‹ Les contrées mystérieuses et les peuples inconnusChapitre 33 sur 56 · at ji Nu 4 à Lire · texte numérisé non relu

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Parmi les explorations dont l'Australie inconnue a été l’objet, on cite

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celles d’'Oxley en 1817, de Sturt en 1830, d’Eyre en 1840-41, de Leichardt en 1844-45. Mitchell, déjà célèbre par de grands voyages dans le sud-est et qui avait découvert le Darling, s’avanca très loin dans l’intérieur en 1846. La même année les frères Gregory accomplirent un grand voyage dans le sud de l’Australie occidentale. Ils y retournèrent deux ans après. Entre autres aventures étranges qui marquèrent leur exploration, ils furent attaqués par les femmes indigènes qui, offensées, comme les bacchantes de Thrace au temps d'Orphée, du peu d’attention qu’on accordait à leurs attraits, assaillirent à coups de pierres les insensibles voyageurs. Notons ensuite ies explorations d’Austin en 1854, et celle des deux frères Dempster en 1861.

Mais, entre toutes les explorations, celle de Stuart en 1860, et surtout celle de l’Irlandais Burke en 1861, sont restées célèbres. Stuart, pionnier infatigable, rompu à la vie du désert par vingt années de courses dans les solitudes, après avoir traversé le continent entier, de la côte sud à l’océan Indien, en passant par le centre du pays, revint sain et sauf, et rapporta d’utiles indications. Robert O’Hara Burke, ancien officier de hussards hongrois, dévoré d’activité et d’ambition, quitta Melbourne à la tête d’une troupe nombreuse bien équipée, bien approvisionnée. Le personnel de l’expédition se composait de plusieurs savants : — un jeune astronome, John Wills, le botaniste Henri Beckler, l’Aïlemand Louis Becker, les Anglais Landells, King et Gray, — et d’une escorte de soldats indous destinée à protéger les explorateurs contre les sauvages. Burke possédait vingt-cinq chevaux chargés de vivres et autant de chameaux ; on comptait un peu sur ces derniers animaux pour inspirer aux indigènes une terreur salutaire. L'expédition réussit ; mais Burke et ceux de ses compagnons qui l’avaient suivi jusqu’au bout y trouvèrent la mort, — sauf le seul King. On a élevé à Burke une statue en bronze à Melbourne.

Enfin, en 1873, le colonel Egerton Warburton parvint à gagner la côte occidentale en explorant certaines parties de la région centrale qu'aucun voyageur n’avait encore réussi à traverser.

On à remarqué, en l’exagérant quelque peu, le renversement de certaines conditions physiques que présente l’Australie. C’est d’abord, naturellement, le cours des saisons, janvier marquant le milieu de l’été

et juillet le milieu de l'hiver. Mais il y a mieux : nous regardons le soleil au sud, les Australiens le regardent au nord; quand il fait beau en Australie le baromètre baisse ; il monte pour annoncer le mauvais temps ; le vent du nord y est chaud, celui du sud, frais ; les cygnes sont noirs à la Nouvelle-Galles et les aigles y sont blancs; l'abeille n’a pas d’aiguillon ; le hibou se montre pendant le jour ; le coucou, où du moins l'oiseau qui peut lui être assimilé, chante pendant la nuit ; les arbres ne donnent presque pas d’ombre, parce que, en général, c’est la tranche de la feuille et non le plat qui est tournée vers la lumière... Quant aux prétendues cerises qui ont le noyau hors du fruit ou même n’ont point de noyaux, un voyageur en a fourni récemment l’explication : il s'agit d’une baie sauvage qui n’a de la cerise que la forme et la couleur. = Sous un ciel bleu comme celui de l'Italie, l'Australie est comme une plaine de gazon sans limites : c’est du moins le caractère le plus général du pays. Pour ne rien exagérer, il y a des pelouses de vingt lieues sans un caillou. Mais sur une terre presque aussi grande que l’Europe, il doit se produire, on le conçoit, plus d’un contraste dans l’aspect des lieux. Ainsi, outre les chaines de montagnes dont nous avons parlé, — les montagnes Bleues, etc., — outre les groupes de lacs de l’Australie du Sud, il y a encore de vastes étendues de pays qui n’ont entre elles aucune ressemblance. Dans l’est et le sud-est; régions montagneuses, les paysages sont frais, variés, pittoresques. Vers le centre, aux plaines gazonnées succèdent des landes sans fin, semées de broussailles, d’où s’élancent çà et là quelques gommiers à ramures épineuses ; là, point de rivières, aucune eau stagnante ; seulement de rares oasis à de grandes distances les unes des autres où quelques sources entretiennent un peu de verdure.

Cent lieues plus avant dans l’intérieur se trouvent des plaines brülantes, rayées de larges zones où les dunes de sable se meuvent au hasard des vents comme les vagues de la mer; plus loin encore ces mêmes plaines sont encombrées de hautes broussailles sous lesquelles aucune herbe ne peut croître, hérissées de buissons de spinifex, petit arbrisseau présentant de véritables gerbes d’épines à travers lesquelles il est difficile de se frayer un chemin. Les chevaux ont souvent les jambes blessées par ces épines ; les chameaux évitent avec soin ces touffes glis-

santes qui rendent leur marche difficile. Ils se gardent aussi d'y goûter. Des chaînes rocheuses peu élevées, séparées par quelques vallées dont les ouvertures, vers le littoral, sont charmantes, alternent avec les prairies, les savanes couvertes de gommiers et de mimosas qu'on met un mois à traverser, les déserts de pierres blanches, de granit et de sable. Stuart et Burke ont rencontré devant eux de ces déserts de pierres si vastes et offrant si peu de ressources que leurs chevaux et leurs chameaux y sont morts de faim. Ailleurs sont des fourrés de jeunes gommiers si serrés les uns contre les autres qu’il ne reste pas de passage entre leurs troncs ; ils se développent surtout aux pieds des montagnes, dès les premiers contreforts, au milieu d’une succession de coteaux poussiéreux où se montrent aussi des féviers, et des choux-palmistes, et en abondance ces belles fleurs sauvages que l'Australie semble réserver aux parties les plus ingrates de son sol. Ailleurs encore s'étendent des forêts où les fougères arborescentes, trois fois plus grandes qu'un homme, élèvent par-dessus les hautes herbes la verte coupole de leurs palmes délicates, accentuant vigoureusement une végétation tropicale. Le tronc droit et un peu épais marque, par les anneaux superposés de ses palmes tombées, l’âge de l'arbre. On voit aussi dans ces forêts des arbres à écorce noire ayant la feuille du chêne, l’arbre à gomme au tronc blanc et droit, souvent dépourvu de branches jusqu'à vingt et trente pieds de hauteur, et dont les feuilles déliées pendent comme celles du saule pleureur. À eux seuls, ces gommiers forment dans certaines régions de vastes forêts comme les fougères dans d’autres parties. L’eucalyptus géant dépasse souvent cinquante mètres d’élévation avec un tronc de quatre à cinq mètres de diamètre. Même des voyageurs parlent de superbes échantillons de cette espèce acquérant cent cinquante mètres : la hauteur du dôme de Saint-Pierre et de la flèche de la cathédrale de Strasbourg! Dans ces forêts, des acacias épineux rendent la circulation difficile, et des plantes grimpantes pendent çà et là aux troncs morts de quelques gommiers étouffés par elles. : Au milieu de ces vastes espaces, un cours d’eau est indiqué par une double bordure d’arbres. Les rivières australiennes, remarquables par le caprice de leurs méandres, sont égayées par des presqu’iles de quelques centaines d’arpents de frais gazon, et bordées par une haie de ma-

L'OCEANIE.

