‹ Les contrées mystérieuses et les peuples inconnusChapitre 34 sur 56 · N NN KK · texte numérisé non relu

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Fig, 176. — Un chef à la Nouvelle-Guinée (partie nord).

races de l'Océanie sud-occidentale, la race nègre océanienne et la belle race polynésienne, se trouvent ici en contact, sans parler des Papouas de l’extrémité nord-ouest. »

Malgré ces oppositions de races, les indigènes de la Nouvelle-Guinée vivent en assez bonne intelligence entre eux. À quelques exceptions

près, ils ont aussi assez bien reçu les étrangers qui ont abordé à leurs rivages. Disons à ce propos que quelques insulaires ont paru frappés d’admiration pour la peau blanche des Européens, et, dans leur familiarité enfantine, ils ouvraient les gilets et les chemises de leurs hôtes pour se rassasier de cette étonnante nouveauté.

Chaque village cultive une portion de la terre qui se trouve à l’entour. Dans quelques villages de la côte sud-est une partie de la population se compose de pêcheurs ; le reste cultive le sol. Les tribus les plus sauvages vivent du produit du sagouier non cultivé.

Voici, d’après M. Moresby, quelle est l’existence d’un « gentleman » papouas : € Il se lève de bonne heure et frissonne sous son misérable abri jusqu’à ce que le soleil se montre. Ensuite, « il traîne en longueur « son déjeuner et son cigare », et, ce qui est le plus difficile à concevoir, sa toilette. En un mot, il tue le temps d’une façon ou d’autre jusqu’au soir, où ses femmes reviennent fatiguées de leur journée de travail sur sa plantation. Son diner se compose principalement de légumes, variés de temps en temps par de la viande de chien ou de porc, du poisson, des lézards, des coléoptères, des insectes de toute sorte. Comme il est épicurien, il fait d’ordinaire son dîner lui-même ; et après avoir servi les moins bons morceaux à ses femmes et aux enfants, il mange le reste à part avec ses amis du sexe fort. »

Les femmes ne sont pas maltraitées, mais elles vivent dans un état d’infériorité vis-à-vis des hommes. Pour toute éducation on leurapprend l’art de balancer le corps en dehors des hanches en marchant. A elles de cultiver le sol, de porter les fardeaux, de s’occuper du ménage, tandis que les hommes, — ces despotes, — pêchent, chassent, construisent des canots et fabriquent des armes.

Sur la religion des peuplades de la Nouvelle-Guinée, les renseignements n’abondent guère. On sait cependant, grâce au double témoignage de M. Wallace et de M. Micklukho-Macklaï, qu’elles ont des idoles, peut-être des ébauches de temples. Les pratiques de cannibalisme paraissent avoir chez eux une origine religieuse.

Ils redoutent le « naroudji », espèce de « roi des aulnes », qui habite dans les nuages au-dessus des forêts et emporte les enfants. Ils redoutent aussi les esprits de la forêt et ceux des rochers des rivages de

la mer. Ils ont la coutume de sacrifier un chien en signe d'alliance et

e papou de la Nouvelle-Guinée,

Fig. 177, — Villa

d'amitié, pratique qui a été parfois mal interprétée par les navigateurs ; ainsi les officiers du Pasilisk firent vider le pont de leur navire

à une troupe de sauvages dont le chef, avant qu’on eût pu l’en empêcher, avait brisé la tête d’un maigre chien-loup qu'il était allé chercher à terre en vue de faire des avances pacifiques.

Les missionnaires anglais rencontrent une opposition invincible à l'évangélisation du pays.

Les sauvages de la Nouvelle-Guinée fabriquent des couteaux avec des os de casoars, quelquefois avec des os humains, et aussi avec le bambou. De leurs haches, faites d’ane pierre dure ou d’une coquille épaisse, ils peuvent abattre des arbres et tailler des planches. Ils font aussi entrer la pierre dans la confection de leurs lances et de leurs tomahawks. Chez certains d’entre eux les voyageurs ont admiré demagnifiques armes de pierre polie, — une pierre verte dure, d’un granit très fin, supérieurement emmanchée.

L'usage de l’arc et des flèches, général à l’ouest du pays, cesse tout à coup à l’orient, près du point où commence le territoire de la race claire, pour reparaître sur la côte septentrionale.

Communément les habitations des insulaires de la Nouvelle-Guinée sont édifiées à la mode malaise sur pilotis, quelquefois dans les arbres. Dans la partie la plus orientale de l’île, les maisons en bois, solidement construites, ont parfois deux étages. La forme donnée au toit est celle d’un grand bateau dont la quille serait en l'air. Ce toit est fait avec des feuilles de palmier. Les maisons sont peintes et décorées de dessins représentant des animaux ; aux murs sont appendus des armes, les crânes des membres de la famille, exhumés au bout de six mois, selon un usage très suivi, enfin des dents de crocodiles et de sangliers. On allume du feu au-dessous de la place où l’on couche, afin de se garantir de l’humidité, et d’éloigner les moustiques. A la baie de Humboldt les habitations sont de forme conique, avec un toit qui descend jusqu’au sol.

En somme, ces indigènes de la Nouvelle-Guinée ne sont ni trop horribles ni trop mal partagés. « Que de fois, dit le capitaine Moresby, me suis-je surpris à comparer la saleté et la misère qu’on rencontre si souvent dans le prolétariat anglais avec l'abondance et la propreté qui frappaient nos regards à chaque pas dans cette grande île de l'Océanie où les petites maisons de canne sont construites dans des vallées riches

comme l’Éden, où l’homme n’a qu'à aller à un jet de pierres de son habitation pour trouver toutes les nécessités de sa simple existence. Ces sauvages possèdent des noix de coco, le fruit de l'arbre à pain, le citron, l’orange, le sagou, de par la munificence de la nature, et ils cultivent l’igname, le taro, la banane et nombre d’autres racines où fruits qui nous paraissaient d’un goût excellent, mais dont nous ignorions les noms. Ils sont grands pêcheurs et habiles commerçants ; ils passent d’une île à l’autre dans des canots de quarante ou cinquante pieds de long creusés dans un tronc d'arbre, avec des bordages maintenus par des courbes de bois et rattachés par des liens de canne. Ils se servent d’une large voile ovale en natte et la mmanœuvrent avec beaucoup d’adresse. Qu'est-ce que ces peuplades ont à gagner à la civilisation? » Et, réfléchissant au sort des autres races aborigènes qui disparaissent au contact des blancs, le marin anglais se laisse aller à déplorer presque l’avenir qui attend la Nouvelle-Guinée lorsque les colons de l’Australie, qui n’en sont séparés que par le détroit de Torrès, revendiqueront la possession de ce vaste domaine océanien.

