‹ Les contrées mystérieuses et les peuples inconnusChapitre 40 sur 56 · EVE · texte numérisé non relu

EVE

L'Asie centrale. — Kashgar.— Yarkand. —Aksou. — Khotan.— Odieuses funérailles. — Les dunes de sable. —Habitat originel du chameau. — Incrustations salines. — Désert de Gobi. — Les rats et les araignées, — La Mongolie, — La steppe. — Le froid. — Le chasse-neige. — La & Terre du gazon », — Les nomades du désert. — Tartares et Mongols, — Princes et esclaves. — La Mandchourie. — Les chrétientés de l'Amour. — Les Tahouris. — Les Barbes Rouges, — Les chercheurs d'or chinois, — Les Tartares Salons, — Chasses. — La tente. — Singuliers jugements des Tartares sur nous,

« L’Asie centrale, dit M. Vivien de Saint-Martin, a été longtemps le pays des prodiges et des fables. À une époque, — et elle n’est pas encore bien éloignée, — où l’on n'avait aucune notion précise sur sa configuration physique, on se figurait cette région intérieure comme un énorme renflement qu’on avait nommé par excellence le plateau central, et de ce plateau, on avait fait la demeure « d’un peuple primitif », qui avait, assurait-on, devancé tous les autres peuples dans la culture des sciences et dans les voies de la civilisation. Un grand nombre de notions physiques et astronomiques que l’on reconnaissait où que l’on croyait reconnaître chez les plus anciennes nations historiques de l'Orient et de l’Europe, chez les Indiens notamment, chez les Babylonieus, chez les Égyptiens et chez les Grecs, n'étaient que les débris épars de cette civilisation primordiale, dont l’ancien monde avait hérité sans en connaître la source. Ces chimères de l’aventureux paradoxe et du vain esprit de système se sont évanouies aux premières clartés de la saine critique et de l’observation. Le plateau central, entre le Thibet et l’Altaï, n’est plus qu'une région d’une médiocre altitude occupée par des déserts de sable et par des steppes herbeuses, où jamais n’a pu se former un État de quelque importance... Les hordes sauvages qui à diverses époques de l’histoire se sont répandues sur l’Europe et sur le midi de l'Asie, portant avec elles la dévastation et la terreur, sortaient

pour la plupart de ces hauts pâturages de la Tartarie; ce n’est pas la civilisation, c’est la destruction et la barbarie qui sont descendues de cette région intérieure. »

Au nord des Himalayas, se trouve la Tartarie chinoise. Séparée de l'Afghanistan par les monts Kuen-Loon, du Cachemyr par la steppe de Pamir, cette vaste région est arrosée par des fleuves et par des canaux très nombreux ; elle abonde en minéraux et embrasse quatre provinces, Kashgar, Yarkand, Aksou et Khotan.

Tous ces pays sont en pleine anarchie et livrés à des bandes d’aventuriers. La masse de la population appartient à la branche ouïghour dela grande famille turque, mélangée à l'infini ; il y existe aussi une infusion considérable de sang tadjik, qui va diminuant à l’est ; cet élément y est remplacé graduellement par l'élément dungani. — De ce côté, chose bizarre, lareligion est mahométane et l’idiome parlé, le chinois. — Il y a, en outre, une population nomade, consistant principalement en Kirghises et en Kalmouks.

Ces derniers sont encore pour la plupart bouddhistes ; ils ont certaines coutumes fort étranges. Ainsi dans leurs rites funéraires les mains et les pieds des cadavres sont liés ensemble et le corps, passé dans une perche comme un paquet, — comme un chevreuil tué à la chasse, — est porté dans un lieu désert où il est laissé exposé pendant quelques heures à la vue des bêtes féroces et des oiseaux de proie. Si ceux-ci apparaissent, les amis reviennent prendre le corps et le portent dans quelque endroit inaccessible, où ils le recouvrent de pierres avec force lamentations et l’abandonnent en paix. Si aucun oiseau ni aucun fauve ne se montre, ils retournent sur le lieu et, après avoir accablé le cadavre d’invectives, comme étant celui d’un misérable qui n’est même pas bon à être dévoré, ils le dépouillent et l’abandonnent. Cette façon de traiter leurs morts, à peu près générale, sauf quelques variantes, chez tous les nomades de l'Asie centrale, a peut-être son origine dans l'obligation charitable imposée par la croyance que l’homme est tenu de veiller aux besoins de tous les êtres créés.

Vers le nord et l’ouest s’étend une vaste région couverte d'immenses dunes de sables mouvants, qui, chassés par les vents, s’avancent constamment en longues vagues de vingt à cent pieds de hauteur et submer-

gent tout ce qui se trouve sur leur passage. Comme la résistance de ces amas de sable au vent quiles fouette est plus grande au centre qu'aux extrémités, 1l en résulte que les pointes sont chasséesenavant et donnent à l’ondulation la forme d’un croissant dont la partie convexe est toujours tournée du côté d’où soufflent les vents du nord-ouest.

La région marécageuse, région de vaste étendue, est habitée par une immigration de Kalmouks et d’autres tribus musulmanes. Ces peuplades ne cultivent pas le sol; elles ont de vastes troupeaux de moutons et de gros bestiaux qui leur donnent le lait, le beurre, la chair, et elles vivent en outre de chasse et de pêche. Leurs vêtements sont faits des fibres d’une plante qui éloigne les moustiques, et, par conséquent les protègent contre ces insectes.

Ce pays est, au dire de quelques voyageurs, l’habitat originel du chameau. On l’y trouverait à l’état sauvage ; le fait semble aujourd’hui établi et par les renseignements recueillis dans l’ouest par une mission anglaise et par ceux donnés au colonel Prejevalsky dans Je nord et dans le sud de Fig. 202. — Kalmouk de la montagne. la région du Lob-nor. Ce chameau est un animal de petite taille, bien formé, à deux bosses, vicieux et rétif; il chasse, paraît-il, les chevaux sauvages de ses territoires de pâture.

Le cours des rivières est indiqué par les roseaux qui les bordent, plus rarement par une forêt de peupliers, le seul grand arbre du pays. Partout ailleurs, la région est un désert rendu infranchissable par les épaisses incrustations salines qu'on a sous les pieds et la poussière suffocante qui s'en dégage. Dans les plaines, cette poussière impalpable qui s'élève du sol argileux, calciné, et envahit l'atmosphère , est un trait des plus

ssage de la rivière Ilia à travers les montagnes de Porphyre (plaines de la Dzoungarie).

Fig, 203, — Pa

admirablement clair. Un voyageur anglais dit qu'auprès de Khotan l'obscurité produite par la poussière était telle parfois, qu’il fallait en

L'ASIE. 27b

— Vallée de l’Ilia,

Fig. 204,

Page 1