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d’un vert émeraude, dont la brise porte au loin les parfums. Dans ces endroits frais croît une nouvelle espèce de lis, — nouvelle pour nous, — dont la feuille en forme de cœur a plus d’un pied de largeur et dont les fleurs, semblables à celles d’une tulipe et parées d’une brillante couleur rose, ont six pouces de développement.

Longtemps on a cru que la nature affreusement stérile des plaines du centre opposait d’infranchissables bornes à la conquête entière du continent australien. Il semblait établi par les résultats de plusieurs explorations, notamment celle de Gregory, que toute la partie centrale du continent est un désert inhabitable, le lit d’une mer entièrement desséchée, quelque chose comme un Sahara privé d’eau, ayant toutefois. sur le désert africain l’avantage de présenter dans beaucoup de ses parties une riche variété de fleurs, d’arbrisseaux et même d’arbres tels que les acacias et différentes sortes d’eucalyptus. Mais on est revenu depuis à une appréciation plus favorable.

Voilà quelques traits rapides, incomplets assurément, du tableau que présente cette contrée si riche en or, si pauvre en terre végétale!

Chaque jour les chercheurs d’or, les buskmen (1), la dent et le pied des troupeaux, la hache et la charrue du sqwatter (2?) changent quelque chose de l’état originel d’une contrée où la nature semble encore en travail de formation.

Quant au climat de l’Australie, il rappelle celui de la Sicile et de Naples. Durant neuf ou dix mois de l’année, il est tout simplement délicieux ; mais les mis d'hiver sont pluvieux... A deux cents milles au nord de Sydney, la Nouvelle-Angleterre forme un plateau élevé dont le climat est très chaud en été, froid en hiver, parce que les vents du sud le traversent en descendant des montagnes Bleues.

Les plus grandes chaleurs se font sentir en décembre, en janvier et février, — n'oublions pas que nous sommes aux antipodes ; — les vents du désert rendent la température embrasée plus difficile à supporter.

Toutes les plantes et tous les arbres d'Australie sont à feuilles

(1) De bush, buisson : l'ensemble des terrains vagues, forêts ou taillis qui couvrent l’intérieur de la contrée ; et men, hommes,

(2) Squatter : les propriétaires de stations, éleveurs de bétail auxquels le gouvernement accorde le droit de pâture sur de vastes terrains. Ce mot vient du verbe to squat, s'asseoir sur le sol.

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Fig. 163. — Le pic de Tangulda, en Australie.

mais à part deux ou trois espèces qui ont un feuillage riche et touffu, les arbres donnent en général peu d'ombrage ; nous avons dit pourquoi.

Leur feuillage n’a jamais les riches teintes d'automne de nos arbres d'Europe.

La faune australienne se distingue par l’absence presque complète d’espèces utiles à l’homme, par la taille peu élevée des quadrupèdes, par l’étrangeté de leurs formes.

Quoi de plus étrange, en effet, que l’ornithorynque et l’échidné? L’ornithorynque, sorte de loutre aplatie, longue d’un pied et demi, courant sur quatre pattes palmées, ayant le poil du phoque, le bec du canard, pond des œufs et allaite ses petits! Cet animal circule comme le castor sous d’étroites voûtes creusées le long de la rive, et nage facilement.

L’échidné a le bec de la poule et le corps du hérisson!

Le kangurou peut aussi, à plus d’un titre, figurer parmi les animaux étranges. C’est le plus grand de tous les animaux de l'Australie. Quelques kangurous ont jusqu'à six pieds de haut. Ces animaux sont si nombreux dans certaines parties du pays, qu'ils épuisent les pâturages des animaux domestiques, et que les colons sont obligés d’organiser de grandes chasses, où l’on en détruit des milliers à la fois. Le kangurou est trop connu pour qu’il soit besoin de le décrire : on en voit même au Jardin des plantes et au Jardin d’acclimatation de Paris. On sait qu'il porte ses petits dans une poche placée sous le ventre. Le kangurou rouge, — le plus grand animal de cette espèce, — est assez rare. Comme traits généraux, il nous suffira de rappeler que le kangurou saute sur ses pattes de derrière seulement, tenant son corps droit et un peu penché en avant, ses bras pendant sur sa poitrine. Il se met en mouvement par petits bonds réguliers, les augmentant à mesure qu’il se sent poursuivi. Il peut alors s'échapper par bonds de cinq ou six mètres. Quand il vient de sauter et qu'il est en l’air, sa longue queue et ses longues jambes pendantes se touchent. « Les kangurous, dit M. de Castella, qui s’est donné le « sport » de cette chasse bizarre, s’enfuient toujours les uns derrière les autres, en colonne par un, comme on dirait à l’école du cavalier. Les plus vieux étant les plus lourds sont ordinairement les derniers ; avec eux se trouvent quelquefois de Jeunes étourdis qui n’ont pas obéi assez promptement au signal du départ donné par leurs mères. »

Le kangurou rouge, ou « forestier rouge », résiste plus bravement

164, — Les Kangurous,.

aux chiens qui l’attaquent. Il s’adosse à un tronc d'arbre, où à un rocher, et, se tenant dressé sur ses jambes de derrière, il attend courageusement ses adversaires. Il est peu de vieux chiens qui osent attaquer le kangurou forestier autrement que par derrière en le saisissant à la nuque, car ils pourraient être éventrés d’un seul coup d’une des longues pattes de la bête, formées de trois doigts, avec celui du milieu, plus long que les autres, armé d’une sorte de corne.

Ces kaugurous rouges sont si vigoureux que, s’il se trouve une mare dans le voisinage, ils saisissent le plus gros chien de la meute entre leurs pattes de devant, — leurs bras, — et courent le jeter à l’eau où ils le maintiennent jusqu'à ce qu'il soit noyé... L'air grave et tranquille du &« vieil homme »,— comme l’appellent les colons établis en forêts, — passe tout ce qu'on peut imaginer. « Je ne puis mieux comparer sa facon de procéder, ajoute notre chasseur, qu'à celle d’une blanchisseuse plongeant et replongeant dans l’eau son linge qui remonte toujours à la surface. »

Citons encore parmi les animaux indigènes de l'Australie les phalangers volants, les péramèles, les opossums, qui ressemblent aux sarigues de l’Amérique ; les dasyures, qui correspondent aux fouines de nos climats, les wolloubis, petite espèce de kangurous dont certains indigènes paraissent faire leur priucipale nourriture, les chiens chacals qui n'aboient Jamais, le phascolome et le wombat, qui ressemblent à de très petits ours et dont la chair est un bon aliment ; enfin les rats qui sont, comme on le sait, très abondants en Australie ; ils font leurs nids dans les fentes des rochers.

Les oiseaux australiens sont nombreux et beaux. Les plus répandus sont les kakatoës roses et noirs, grenat ou azur et les autres perroquets omnicolores ; ils remplissent les forêts et les bois de cris aigus et discordants. Les perruches font aussi leur partie dans ce concert. Parmi ces dernières se distingue la petite perruche ondulée, l’un des plus jolis oiseaux qu'on puisse élever pour l’ornement d’une volière, et qui s’est fort bien acclimatée en France.

Dans les plaines gazonnées et surtout dans le voisinage de l’eau courent les énormes émous, sorte de casoars sans casque qui trottent aussi vite qu'un cheval, en faisant des enjambées de quatre mètres. Comme

particularité, c'est le mâle qui couve les beaux œufs vert émeraude pondus dans le nid. Ces nids énormes, de vingt mètres de longueur et de cinq pieds de hauteur, sont faits de racines, et construits avec beaucoup d'art. Les chasseurs attirent les émous en s’enveloppant d’une couverture rouge et en se cachant la tête avec des feuillages. L'émou est comme le taureau, dit le comte de Beauvoir : elle fond sur tout ce qui est rouge. Attiré soudain par le point rouge qu'il voit à l'horizon, l’escadron prend le grand trot, et, le cou tendu, les folles bêtes s’élancent à la suite l’une de l’autre comme en une charge de guerre.

