‹ Les contrées mystérieuses et les peuples inconnusChapitre 42 sur 56 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

L'Afrique. — L'esclavage., — Les forbans du désert. — Les marchés d'esclaves du Fezzan. — Les esclaves Nubas. — Les esclaves de l’'Ogôüoué. — Supplices et sacrifices humains. — Les « Coutumes » du Dahomey.— Funérailles sanglantes. — Terribles représailles, — L'anthro-

pophagie africaine.

Quelle est cette terre envahie par d’impénétrables forêts et par des marécages malsains, stérilisée par les sables des déserts, exposée à toutes les ardeurs d’un soleil torride, et où s’agitent au milieu de la plus affreuse barbarie plus de cent cinquante millions d'hommes noirs, appartenant à une race incontestablement inférieure et pour laquelle la nature semble avoir été marâtre ? Est-il besoin de nommer le continent africain ?

Ses habitants sont faibles et légers comme des enfants ; cruels sans même avoir conscience de leur cruauté ; ils paraissent ne posséder d’énergie que pour souffrir. Chose étrange! dans cette partie du monde, le frère vend son frère, sans hésitation et sans remords. Sans être moins odieux, il se montre parfois plus inhumain encore lorsqu'il le fait servir à de sanguinaires sacrifices.

La déchéance native des hommes de la race noire, leur misérable condition, — dont ils ne sont pas capables de sortir, — excite la pitié des philanthropes ; mais, étudiés de près, ils déconcertent les dévouements les plus sympathiques et provoquent les plus excessives sévérités de jugement.

L’esclavage est « l'institution » la plus forte, la plus résistante de l’Afrique, — si tant est qu’il y ait d’autres institutions véritables! — l’anthropophagie y a ses adeptes persévérants, moins excusables que les sauvages de l'Océanie qui sont demeurés longtemps isolés dans leurs îles, tandis que les Africains ont vu la Méditerranée battre de ses flots les promontoires de la Grèce, les rivages de la Gaule et de l'Italie : Carthage et l'Égypte ont joui de civilisations rivales de Rome et de l'Orient

héllénique : il n’en reste rien sur ce sol ingrat, — rien que des ruines. Ici l’étape de l’état sauvage à la barbarie a été franchie depuis vingt siècles au moins, et il n’y paraît presque pas ; le perfectionnement intellectuel et moral y est absolument insensible ; le fétichisme des peuples arriérés ne s'élève pas même au niveau de l’idolâtrie ; le progrès matériel est nul; et l'outil, l’arme, le vêtement, — ou ce qui tient lieu de vêtement, — sont presque partout ceux de l’homme primitif aux prises avec les premières difficultés de l'existence.

L'Afrique est enfin la terre où l’être humain se montre sans culture, absolument comme ses solitudes qu’il abandonne aux animaux comme si c'était leur domaine naturel ; où cet être semble plus rapproché que nulle part de la bête féroce ou immonde, du lion des déserts ou du crocodile des fleuves, dont le nègre partage les instincts, du gorille dont il a la laideur et les folles colères, du serpent dont il possède l’astuce. La bonne foi est inconnue à ces hommes de couleur, perfides, vindicatifs ; ils sont inaccessibles à la pitié ; la terreur seule à prise sur eux; ils ne connaissent pas un autre idéal que la force qui, à leurs yeux, légitime tout : ainsi deux nègres sont faits prisonniers par des ennemis de même race qu'eux : ils se soumettent, puisque leur faiblesse l’a voulu! En route, par un hasard heureux, ils rencontrent des libérateurs ; ils vont donc pouvoir retourner au milieu des leurs ; on le croirait ; mais Le plus vigoureux de ces deux gredins à la peau noire se ravise : il se rend maitre de son compagnon et, à son tour, il le vend pour un verre de rhum. Le fait est authentique ; il s’est passé au Congo, sous les yeux de M. de Brazza. Pour nous il dit tout!

Cette terre d'Afrique est sillonnée de convois d’esclaves. Autrefois l'écoulement de cette denrée humaine se faisait principalement par les côtes de l'Atlantique ; cela durait depuis le quinzième siècle, lorsque la traite fut abolie par les nations coloniales de l’Europe, et que l’Amérique ne voulut plus d’esclaves noirs. Aujourd’hui, c’est vers l'Écypte, vers la mer Rouge, vers l'océan Indien que se dirigent les tristes caravanes d’Africains réduits en servitude.

Les étapes se font dans les plus affreuses conditions, à travers des déserts brülants.

On voit se développer à l’horizon une ligne noire qui serpente à tra-

vers les herbes courtes ou les sables jaunes; bientôt, sous l’ardent soleil, quelques armes jettent des éclairs ; c’est un convoi d'esclaves qui approche; il avance péniblement, escorté par des forbans du désert montés sur des chameaux. Quelques-uns des trafiquants vont à pied et raniment à coups de fouet ceux des Noirs dont l’épuisement ralentit la marche du

Fig. 220, — Navire négrier.

cortège au milieu des sables. Les jeunes filles et quelques très jeunes garçons, comme marchandise de choix, sont groupés par quatre sur les chameaux.

