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cette distinction aux Abyssins et à bien d’autres tribus de l'Afrique orientale. »
La haute région forestière située dans le triangle formé par le lac Tanganyika et les lacs Moëro et Bangoueolo semble être, selon Livingstone, la patrie de larace noire. Les habitants, hommes et femmes, y sont en général très beaux, particulièrement ceux de l’Itahoua. On trouve parmi eux des têtes bien faites, de belles formes, de petites mains. C’est à croire que les êtres disgraciés qui vivent dans les marais pestilentiels des côtes constituent une race dégénérée, tandis que le vrai type nègre serait celui de l’Égyptien des témps antiques.
En dehors de l'islam, il y a des populations qui peuvent répudier le nom de sauvages, mais qui assurément sont encore en pleine barbarie ; tels sont les Môssis qui vivent au sud de Tombouctou, et les Achantis de la Guinée.
Examinons d’un peu plus près les caractères physiques et moraux des populations africaines.
Les Ouolofs sont grands et bien faits ; leur peau est d’un noir d’ébène ; ils ont les cheveux crépus, les lèvres fortes, le nez un peu déprimé, la physionomie plutôt avenante que repoussante.
Les Peuls ont la peau assez claire, d’un brun rougeâtre; ce sont des Nègres cuivrés, leurs cheveux sont crépus comme ceux des Nègres, mais leurs lèvres, beaucoup moins épaisses, laissent au profil quelque chose de la régularité des types européens. Un grand nombre de Peuls portent deux tresses de cheveux tombant des tempes, assez semblables aux tresses d’ordonnance de nos anciens hussards.
Les naturels de l’Egba ont la couleur du cuivre. Ce sont plutôt des nécroïdes que de véritables Nègres. L’œil, chez eux, est beau, la lèvre peu épaisse, mais les gencives sont bleues, les joues proéminentes, le menton rentré, le front fuyant. Leurs formes sont parfaites. Les femmes relèvent leurs cheveux sur la tête comme une touffe de laine, et cette coiffure leur donne une ressemblance lointaine avec les bêtes à cornes. Elles se tatouent et se font des cicatrices sur la peau. Elles se plaisent à pratiquer sur leurs enfants ces sauvages ornementations, et le corps des pauvres êtres porte de la tête aux pieds la marque d’incisions teintes en bleu au moyen de l’antimoine.
Voici le portrait que le capitaine Burton fait des habitants du Dahomey : « C’est une vilaine race. Ils sont menteurs comme des Crétois, et, sous le rapport de l’intelligence, de vrais crétins. Ils sont lâches et par conséquent cruels ; ils sont joueurs et par conséquent voleurs. Brutaux, ils ne respectent rien, ils n’obéissent à personne. Au moral, de la vermine. Au physique, ils ont la peau noire, les sourcils jaunes. Ils sont de taille moyenne, sveltes, agiles, bons marcheurs, danseurs infatigables. Voilà pour le sexe masculin. Quant aux femmes, elles appartiennent à l’ordre des éléphants ; en d’autres termes, elles sont massives et carrées. Ce sont elles qui moissonnent, qui fauchent, qui font les gros travaux. On sait qu'une partie d’entre elles, dans ce pays, portent les armes et forment la garde personnelle du roi. »
Un missionnaire écrivait en 1865 : « Le Nègre est au Dahomey un peu moins sauvage que sur les autres points des environs de la côte ; en présence du blanc, du missionnaire surtout, il est timide et doux comme un agneau; d’un amour peu stable, et le plus souvent feint, 1l oblige son maître à se tenir toujours sur le qui-vive. Je dis son maître, car ici ils sont tous esclaves les uns des autres. Tous les sauvages sont en général d’une grande taille et ont le corps bien fait jusqu’au cou; mais quand on passe à la figure, on dirait des monstres : de grosses lèvres, une large bouche, un nez très épaté, une chevelure très crépue, point de barbe (« une tête de boule-dogue », à écrit Jules Gérard, le tueur de lions, qui passa deux ou trois semaines à la cour du roi de Dahomey) ; ils se rasent la tête de toutes les manières. [ls sont tous marqués à la figure avec un instrument tranchant. Ici la femme est un être abominable, sans pudeur, sans honte, et méchante comme la vipère. On la voit, la pipe à la bouche, courir de danse en danse, et se livrer ainsi du matin au soir à toutes sortes d’orgies et de crimes. Il y a possibilité de ramener les hommes, mais on n’a presque rien à espérer des femmes. Le Noir, quand il s’agit de travailler, est d’une mollesse à ne pas pouvoir remuer les jambes. Le rotin est aussi nécessaire à ces gens qu’à nous la nourriture, »
Les Achantis, qui ont bien des traits communs avec les précédents, se distinguent de la plupart de leurs voisins en ce qu’ils considèrent la femme’ comme l’égale de l’homme. Lorsque le roi est mineur, sa mère
Fig. 225, — Ouoloff de Saint-Louis en costume de fête,
exerce le pouvoir en son nom ; à défaut d’héritier mâle elle est appelée à succéder.