Quant aux chasseurs indigènes, ils surveillent l’émou lorsqu'elle va boire dans les mares; avertis par le sifilement de l'oiseau, ils l’entourent et le rabattent vers un endroit où des filets sont tendus ; là, ils le tuent à coups de lance.

Dans les montagnes, l’oiseau-lyre ou ménure s'échappe bruyamment des buissons, rapide comme le faisan de nos campagnes. Son corps est comme celui d'une petite poule; les pattes sont courtes, mais la queue à plus de deux pieds de long. Quand il s’enfuit à tire-d’aile, il la laisse traîner à terre comme un souple et ondoyant manteau de cour. Dès qu'il perche, il fait la roue comme un paon ; ses plumes forment alors la figure d’une lyre.

Parmi les autres oiseaux nous citerons un peu pêle-mêle : les pigeons gris-brun, gris-cendré, jaune-brun, brun-rouge et les magnifiques pigeons aux ailes d'or (bronzewings), de majestueux cygnes noirs, le loriot prince-régent, les martins-chasseurs, le moucherolle crépitant, dont le cri imite à s’y méprendre le claquement d’un fouet, le morepork, gros oiseau gris qui produit les mêmes notes que notre coucou d'Europe, les aigles, les faucons, les ibis, les hérons, et encore des pélicans g'igautesques, des oïes et des canards d'espèces particulières, des grues bleues à collier et à toque écarlate, le grand pivert qui semble rire et se moquer de ceux près de qui il chante.

Pour en finir avec les oiseaux, 1l nous reste à signaler, à titre de curiosité, l'oiseau constructeur. € Aujourd'hui, dit le comte de Beauvoir, nous avons vu un village bâti par ce volatile étrange. Figurez-vous que chaque maison est un talus de trois à quatre pieds de haut : de la

glaise piétinée, unie et rabattue, forme le parquet; des brins de branches de corail ou de pin sont les poutres qui soutiennent des voûtes irréoulières, de longues herbes sèches font le toit. C’est exactement sur la surface du sol, ce que le castor construit sous terre; on voit que l’oiseau à apporté brin à brin avec son bec tous les matériaux de sa demeure… Les voûtes sont des corridors qui mènent à des chambres carrées :il y en a cinq ou six par nids avec de petits labyrinthes, un étage supérieur, et je dirai presque des boudoirs. La patte de l’oiseau avait laissé son empreinte seulement en deux ou trois points d’un escalier en pente douce. Voilà ce que j'ai vu dans un ensemble de perfection et d'architecture qui a fait mon admiration. » Les naturalistes de l’Australie n’ont donc rien exagéré à l’égard du Lower-bird.

Il nous faut noter que l’Australie est infestée de serpents dangereux : le serpent fil et le serpent noir sont les plus venimeux. Les voyageurs se plaignent du grand bruit des grenouilles par une nuit claire.

Les moustiques sont, comme en bien des contrées, un des fléaux du pays.

Enfin, les côtes abondent en baleines et offrent une pêche avantageuse.

Quels sont les hommes qui habitent ce continent australien où sont renfermés encore tant de mystères ? On les connaît mal. Les voyageurs se trouvent souvent en opposition dans leurs portraits et leurs appréciations sur les noirs de l'Australie. Les colons anglais, jaloux de pallier leur cruauté vis-à-vis des indigènes qu’ils dépossédaient et traquaient comme des bêtes fauves, n’ont voulu voir en eux qu’une espèce intermédiaire entre le singe et l’homme. Il est permis de supposer que leur apparence varie sensiblement selon les parties du continent où on les a observés. Là, ils ont semblé petits et faibles, et on les à représentés comme les hommes les plus laids de la création ; ailleurs ils ont paru grands, forts, bien constitués. Il est probable que l’abondance ou la rareté de leurs ressources, particulièrement pour l’alimentation, sont les causes principales de ces différences d’aspect. Leur caractère moral offre aussi de singuliers contrastes.

Ainsi dansl’Australie de l’ouest, les aborigènes sont plus féroces et plus belliqueux queles noirsdes autres colonies australiennes, à l'exception tou-

tefois de ceux du nord de Queensland. Là, le long de la pointe qui s’élève entre la mer de Corail et le golfe de Carpentarie jusqu’au cap York et au détroit de Torrès, — ce détroit est situé entre la partie nord la plus avancée de l’ Australie et la Nouvelle-Guinée, — les noirs sont anthropophages. Malheur aux marins naufragés sur les récifs de corail du dé-

Fig. 165, — Oiseaux de l’île Raine (en face le détroit de Torrès).

troit qui abordent à leurs rivages! Ils ne peuvent se faire illusion sur le sort qui les attend. La perspective d’être tué pour servir à des festins de cannibales est horrible, et pourtant sur dix navires qui s'engagent dans ce fatal détroit la perte de cinq est assurée...

Mais enfin les Australiens ne sont pas tous aussi repoussants. L'explorateur Leichardt veut que, dans leur état naturel «et non souillés ou irrités par le contact avec ies Européens, » ils soient « hospitaliers et ca-

pables de sentiments généreux » ; M. Perron d'Arc les à dépeints à peu près comme tels.

Il faut dire que leur aspect n’a rien de bien engageant. Un Européen, brusquement transporté par un coup de baguette dans une forêt de fougères arborescentes, se trouverait médiocrement rassuré en voyant surgir de dessous les hautes herbes des créatures nues, mais armées, à la peau d’un noir fuligineux où d’un brun de rouille, à l’apparence famélique, aux extrémités grêles, ayant une poitrine excessivement cambrée et saillante, et pas de mollets aux jambes, une petite tête, des yeux injectés de sang et dont les paupières molles, tombantes, donnent au visage un caractère repoussant que l’on ne trouve nulle part ailleurs ; avec cela une bouche démesurément grande, garnie de dents très blanches lésèrement proclives, de grosses lèvres, un nez large et écrasé. Examiné d’un peu plus près, l’être ainsi conformé ne semblerait pas davantage avenant, avec sa grande barbe noire, son front droit et plat, caché sous des cheveux longs, — ils ne sont pas laineux comme ceux des Nègres d'Afrique, mais entortillés, bouclés d’une manière toute distincte, — et, de plus, exhalant une affreuse odeur putride.

Et si ce sauvage était doublé de sa moitié tout aussi laide, plus laide que lui, maigre, noire et luisante, les cheveux barbouillés d’ocre rouge, on se croirait fondé à n’avoir aucune gratitude pour le magicien qui vous aurait ouvert l'hémisphère austral et présenté la vue d’un tel couple.

Eh bien! nombre de voyageurs ont été, à ce qu'il paraît, plus favorisés. [l en est d’enchantés qui font des réserves à l’égard de la laideur des femmes, et nous avons trop de galanterie pour n’en pas tenir compte. L'un d'eux dit expressément qu'à l’âge nubile les filles sont très bien faites, et qu'il à vu plusieurs femmes d’âge mur dont la figure et les traits pouvaient faire envie à des Européennes, dont elles ne diffèrenten pareil cas que par la couleur de la peau. Soit! Il trouve que leur regard est plein d'expression et de feu ; et elles auraient, si elles voulaient, une abondante chevelure blonde, — quelquefois noire, — qui, lavée et peignée, pourrait égaler le lustre et la souplesse de la plus belle soie. En vérité, nous ne demandons pas mieux.