Ce moment est proche, car les colonies australiennes ont la prétention de forcer l’Angleterre à s’annexer non seulement la Nouvelle-Guinée mais encore tous les archipels de la Mélanésie demeurés indépendants, notamment la Nouveile-Bretagne, la Nouvelle-Irlande, les îles Salomon et les Nouvelles-Hébrides. Un acte de prise de possession de la Nouvelle-Guinée par les Australiens, dans les premiers mois de 1883, à été annulé par M. Gladstone. On peut croire, toutefois, que l’opiniâtreté des Australiens finira par triompher de la résistance du cabinet anglais ; en tous cas, l'Angleterre devra se concerter, pour la Nouvelle-Guinée, avec la Hollande qui y a des intérêts engagés, et pour les Nouvelles- Hébrides avec la France.

La Malaisie. — Région indo-malaise, — Région austro-malaise, — Indes néerlandaises. — Les volcans du détroit de la Sonde. — Sumatra, — Populations diverses. — Les anthropophages Battas. — Les Reyans, — Malacca. — Les Djacouns. — Bornéo. — Les Dayaks. — Les Dayers. — Les Dessouns. — Les Illanos. — Les Taagals. — Les Marouts, — Assassinat de M. Witti. — Le babiroussa, l'orang-outang et l'oiseau de paradis. — L'île Célèbes. — Les Boughis. — Timor. — Le lis couronné. — Mindanao. — Luçon. — Les Igolotes, coupeurs de têtes. — La Micronésie et ses six cents îles. — Éléphants marins,

Parmi les îles qui composent le groupe compris sous le nom de Malaisie, il y en a plusieurs dont le littoral seul à été exploré, — telles sont Bornéo et Mindanao (l’une des îles Philippines), — d’autres qui ont été récemment visitées dans certaines parties jusque-là inconnues. Pour celles-là, si la grande lumière n’est pas encore faite, du moins l’obscurité est dissipée. Parmi ces dernières nous rangerons l’île Célèbes, les îles Timor, Florès et quelques autres de moindre importance. Enfin, il reste encore des portions importantes de Sumatra et de la presqu'île de Malacca qu'aucun géographe ne se hasarderait à tracer sur les cartes.

On ne s’étonnera donc pas de nous voir retrancher de la Malaisie, comme étant suffisamment connues, Java, plusieurs petites îles de la Sonde, la plupart des Philippines et les Moluques.

Un explorateur anglais, M. Alfred Russell Wallace, a déterminé avec certitude, à travers cette mer toute pleine d’îles qui s’étend entre l’Indo-Chine, la Nouvelle-Guinée et l'Australie, les véritables limites de l’Asie et de l’Océanie. En observant, sur les cartes marines, les sondages qui y sont notés, il a reconnu que toutes les îles de la Malaisie reposent sur deux plateaux sous-marins. L’un de ces plateaux a une profondeur moindre de cinquante brasses, l’autre a plus de cent brasses de profondeur. Entre les deux plateaux s'ouvre une profonde fissure passant entre Bali et Lombok, entre Bornéo et Célèbes, entre les Philippines et les Moluques.

L'OCEANIE. 501

L'un de ces plateaux est la continuation naturelle de l'Asie, l’autre

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peut être considéré comme un prolongement de l'Australie, « un reste, dit E. Cortambert, de quelque grand continent affaissé sous les eaux

et dont les épaves seraient les terres actuelles de l’Océanie orientale et méridionale ». M. Wallace s'est trouvé pleinement autorisé à appeler la partie occidentale de la Malaisie région indo-malaise et la partie orientale région austro-maluise. La limite des deux races ethnographiques n’est pas tout à fait la même ; l’élément malais a empiété sur l’élément papouas ; la ligne de démarcation passe cette fois à l’orient de Célèbes à travers les Moluques, elle reprend Lombok et Sumbava et ne laisse, guère à la région austro-malaise que Timor, Florès et Somba.

La différence des productions entre les deux régions n’est pas moins caractéristique ; à l’ouest, c’est-à-dire dans le voisinage immédiat de l’Asie, on trouve les grands carnassiers de l’Inde (le tigre, la panthère), le tapir, les éléphants, les rhinocéros, les grands ruminants, les oraugsoutangs, les oiseaux de l’Asie; vers l’est, au contraire, on voit déjà apparaître les animaux de la Nouvelle-Guinée et de l'Australie, le casoar, les phalangers, et un animal qui se rattache au genre caractéristique du continent australien, le kangurou des arbres.

L’ethnographie vient, à son tour, accuser plus nettement encore les deux grandes divisions dont nous parlons; à l’ouest sont les Malais, & au type mongolique, au teint brun ou olivâtre, ou légèrement rouge, au visage plat, au nez petit et bien fait, aux cheveux noirs, droits, à à la barbe rare, droite aussi, à la petite stature, à l'esprit défiant, au maintien réservé et poli, au caractère tranquille, impassible et point affectueux. A l’est sont les Papouas, à la stature élevée, à la couleur de suie, aux cheveux abondants, disposés en une brosse immense autour de la tête, à la bouche large et avancée, au nez très proéminent, surtout allongé et anguleux (ce qui les distingue essentiellement des Nègres de l’Afrique) ; leur caractère est aimable et gai, leur parole rapide, fort expressive, et leur esprit communicatif. Ils sont toujours en mouvement, d’une activité presque fébrile, et ont beaucoup plus de goût que les Malais pour les arts : on le reconnaît à leurs demeures et à leurs ustensiles, qu’ils savent orner d’une manière pittoresque. Ils sont enfin plus intelligents, quoiqu’on croie généralement le contraire, et si les Malais ont gagné du terrain sur eux... ils le doivent à l’influence puissante de la civilisation asiatique qui règne depuis longtemps chez eux (1).»