M. Trémaux, qui à voyagé en caravane dans le Soudan au milieu du désert de Korosko, se croisa ainsi avec un convoi qui s’acheminait vers le Caire. Sa pitié fut émue au spectacle de tant de misères. Il fut surtout impressionné par la vue d’un homme âgé dont la barbe courte et déjà grisonnante se dessinait en blanc sur sa figure noire. « Ce pauvre

diable, dit-il, ruisselait de sueur et marchait en avant de la courbache — Je fouet — du « djellad, » qui avait déjà laissé de nombreuses traces de poussière blanche sur ses épaules noires et nues. Ses genoux fléchissaient sous lui, et de moment à autre il prenait un petit trot chancelant pour suivre le simple pas de ses compagnons. » Le voyageur fit signe à l’un des djellads qui escortaient le convoi de mettre ce vieillard à la place d'une des vigoureuses jeunes filles qui étaient sur un chameau : un balancement négatif de la tête fut la seule réponse qu'il reçut. Ce vieillard n'avait sans doute aux yeux du trafiquant qu’une très mince valeur...

Dans d’autres parties de l'Afrique, ces lugubres convois sont plus attristants encore. On passe au cou des esclaves de longues perches de bois reliées les unes aux autres ; on leur met des chaînes aux mains. Ils se trouvent ainsi dans l’impossibilité de s’enfuir ou de tenter aucune résistance. Mais leur marche en est rendue plus pénible ; ils avancent lentement malgré les coups de fouet.

Souvent, dans les déserts que l’on doit traverser, les vivres viennent à manquer ; les malheureux captifs, haves, épuisés, ressentent les tortures de la faim et de la soif. Les traitants abandonnent ceux d’entre eux qui ne peuvent plus se traîner.

Dans ces circonstances, des faits atroces se produisaient fréquemment il y a quelques années encore. Ils sont devenus plus rares depuis que le continent noir à été ouvert par des explorateurs dont tout le monde sait les noms, suivis bientôt de missionnaires assez nombreux déjà. Autrefois les trafiquants ne prenaient pas la peine de délivrer de leurs liens ceux de ces malheureux Noirs qui demeuraient en arrière. Emprisonnés dans les longues fourches qui leur interdisaient tout mouvement, ces tristes victimes s’affaissaient sur le sol, se tordant dans les douleurs d'une affreuse agonie, jusqu’à ce que la mort vint les délivrer. Souvent la mort ne se faisait pas attendre : les malheureux étaient dévorés vivants par une troupe de fourmis qui en quelques heures ne laissaient de leur corps que le squelette. Livingstone a vu sur sa route des cadavres d'esclaves abandonnés ainsi, encore attachés les uns aux autres.

Quelquefois le traitant va jusqu’à immoler ses esclaves, non par pitié, mais en cédant à la colère, et pour être sûr qu'aucun rival dans son abo-

minable industrie ne pourra recueillir l’abandonné et en tirer profit. Livingstone dit, dans son Dernier journal, qu'il lui arriva de passer près d’une femme attachée à un arbre par le cou; elle était morte. Les gens du pays lui expliquèrent qu’elle n’avait pu suivre la bande dont elle faisait partie et que son maître n’avait pas voulu qu'elle devint la propriété de celui qui la trouverait, si le repos venait à la remettre. Ce n’est pas la seule fois qu’il fat témoin de pareilles atrocités. Il avait vu encore une femme poignardée où tuée d’une balle, et qui gisait dans une mare de sang. La réponse qu'on lui faisait était toujours la même : le maître, pour soulager sa colère, avait tué la pauvre créature qui lui occasionnait une perte d'argent.

Le lieutenant Cameron, dans sa traversée de l’Afrique équatoriale de l’est à l’ouest, vit revenir d’une chasse aux esclaves un Noir portugais. Il ramenait une file d’une cinquantaine de pauvres femmes chargées de gros ballots : c’était le butin fait par la troupe du Noir sur les gens de leur propre pays. Quelques-unes de ces infortunées portaient en outre leurs plus jeunes enfants dans les bras. Elles avaient été capturées dans quarante où cinquante villages qu’on avait détruits et ruinés ; la plupart des hommes avaient été tués; les autres, chassés dans les marécages, se trouvaient exposés à périr d’inanition. « Je suis persuadé, dit Cameron, que ces quarante ou cinquante esclaves représentaient plus de cinq cents êtres humains tués en défendant leurs foyers, ou morts de faim, sans parler d’un plus grand nombre demeurés sans abri. Toutes ces femmes étaient attachées ensemble par la ceinture avec de grosses cordes à nœuds, et si elles ralentissaient leur pas on les battait sans pitié. Ces mulâtres portugais et ces marchands noirs sont très brutaux dans le traitement de leurs esclaves ; les Arabes, au contraire, les traitent généralement avec moins de cruauté. Habituellement les esclaves de l’intérieur ne sont pas conduits jusqu'à la côte ; on les dirige sur le pays de Sékéletou, où, pour des causes diverses, la population est assez clairsemée, et où il y a une orande demande d’esclaves. Ils sont troqués contre de l’ivoire, qu'on apporte ensuite sur la côte. »

M. Trémaux, que nous citions tantôt, raconte une histoire des plus émouvantes. C’était au bord du Nil Bleu, à un endroit où il est possible de passer le fleuve à gué. Une caravane venait de traverser les forêts

sans fin du Fa-zogl, emmenant en Égypte ce qui restait de la population de toute une région mise à feu et à sang.