De son côté, M. de Castella déclare que parmi les hommes il en est de

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grands et de bien bâtis. « Leur démarche lente et molle, dit-il, n’est pas sans noblesse, et ils posent le pied à plat avec une solennité qui me rappelait le pas des acteurs tragiques sur la scène. » Plusieurs autres voyageurs, Leichardt, Eyre, affirment que le corps de l’Australien est bien fait et musculeux. Le colonel Warburton rencontra des indigènes d’une belle stature. Les hommes aperçus par le comte Russell-Killough l’ont un peu réconcilié avec leur race : &« Quoique osseux et marchant les genoux ployés, ils avaient une apparence de force et les attitudes très fières. Droits comme des flèches, la poitrine très développée, la barbe noire et fournie, les cheveux soyeux ct l’œil animé, c’étaient vraiment de beaux hommes. »

Peut-être que, émaciés par les privations, errant affamés dans leurs forêts et leurs broussailles, timides et défiants, ils ont pu paraître des êtres répugnants et dangereux, tandis qu'ils n'étaient que des êtres craintifs et misérables. Qui sait s’ils ne sont pas meilleurs que la plupart des Noirs? Ah! nous allions oublier les cannibales du détroit de Torrès, vivant des épaves humaines que le flot leur jette. Ceci nous ramène aux imperfections morales des populations de l’Australie. Les Australiens sont cruels, durs dans leurs rapports de famille. La femme est traitée chez eux sur un pied d’infériorité. Elle suit son mari pour se charger des animaux tués par lui à la chasse. Son dernier né suspendu à son cou, elle transporte d’un campement à l’autre le tison de gommier en braise qui doit servir à allumer un nouveau feu.

L'enfant qui présente quelque défectuosité en venant au monde est tué aussitôt après sa naissance, comme c'était autrefois l’usage chez les Spartiates.

Les filles sont très mal reçues dans la famille ; la seconde est souvent mise à mort. La destinée de la troisième fille est sûrement de périr, et de la main de sa propre mère; les Australiens justifient de pareils actes en déclarant qu'il ne convient pas de laisser trop se multiplier les femmes. Parfois une commère au cœur sensible sauve l’enfant en se chargeant de l’élever. Comme compensation les mères aiment éperdument leurs fils. Elles les allaitent jusqu’à quatre ans et quelquefois jusqu'à six.

Actuellement les noirs australiens vivent épars en petites tribus, ou

plutôt en familles isolées, au bord des rivières, des lacs et de la mer. Ils ont un besoin farouche de paresseuse indépendance, de vagabondage dans leurs forêts natales, et, souvent, des femmes indigènes, des enfants élevés dans les villes de la colonie, paraissant très heureux de leur nouvelle condition, abandonnent subitement tout pour retrouver leur liberté d’allure. Ce que Buffon raconte du loup qui ne peut jamais être apprivoisé pourrait se dire des Australiens. Même quand il est pris à la mamelle et élevé au sein de la société, le sauvage reparaît dans le Noir australien dès que l’âge adulte est arrivé ; alors le 4uwsk l’emporte sur le logis du squatter, et l’instinct de la vie errante sur les habitudes de bien-être et de sécurité.

M. A. Trollope représente les Noirs d'Australie comme d’impudents voleurs, mendiant avec effronterie, ne désirant, de toutes les choses nouvelles offertes à leurs appétits, que les boissons enivrantes. Anthropophages partout où la civilisation n'a pas encore eu le temps de les dépouiller de leur malfaisante énergie, ils ne le sont cependant que par intermitteuces, par places et paroccasions. Une de ces occasions est par trop originale pour ne pas être rapportée. Les aborigènes sont friands du fruit de l'arbre bunya-bunya; mais cet arbre ne donne de récolte abondante qu’une année sur trois, et la région où il croît dans le Queensland est si restreinte qu'il se trouve tout entier en la possession de quelques petites tribus. Lorsque l’année est bonne, les tribus du voisinage ont permission de venir en manger leur part, et elles accourent. Ce fruit est un farineux de qualité supérieure ; les Noirs engraissent rapidement; mais au bout de quelque temps de ce régime ils se sentent un besoin irrésistible de manger de la chair. Kangurous et opossums gambadent autour d'eux, il est vrai; mais il leur faut s’abstenir d'y toucher, parceque ces animaux sont nécessaires à la nourriture de la tribu qui les a conviés à prendre leur part des fruits du bunya, et que ce serait mal paver l'hospitalité qu'ils reçoivent que de les tuer. Alors, pour satisfaire leur besoin sans manquer à leurs devoirs envers la tribu amie, ils sacrifient quelques-uns des leurs et les mangent : voilà un singulier fait d’anthropophagie déterminé par un scrupule honorable. Cela déconcerte. Évidemment ces gens-là doivent avoir des idées à eux sur ce qui est bien et c2 qui est mal.

476 L'OCÉANTE.

Cela est si vrai que des indigènes placés sous l'autorité plus ou moins nominale du gouvernement colonial peuvent être punis pour des crimes qu'ils ont commis, sans se douter que c'étaient des crimes et souvent pour obéir à leurs propres lois. M. A. Trollope donne un exemple sai- sissant de cette particularité. La plupart des actes de violence commis

par les aborigènes sont suivis de mort ; mais fréquemment ces meurtres sont de légitimes revanches de tribu à tribu ou, plus simplement encore, des actes de bonne politique : tel est le cas où un guerrier, mourant de sa mort naturelle, le chef juge prudent de rétablir l'égalité avec la tribu voisine en faisant tuer un homme de cette tribu. Il désigne un meurtrier, et si celui-ci n’obéit pas, il esten butte aux mauvais traitements de son entourage. M. Trollope eutavec un de ces criminels inconscients le petit bout de conversation que voici : € Le chef venir; lui dire : Va tuer Cracko! Moi pas aimer cela ; lui dire : Il faut! Cela pas plaire à moi beaucoup; Jui avoir lance, — ici un geste pour montrer le cruel chef dardant son sujet désobéissant, — alors moi aller tuer Cracko. »

Et, puisque nous sommes sur le chapitre de l’honuêteté relative, rappelous-nous que les squatters, isolés dans l’intérieur, au milieu d’immenses pacages de moutons, sont souvent forcés de recourir aux services des indigènes. On cite le fait d’un de ces éleveurs de moutons que tous ses bergers avaient abandonné pour courir à des gisements d’or nouvellement découverts ; il dut confier quinze mille têtes de bétail à Ja tribu des Kamilaroiï, et ces bergers improvisés lui rendirent bon compte de ses troupeaux.

On a douté longtemps que les sauvages de l'Australie eussent un culte. En les observant de plus près, il a été reconnu qu'ils suivaient certaines pratiques superstitieuses où mystiques, par exemple lors du mariace, des funérailles, etc. Ces pratiques semblent indiquer, sinon l'existence d’un culte, du moins un ensemble de vagues croyances. Ces Noirs sont généralement persuadés, depuis qu’ils voient des hommes de race blanche, qu'après leur mort ils renaîtront sous la forme d’un blanc et que peu à peu tous les Noirs deviendront de la sorte des hommes blancs dotés d'avantages qu'il ne leur a pas été donné de posséder dans

leur première existence.

Les Australiens sont d’une agilité et d’une adresse remarquables.