(1) E, Cortambert.

Après la réserve faite plus haut, nous n'avons rien à dire de Java, la plus belle peut-être et la plus intéressante des îles tropicales, couverte de magnifiques forêts, et où une luxuriante végétation envahit même les montagnes jusqu’à leur sommet. Java est connue dans toute

Fig. 179, — Malais,

ses parties. On a compté ses trente-huit volcans et mesuré leurs altitudes. Ces volcans et ceux des îles voisines causent de temps en temps de terribles désastres ; en 1772, quarante villages de Java furent ruinés et trois mille personnes périrent en une nuit; en 1882, le Galumggong détruisit tout dans un rayon de vingt milles; plus récemment encore, dans la nuit du 26 août 1883, le détroit de la Sonde, qui sépare Java de Sumatra, a été bouleversé par une plus épouvantable catas-

trophe. Cette fois, plusieurs volcans vomirent des torrents de lave et firent pleuvoir dans toutes les directions des pierres et des cendres. Le volcan de l’île de Krakatoa, qui depuis plusieurs nuits était en pleine éruption, s’abîma dans la mer, ainsi que l’île entière; de nombreux îlots surgirent au milieu du grand chenal que suivent les bâtiments pour aller de l’océan Indien à Batavia, aux Philippines et dans les mers de Chine. Les rivages de Java et de Sumatra furent ravagés en même temps par un violent reflux des eaux de la mer, et des villes disparurent de la surface du sol. On n’a pas osé lors de cette dernière catastrophe donner une évaluation du chiffre des morts ; nous croyons, hélas! qu’il faut les compter par dizaines de mille.

Nous n’aurions pas parlé de Java si, à Batavia, ne se trouvait le siège du gouvernement général de ces Indes néerlandaises dont nous avons à nous occuper. Ces Indes néerlandaises sont moins une colonie qu’une superbe exploitation qui rapporte de beaux millions à la Hollande, sans lui occasionner aucune dépense. Le gouverneur général est une sorte de viceroi, chef d’une armée et d’une marine coloniale. Chaque province est régie par un fonctionnaire hollandais qui, sous le nom de résident, est armé des pouvoirs les plus étendus. Auprès de lui est un régent indigène qui, bien que subordonné au gouvernement colonial, tient une petite cour remarquable par un luxe tout asiatique. Les Hollandais ont respecté les mœurs, les habitudes, les préjugés des indigènes. « L’exploitation » de la colonie présente la particularité suivante, qui est sans doute la révélation de la prospérité extraordinaire du « domaine » néerlandais : chaque famille indigène est forcée de cultiver une plantation sous le contrôle des inspecteurs du cadastre et des finances, et c’est à l'État seul que les produits peuvent être vendus. Café, tabac, indigo, vanille, sont ainsi cultivés par les indigènes et vendus au gouvernement colonial, qui les revend en Europe avec des bénéfices énormes. Le mot d'exploitation n’a donc rien d’exagéré. C’est grâce à cette politique que vingt-cinq mille Hollandais parviennent à régir d’une manière absolue quatorze millions d’hommbs.

L'intérieur inexploré de Sumatra est un pays montueux, resserré entre des hauteurs où les gelées, la neige et la grêle sont inconnues; en

revanche les orages avec tonnerre y sont fréquents, surtout pendant la mousson du nord-ouest, qui commence en décembre et finit en mars. D'épais brouillards enveloppent, chaque matin, les collines quiavoisinent les côtes de l’île. Ces côtes sont basses et marécageuses. De la chaîne: de montagnes qui court dans toute la longueur de Sumatra surgissent plusieurs volcans qui agitent fréquemment l’île de leurs convulsions. Le plus élevé de ces volcans, le Gounong-Abpi, a 4,500 mètres d'altitude. Sur les gradins des chaînes secondaires se creusent quatre grands lacs qui, dans la saison des pluies, se répandent en torrents ravageurs et forment des cascades dont la magnificence est devenue célèbre. Les montagnes, les pics de basalte et de trap recèlent de l’or et d’autres métaux, surtout de l’étain.

Dans les sombres et impénétrables forêts de cocotiers, de bananiers et de ces arbres précieux qui donnent le bois d’ébène, le bois de tek, le bois de santal et le bois de fer, fourmillent les animaux sauvages, et près des rivières, des massifs de bambous d’une hauteur et d’une grosseur extraordinaires sont habités par de grands crocodiles.

La flore de Sumatra est l’une des plus riches du globe : toutes les variétés de l’Asie s’y mêlent à un grand nombre d’espèces particulières à la Malaisie. Soit dans les forêts, soit dans les campagnes, aux arbres nommés ci-dessus s’ajoutent quantités d'arbres, d’arbustes et de plantes remarquables à un titre quelconque : le poivrier, une sorte de camphrier, le benjoin, le dourian, dont la pulpe a le goût de l’ail, le goyavier, le manguier, le jaquier, le jambosier, l’ananas, l’arbre triste dont la floraison ne s’épanouit que durant la nuit, et le raflesia qui donne la plus grande fleur connue, une fleur qui constitue en quelque sorte la plante entière, sans tige apparente, ni feuilles, et d’un diamètre de plus de deux pieds; son nectaire est capable de contenir une douzaine de pntes ; le poids de cette fleur phénoménale va à six ou sept kilos! Kignalons encore, parmi les végétaux curieux, le polyalthea, arbre des plus bizarres, très commun dans les forêts, dont le tronc semble étayé, jusqu’à la hauteur des rameaux, par des racines ramifiées à l'infini.