Mais chez les Pahouins les femmes sont traitées en esclaves. Les filles, dès leur enfance, sont promises au plus offrant. À ces femmes sont réservés les travaux pénibles, tels que la culture des jardins, la cueillette et le transport à dos des bananes, etc. Plus elles sont capables de porter de lourdes charges, plus elles sont appréciées et recherchées. Les Pahouins n'ont pas d'esclaves : leurs femmes leur en tiennent lieu et sont cruellement maltraitées ; aussi le suicide n’est-il pas inconnu parmi elles. Ces malheureuses ne deviennent même pas libres à la mort de leur mari : les parents en héritent.
Dans la Guinée méridionale, à laquelle le Congo donne actuellement une importance justifiée par la situation de cette contrée, qui est la clef de l’Afrique équatoriale, les diverses races paraissent appartenir à la famille cafre. Elles sont sans exception de couleur noire. Les Mouchicongos, qui occupent le Congo proprement dit, les Mousserongos, les Cabindos, et les Loangos du littoral, ont les yeux bruns et ouverts, une bouche moyenne, avec des lèvres pas trop épaisses, un nez épaté, l'oreille un peu grande ; le front, très bombé chez l’enfant, devient fuyant chez l'adulte. Les cheveux coupés très courts sont laineux ; la barbe n’apparaît généralement qu'à un âge avancé; elle est noire d’abord, d’un jaune roussâtre plus tard, et enfin blanche.
Si l’on en croit le voyageur suédois Anderson, les Damaras sont une race d'hommes très belle ; une taille de deux mètres est commune parmi eux ; le corps et les membres sont bien proportionnés ; leur visage est régulier, expressif, leurs gestes sont gracieux. La couleur de leur peau n’est pas très foncée. Les femmes sont délicates, bien proportionnées, avec de petits pieds et de petites mains, mais avec l’âge elles deviennent fort laides ; du reste les deux sexes sont très malpropres. Ils s’enduisent d’ocre rouge et de graisse, ce qui répand autour d’eux une odeur nauséabonde.
Les Zoulous ont une véritable beauté de formes, des traits réguliers. Malgré leurs cheveux laineux, ils appartiennent à l’une des races les plus remarquables de l'Afrique.
Les habitants de l'Ougogo (les Vouagogos) sont supérieurs aux tribus échelonnées de cet État à la côte de l'Océan indien. « Il y a dans leur front, dit Stanley, quelque chose de léonin ; leur physionomie
est intelligente, leurs yeux sont grands et largement ouverts. Ils ont
le nez plat, les lèvres grosses, mais pas de cette façon monstrueuse que
nous supposons chez tous les Nègres. » C’est à peu près le portrait qu'avait fait d'eux le capitaine Burton.
— Femme Zoulou p‘trissant le pain.
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Cet explorateur a noté que dans l’est et dans le nord de l’Ougogo la race est vigoureuse, avec la nuance claire des Abyssiniens, mais la physionomie est sauvage, même chez les femmes, les lèvres sont épaisses et d’une expression brutale, les paupières rougies ; la voix est forte, impérieuse. La partie postérieure de la tête est petite relativement à la largeur de la face. Et comme il faut que partout l’homme s’enlaidisse, — quand ce n’est pas la femme, — les Vouagogos s’arrachent les deux incisives du milieu de la mâchoire inférieure. Quelques-uns se rasent la tête, d’autres se tressent une quantité de petites nattes comme les anciens Égyptiens, et les enduisent de terre ocreuse et micacée ; ce même enduit sert à embellir le corps ; une couche de beurre fondu par dessus ne gâte rien, paraît-il, aux yeux des plus difficiles en matière de goût.