Qu'on en juge par leur façon de grimper au plus haut des arbres, pour certaines chasses. Après s’être assuré, par la présence de débris au pied d’un arbre, qu'il s’y trouve une proie, le chasseur assujettit sa lance derrière son dos et fait avec sa hachette, dans l’épaisse écorce, trois en-

Fig. 167. — Indigènes montant à l'arbre (Australie).

tailles superposées à ‘un pied et demi de distance l’une de l’autre. & Il place dans la plus élevée la main droite d’abord, dans la plus basse l’orteil du pied droit, dans l’entaille intermédiaire le pied gauche, et de la main gauche, qui est libre, il fait une entaille au-dessus de celle dans laquelle sa main droite est placée. Ensuite il met sa hachette dans sa bouche, place sa main gauche dans la dernière entaille qu’il vient de

faire, et, reprenant la hachette de la main droite, il fait une entaille nouvelle. Remettant alors encore sa hachette dans sa bouche, il se soulève sur ses deux mains, et plaçant le pied droit dans l’entaille où était primitivement la main droite, il est monté d’un échelon. Ce sont de vrais échelons qu'il se creuse ainsi dans le tronc de l’arbre, échelons où il place successivement les mains et les pieds. Rien n’est plus curieux que de voir son corps noir et maigre se détachant sur le gommier blanc, tous les muscles tendus, cramponné à l'écorce par l'extrémité seule des membres.

« Quand il est arrivé au nid de l’animal, — opossum ou chat sau-

vase, — il harponne le malheureux dans son trou, le retire et lui brise la tête contre le tronc en criant et riant de joie; puis le jette à sa « lubra » (sa femme)

Fig, 168. — Abris d'Australiens sur la terre du Roi George (hiver). et redescend comme il

est monté! Cette fois les entailles étant déjà faites, il met autant d’agilité que s’il descendait d’une échelle (1). »

Les Australiens n’ont ni tente, ni abri, ni aucun vêtement; sur la côte du nord seulement où les nuits et les matinées sont très fraîches, ils portent une peau de kangurou nouée en manteau sur les épaules. Pendant les nuits les plus froides, ils se couchent sous le sable, d’où l’on est très étonné deles voir surgir lematin. L'été, de simples branches de gommier, entassées contre quelques pieux fichés en terre, les garantissent du soleil et du vend chaud; l'hiver, ils arrachent aux arbres des grandes plaques d’écorce et ils s’en font un abri du côté d’où vient la pluie et le vent. Accroupi sur la terre nue et enveloppé dans la peau qui lui sert de

(1) M. de Castella, auteur des Squatters australiens. — M. de Castella, originaire de Fribourg en Suisse, est un des premiers qui ait eu l’idée d’acclimater la vigne en Australie, où elle réussit parfaitement,

vêtement et de couche, chacun d’eux entretient un petit feu devant soi.

La vie domestique de l’Australien exige un bien mince mobilier, en sorte que lorsqu'il abandonne, avec sa famille, le lieu où il à passé la nuit pour se transporter ailleurs, un sac de peau de kangurou que la femme porte suspendu à son cou et rejeté sur ses épaules, suffit pour contenir tout l'avoir du ménage. C’est bien peu de chose : une provision de gomme de xanthorrhéa servant comme

mastic à plusieurs usages, des pierres pour la fabrication des hachettes, des marteaux et des couteaux pour broyer les écorces d'arbres, ces dernières du poids d’au moins quatre livres chacune; des nerfs de kangurous pour servir de fils, de liens; des petits paniers en forme de bouteille contenant de la terre blanche, de la terre rouge avec lesquelles les Australiens se peignent le visage, la poitrine ; quelques morceaux de bois creusés en cuillers et en tasses, de la laine d’opossum, des plumes de divers oiseaux, des peaux

de kangurous non encore apprêtées, de la graisse pour s’oindre le corps, une provision de racines et d’écorces d’arbres,

; Fig. 169. — Abris des indigènes enfin quelques os pour l’ornement du nez, d'Australie (été).

— les bijoux de famille.

L'homme marche en avant, portant ses armes seulement, le cassetête ou hachette, la lance, arme de jet, le long bouclier de bois en losange, enfin le « boumerang », — nous reparlerons de cette arme terrible. — Il s’avance d’un air altier et même arrogant, attentif à découvrir tout ce

qui peut fournir quelque aliment à lui ou aux siens. La femme le suit de près. Elle porte d'ordinaire son dernier né dans un sac ou dans un panier d’osier aussi suspendu à son cou. L'enfant, avançant la tête pardessus l’épaule gauche, tette le sein du même côté, tandis qu’un autre marmot, âgé de deux ou trois ans, et qui se tient à califourchon, tette de l’autre côté. Les enfants sevrés et adultes s’avancent derrière la mère à la queue leu-leu, par rang de taille , tout comme font les kangurous et les cygnes noirs. Ce doit être là une habitude inspirée par la crainte

; des serpents, car où le premier a passé les autres peuvent mettre le pied sans danger. Jamais on ne rencontre plusieurs Australiens de front, même quand ils sont très nombreux. Lorsque toute la tribu voyage à travers les plaines, on voit de loin une longue file noire se mouvant au-dessus des hautes herbes.

Et puisque nous par-

Fig. 170. — Masque chez les sauvages du détroit de Torrès.,

lons de nourriture, disons que les ressources que le sol offre à l’indigène se réduisent à quelques rares plantes venant sans culture : le nardou, cryptogame qu’on trouve au fond des mares desséchées : on en utilise les sporules en forme de lentilles ; écrasées entre deux pierres et préparées en bouillie, elles fournissent un aliment peu substantiel. Il y a encore les dingoua, sporules et racines d’une sorte de fougère, quelques racines d’arums, une espèce de pisang, des patates douces, quelques feuilles de végétaux herbacés, des baies assez semblables au raisin, du riz sauvage, des ignames. C’est bien peu de chose ; avant la venue des Européens l’Australie ne produisait ni le blé, ni le riz, ni aucun turbercule dont ses habitants pussent se nourrir; aucun fruit ne pendait aux arbres. Ces malheureux sauvages ont encore la chasse et la pêche; l’une et

l’autre de peu de produit. C’est l’opossum déniché dans le trou où il est tapi au plus haut d’un arbre, l’émou, le kangurou, le canard. La pêche se pratique en barrant les cours d’eau au moyen de digues en argile pour faire échouer le menu poisson ou le harponner plus facilement.

« Leur pêche à l’anguille dans les lagunes est nn spectacle original. Figurez-vous, par un chaud soleil, sous le ciel gris blanc des jours d’été des pays chauds, huit ou dix de ces sauvages à la peau luisante et d’un ton noir cuivré qui tranche sur tous les autres tons un peu monotones de la nature. Debout dans l’eau jusqu’à mi-jambe ou jusqu'à la ceinture, ils tiennent dans chaque main une lance avec laquelle ils fouillent

Fig. 171. — Vase à boire fait du crâne d'un indigène,

le fond de l’eau, se balançant et réglant leurs mouvements sur la mesure parfaitement marquée d’un de leurs chants saccadés. Quand ils ont traversé une anguille avec une de leurs lances (ce qu’ils sentent au mouvement qu’elle fait en se débattant ), ils la transpercent avec l’autre lance dans un autre endroit, et, tenant les deux pointes écartées, ils la jetent sur la terre à l’un d’eux qui les met toutes en tas. Ils en prennent de cette facon des quantités vraiment prodigieuses, et en font d’horribles grillades (1). »

A mesure que la population européenne s’accroît en Australie, la population aborigène diminue, s’enfayant devant les colons envahisseurs, disparaissant comme disparaît le désert devant les efforts des pionniers. Les tribus du Murray et du Darling sont demeurées les plus nombreuses

(1) M. de Castella.

de l’Australie. Toutefois, à l'heure présente, les Anglais se trouvent les maîtres de l'Australie entière.