Les animaux qui peuplent l’ile sont le tigre royal, l’ours noir, le sauglier, le rhinocéros, l'éléphant, — qui y est beaucoup moins commun que ce dernier, — des variétés d’antilopes, des loutres, ete. Les singes y

pullulent, et parmi ceux-ci l’orang-outang, cantonné principalement dans la région sud-ouest de l’île ; le samiang qui, par une conformation singulière, a les deux premiers doigts du pied gauche complètement réunis ; le lémure volant ou chat-singe, qui peut sauter obliquement d’an arbre à un autre, grâce à une large membrane qui se développe tout autour de son corps jusqu’à l'extrémité des orteils et la pointe de la queue. Cet animal ne se nourrit que de feuilles. Le caméléon et le lézard volant se montrent dans les broussailles. Les fourmis blanches sont le fléau du pays.

Parmi les oiseaux, il convient de mentionner de magnifiques faisans, l’angang dont la tête porte une sorte de corne, et surtout le calao de la grande espèce, à l'énorme bec recourbé ; le mâle mure sa femelle dans le creux de l’arbre où elle couve son œufen ne laissant qu’un petit trou rond par lequel il pourvoit à sa nourriture jusqu’à ce que le jeune oiseau ait son plumage.

L'île de Sumatra appartient pour la plus grande partie aux Hollandais qui ont leurs principaux établissements à Palembang et à Padang. L'île étroite et longue est coupée obliquement au milieu et dans sa largeur par la ligne équatoriale. Au nord de cette ligne le centre de l’île occupé par une chaîne de montagnes est à peine connu. Sur cette partie du littoral se trouve le royaume d’Atchin dont les habitants sont musulmans. Les Européens ne pénètrent point dans ce pays, où lélément asiatique domine d’une manière absolue.

On connaît la résistance opposée par les Afchinoïs à la Hollande, la guerre qui s’ensuivit, dans laquelle les Hollandais furent plus d’une fois cruellement éprouvés. Les indigènes égalisaient la lutte grâce aux carabines et aux revolvers que leur fournissaient les marchands indiens ou américains.

Il y a encore le royaume de Kiak et le pays des Battas.

Dans l’intérieur du royaume d’Atchin, vivent les deux tribus d’Alas et d’Oetoe Gajos, qui reconnaissent la souveraineté du sultan d’Atchin. Ces peuples peu connus sont, on le croit, des Battas qui se sont rapprochés des Malais dont ils parlent maintenant la langue. Le pays des Battas confine avec le royaume d’Atchin; c’est une sorte de confédération de tribus ayant chacune leur chef.

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Ces indigènes, qui ont de nombreux traits de ressemblance avec les

Malais, paraissent, comme eux, tenir tout à la fois de l’Indou et du Chinois, avec une peau rouge brique, une large bouche, un nez gros et court. Leur stature est moyenne. Les femmes sont assez jolies, propres, et ont la taille bien faite.

Les Battas se montrent belliqueux, probes, attachés au sol, et maloré de très réelles qualités, ils sont anthropophages, avec cette seule restriction que la chair humaine est défendue aux femmes. Certains crimes sont punis d’un supplice qui consiste à être mangé publiquement et en quelque sorte vivant, dépecé morceau à morceau à la convenance des offensés d’abord et ensuite des assistants : la chair du criminel est dévorée tantôt crue, tantôt grillée, sur le lieu même du supplice. Sont évalement mangés vivants les prisonniers faits dans les guerres de peuplade à peuplade.

Autrefois les Battas mangeaient leurs parents âgés. Un vieillard qui se sentait à charge à ses enfants les convoquait ainsi que leurs voisins. Il se suspendait par les mains à une branche d'arbre, tandis qu'autour de l’arbre les assistants dansaient et chantaient : « Quand le fruit est mûr il faut qu’il tombe! » Lorsqu’à bout de forces le malheureux lâchait prise et tombait, c'était à qui se précipiterait le plus vite sur lui pour le mettre en pièces. Les enfants et les amis savouraient avec délices ses chairs pantelantes. Que de barbarie dans l'humanité! et n'est-il pas vrai que l’homme se place souvent par ses instincts audessous de la bête qui, elle, n’a que des instincts et pas de raison pour les refréner? Voilà donc ces Battas qui mangeaient gaiement le corps de leurs parents... ; mais comme ils croient à la transmigration des âmes, ils auraient craint de commettre un grand crime en tuant, pour se défendre, un des tigres de leur île, qui sont les plus féroces que l’on connaisse, et réclament la plus juste application du vers de Saint-Lambert :

Toujours ivres de sang et toujours altérés….

Ce respect pour les tigres s’est conservé ; les Battas les appellent « ninis », ou grands-pères. Quand un tigre pénètre dans un village, les habitants placent sur le seuil de leur demeure du riz et des fruits, comme une offrande propitiatoire et avec l'espoir que nini apaisé ne leur fera

aucun mal ; mais il paraît que les « grands-pères », peu touchés par la gracieuseté du procédé, se taillent une large part dans cette population si prévenante. Toutefois l’indigène dont un des proches est tombé sous la dent et la griffe de la bête cruelle se croit tenu de venger la victime sur le premier nini qui en fournit l’occasion.

Les Battas et les Malais semblent avoir une même origine, comme on en peut juger par la comparaison des idiomes, mais la séparation en deux nations s’est faite à une époque qu'il est impossible de préciser.

