmi les Indiens des anthropophages. Les Miranhas sont considérés comme tels par les tribus voisines, — qui peut-être les calomnient. Nous ne conseillerions à aucune personne dodue et bien en chair d’aller vérifier la chose.

Au dire des habitants du bassin de l’Amazone, les Ccotos de la rive droite du Napo et les Anguteros, qui habitent les forêts situées sur la gauche de ce cours d’eau, sont voleurs, assassins et anthropophages.

« Ces deux castes, nous apprend M. Marcoy, ne hantent guère, durant le jour, les plages du Napo, par frayeur des trafiquants de salsepareille. Mais ils se dédommagent de cette contrainte en y venant la nuit, et malheur à l’imprudent voyageur qu'ils trouvent endormi sous sa moustiquaire! Ils s’en approchent sans bruit, soulèvent les plis de la toile et percent le dormeur de leur lance emmanchée d’un bambou

Fig. 131, — Indiens anthropophages.

tranchant et effilé, large de six pouces. Le mangent-ils ensuite? — Tout le monde l’assure, mais nous n’osons pas l’affirmer. »

Une autre tribu importante se signale de temps en temps par sa férocité : la dernière fois que les Tobas du Pilcomayo ont fait parler d'eux, c’est lorsqu'ils ont massacré le docteur Crevaux etle personnel de la mission que ce savant voyageur dirigeait, — saufle Français Ernest Haurat et l’Argentin Carmelo Blanco qui purent d’abord se sauver à la nage, mais demeurèrent prisonniers. « Les Tobas, dit le docteur Demersay, dans son Æistoire du Paraguay, fiers, jaloux de leur liberté, ont de tout temps montré des dispositions hostiles aux créoles et n’ont cessé d’inquiéter leurs établissements, tantôt en les attaquant à force ouverte,

tantôt en pillant leurs troupeaux. Les villes de Corrientes et de Santa- Fé, cette dernière surtout, eurent beaucoup à souffrir de leurs déprédations. Les Santafécinos, aidés par les gouverneurs des provinces voisines, ont à plusieurs reprises dirigé contre leurs ennemis implacables de coûteuses et sanglantes expéditions. Cette lutte entre la barbarie et la civilisation continue de nos jours plus ardente que jamais. Un voyageur raconte que les Indiens ont fait sur les rives du Salado, du mois d'avril 1854 au mois d'août 1855, six invasions qui ont coûté à la province de Santiago cent treize habitants emmenés comme captifs où assassinés sur place. Nulle sécurité pour les habitations éparses, ni même pour les villes. Ces hordes pillardes, qui savent doubler les forces et la vitesse du cheval, traversent comme une avalanche d'immenses déserts, et tombent tout d’un coup sur de pauvres familles, presque folles de frayeur et sans défense. Qu'on suppose ces Indiens pourvus quelque jour d’armes à feu, et ils viendront impunis asseoir leurs tentes sur les ruines des cités. » Et le docteur Demersay ajoute avec une profonde conviction : « En attendant que le croisement des races les fasse entrer, modifiés et adoucis, dans la grande famille humaine, l’imminence du péril oblige à des mesures énergiques d’extermination.. »

En somme les Indiens de l'Amérique du Sud non soumis, — los Indios bravos, — laissent encore énormément à désirer. Quant aux Indiens « civilisés », les mazos, ils ne présentent pas en général un spectacle bien encourageant : leur paresse, leur ivrognerie, leurs vices sont loin de donner une idée brillante de l’avenir réservé aux autres : on dirait que ces malheureuses races ne sont aptes à prendre de Ia civilisation que ses mauvais côtés.

Parmi ces Indiens sauvages, un grand nombre de tribus vivent à l’état de nudité; et pourtant, dans certaines régions humides les moustiques leur font une guerre d’extermination. Quelquefois une ficelle autour des reins compose tout le costume, ou encore quelque ornement superflu fait oublier les parties absentes du vêtement : les Mayorunas couvrent leurs narines de pièces d’argent et leur menton de plumes de perroquet : voilà tout! Ailleurs, on voit des brassards enjolivés de plumes, des bandes de coton tissé au-dessus des chevilles des pieds :-c’est encore peu de chose.

orr

Dans l'Amérique équinoxiale la nudité des femmes est absolue, sauf

les jours de réjouissance, ou lorsque les tribus se déclarent respectivement la guerre.

Alors hommes et femmes portent une ceinture, des bretelles de coton ; des colliers de verroterle, de peaux de serpent, de graines, de fruits, ou encore de dents de caïman, de jaguar, d'ours, de puma, de singe ; des pendeloques d’or et d'argent aux oreilles ; une couronne de plumes sur la tête.

Un voyageur, M. Ed. André, dit que dans ces grandes circonstances, les narines et la lèvre supérieure des femmes « sont trouées

pour supporter de petites baguettes couvertes |

de fines plumes de colibri; leurs oreilles sont ornées de la même manière ou de morceaux d'or, et leur lèvre inférieure est percée de trous d’où plusieurs épines font saillie au dehors ». Qui s’y frotte s’y pique!

Quant aux Indiens qui montrent quelque souci de se vêtir, — il en est peu qui soient aussi complètement habillés que le sont les femmes des Yuncas du Pérou, — les uns se bornent à s'attacher une pièce d’étoffe ou une peau autour des hanches et à se couvrir les épaules de la dépouille des animaux des forêts.

Les Indiens Mocoas ont pour se couvrir un morceau d’étoffe grossière, sorte de droguet fabriqué dans la république de l’Équateur et large d’un mètre, sur deux de long. Une fente médiane permet de passer la tête, et les deux moitiés qui retombent sont atta-

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chées à la ceinture par une autre bande d’étoffe ou de cuir. Le sac qui sert de tunique aux Chontaquiros du Pérou à un capuchon.

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