Cette race sauvage, demeurée la même, sans doute, pendant des siècles, s’est effacée, s’est effondrée en quelques années à la seule apparition des blancs. Ces Noirs australiens ont fondu aux approchesde la civilisation comme la neige sous les rayons d’un soleil ardent. Les [Indiens résistent beaucoup mieux en présence d’une société de cinquante millions de yankees et l’on peut prévoir que, bien que fort réduits en nombre, il faudra plus d’un siècle encore pour amener leur extinction; les Australiens, au contraire, n’ont pu tenir contre moins de deux millions d’Européens qui, à l’origine, n'étaient qu’une poignée d'hommes ; leur complète disparition n’est plus qu'une affaire de quelques années. Des tribus de plusieurs centaines d'individus que Sturt et Mitchell visitèrent sur les affluents supérieurs du Murray ne sont plus représentées que par des groupes épars de huit ou dix malheureux affamés.

« J’aien vain cherché, écrit un touriste, à découvrir quelques-uns de ces bocages de la mort, qui jadis marquaient le centre du parcours, la terre patrimoniale de chacune des grandes tribus. Ces poétiques sépultures ont disparu à leur tour; les descendants ont manqué aux aïeux pour entretenir les #wmuli de gazon et les petits sentiers sablés qui circonscrivaient, sous l’ombre des eucalyptus et des mélaleucas, les carrés de ces échiquiers funéraires. Les pousses de quelques printemps, les pluies d’un petit nombre d’automnes auront suffi pour tout envahir, tout recouvrir ou tout niveler. Sil’on veut voir aujourd’hui une sépulture mdigène, il faut aller la chercher dans les déserts dénudés de l’ouest. Là, de loin en loin, quatre branches d’arbres, fichées en terre et croisées à leur sommet, supportent la dépouille mortelle d’un Australien, ayant pour suaire une peau de kangurou qui le défend mal contre l’action de l’air et les insultes des oiseaux de proie, jusqu’à ce que la décomposition cadavérique livre ces lamentables restes aux chiens sauvages accourus à cette curée des quatre aires de l’horizon. »

Le rhum et les maladies apportées par les colons ont de funestes résultats sur la dépopulation; les affections de poitrine, par exemple, causées par l’intempérance, font des ravages aussi effrayants en Australie qu'à Taïti, aux Sandwich et aux îles Fidji.

Les colons tuent les Australiens comme s'ils faisaient la chasse à des

animaux incommodes. Les blancs les repoussent des endroits où ils

s’établissent, le bétail, disent-ils, ne voulant pas rester dans les lieux

où séjournent les indigènes. Une tribu enlève-t-elle quelques têtes de bétail daus une station écartée? Un châtiment cruel ne se fait pas longtemps attendre. Les squatters des environs fondent sur les pillards, réunis peut-être en un festin dont les animaux dérobés font les frais. Les cavaliers blancs exécutent une charge, labourant de coups de fouet le torse nu de ces maraudeurs incorrigibles, renversant et blessant tous ceux quise trouvent sur leur passage. Tant pis pour les Noirstués : la leçon profitera aux survivants. Aussi les Australiens ont-ils une grande crainte du squatter, qui leur apparaît à cheval et armé de son terrible fouet.

Ces squatters se sont occupés dès les premiers temps de la colonisation de l’élevage du bœuf et du mouton. À mesure qu'ils connaissaient mieux cette contrée nouvelle, ils poussaient leurs troupeaux plus avant vers l’intérieur. Une avant-garde de bushmen s’en allait reconnaître le pays, y chercher des zones propres à l'exploitation; les squatters les suivaient de près avec leurs troupeaux, leurs fermes mobiles, faisant ainsi des conquêtes sur le désert.

Aujourd’hui il y a tel éleveur qui possède quinze mille, vingt mille taureaux et vaches et qui prend à bail à l'État des campagnes vastes comme un de nos départements. Heureusement la place ne manque pas. & La fortune de cette contrée, a très bien dit le comte de Beauvoir, n’est pas dans la qualité de son sol, elle est dans son espace! »

On trouve des « runs », — il faut dire que ceux-là sont exceptionnels, — de soixante mille, cent mille et deux cent mille moutons, donnant chaque année à la tonte des montagnes de laine.

Les colons se livrent aussi en grand à l’exploitation de mines : mines d’or, mines de fer, mines de cuivre, d’étain, de houille, etc. C’est en 1851 que les premières parcelles d’or furent recueillies à Ballarat et dans le voisinage. « Vingt mille personnes en un mois, dit le comte de Beauvoir, cent cinq mille, en une année, se ruèrent toutes haletantes vers . les collines fortunées dont il suffisait de fouiller la surface pour ramasser des trésors : ce que devait être l’aspect de la route où une foule anxieuse courait à la recherche de l’or, comme chez nous on court au feu, qui peut l’imaginer? »

À Ballarat, un pauvre mineur sentit un jour sa pioche retenue dans

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un bloc solide : c'était nn lingot d’or, pesant 2,600 onces et d’une valeur

Fig. 173, — Indigènes d'Australie,

de 260,000 francs! Il y a eu bien d’autres trouvailles presque aussi belles.

Au mont Alexandre, à environ quarante lieues de Melbourne, on vit quantité de mineurs faire fortune en peu de jours. Deux frères, nommés Cavanagh, réunirent, en deux semaines, une centaine de mille francs. Ils avaient réalisé plus de la moitié de leurs bénéfices en une demi-heure sous la forme de #uggets de la grosseur d’œufs de pigeon. Trois autres chercheurs d’or en recueillirent pour trente mille francs un matin avant leur déjeuner. À Melbourne, les boutiques se fermèrent, les marchands chargèrent le contenu de leurs magasins sur des chariots et se dirigèrent vers les placers. Partout où la main de l’homme était nécessaire, dans les moulins, les abattoirs, les tanneries, l'ouvrage cessa, faute d'ouvriers. La fièvre de l’or se déclarait intense et contagieuse.

Avant l'expiration de la première année, il était expédié en Angleterre pour plus de 125 millions de francs du précieux métal. Depuis, les mines d’or australiennes ont donné un rendement de plus de quatre milliards.

Les mines de fer et les mines de houille sont les plus riches après les mines d’or. Donnons aussi une mention à la belle mine de cuivre de Burra dans l’Australie du Sud, qui fat si productive dès le début de l'exploitation que les actions sur lesquelles il n’avait été versé que 75 fr. montèrent presque aussitôt à 8,025 francs. Il y a aussi des mines de cuivre à Kapunda et dans d’autres localités.

On retrouve dans les régions aurifères cette étrange population de chercheurs d’or et ces mœurs que nous avons décrites, en traversant la Californie : les «villes » de toile, le jeu effréné, les procédés de justice expéditive. Un mineur, par exemple, est-il convaincu publiquement de vol? les hommes présents se précipitent sur lui; les uns lui coupent les cheveux, tandis que d’autres lui lient les mains derrière le dos et lui placardent sur les épaules un écriteau infamant. Cette bande de justiciers acharnés s’accroît de moment en moment, et bientôt deux cents personnes peut-être sont à l’œuvre, cinglant avec des ceintures, des sangles ou des courroies les épaules du patient, au milieu d’un tumulte, de huées et de cris qui couvrent ses hurlements de douleur. Et cela jusqu'à ce que quelques bonnes âmes interviennent...

Nous avons promis, à propos des armes des sauvages de l'Australie, quelques détails sur l’arme « nationale », le formidable boumerang. C’est une sorte de sabre courbe en bois très dur, mince, qui, lancé par les indigènes avec une adresse sans égale, après avoir atteint le but, revient en tournoyant tomber aux pieds de celui qui l’a jeté.