Les Reyans sont un autre peuple sauvage de Sumatra qui parle un idiome différent du malais et du batta. Ils ont les yeux vifs et noirs, parfois obliques, les cheveux noirs et épais, très longs chez les femmes, le crâne comprimé et les oreilles écartées de la tête, — mais ceci grâce à une habitude des mères d’embellir les enfants selon leurs idées en fait de beauté. Les Reyans sont bien faits, bien proportionnés, quoique petits. Ils sont intelligents, sobres, d’un naturel paisible, mais indolents, peut-être parce qu'ils ne se nourrissent que de végétaux. On croit qu'ils ont des esclaves, et qu'ils les traitent avec douceur ; enfin, le meurtre et le vol se rachètent chez eux à prix d'argent. Comme les Battas, leurs idées sur la transmigration des âmes les portent à respecter et à vénérer les tigres, et de plus les crocodiles. Il va sans dire que félins et sauriens, sans entrer dans ces considérations métaphysiques, les croquent bel et bien, vienne l’occasion.

L'intérieur de la presqu'île de Malacca est encore inexploré; on y pénètre par des forêts, des clairières, un pays sauvage, des terrains boisés, marécageux, où le voyageur enfonce jusqu'aux genoux, harcelé par les sangsues. Ces horribles sangsues s’attaquent d’ordivaire aux daims et autres animaux de la forêt; elles les guettent au passage, allongeant leurs corps au moindre bruit pour abandonner les feuilles auxquelles elles adhèrent et s'attacher à leur proie vivante.

Au centre de la péninsule se trouve le mont Ophir, mal famé pour ses fièvres, et qui a été visité par Russell Wallace. Après une ascen- : sion difficile, le voyageur parvint à s'élever sur la cime de ce mont, à 1,220 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il à signalé sur ses flancs une pente escarpée de roc uni s'étendant à perte de vue. Les forûts si-

tuées au pied de cette montagne sont le pays du grand faisan argus, oiseau aux couleurs sombres avec de belles taches sur les ailes qui ressemblent à des yeux ; à la moindre alarme il s’échappe s1 vite à travers le plus épais des forêts qu’il est difficile d’en abattre d’un coup de fusil; mais on parvient à en prendre au lacet.

Le pays est une interminable succession de hautes collines, coupées de vallées occupées par des forêts, et au fond desquelles luisent des rivières.

C’est dans ces vallées que se trouve la plus élégante des fougères, la matonia, qui porte de grandes feuilles palmées sur de minces tiges d'environ deux mètres, et un arbuste demi-grimpant, le népenthès, dont les feuilles tournées en cornets présentent au voyageur altéré une eau qui peut se boire.

Un des plus curieux oiseaux de la presqu'île, le podarge au large bec bleu, nommé par les indigènes « l'oiseau de pluie », a la grosseur d’un étourneau, le plumage mi-parti noir et rouge lie de vin. Ily a aussi des trogons au dos brun, à la poitrine cramoisie, aux ailes diaprées d’éclatantes couleurs, des martins-pêcheurs, des coucous verts et bruns, des colombes à la poitrine rouge, des nectarinias à livrée métallique.

L'intérieur de la presqu’ile est habité par les Djakouns, qui sont des sauvages de race malaise. Nos connaissances sur ce peuple sont très limitées. Nous possédons cependant les noms des États de l’intérieur soumis à des rajahs indépendants ; ce sont, en les dénombrant du nord au sud : le Jellalon, le Jambole, le Sungre, l’Oujong, le Sirmenanti, le Rumbowe, le Johole, le Jehlye et le Seganet. Jusqu'à présent ces États sont restés en dehors de l’influence anglaise, qui tend à dominer dans toute la péninsule malaise. Nous donnons avec quelque hésitation leurs noms peu familiers à nos oreilles.

Passons à Bornéo, dont le vrai nom est Kalémantan, que M. de Rienzi a tenté en vain de substituer à celui donné à cette île, d’après le nom d’une de ses principales villes.

Le tiers à peine de cette grande île est connu. C’est d’abord le littoral, où se trouvent échelonnés plusieurs États gouvernés par des sultans; là, se trouvent aussi des villes importantes, telles que Sambas,

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Succadana, Banjermassing, Bornéo, quicompte 30,000 habitants et contient plus de 3,000 maisons élevées sur des pieux, les autres établies sur des radeaux ; enfin Pontianak, centre de la domination hollandaise. La plus haute montagne de l’île, le Kini-Balou, qui a 4,200 mètres, se trouve sur la côte nord-ouest. Du reste, les plus hautes cimes ne sont pas loin des côtes et l'élévation des massifs diminue à mesure qu’on avance dans l’intérieur.

Au sud de l’île, des cours d’eau d’une certaine importance ont été remontés assez avant. Sur la côte occidentale se trouve Sarawak, où un Anglais, mort il y a quelques années, sir James Brooke, s'était improvisé rajah. L'histoire de cet Européen est assurément la particularité la plus curieuse de Bornéo; mais nous avons hâte d’aller chercher dans le centre de l’île les tribus sauvages qui ne veulent pas être civilisées, ou, si l’on préfère, exploitées par les Hollandais. Disons toutefois que la vallée où est Sarawak est marécageuse dans sa partie inférieure; elle n’est pas entièrement couverte de forêts; le palmier nipa y domine et, près de la ville, sur un sol ondulé et bien égoutté, des massifs de forêts vierges et de jungles occupent un terrain qui a été autrefois cultivé.

Parmi les indigènes de Bornéo, les Dayaks forment la population la plus nombreuse et, à plus d’un titre, la plus intéressante de l’île. Les Dayaks sont divisés en un grand nombre de tribus. La plupart des explorateurs s'accordent à considérer comme appartenant à la même race les Idaans du nord de l’île, les Tidouns qui habitent la partie occidentale et les Biadjous du nord-ouest.

Les Dayaks sont d’origine malaise, bien qu’ils soient perpétuellement en guerre avec les Malais qui, dans des temps relativement récents, sont venus se fixer dans l’île. Les indigènes ont été refoulés par eux à une certaine distance des côtes, où ils sont encore. Les tribus indépendantes vivent à l’intérieur des terres, au milieu des forêts vierges qui les protègent.