Un peuple étrange entre tous ces Noirs, est celui des Vouasongoras aux longues jambes. Ils ont en aversion tout ce qui est étranger. Cette aversion n’évale que leur amour extravagant pour leurs bestiaux. € Si une vache meurt de maladie, dit Stanley, on fouille tout le pays pour découvrir celui qui a dû ensorceler la bête, et y trouve-t-on un étranger, sa vie est en péril... » Chez ces peuples, et aussi bien que chez les Vouarouanda, les Vouagafou, les Vouanyambou et en général les peuples vivant à l’ouest du Nyanza, un étranger mourrait faute d’une goutte de lait qu'on ne la lui donnerait pas. Jamais le roi Roumanika, si généreux et si bon qu'il se soit montré à l’égard de plusieurs voyageurs, n'offrit une cuillerée de lait à Stanley pendant le séjour que celui-ci fit auprès de lui.
À en croire les rapports faits à Stanley, il y aurait chez les Vouasongoras quelques tribus à jambes si longues « qu'ils ne peuvent les contempler sans un étonnement mêlé de craintes ».
Lorsqu’en 1872 Livingstone et Stanley, explorant le lac Tanganyika, entendirent parler d’un peuple de Nègres blancs qui habitait au nord de l’Ouzidjé, ils se refusèrent d’y croire. Quatre ans plus tard, Stanley reconnut la vérité de cette assertion en arrivant sur la frontière d’Ounyoro, au pied de l’énorme massif du Kabongo qu'aucun voyageur européen ne connaissait encore. Le géant de ces montagnes est le mont Gambaragara, volcan éteint dont la neige recouvre souvent lé sommet. C’est autour de ce sommet que plusieurs villages sont habités par une
race d'hommes au teint blanc semblable à celui des Européens. Les fonctions de sorciers auprès des rois d’Ounyoro leur sont dévolues. &« C’est une belle race, dit Stanley, et quelques-unes de leurs femmes sont réllement très jolies. Ils ont des cheveux crépus de couleur brunàtre. Leurs traits sont réguliers, leurs lèvres minces ; le nez, quoique bien conformé, est cependant un peu épais à la pointe. N’était le caractère négroïde des
cheveux on les prendrait pour des Européens ou pour des Syriens. »
Comme la plupart des peuples de l’Afrique équatoriale, ce peuple blanc à pour principale occupation l’élevage des bœufs, et le fond de son alimentation se compose de lait et de bananes. Ces blancs sont établis depuis des siècles autour du Gambaragara ; l’intensité du froid qui règne sur cette haute montagne est leur meilleure défense contre leurs
ennemis. En 1874 Mtésa, roi d’Ouganda, envoya contre eux Fig. 227. — Dschako, domestique de Cameron. une armée de cent mille hommes ; le chef qui les dirigeait occupa aisément les pentes du volcan ; mais il ne réussit pas à faire avancer ses troupes jusqu’au refuge des sorciers blancs ; le froid les força de renoncer à leur entreprise.
Les blancs dont nous parlons n’ont rien de commun avec les albinos. 11 y à de ces derniers parmi les Noirs africains, et il paraît qu’on ne peut rien voir de plus affreux qu’un albinos de race noire, avec son profil de Nègre, ses cheveux crépus et jaunâtres, et sa peau qui n’est ni absolument blanche, ni noire, n1 rosée.
Après cette surprise de blancs africains, il en est réservé une autre à
nos lecteurs : les jolies femmes noires. Il en existe. Dans un village de la Terre de la Lune, le capitaine Burton, admis dans un cercle de femmes jeunes et vieilles qui fumaient, en compta jusqu'à trois qui auraient été belles en tous pays : « Le type grec, dit-il, dans toute sa pureté, le regard souriant, des formes sculpturales, le buste de la Vénus coulé en bronze. Un jupon court de fibres de baobab était leur unique vêtement, et certes, elles ne perdaient rien à ignorer l’usage de la crinoline et du corsage. Ces ravissants animaux domestiques me souriaient avec grâce chaque fois que je leur présentais mes hommages ; et quelques feuilles de tabac que je me plaisais à leur offrir m’assuraient une place d'honneur dans ce cercle, auquel, comme à beaucoup d’autres mieux vêtus, la fumée du narcotique tenait lieu d’idées, de contenance et de conversation. »
Durant son passage chez les Manyémas, Livingstone à tracé à chaque page de son journal des notes comme celles-ci : « C’est une jolie fille »; « cette femme est vraiment jolie ».