Le comte Russel-Killough a observé attentivement le maniement de cette arme singulière et redoutable. « Le sauvage, dit-il, regardait d’abord le ciel comme s’il le menaçait, faisait plusieurs bonds, et lançait son terrible messager avec un effort qui semblait capable de disloquer toute son organisation : l'instrument de bois, sifflant en fendant l’air, montait à au moins vingt mètres, puis semblait tomber à terre, mais il repartait de nouveau comme un objet animé, remontait en tournant toujours sur lui-même, et après avoir erré ainsi pendant près d’une minute, revenait, comme un oiseau de proie qui n’a rien trouvé, se débattre en mourant au pied de son maître, à moins qu’il ne l’eût lancé avec une vigueur extrême, et alors il recommencçait un nouveau cercle. On conçoit facilement qu'avec beaucoup d'adresse on puisse, avec cette arme, tuer, décapiter même son ennemi derrière un objet quelconque, arbre ou maison... Cet instrument, fabriqué en bois d’acacia, est appelé par les naturels « calé ». Ils s’en servent beaucoup pour la chasse des oiseaux, qui se trouvent tout déconcertés en voyant voler parmi eux un objet si étrange. » Qu'on ne se moque plus des sabres de bois!

En quittant l'Australie, nous traversons la mer de Corail.

Au nord de cette mer, à la pointe orientale de la Nouvelle-Guinée, la Louisiade égrène ses petites îles, ses îlots et ses écueils. Les Papouas qui habitent les îles de cet archipel sont encore des Noirs... et des anthropophages.

Un officier de notre marine, M. de Rochas, a raconté les faits horribles qui suivirent le naufrage du trois-mâts {ec Saint-Paul sur des récifs, en vue de l’une de ces îles, l’île Rossel. Ce navire, venant de Hong-Kong, à destination de Sydney, avait à son bord trois cent dix-sept Chinois qui s’en allaient travailler aux mines d’or de l’Australie. Le capitaine, utilisant son principal canot, laissa la plus grande partie de ses vivres aux Chinois réfugiés sur un ilot, et prit la mer pour aller chercher du secours. Il

réussit à aborder en Australie, fut recueilli par une goélette anglaise au moment où il se trouvait à la merci des cannibales du détroit de Torrès, et il débarqua enfin à la Nouvelle-Calédonie. Là, sur ses instances, le Styx fat envoyé à la recherche des malheureux Chinois abandonnés sur l’îlot des Louisiades. M. de Rochas avait un commandement à bord de ce navire.

Quand on arriva en vue du sinistre écueil, il ne s’y trouvait plus un seul des naufragés. « Pas un être vivant, dit M. de Rochas, pas un signal sur ce pâté de corail de vingt mètres environ de largeur sur trente-cinq de longueur. Un officier descendit sur l’îlot et y remarqua une tenteen lambeaux, encore fixée sur deux arbres, des troncs d’arbres sciés à an mètre du sol et creusés comme pour servir de réservoir, deux cadavres ensevelis sous une couche de cailloux, des débris de toile épars sur le sol avec une grande quantité de coquilles qui, ayant subi l’action du feu, avaient dû servir à la nourriture des naufragés. »

Après quelques jours de recherches sur les îlots voisins, on apprit par an survivant fortuitement découvert que les trois cents et quelques Chinois avaient été massacrés par les sauvages de l’île Rossel, qui étaient venus les chercher dans leurs pirogues les uns après les autres. Le Chinois recueilli par le navire français raconta les scènes de cannibalisme dont il avait été témoin. Ces affreux Noirs poussaient la férocité et la sensualité jusqu’à rompre de coups leurs victimes pour amollir les chairs dont ils comptaient se repaitre.

Les îles montagneuses de l’archipel Salomon sont peuplées de noirs féroces, tatoués, qui, eux aussi, pratiquent encore largement l’anthropophagie. Ces Papouas, qui ont une grande ressemblance physique avec les Noirs australiens, savent faire manœuvrer leurs pirogues avec une adresse extrême. Les îles Salomon portent le nom de Bougainviile, Choiseul, Isabelle, — c’est la plus grande de toutes, — Guadalcanar, où s’élève un pic de 2,450 mètres, Malayta et San-Christoval.

Passons à la Nouvelle-Bretagne. Ce groupe d'îles, séparées de la côte orientale de la Nouvelle-Guinée par le détroit de Dampier, se compose de la Nouvelle-Bretagne, que les indigènes appellent Birara, de la

Nouvelle-Irlande (la Tombara des indigènes), séparée elle - même de la précédente par le canal de George, du Nouveau- f

Hauovre et de plusieurs autres petites îles.Toutes ces îles, entourées pour la plupart «d'écueils de corail, sont d'origine volcanique.

À Tombara il y a une montagne de plus de 2,700 mètres d’élévation ; les montagnes de ces îles portent sur leurs flancs des forêts où croît l’indestructible tek. La végétation est partout celle des tropiques.

Les insulaires papouas se distinguent des Noirs de leur race par une plus belle conformation ; ils montrent aussi des qualités d'ordre et de propreté qui les rendent aptes à la civilisation. Toutefois, ils sont hostiles aux Européens :

on à même fait aux naturels du Nouveau-Hanovre une réputation de cannibalisme.

Fig. 174, — Chef australien en costume de cérémonie,

Avant de quitter la Mélanésie, nous avons encore une grande terre sauvage à visiter, la Nou-

velle-Guinée ou Papouasie, l’île la plus vaste du globe, si l’on considère l'Australie comme un continent.

Il y a quelques années encore, on pouvait s'étonner, avec M. Vivien de Saint-Martin « qu’une terre grande comme deux fois l'Angleterre et l'Écosse et qui forme, à vrai dire, le prolongement de l'Australie, » eût excité jusqu'ici & si peu d'intérêt chez les investigateurs anglais, — pour ne parler que de ceux dont cette terre nouvelle est, en quelque sorte, le domaine naturel ».

Cette observation ne devait point passer inaperçue; d’autres l’avaient faite aussi, et nombre d’explorateurs se sont tout à coup mis en mouvement, avides de combler l’importante lacune qui leur était signalée dans la géographie, l’ethnographie et les sciences naturelles du globe. L'Italie à fourni deux naturalistes, MM. d’Albertis et Beccari ; la Russie, le docteur Micklukho Macklaï, qui n’est revenu qu’en 1882, après un séjour de douze années dans la Mélanésie. On doit à l’Autriche le docteur Bernhard Meyer ; à la Hollande, M. de Rosenberg ; à l’Angleterre, M. A. Russell Wallace, le capitaine Moresby, M. Octavius Stone, le révérend $. Mac Farlane, le naturaliste Goddie. Enfin la France a excité l’émulation et encouragé les efforts de plusieurs de ses voyageurs d'élite, entre autres M. Raffray, naturaliste distingué. Il s'agissait d’explorations à faire tout aussi intéressantes que celles de l'Afrique équatoriale ou du centre de l’Australie, et ne présentant pas moins de périls, de difficultés de détail à vaincre. Ainsi aucune monnaie n’a cours sur ce sol primitif : l’explorateur doit emporter avec lui une pacotille de verroterie, de couteaux, de petits miroirs et d’étoffes aux couleurs voyantes, et pour sa nourriture et celle de son escorte des pains de sagou, des sacs de riz, car le pays ne fournit pas grand’chose.

C’est probablement la ressemblance des habitants avec les Noirs de la Guinée africaine qui fit donner le nom de Nouvelle-Guinée à cette île, par le Portugais Jorge Menezès, qui la découvrit en 1526.