D'après les voyageurs néerlandais, les Dayaks se distinguent des autres habitants de la Malaisie par leur haute stature et leur force musculaire. Ils ont la taille très fine, le teint jaune. Ils se dessinent sur le corps, à l’aide du tatouage, des figures bizarres ou des ornements ; leur dos, leur poitrine, leurs bras représentent assez bien les diverses parties d’une veste capricieusement soutachée.

Les femmes sont de couleur beaucoup plus claire, et quelques-unes pourraient même, sous le rapport de la blancheur, rivaliser avec les femmes de nos climats. Elles sont court vêtues, quand elles ne vont pas à peu près nues. Quant aux hommes, leur costume ne se compose guère que d’une bande de coton ou de laine qui leur serre les hanches et d’un morceau de même étoffe enroulé autour de la tête.

Fig. 182. — Dajaks, indigènes de Bornéo,

Hommes et femmes ont les bras ornés d’anneaux de laiton de Ja largeur de la main. En temps de guerre, les combattants, pour se protéger contre les flèches ennemies, se revêtent d’une sorte de cotte de mailles en filasse de bambou, qui se lace sur les côtés, et ils se couvrent la tête d’un chapeau à larges bords de même matière que leur cuirasse.

Leurs armes sont l’arc et les flèches, une sagaie barbelée, montée sur un bambou de deux à trois mètres de longueur, et le kriss à deux tranchants, qui est un terrible poignard en forme de flamme. Toutes ces ar-

{ mes sont trempées dans un poison subtil qui rend mortelle la plus lé-

gère atteinte.

Au moral, les Dayaks sont francs dans leurs procédés, hautains, paresseux, froids, batailleurs et vindicatifs ; avec cela intelligents, patients, probes, hospitaliers, sobres. Les sentiments affectueux, l’amour de la famille sont très peu développés chez eux; le trait dominant de leur caractère, c’est leur cruauté, leurs instincts sanguinaires. Ils aiment à voir couler le sang, et trouvent plaisir à le verser. Ils massacrent impitoyablement leurs ennemis pris à la guerre, et conservent leurs têtes comme des trophées ; quand deux tribus ennemies font une trêve, chacune d’elles fournit un esclave destiné à être égorgé par l’autre et à sceller de son sang cette paix momentanée. Ils se procurent des esclaves à prix d'argent dans le seul but de les immoler. C’est là un élément nécessaire de toutes leurs fêtes.

Dans la cérémonie du mariage, par exemple, le principal épisode est le sacrifice d’un esclave auquel on tranche la tête après l’avoir contraint à danser pendant près d’une demi-heure, et dont le sang, recueilli dans des feuilles de palmier, est distribué encore chaud à tous les assistants qui s’en abreuvent avec délices. Aux funérailles d’un chef ou d’un guerrier illustre, on dépose sur sa tombe des têtes fraîchement coupées : ce sont les offrandes qu’on pense devoir lui être le plus agréables. Nul ne s’aviserait de rendre visite à la famille du défunt sans apporter un semblable cadeau. L'année suivante, toutes ces têtes, déposées autour de la tombe, doivent être, s’il est possible, remplacées par de nouvelles tétes, — comme on remplace sur nos tombes les couronnes et les fleurs flétries.

Ainsi que tous les sauvages, ils mangent avec leurs doigts ; mais chez eux, à en croire un mémoire de M. Blaise, la main droite est réservée pour porter les aliments à la bouche ; aussi ne doit-elle jamais toucher à un objet impur : la main gauche seule peut servir à tous les usages.

Leur nourriture, principalement animale, est fort variée. Ils mangent indifféremment des singes, des serpents, des tortues, des chauvessouris, des lézards, des insectes, des vers, des poissons, etc. Ils aiment surtout la viande crue, encore toute saignante, ou la viande séchée au soleil.

On trouve dans les montagnes du centre de Bornéo des noirs à peau luisante et aux cheveux ébouriffés, nommés Dayers, qui semblent être la souche des Papouas de toute la Malaisie et même de la Nouvelle-Guinée ; des Dessouns, des Illanos, qui sont la souche de la population de ce nom établie dans l’île Mindanao, des Taagals et des Bissayas, dont on retrouve la race dans les îles Philippines.

Mentionnons encore au milieu de’ces peuplades aborigènes tatouées,

Fig. 183. — Bornto, — L'embouchure du Sibuco.

blanches ou noires comme les Papouas, ou plus noires que les Dayers, les Marouts qui se sont signalés, en 1882, par une acte de cruauté qui n’est pas demeuré impuni.

Voici le fait :

Une compagnie anglaise, fondée, sous le nom de British North Borneo Company, dans le but d'exploiter de vastes territoires situés dans la partie nord de l’île de Bornéo et achetés à des rajahs indigènes, ayant voulu fixer d’une manière précise les limites de ses possessions, chargea un ancien officier de l’armée autrichienne à son service, M. Witti, de faire un voyage d’exploration dans l'intérieur, pour reconnaître les sources du fleuve Sibuco, qui sont situées vers les fron-

tières des possessions hollandaises et de la nouvelle colonie anglaise.

Arrivé sur le territoire de la tribu des Marouts ou & chasseurs de crânes », près du Sibuco, M. Witti fut surpris par une troupe de plusieurs centaines de sauvages qui se tenaient cachés dans les bois épais avoisinant le fleuve et qui fondirent inopinément sur lui. Il se défendit avec courage à coups de revolver ; mais les hommes de sa suite ayant reçu une grêle de flèches empoisonnées et voyant tomber plusieurs d’entre eux prirent la fuite, abandonnant leur chef. Les fuyards virent de loin les Marouts couper la tête du malheureux officier après l’avoir tué à coups de javelots. Les Marouts détachèrent ensuite les jambes des cadavres et s’éloignèrent avec leurs sanglants trophées, emportant en outre les papiers et les instruments de M. Witti.