Parmi les femmes juchées sur les chameaux se trouvaient une mère avec sa fille; la fille, jeune et belle, était traitée avec égards, la mère avait reçu plusieurs blessures en se défendant ; souffrante et âgée, cette pauvre femme n’était qu'un embarras. Les djellads ne l’avaient emmenée que pour ne pas causer trop de chagrin à la jeune esclave dont ils comptaient tirer un bon prix ; mais ils n’attendaient qu’une occasion favorable pour se débarrasser d’elle. A la traversée du fleuve, les chameaux ne devant pas être trop chargés, on dédoubla leurs fardeaux : la fille passa des premières, mais la mère ne reparut pas sur l’autre rive.

Lorsque la malheureuse enfant vit que le convoi se remettait en route sans sa mère, elle s’abandonna à la plus vive douleur; elle fut hissée sur un chameau maloré sa résistance, ses pleurs et ses supplications. Et la caravane se remit en marche ; mais peu de temps après, les conducteurs s’apercurent que la jeune fille avait disparu : elle avait réussi à briser ses liens et à se glisser dans les hautes herbes sans être vue. Naturellement ses compagnes reçurent pour prix de leur silence une correction exemplaire où la courbache fit son office...

Il n’était pas difficile pour ces gens, bien qu’ils n’aient point d’entrailles, de deviner que l’amour de l'enfant pour sa mère avait tout fait. Cette jeune esclave valait la peine qu’on revint en arrière pour la reprendre. Deux des djellads repassèrent le gué. La vieille négresse n’était plus au bord du fleuve; mais sa trace fut bien vite retrouvée dans le sol vaseux... Ils arrivèrent à l’endroit où la pauvre vieille recevait les caresses de son enfant. Elle les vit et dit à sa fille de fuir ; mais il était trop tard. Alors toutes deux essayèrent d’attendrir ces hommes cruels ; la jeune esclave les supplia de ne pas abandonner sa mère qui dans son état ne pouvait manquer d’être déchirée par la dent des carnassiers dès la nuit venue : le soleil baissait.. Oh! non, ils ne voudraient pas que sa mère fût dévorée vivante!

Prières vaines! La jeune négresse fut entraînée. La mère se tordait de désespoir, appelant sa fille, regardant l’œil fixe et le bras tendu dans la direction où elle allait disparaître pour toujours.

Ce n’est là qu'un des mille drames poignants auxquels donne lieu

chaque jour l’horrible trafic humain. On a vu de ces malheureux mourir presque subitement de chagrin : leur cœur se brisait.

Mais comment parvient-on à arracher ces Noirs à leur sol?

Ce sont de prétendus marchands d'ivoire, qui, pénétrant très avant dans les empires noirs, s’approvisionnent, par l’astuce et la violence, de cette chair, dont la vente donne de si beaux profits dans diverses contrées de l'Orient. Le commerce de l’ivoire, tout avantageux qu'il

Fig. 221. — Sur le Nil Blanc.

est pour les caravanes, ne saurait couvrir leurs frais de campagne et ne sert qu'à sauver les apparences. Les trafiquants du Nil Blanc, — pour ne parler que de ceux-là, — ne sont en réalité que des chasseurs d’esclaves. C’est un ramassis de tout ce que l'Égypte peut fournir de gens sans aveu. Les explorateurs les ont vus à l’œuvre.

Armés comme des forbans seuls savent s’armer, c’est-à-dire jusqu'aux dents, ils partent par bandes de deux ou trois cents, sous la conduite du chef qui leur a fourni fusils, pistolets et sabres. Entassés dans des barques qui s’avancent silencieuses sur le Nil, ils guettent

de loin leur proie. Ils comptent sur la faiblesse des populations au milieu desquelles ils se rendent et sur leur état permanent d’hostilité. Il s’agit pour eux d’exploiter la situation en intervenant dans les querelles des indigènes. Ils se font donc accepter sans peine comme auxiliaires par l’un ou l’autre des chefs ennemis, et se font les exécuteurs de leurs vengeances particulières.

A la faveur de la nuit où par trahison, ils se rendent maîtres d’un village, incendient les huttes, massacrent tous ceux qui résistent et s'emparent des survivants par @ droit de conquête ». Ils n’épargnent guère que les femmes, les jeunes filles et les enfants, parce qu’il leur est aisé de les emmener sans résistance, et que ces pauvres créatures sont aussi d’une vente plus avantageuse.