La côte méridionale de la Nouvelle-Guinée est protégée par une série de bancs de corail formant plusieurs ports. Tout à fait à l’orient, du fond des plages formées de coraux blancs, surgissent des collines arrondies et herbeuses derrière lesquelles s’étagent de nouvelles collines garnies çà et là d’eucalyptus, de pandanus et d’autres végétaux du type australien.

Dans les vallées et dans l’intérieur des terres, la végétation plus luxuriante revêt davantage le caractère tropical. « Ces vallées, dit Moresby, sont couvertes de cocotiers, de goyaviers, de bananiers, de cannes à sucre. Sur les pentes boisées des montagnes, les naturels ont créé de vastes clairières et les cultures de taros et de yams s’étagent en gradins et en terrasses, jusqu'aux sommets mêmes. »

En contournant ce vaste golfe qui s’arrondit jusqu'aux bords du détroit de Torrès, on trouve la baie de Redscar. La côte est dominée par des montagnes qui s'élèvent progressivement vers l’est jusqu’à 3,500 et 4,000 mètres.

Si, au contraire, on avance vers l’ouest, le caractère du pays change complètement; la mer est tellement semée de bas-fonds, que les navires sont tenus à une grande distance d’une côte basse, plate, marécageuse, que les eaux recouvrent à peine à la marée haute. Cette côte, bordée d’épaisses forêts de hauts mangliers, est coupée par de nombreux et larges canaux d’eau douce, offrant des voies faciles pour pénétrer dans l’intérieur. Un des explorateurs que nous avons nommés, M. d’Albertis, a remonté en chaloupe à vapeur, jusqu'à 800 kilomètres de son embouchure, l’un de ces cours d’eau, la rivière Fly, qui ouvre comme une grande route vers le centre de l’île.

La côte conserve le même aspect sur un parcours de plusieurs centaines de kilomètres, puis des montagnes apparaissent couvertes pour la plupart de forêts, jusqu'à.une grande hauteur.

Les rivages du nord de la Nouvelle-Guinée, exposés en plein à la houle du Pacifique, sont entourés d’une ceinture de foyers volcaniques s'étendant parallèlement à la côte et non loin d'elle. Les montagnes s'élèvent brusquement de la mer en pentes escarpées. Au pied même de leurs falaises, on trouve cinquante brasses d’eau. Aussi les ports sontils rares et les mouillages difficiles, à cause de la profondeur des fonds. De grands caps s’avancent fort loin dans la mer, — jusqu'à soixante kilomètres, — échancrant des baies très creuses.

En poursuivant l'exploration du littoral, — cette fois nous suivons la côte nord en nous dirigeant vers lorient, — on voit s’arrondir une suite de larges baies, séparées entre elles par des montagnes qui s’étagent les unes derrière les autres, tandis que des groupes d'îles, renfermant plus

d'un volcan en ignition, encombrent les approches de la terre ferme. L'existence de puissantes rivières dans cette région de la Nouvelle-Guinée est attestée par de grandes masses de bois, troncs d’arbres qui, après avoir formé des obstacles aux embouchures, s’en vont au loin flotter sur la mer.

La Nouvelle-Guinée, par sa situation sous l’équateur, ne connaît qu'une saison , l'été. Des pluies abondantes y développent une végétation magnifique , mais rendent le climat humide et malsain.

Certaines parties marécageuses du littoral sont un foyer d’exhalaisons pestilentielles. Elles répandent la fièvre et un mal presque toujours mortel, le &« beri-beri », qui exerce ses ravages à l’époque des grandes pluies. Ces fâcheuses conditions si nuisibles à la colonisation n’existent pas dans la pointe orientale de l’île, dont Moresby parle comme d’une région magnifique et d’une fertilité extraordinaire.

Nous retrouvons dans la Nouvelle-Guinée, parmi les mammifères, qui y sont peu nombreux, le kangurou. Au nombre des autres animaux indigènes, nous rangerons le phalanger tacheté, le porc de la Nouvelle- Guinée, le chien de la Papouasie, considéré comme souche de tous les chiens sauvages qu’on rencontre dans toutes les terres australes. M. Beccari à enrichi la liste des mammifères de plusieurs espèces nouvelles, notamment du Cucus maculatus, genre qu'il croit inconnu.

Les casoars y sont fort rares; mais l’île est embellie par les paradisiers, ces @ perles de beauté », comme dit M. Russell Wallace. Enfin, en passaut aux reptiles, nous notons cinq ou six espèces d’ophidiens dont aucune n’est venimeuse.

La Nouvelle-Guinée est habitée par deux peuples, deux races dont les affinités ont été le sujet de nombreuses conjectures. Nous ne suivrons pas les explorateurs dans leur enquête, d’autant plus difficile à mener à bonne fin que la majeure partie de cette terre est incore inconnue. Voici donc sur les habitants de la Nouvelle-Guinée quelques données positives. Il n’est nul besoin, pensons-nous, de rappeler que les Papouas ont une ressemblance marquée avec les Nègres de l’Afrique.

Dans l’intérieur de l’île, il existe une population plus primitive encore, les Arfakis, plus connus sous le nom d'Anafouras qui leur

a été imposé par les Portugais.

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l'ig. 175. — En fuite (casoars émous).

Il se peut que les populations de l’intérieur en soient venues avec les siècles à différer sensiblement des Papouas, par des conditions d'existence diverses. Toutefois, le docteur Beccari, dans sa dernière exploration, a trouvé au nord de l’île une race parfaitement noire, avec les cheveux laineux et courts , les arcades sourcilières proéminentes, la racine du nez fortement déprimée, la poitrine large, le ventre protubérant et pendant.

Les naturels observés par les explorateurs diffèrent sensiblement quant à la taille. M. Wallace en a vu de grands, bien faits, et de même Dumont d’Urville. D’autres navigateurs disent expressément : Les Papouas sont petits. De ce désaccord on peut inférer qu'il y à des différences de taille parmi les diverses peuplades de Pile.

Sur la couleur de la peau il y à moins de divergences : elle est en général très foncée, de la nuance de la suie.

Le capitaine Moresby a vu sur une partie de la côte des hommes d’une race petite et cuivrée, aux cheveux crépus. Ces sauvages relèvent leurs cheveux en une masse haute de quelque trente centimètres,ornée de plumes de casoar et d’oiseaux de paradis Ils se barbouillent de couleurs noires et blanches et se parent de coquilles, de lambeaux d’écorce et de feuilles de palmier. Ils portent en bracelets les os des ennemis qu'ils ont vaincus. et dévorés, car nous sommes encore chez des anthropophages. On en voit qui ont le corps noirci avec un mélange de charbon et d’huile de coco; c’est leur manière de porter le deuil d’un parent. Les matelots du navire que commandait le capitaine Moresby s'étaient fait une grande popularité, et sans doute un grand renom artistique, par la manière toute magistrale dont ils couvraient de peintures bizarres au goudron et au rouge les corps des indigènes qui allaient leur rendre visite à bord et solliciter la faveur d’être « illustrés » par eux.

Près de la baïe de Redscar et jusqu'à la pointe orientale de l’île, la physionomie des indigènes est plus avantageuse que dans les autres régions de l’île. Ceux-là sont bien faits ; ils ont l’air intelligents ; leur peau au lieu d’être presque noire revêt une teinte cuivrée ; leurs cheveux sont frisés, mais point laineux, et relevés en chignon chez les hommes. Les femmes les coupent ras. Elles se tatouent, tandis que les hommes

se contentent de se peindre le visage d’une façon bizarre. « De ces faits, il est permis de conclure, dit M. Vivien de Saint-Martin, que les deux

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