On trouve à Bornéo des éléphants, le tapir bicolore que l’on élève pour le manger, le tigre, le buflle, le cerf d’eau, plusieurs espèces de chevrotains dont les Dayaks s'emparent en courant à cheval sur eux armés d’une corde à nœud coulant, la loutre, l’ours malais ; il y à aussi dans cette grande île beaucoup de porcs-épics ou landaks.

Le plus remarquable des mammifères de Bornéo est le babiroussa ou cochon-cerf, qui se trouve aussi à Célèbes et dans d’autres îles de la Malaisie. Cet animal ressemble assez au cochon, mais il a les jambes minces et hautes ; ses formes sont généralement plus légères ; ses défenses se recourbent comme des cornes. Le babiroussa ne fouille pas la terre ; il se nourrit de fruits tombés et de feuilles.

Ces animaux ont, dit-on, — c’est peut-être une simple supposition, — une singulière manière de prendre leur repos; ils s’accrochent à une branche d'arbre par une de leurs défenses supérieures et laissent leur corps se balancer librement. Ainsi suspendus toute la nuit, ils dorment en sécurité hors de l’atteinte des bêtes qui leur font habituellement la chasse.

11 y a aussi à Bornéo deux espèces de rhinocéros, dont l’une n’a qu’une corne. Les rhinocéros de cette dernière espèce peuvent courir avec une grande vitesse, renversant les obstacles qu'ils rencontrent, enfonçant des palissades, déracinant même des arbres.

C’est dans les parties profondes des vastes forêts qui envahissent les plaines et dans les vallées désertes des montagnes, même jusqu’à

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une hauteur de 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, que vit le rhinocéros de Bornéo. De telles habitudes, exceptionnelles chez ce pachyderme, ne l’empêchent pas de rechercher aussi les marécages et les eaux vives, où, pendant la chaleur, il passe de longues heures enfoncé jusqu'aux yeux. Il n’en sort alors que pour aller chercher sa nourriture sur les pentes exposées au soleil et au vent. Les sentiers tortueux

Fig. 184. — Case des Taagals.

qu'il trace sont souvent le seul chemin qui s'offre aux piétons qui se hasardent dans ces solitudes.

Le rhinocéros redoute l’homme et le fuit; mais s’il est attaqué et blessé par lui, il n'hésite pas à faire usage de ses redoutables moyens de défense. On a vu de ces animaux se précipiter vers le chasseur et, de leur corne, le lancer plusieurs fois en l’air.

L’orang-outang où mias est le grand singe anthropomorphe de Bornéo. De la taille d’un homme (il a de 1,24 à 1,27), ses jambes sont

excessivement courtes et ses bras d’une longueur démesurée. Mais nous sommes loin encore de l'énorme gorille, que nous trouverons en Afrique. Le mias ne craint pas de sauter sur un Dayak armé d’une pique ; ses morsures sont cruelles ; de ses ongles il le déchire ; finalement, il est assez fort pour le tuer...

Il est curieux d'observer un orang-outang lorsqu'il chemine librement à travers la forêt : il marche avec une assurance d’acrobate tout du long de quelques fortes branches, très courbé, et dans une attitude que ses longs bras et ses jambes courtes l’obligent à prendre. La disproportion entre les membres supérieurs et inférieurs de son corps s’accuse surtout par la manière dont il s’appuie sur ses mains repliées comme s’il voulait ménager l’épiderme de la paume de la main. Il va rapidement d’un arbre à l’autre, étendant ses bras pour saisir les branches et en essayer la force, puis il s’élance et poursuit sa marche, sans sauter ni bondir, sans paraître se presser; pourtant 1l avance presque aussi vite parmi les rameaux enchevêtrés qu’une personne pourrait le faire en hâtant sa course à travers la forêt. Les longs bras vigoureux de l’orang-outang lui sont de la plus grande utilité ; ils lui permettent d'atteindre à des branches élevées et de cueillir les fruits et les jeunes pousses dont il se nourrit, ainsi que de faire d’amples provisions de feuilles et de branchages pour son chenil.

Il paraît que le mias n’est que très rarement attaqué parles animaux de la forêt, sauf toutefois par le serpent python ; mais le mias vient à bout du serpent; s’il peut le saisir avec ses dents, il ne le lâche qu’après l’avoir tué. Sile mias, ne trouvant plus de fruits dans la jungle, va chercher sa nourriture sur les bords d’une rivière, il rencontre aussi dans le crocodile un adversaire peu accommodant. Dans ce cas le mias combat très adroitement le crocodile ; il monte sur lui, le frappe à la tête de ses poings et de ses pieds, et, s’il réussit à saisir les mâchoires du redoutable saurien, il met toute sa force à les lui décrocher et à désarticuler son énorme gueule.

M. R. Wallace a décrit comme animal curieux une sorte de grenouille volante qui lui fut apportée par un ouvrier chinois. Si elle ne volait pas, du moins pouvait-elle descendre obliquement du haut d’an arbre, grâce à des doicts très larges, palmés jusqu’à leur extrémité.

Nous retrouvons à Bornéo les oiseaux de Malacca, et de la plupart des îles de la Malaisie et aussi les paradisiers de la Nouvelle-Guinée. M. Wallace raconte dans sa relation comment s’y prennent les indigènes pour tuer ces oiseaux sans endommager ce merveilleux plumage que chacun connaît : vermillon ardent dans la plus grande partie du corps, se dégradant jusqu’au jaune orangé sur les petites plumes du cou et

Fig. 185. — fÉcucils de la mer de Chine, près des Philippines,

de la tête, d’un blanc pur et soyeux sous le ventre, avec une bande d’un beau vert métallique sous la gorge. Les chasseurs s’établissent avant l’aube sous un couvert de feuillage disposé parmi les branches des grands arbres que les paradisiers fréquentent. Ils garnissent le bout de leurs flèches d’un cône de bois, afin de tuer l'oiseau par la seule violence du coup et sans faire couler son sang. Ainsi cachés, ils attendent qu’un de ces jolis oiseaux passe à leur portée. Ces chasseurs de paradisiers sont très adroits.