Ces malheureuses victimes de la cupidité sont de la part de leurs ravisseurs l’objet de toutes sortes de violences et de mauvais traitements. Les esclaves passent, du reste, de main en main sans que leur sort reçoive aucun adoucissement. Entraînés vers la basse Égypte , ils sont vendus à de petits marchands dont les caravanes n’osent s’aventurer au loin. Ceux-ci les cèdent ensuite aux agents arabes échelonnés de Khartoum à la mer Rouge. On embarque les esclaves à Souakim où à Masoua pour être dirigés sur le Caire, vers l’Arabie ou la Perse, — partout enfin où l’esclavage des races inférieures est maintenu et où l’homme est un objet de spéculation de la part de son semblable.

Ce n’est qu'après s'être débarrassés de leurs esclaves, qui peuvent valoir en moyenne de 100 à 125 francs, que les honnêtes négociants du Soudan viennent vendre à Khartoum l’ivoire qu’ils ont obtenu par des moyens au nombre desquels on peut, sans leur faire tort, compter la fraude et le pillage. Mais l’ivoire, nous l’avons dit, n’est qu'un accessoire dans les opérations des caravanes, et c’est le trafic des esclaves qui fait vivre la capitale du Soudan.

Livingstone trouva le pays situé à l’ouest du lac Tanganyika bouleversé par les Arabes venus de la côte de l’océan Indien, métis cruels, monstres à face humaine. Les indigènes Manyémas n’ayant pas d’esclaves à leur livrer, ces misérables traitants s’en procuraient par la guerre ; tantôt, ainsi que leurs émules, — ou leurs complices, — du haut

Nil, ils épousaient la querelle d’un chef contre un autre, tantôt ils volaient quelques chèvres et répondaïent aux réclamations par des coups de fusil ; finalement, ils emmenaient tout ce qui avait échappé au carnage. [ls parvenaient encore à leurs fins en ayant l’art de faire de quelque chef un créancier insolvable : les tristes sujets payaient de la perte de leur liberté les dettes de leur roitelet idiot.

Les consuls européens qui résident à Khartoum se sont montrés impuissants à s'opposer à la traite des Noirs. À certains moments, les casernes de cette ville ont regorgé d'esclaves des deux sexes. On à vu le gouvernement en vendre, en donner à ses employés à valoir sur ce qui leur était dû pour leurs appointements! Les mesures prises par l'administration égyptienne ne l’ont jamais été que temporairement ; partant, elles sont demeurées inefficaces. Sir Samuel Baker trouva réunis, lors de son passage à Gondokoro, environ trois mille esclaves noirs, dans le moment où le gouvernement du Soudan, se montrant assez énergique dans la répression de la traite, faisait remonter le Nil Blanc par des steamers pour s'emparer des bateaux chargés d’esclaves. On voyait qu'il était devenu difficile aux caravanes de Gondokoro de de transporter leurs Nègres dans le Soudan. Mais ce n’était là qu’une affaire de temps, une obligation pour les trafiquants d’user momentanément de quelque prudence.

L’intrépide voyageur Rohlfs, se trouvant à Mourzouk, capitale du Fezzan, y a vu arriver du Kordofan des caravanes d’esclaves noirs. Le gouverneur du Fezzan favorisait cet odieux trafic, et Mourzouk est devenu sous sa protection un véritable marché d'esclaves ; des marchands viennent d'Égypte y acheter des Nègres. Au moment du séjour de Gérhard Rohlfs dans cette ville, il y avait environ deux mille esclaves disponibles. Les prix, plus élevés que sur la côte de la mer Rouge, étaient de plusieurs centaines de francs pour un jeune homme robuste, où une jolie négresse nubile.

Du Bornou, — qui forme la limite méridionale du Fezzan, — à la ville de Mourzouk, il y a environ onze cents kilomètres de trajet à travers de mornes solitudes sans arbres, sans herbes et sans eau : c’est là le lugubre itinéraire des caravanes qui amènent les esclaves. Des deux côtés de la route suivie par G. Rohlfs, on voyait les ossements

blanchis des esclaves morts. « Celui qui ne connaît pas le chemin du Bornou, a écrit l’explorateur de ces sinistres contrées, n’a qu'à suivre les ossements dispersés à gauche et à droite de la voie, et ne risque pas de se tromper. » On sait, dans le pays, que ces ossements ou ces cadavres, — car souvent on trouve les corps à l’état de momies, — sont ceux d'esclaves qu’on n’a pas pris la peine d’enterrer. Auprès des sources ils sont plus nombreux : ils y étaient arrivés mourants ; ils n’ont pas eu la force de les atteindre et de s’y désaltérer. Plus d’une fois, en puisant à ces sources, on en retire des crânes..