Les voyageurs anglais à qui nous sommes redevables de tant de particularités curieuses concernant le pays dont nous traçons rapidement le tableau, ont été vivement frappés d’une bien singulière manière d’y concevoir la distinction et la beauté chez la femme. Ils l’ont trouvée assez répandue sur leur route, mais surtout dans le Karagoué.
Cette distinction et cette beauté résident dans un embonpoint extrême. Pour l’obtenir, on soumet les femmes à un engraissement méthodique au moyen de grandes quantités de lait. On s’y prend de bonne heure, et l'éducation de la jeune fille consiste principalement à s’habituer à absorber le plus de lait possible. Les femmes atteignent la puberté en même temps qu'un ample développement des formes ; bientôt, elles deviennent obèses ; en continuant leurs soins, elles doivent arriver au point de ne plus pouvoir se mouvoir qu'avec le secours des mains. Les bras sont énormes, et leur poids entraîne le corps. Speke réussit à obtenir les mesures d’une des princesses de la famille de Romanika, Il les a consignées dans sa relation, et les déclare d’une exactitude rigoureuse. Les voici : tour de bras, 58 centimètres ; buste, 1",32 ; cuisse, 68 cent. ; mollet, 51 cent. ; hauteur, 1”,72.
Dès l’âge adulte, les femmes Bongos, — nous dépassons la région
des lacs, — acquièrent, — naturellement celles-là, — une extrême ampleur de ceinture. Leurs formes rappellent celles de la fameuse Vénus hottentote. Il n’est pas rare d’en trouver parmi elles qui pèsent jusqu’à 300 livres. « La silhouette de ces graves personnes, marchant d’un pas solennel, dit Schweinfurth, évoque le souvenir d’un babouin qui danse. »
Nous avons parlé déjà des Manyémas : les Monbouttous, bien qu’à une centaine de lieues au nord de ces derniers, offrent de nombreux traits de ressemblance avec eux ; même physionomie, même nez plutôt assyrien qu'épaté, même cheveux longs. Ils sont beaux et bien faits, avec un visage régulier ; comme dernier trait ils sont anthropophages les uns et les autres. Ajoutons que les Monbouttous ont le teint très clair. On en rencontre parmi eux dont les cheveux sont blonds.
Les Niams-Niams, qui occupent la même région,ont tout à fait le type d’un peuple belliqueux : la lance d’une main, le bouclier de l’autre, un sabre recourbé à la ceinture, les reins entourés d’une peau de bête, la poitrine et le front ornés de trophées de bataille et de chasse, la chevelure d’une longueur exceptionnelle flottant sur l’épaule, les yeux étincelants sous d’épais sourcils. Dans le bassin de la rivière des Gazelles, hommes et femmes ont la coutume d’arracher les incisives de la mâchoire supérieure. Les Niams-Niams liment ces mêmes dents en pointes.
Les Chillouks, les Nouers et les Dinkas, qui figurent parmi les peuples les plus importants du haut Nil, vivent au milieu de marais, et leur silhouette rappelle celle des échassiers qui y cohabitent avec eux. Ils ont ce que Livingstone appelle le pied d’alouette, c’est-à-dire le talon démesurément allongé et la plante du pied très large. Avec cela, la jambe longue et sèche, le cou long. Ils se tiennent debout sur une jambe pendant de longs moments, — absolument comme les hérons. Ils sont très noirs et vont entièrement nus.
Les Baris, établis dans la même récion, sont d’une haute et belle stature. Ils ont le nez un peu large, à la vérité, mais non pas écrasé : leur bouche rappelle celle des sculptures égyptiennes. Le front est large et arrondi, l’œil expressif et franc.
Il nous reste à dire quelques mots des naïns africains.
Les Akkas forment une race noire, qui a été découverte par Schwein-
furth, dans le pays des Monbouttous ; leur taille ne dépasse pas un mètre et demi, mais ils n’ont rien de la difformité ordinaire des nains ; au contraire ils se montrent d’une agilité extraordinaire, turbulents et braves. Leur couleur n’est pas celle des Nègres ; ils sont plutôt bruns que noirs ; leur face est très prognate ; la tête est ronde, ils ont le nez enfoncé et les narines très larges. D’autres détails, tels que l’allongement des bras, l'écartement des jambes, la grosseur et le ballonnement du ventre, mais surtout la courbure de l’épine dorsale en forme de G, paraissent rapprocher les Akkas des singes anthropomorphes.