L'ile Célèbes, découpée par de fortes échancrures qui la divisent en quatre péninsules nouées à un tronc, était naguère encore inconnue, sauf dans les parties occupées par les Hollandais et le littoral, où se trouvent un grand nombre de petits États indigènes protégés par la Hollande, c’est-à-dire vassaux du gouvernement colonial. Des montagnes remplissent le tronc et s’étendent dans les quatre péninsules; quelques-unes de ces montagnes s'élèvent à plus de 2,000 mètres.

C’est à Russell Wallace qu’on doit les notions que l’on possède sur la haute chaîne centrale de la péninsule, qui est terminée au sud, dans le Macassar (possession hollandaise), par le célèbre pic de Boutyne.

Des marins ont découvert sur un point de l’île un réseau de chenaux tracés en pleine forêt vierge etabrités sous des palétuviers et d’autres arbres immenses. Aux branches étaient suspendus quantité de ptéramèles ou chiens volants.

Dans la province hollandaise de Minahasa quelques restes de la population autochtone, — Papouas croisés de Malais, — étaient encore au commencement de ce siècle tout à fait sauvages et peut-être même cannibales. Mais le grand fond de la population de Célèbes se compose de Boughis, Malais musulmans très portés au négoce, qui se civilisent au contact des Hollandais et deviennent chrétiens.

Timor est une île aride au premier aspect lorsqu'on la compare aux autres îles de cette région tropicale. La végétation y est pauvre; les chaînes de collines sont couvertes d’eucalyptus rabougris prenant rarement les proportions de grands arbres ; cà et là, on trouve encore disséminés l’acacia et le santal odorant ; les hautes montagnes ne sont couvertes que de grossiers gazons, les plaines nues se tapissent d’une menthe sauvage semblable à l’ortie. Mais c’est à Timor qu’on trouve le splendide lis couronné serpentant parmi les buissons qu'il étoile de ses fleurs éblouissantes.

Les montagnards de cette île appartiennent presque tous au même type que les vrais Papouas de la Nouvelle-Guinée. Ils ont la peau d’un rouge de brique foncé, un nez grand, légèrement aquilin, les cheveux frisés et en buisson, les membres assez grêles ; leur cheveux ramenés en arrière sont noués au-dessus de la tête. Leur principal vête-

Fig. 186. — Océaniens.

ment est une pièce d’étoffe enroulée autour de la ceinture et pendant sur les genoux. Ils ne se séparent que rarement d’une besace faite d’un carré de toile, suspendue à l’épaule par des cordelettes.

Ces insulaires construisent leurs habitations sur des pilotis sortant de terre d'environ un mètre. Ils se servent des feuilles non encore développées du palmier éventail comme de vases à eau ; les entre-nœuds du bambou sont utilisés pour le même usage.

Très voleurs, toujours en désaccord entre eux, les habitants de Timor saisissent toutes les occasions de s’emparer de quelque membre d’une tribu voisine pour en faire un esclave ; mais ils ne sont pas sanguinaires.

Nous avons peu de chose à dire des îles Philippines.

À Mindanao se trouvent les plus beaux Malais.

Les Taagals de Lucon et les Bissayas sont petits, mais bien faits, forts et actifs. Ils ont dans les traits une grande ressemblance avec les Malais. Dans l’ouest de l’île vivent plusieurs tribus dont quelques-unes sont encore à l’état sauvage. Les Igolotes où Igorrotes occupent la région montagneuse de Bontoc. Ce sont de véritables coupeurs de têtes, comme les Dayaks de Bornéo. Après chaque expédition ils se livrent à des festins de cannibales, puis ils se tatouent mutuellement en souvenir de leurs exploits. L’Isolote porte toujours avec lui sa hache à couper les têtes, son hoyau de cultivateur et son bouclier.

Les Balators vivent sur la grande chaîne, dans des arbres creux.

Les Ibilaos au teint blanc descendent peut-être de pirates chinois réfugiés à Lucon. Ils portent les cheveux rasés et se tatouent le visage de représentations de serpents et de personnages humains ayant les bras étendus. Les Ibilaos sont fort belliqueux.

Nommons enfin, pour mémoire, les Tingianes, qui sont agriculteurs, dompteurs de chevaux et qui chassent le sanglier, le chevreuil, le cerf et le buftle avec des javelots et des chiens.

La Micronésie n’a pas à occuper une grande place dans ce livre : l’investigation a suivi de près la découverte, pour les six cents petites îles dont le groupement forme ces archipels micronésiens : les îles Ellice, les groupes de Radak et de Balik désignés tous deux sous le nom d’ar-

chipel Mulgrave, les îles Marshall, les îles Carolines et Palaos, les iles Mariannes ou des Larrons.

Ces îles appartiennent à la formation volcanique ou madréporique. Ce sont, pour la plupart, — comme dans d’autres parties de l'Océanie que nous avons visitées, — des rochers de corail reposant sur des cratères sous-marins éteints. Ils y a pourtant encore deux ou trois volcans dans la partie septentrionale des Mariannes et quelques-uns disséminés çà et là.

Les deux cent mille insulaires qui habitent cet archipel sont connus,et nous pourrions dire «avantageusement connus » :les Micronésiens sont plus bruns que les Polynésiens ; ils se tatouent. On leur accorde de nombreuses qualités physiques et morales : ils sont bien faits, aimables, fins, et surtout hardis sur la mer, qu'ils affrontent dans leurs pirogues.

Cette mer voit aussi des éléphants marins, quelques monstrueux cachalots, de soixante pieds de longueur, faisant dans leur course rapide jaillir de leurs évents une colonne d’eau, un grand nombre d'énormes requins accompagnés de leurs poissons «€ pilotes ». Sur les rivages des îles ces requins, faute de mieux, s’attaquent aux tortues marines, et la dure carapace des chéloniens ne les protège pas toujours contre les terribles assauts des squales. Quant aux oiseaux de ces mers, ce sont les frégates, les fous, les phaétons et les pétrels.

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