Le commerce des esclaves dans le Soudan égyptien est loin de n’être plus qu’un souvenir. Encore en 1882, un missionnaire écrivait de Delen, dans la partie montagneuse du Kordofan qui est habitée par des Noirs appelés Nubas, que presque chaque semaine il assistait impuissant au passage de colonnes de captifs emmenés par les arabes pasteurs, — les Bakarahs.

Ces Nubas sont très recherchés, paraît-il, comme esclaves, à cause de leur intelligence ; leur pays est aujourd’hui le centre de la chasse à l'homme. Pendant quarante ans, des courses y ont été organisées régulièrement par le gouvernement égyptien. Les employés et la solde des troupes étaient payés en esclaves ; le reste des Noirs enlevés servait à former des régiments spéciaux.

L'’Angleterre intervint en 1842, mais le désordre dura encore longtemps, jusqu'à ce que l’abominable trafic, cessant d’être le monopole de l'État, devint le but de la spéculation privée, qui organisa sur une grande échelle l’exploitation des empires noirs.

« En ce moment, dit encore le même missionnaire, le fameux marchand d'esclaves, Ismaïl, a établi un camp à Delen. Cette fois il ne s’est pas contenté de tentes, mais il a fait élever de véritables hangars. Nous lui avons fait demander s’il ne craignait pas les soldats d’El- Obéïd. Il a répondu que non. L'année passée, lorsque les soldats d’'El- Obéïd vinrent pour prélever des impôts à Delen, il paraît qu’ils n’inspirèrent à Ismaïl, qui se trouvait précisément là, aucune espèce de crainte. Au contraire ils vinrent à lui, et ils fumèrent ensemble. Le gouverneur d’El-Obéïd recoit même, comme impôts, des esclaves à la place de paiement. Comment pourrait-il donc molester dans leur com-

Fig. 222. — Capitale de l’'Ouganda.

merce les marchands d'esclaves? » Depuis, à El-Obéid même, le

Mahdi insurgé contre le gouvernement égyptien, et soutenu par les marchands d'esclaves du Soudan, a écrasé l’armée envoyée pour le faire rentrer dans l’obéissance (novembre 1883).

Si l’on se transporte des déserts du nord-est de l’Afrique au golfe de Guinée, c’est toujours le même tableau, — plus afligeant encore si c'est possible.

Il y à quelques années, dans son expédition sur l’Ogôoué, M. $. de Brazza y trouva l’esclavage en pleine vigueur. Les Nècres des rives de ce fleuve vendent leurs enfants, leurs frères, leurs amis. Il fallait à M. de Brazza des gens du pays pour conduire ses pirogues. Il acheta une quinzaine d'esclaves auxquels 1} rendit la liberté ; il espérait avoir en eux des serviteurs fidèles, il avait bien quelque droit à leur reconnaissance... Déception ! ces Noirs le volèrent et s’enfuirent. |

Ces Africains de l'Ogôoué, — et ils ont des imitateurs! — ne sont pas exploités par des gens venus de loin, puisqu'ils s’asservissent mutuellement en quelque sorte, en vue d’un bénéfice douteux à réaliser.

Ces populations noires paraissent donc privées de sens moral aussi bien que de sensibilité. Ceci nous amène à rappeler bien des cruautés commises sur le sol africain par les Africains eux-mêmes ; mais comme dernier mot sur l'esclavage, n’oublions pas de dire que sur les côtes de l’ouest, dans les parties du littoral où le commerce des Noirs à été ruiné par l'abolition de la traite, dans l’impossibilité d'utiliser les captifs tombés entre les mains des vainqueurs dans les guerres de peuplade à peuplade.. on les tue. Voilà un résultat que n’avaient pas prévu les Wilberforce, les Clarkson et les Buxton.

Kamrasi, roi d'Ounyoro, avec qui Speke eut plus d’un démêlé, assurait son autorité sur ses provinces en les parcourant, suivi d’une sorte de garde prétorienne, forte de cinq cents hommes. Ce corps, comme on le pense bien, possédait le privilège de piller sur le chemin du roi et ne manquait pas d’en user. Une simple faute commise par l’un des sujets était punie de mort, après un jugement des plus sommaires, et le coupable, pieds et poings liés, périssait sur l'heure sous le bâton.

Lorsque le capitaine Speke arriva à la cour de Mtésa, le jeune roi d'Ouganda, le voyageur constata avec effroi que la vie des gouverneurs, des officiers les plus élevés, ne tenait qu’à un caprice. Le moindre soup-

con, un rêve fâcheux, pouvait entraîner leur mort. « IL m'est arrivé, disait Mtésa à Speke, de faire tuer jusqu’à cent courtisans dans la même journée. » Et il manifestait l’intention de punir d’une manière semblable la négligence dont les serviteurs pourraient se rendre coupables envers son hôte, « car il savait comment on guérit la désobéissance ». Hâtonsnous de dire que Mtésa s'était un peu humanisé depuis le visite de plusieurs explorateurs, et lorsque la nouvelle de sa mort est arrivée en Europe à la fin de septembre 1883, elle a provoqué de véritables regrets.