Au temps où Schweinfurth a visité le roi Mounza, ce despote africain entretenait des régiments de ces pygmées; 1l gardait aussi à sa cour quelques-uns de ces petits hommes pour sa distraction.
Les Akkas ne forment pas la seule population naine de l’Afrique. Leur taille est exactement celle des Obongos. Il y a encore d’autres races africaines très petites. Les Massarouas du désert de Kalahari, auxquels les Anglais ont donné le nom de :Bushmen (hommes
des buissons), et que l’on appelle aussi
Fig. 228, — Bushman (profil). Boschimans et Bosjemans, ont une taille
au-dessous d’un mètre et demi. Ils sont
d'un noir foncé, avec de petits yeux brillants et leurs cheveux celair-
semés sont rasés à la hauteur des oreilles, ne laissant sur la tête qu’un. rond assez semblable à une calotte.
Tout ce monde sauvage est peu ou point vêtu, à quelques exceptions près que nous indiquerons.
Dans la plupart des tribus du haut Nil, les hommes vont entièrement nus ; les femmes s’attachent à la ceinture une étroite lanière de peau, quelques minces pendeloques d’écorce ou de verroterie ; les hommes et les femmes sont d’une saleté repoussante ; les couches de beurre ou de
graisse dont ils s’enduisent le corps, la cendre et la fiente de vache dans lesquelles ils se roulent pour se garantir de la piqûre des insectes, leur donnent un aspect peu avenant et une odeur qui fait reculer. Cette nudité et ces précautions contre les moustiques se rencontrent chez nombre d’autres peuples africains.
Parfois, cette complète nudité est dissimulée soit par une peau de chèvre, soit, comme dans le pays des Madis, par une sorte de queue en crin végétal attachée aux reins, comme chez les femmes Latoukas, qui portent par devant un large pan de cuir tanné, soit par une bande d’étoffe passée dans la ceinture et dont les bouts retombent par devant et par derrière, comme chez les Bongos, dont les femmes se contentent pour tout costume d’une branche souple et garnie de ses feuilles ou d’un bouquet d'herbe attaché à la ceinture.
Dans certains endroits, où tout le monde va nu, les filles seules
adoptent une pièce de vêtement, ne serait-ce qu'un pagne tissu de Fig. 229. — Bushman (face).
fils d’écorce et large comme la
main. D’autres fois, lorsque ce monde noir fait choix d’un vêtement, d’un ornement quelconque, les jeunes filles, seules, n’ont pas le droit de suivre l’usage commun.
Certaines populations vivant dans une nudité presque complète prennent un soin extraordinaire de leur chevelure. Ils la dressent en coiffures qui ne manquent ni d'élégance ni d'originalité. Ces sortes de soins se rencontrent chez les Liras, qui se singularisent entre tous par de véritables perruques à marteau et à queue, laborieusement édifiées avec leur chevelure naturelle, à l’aide d’un mélange d'argile ou de terre de pipe ; ce qui a inspiré à sir Samuel Baker une boutade humoristique : « Je ne
pense pas, a-t-1l dit dans un de ses livres, que le lord chancelier d’Angleterre ou aucun des membres du barreau anglais, aient jamais pénétré dans l’intérieur de l’Afrique ; il est donc difficile d’expliquer l’origine et la coupe africaine de leurs perruques ; mais je puis assurer qu’un avocat passé au cirage et portant pour tout vêtement sa perruque officielle donnerait une idée parfaite d’un membre de la tribu des Liras. »
Chez les Latoukas la coiffure affecte la forme d’un casque chargé de plaques de cuivre poli, orné de rangs de verroterie ou de cauris (1) ; ce casque à l’avantage, ou si l’on veut, l'inconvénient d’être immuablement fixé sur la tête.
La coiffure des naturels de l’Obo, quoique différant de celle des Latoukas, est bizarre et demande un laps de plusieurs années pour être achevée!
Dans le pays des Manyémas, dont les habitants, nous l’avons dit, sont d’une très belle race, les coiffures des femmes frappèrent Cameron par leur étrangeté ; elles lui rappelaient un chapeau des anciennes modes porté par les dames anglaises, mais dont on aurait enlevé le fond, avec les cheveux pendant en longues boucles sur le cou. Les hommes enduisent d'argile leurs cheveux et les maintiennent aussi en forme de cornes, ou nattés de manière à avoir l'air de porter des casques.