Ses officiers, ses sujets devaient s’agenouiller ou s’accroupir autour de lui, et ne l’approcher qu'en rampant et Le regard baissé. « Toucher au trône, aux vêtements du roi, même par mégarde, ou lever les yeux sur ses femmes, entraînait la peine de mort. »

Quant aux nombreuses femmes du harem, la vie de ces malheureuses créatures était attachée à l'observation minutieunse des lois d’une étiquette bizarre comme les tyrans seuls en savent imaginer. La moindre intempérance de langue, un geste involontaire, un acte quelconque, non prévu ni voulu par un maître fantastique et jaloux de son pouvoir, pouvait les faire sans délai traîner à une mort ignominieuse. Les jeunes pages du roi remplissaient à leur égard l’office de bourreau. « Il ne s’est point passé de jour, a écrit le capitaine Speke, que je n’aie vu conduire au supplice quelquefois une, quelquefois deux et jusqu’à trois’ou quatre femmes du harem de Mtésa. »

Faut-il s'étonner après cela qu’il vint à l’esprit de ce tyran de décharger une carabine sur un homme inoffensif, uniquement pour s'assurer que l’arme avait été régulièrement chargée? Speke vit cela : la carabine était un présent fait par lui au roi.

La férocité de Nacer, roi de Tagali, était proverbiale, et il en tirait lui-même une étrange vanité. Un jour qu'il rentrait à son quartier, il entendit une panthère ragir. « Comment, dit-il, il y a dans le royaume de Nacer une panthère qui crie la faim? Mais c’est une honte pour Nacer! » Et, désignant au hasard un de ses hommes, il le fit jeter en pâture à la bête affamée.

Le Casembé, visité par le docteur Livingstone au centre de la région des lacs équatoriaux, était un usurpateur cruel : pour une faute légère

commise par un de ses sujets, il lui faisait couper les oreilles, le nez ou les mains, il vendait ses enfants, 1l saisissait les bestiaux (1).

Au Dahomey, on excite le peuple par des spectacles sanguinaires. Le roi ordonne journellement des exécutions. Et l’on peut voir, soit sur la place du marché, soit à la porte du palais du roi, ce que Jules Gérard voyait chaque jour à Abomey, des têtes coupées, des cadavres de suppliciés, les uns pendus, d’autres disposés par dérision comme des hommes qui s'apprêtent à marcher.

« D'autres fois, dit le docteur Répin, justice faite, — ce mot de justice n'est-il pas profané ici? — la tête du supplicié, séparée du tronc, est placée sur les crochets de fer qui surmontent les murs d’enceinte de la case royale. Que deviennent les cadavres? J’ai souvent, ajoute Le docteur, posé cette question à des Dahomyens de diverses classes, et je n’ai jamais pu obtenir une réponse bien catégorique. Cependant je ne crois pas les Dahomyens anthropophages. La sanglante tragédie qui se joue chaque année à la fête des « Coutumes » n’a d’autre but que la satisfaction de cet instinct inné de cruauté qui porte la plupart des enfants à faire souffrir les êtres plus faibles qu’eux et qu’on retrouve chez ces peuples toujours en enfance. Il pourrait se faire, néanmoins, qu’ils attachassent quelque idée superstitieuse à la consommation de ces restes et qu'ils servissent à de secrètes et révoltantes agapes ; mais, je le répète, je n’ai là“dessus que des soupçons qu'ont fait naître dans mon esprit l’hésitation et l'embarras des Noirs que j’ai interrogés à ce sujet. »

Ce voyageur, en parlant de « Coutumes », fait allusion à des sacrifices humains qui ont lieu à certaines époques périodiques, comme des s0lennités publiques. Des prisonniers sont cloués contre un arbre par la tête, la poitrine, les pieds et les mains. A l’époque des Coutumes, chaque jour on immole des victimes humaines. Un Anglais, lieutenant de vaisseau, qui se trouvait il y a quelques années à Abomey, manifesta sa désapprobation ; on l’avertit que s’il ne se taisait pas le roi lui ferait trancher la tête ; il demanda à s’éloigner ; on lui dit qu’il ne partirait qu'après les Coutumes.

(1) En 1796 le Portugais Pereira estimait l’armée du Casembé, roi du Londa, à vingt mille soldats. Les rues de sa capitale Loucenda (bien déchue aujourd’hui) étaient arrosées régulièrement; mais on sacrifiait chaque jour vingt personnes.

Le roi, entouré de ses officiers, forca le lieutenant à l’accompagner au lieu de la cérémonie.

Dans une plaine immense, couverte de milliers de spectateurs, trois mille esclaves et trois mille bœufs où moutons étaient rangés sur deux lignes ; le roi se promena au milieu de cette allée vivante : puis sur un signe fait avec son bâton royal, les six mille têtes tombèrent à la fois. Les guerriers dahomyens se précipitèrent sur les victimes et mangèrent la chair sanglante des animaux.

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Fig. 223, — Ruc à Loucenda (près du Tanganyika).

De pareilles horreurs se renouvellent chaque année dans cette Afrique mystérieuse.

Le pauvre lieutenant en perdit l’esprit. De retour en Angleterre il croyait toujours voir tomber devant lui des milliers de têtes et poussait des cris d’horreur.

Lors des Coutumes, si le roi a été battu dans une des dernières rencontres et n’a pas fait de prisonniers, il prend simplement trois mille de ses sujets pour victimes. Ceux-ci sont arrivés à un tel degré de stupidité que ceux sur qui le choix tombe s’estiment heureux et fiers.

Une autre fois, un négociant hollandais vit apporter vingt-quatre cor-

beilles contenant chacune un homme vivant, dont la tête seule passait au dehors. On les disposa un moment en ligne sur le rebord de la plateforme où se tenait le roi; puis on les précipita l’une après l’autre. En bas, une foule ivre de sang, sautant, hurlant, se jetait sur ces corbeilles, chacun s’efforçant d’accaparer une tête à scier avec quelque mauvais couteau ébréché! Cette tête valait à celui qui l'avait coupée un chapelet de cauris d’une valeur de ? francs 50 centimes environ.

Dans les grandes Coutumes, on sacrifie hommes et femmes avec un certain nombre de chevaux. Les sacrificateurs ont bien soin de mêler le sang des chevaux égorgés à celui des victimes humaines.

Dans cet affreux pays le roi donne habituellement audience aux Européens dans une enceinte parée de rangées de têtes humaines, fraîchement coupées, saignant encore.

Lorsqu'un roi du Dahomey meurt, on lui érige dans un caveau un monument cimenté du sang d’une centaine de captifs, provenant des deruières guerres, et sacrifiés pour faire cortège au souverain dans l’autre monde. Le corps du monarque est mis dans son cercueil, la tête reposant sur les crânes des rois vaincus par lui. Ces préparatifs achevés, on fait entrer dans le caveau huit « abaïas » (danseuses de la cour) et cinquante gardes du roi. On place auprès d’eux un amas d’ustensiles et de vêtements, des parures, du tabac, des barils d’eau-de-vie : Le roi pourra ainsi être bien servi; puis on sacrifie ces malheureux pour qu’ils aillent rejoindre leur maître, qui a besoin d’eux.

« Chose étrange ! dit le docteur Répin, il se trouve toujours un nombre suffisant de victimes volontaires des deux sexes, qui considèrent comme un honneur de s’immoler dans le charnier royal. Le caveau reste ouvert pendant trois jours pour recevoir les pauvres fanatiques, puis le premier ministre recouvre le cercueil d’un velours noir et partage avec les grands de la cour et les abaïas survivantes les joyaux et les vêtements dont le nouveau roi à fait hommage à l’ombre de son prédécesseur.

Dans le pays des Ashantis, les royales obsèques étaient, au commencement de ce siècle, encore plus sanglantes. Un envoyé de la Grande-Bretagne, M. Bowdich, qui, en 1817, visita Coumassie, cette horrible capitale anéantie récemment par les Anglais, raconte que les sacrifices offerts à la royauté se renouvelaient là de semaine en semaine pendant trois mois.

Avec de pareilles mœurs chez les Africains, il ne faut pas s'étonner que de simples représailles soient terribles. G. Lejean, dans la relation de son voyage au Taka, raconte ce qui s’était passé dans un village de la haute Nubie un peu avant qu'il visitât cette région. Un homme de Hafara avait enlevé deux jeunes garçons du village où habitait son béau-père : c'était avec l'intention de les vendre et il les vendit à Kassala, maloré les protestations du beau-père. Alors celui-ci fit prévenir secrètement sa fille de se tenir prête à un grave événement. Une nuit, il conduisit à Hafara trois cents guerriers bien armés qui envahirent silencieusement le village. A la porte de chaque hutte un homme se posta en sentinelle tandis que deux autres pénétraient à l’intérieur et coupaient la gorge à tous ceux qui s’y trouvaient. Ce fut l’affaire de quelques minutes. Les cinq cents habitants de Hafara passèrent sans résistance du sommeil à la mort. Le premier auteur de cette catastrophe périt, et sa veuve suivit son père et les vainqueurs à Basen.

Naturellement ces représailles atroces devaient en amener d’autres. Les voisins des gens de Hafara, aidés des marchands d'esclaves de Kassala, firent une razzia chez les habitants si susceptibles de Basen. Ils en tuèrent tant qu’ils purent et emmentrent les jeunes filles et les enfants pour les vendre à Kassala.

Les indigènes du Manyéma (dans la région des lacs) sont sanguinaires et poussent le mépris de la vie humaine aux dernières limites. L’anthropophagie se pratiquait ouvertement chez eux avant que les manifestations de décoût des trafiquants Arabes les eussent obligés à la dissimuler.

L’anthropophagie ! Encore un horrible usage que nous ne pouvions manquer de rencontrer...

Les Bassoutos de l'Afrique australe pratiquent l’anthropophagie, et plus d’une fois les Boërs ont dû tenter de ravoir par la force un des leurs, capturé pour servir à des festins de cannibales.

On a prétendu que les Niams-Niams du Soudan oriental sont anthropophages ; mais il est probable qu'on ne doit accuser de ce goût monstrueux qu'une seule de leurs tribus, celle des Bindgie.

Le rivage nord-ouest du Loûta Nzidjé est bordé de montagnes qui plongent à pie dans le lac; elles sont habitées par des tribus suspectées

d’anthropophagie.

Mais les Monbouttous du bassin de l’Oûellé se livrent au cannibalisme avec bien plus de passion. Ce qui est une exception chez les Niams-Niams est la coutume chez eux. Lorsque Schweinfurth visita le roi Mounza, on tuait chaque jour pour la table de ce monstre un des petits enfants ramenés à la suite d’expéditions fructueuses. Chaque année, : comme s’il s'agissait de grandes chasses, ces expéditions s’organisent contre les peuplades qui vivent sous l’équateur. Les Monbouttous mangent sur place les morts restés sur le champ de bataille et emmènent leurs prisonniers pour les manger à loisir.

Le docteur Schweinfurth s'étant arrêté devant un étal de viandes appétissantes, proprement exposées sur des feuilles de bananier, apprit que cette marchandise était de la chair de vieilles femmes engraissées pour les sourmets. — Sur la côte occidentale, les Pahouins sont également anthropophages.

D'aurte part, il faut le dire, il y a des populations, — comme les riverains du Nyassa et de la Rofouma, — qui ont horreur de l’anthropophagie, à ce point qu'ils s’abstiennent même de toucher à la chair des animaux qui se nourrissent de l’homme, tels que le lion et la panthère.

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Populations africaines, — Nègres et Noirs. — Condition de la femme. — Les sorciers blancs. — Albinos africains. — Les jolies négresses. — L'embonpoint exigé pour la beauté féminine. — Les nains. — Traits caractéristiques des races. — Coiffures bizarres. — Nudité et vêtement. — Ornements du visage. — Colliers, bracelets, etc. — Attirail guerrier, — Armes offensives et défensives. — Caractères, — Religions. — Fanatisme et superstition. — Le € mauvais œil ». — Devins et sorciers. — Le culte des serpents, — Les missionnaires. — Les marabouts, — Mœurs et coutumes. — Gouvernements. — Supplices. — Épreuves judi-

‘ ciaires. — Habitations. — Villages. — « Kraals ». — & Tembés ». — « Zéribas. » — Nourriture. — Industrie,

Ainsi nous sommes en Afrique sur une terre qui, sans sa nombreuse population, semblerait un continent nouvellement créé : les siècles n°y apportent avec eux aucun changement, et 1l en sera ainsi tant que les Européens n'auront pas fait la conquête de ce vaste sol pour le plus grand profit de la civilisation et le relèvement de l'humanité.

Quelle est donc cette race si rebelle à tout progrès? Elle est assez diverse. Il y a des populations d’une laideur repoussante ; il y en a d’assez belles ; 1l y en a d’étranges ; nous pouvons même montrer des Nècres blancs, des géants et des nains. Nous ne parlerons, bien entendu, que des races où groupes d'hommes qui ont une physionomie distincte, remarquable : les autres participent de traits généraux que nous indiquerons.

Sous le nom de Nègres beaucoup de voyageurs, de missionnaires et d’ethnographes ont confondu des races qui se dérobent à cette classification et qui n’ont même aucune parenté entre elles. Nous citerons, après M. Duveyrier, les Koï-Koïns où Hottentots, les Foulbés, les Haousas, les Bantous et les Mâbas comme exemples d'autant de peuples, où de grandes familles de la Nicritie, entre lesquelles on chercherait vainement des caractères communs soit physiques soit intellectuels où ethnologiques.

La nature laineuse des cheveux est le véritable cachet du Nècre. « Tout peuple qui n’en est pas marqué, dit M. Vivien de Saint-Martin, quelque

foncée que puisse être d’ailleurs la teinte de son épiderme, quelle que soit même la coupe de sa physionomie, n’appartient pas à cette classe inférieure de la famille humaine. Ce pourra être un peuple xoir, ce ne

Fig. 224, — Hottentot Kora.

sera pas un peuple xègre. Les Cafres sont des Noirs, ce ne sont pas des Nègres. Les Fellatas où Foullas, cette grande nation qui domine aujourd'hui sur la moitié du Soudan, sont un peuple noir; ce n’est pas un peuple nègre. On en peut dire autant des Tiboûs, branche adultérée de la race berbère, aussi bien que des Bischaris et des autres tribus nubiennes, qui sont les Éthiopiens des Grecs ; on peut étendre également

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