Le costume des Cafres consiste pour les hommes en une ceinture faite de la peau de quelque animal sauvage ; pour les femmes, en un simple cordon de grains de verre passé autour des hanches.
Les Zoulous ne se surchargent pas de vêtements ; une écharpe tombant des hanches aux genoux suffit aux hommes comme aux femmes ; les jeunes filles seules s’enveloppent d’une longue chemise d’indienne. Les guerriers s’entourent la tête d’une peau de léopard, ou piquent dans leur coiffure quelques plumes d’autruche blanches ou noires.
Les Bushmen du désert de Kalahari se couvrent à peine de quelques peaux larges comme la main : il suffit aux femmes qu’elles aient des colliers de verroterie pour elles et leurs enfants.
Les Nècres de la Louêna, qui habitent un pays arrosé par le Zambèze (nous pourrions dire inondé), portent des peaux retenues sur les reins
(1) Sorte de coquilles servant aussi de monnaie.
par une ceinture et pendant jusqu'aux genoux ; chez les femmes cette sorte de jupe descend un peu plus bas par derrière et atteint le mollet. Les hommes mettent aussi un manteau à capuchon et les femmes un mantelet de fourrure. Les peaux sont parfois remplacées par des étoffes européennes et des couvertures que le commerce porte jusque-là. Les nobles de l'Ouganda se couvrent des peaux tachetées de noir du
Fig. 230. — Femmes Betjouanas du Kalahari,
chat-pard et portent une dague à la ceinture; les plébéiens ont des vêtements d’écorce bariolés et des manteaux de cuir de vache ou de peaux d’antilope. Les étoffes d’écorce sont d’une extrême finesse et rappellent nos lainages. Elles sont formées des filaments intérieurs des écorces de certaines essences d'arbres qu’on fait macérer. Les parties de costume faites de peaux d’antilopes jointes ensemble sont d’un travail de couture des plus habiles. Les officiers du roi ceignent leur tête d’un turban ou d’une couronne en tiges d’arbres tressées, décorées de défenses
de sanglier polies avec soin, de baguettes à talismans, de graines colorées, de verroteries ou de coquilles.
Le vêtement indispensable, dans la Guinée méridionale, est le pagne ; il y en à pour les riches en étoffes d'Europe, de couleur et de grandeur variées ; par-dessus les pagnes on porte des chemises, aussi longues que possible. Cette garde-robe s'enrichit parfois de vieux habits d’uniforme ou bourgeois, de bonnets de coton rouges ou blancs et de vieux chapeaux.
Dans l’Ounyoro, les hommes et les femmes sont vêtus ; les femmes portent un court jupon,.une chemise montante et une sorte de plaïd, le tout en un tissu fabriqué par elles avec l'écorce d’une variété de figuier que l’on multiplie en quantité à l’entour des maisons, pour cet usage. Les femmes de l’Ounyoro préparent aussi des peaux de chèvre qui rivaliseraient avec les plus belles peaux de chamois.
Par où brille la race noire, c’est dans la variété et la profusion des ornements. Il faut dire que ces ornements sont souvent tout ce qui indique une intention de toilette.
Nous avons parlé de certaines coiffures laborieusement édifiées et conservées indéfiniment. Les Zoulous, lorsqu'ils se marient, se font poser sur le sommet de la tête une sorte de gâteau fait d’une substance gommeuse et que l’on entretient avec soin.
Les Nègres de la Louêna piquent dans leurs cheveux une ou plusieurs petites houppes de soies d’éléphant : chacune d’elles rappelle la mort d’un de ces animaux tué par le chasseur qui s’en pare.
Faut-il ranger parmi les ornements du visage le pélelé et la botoque avec lesquels les riverains du lac Nyassa et de la Rofouma se défieurent à plaisir? Qu'on en juge. Le pélelé est un disque qui s’insère dans Ja lèvre supérieure, et la botoque un cône que l’on introduit dans la lèvre inférieure. La bouche d’une dame noire parée de ces deux ornements ressemble assez à un bec de canard. Une manière analogue de s’embellir consiste, pour les petites-maîtresses du pays des Madis, à charser la lèvre inférieure, préalablement percée, d’un appendice conique en bois, en os, en cuivre, ou simplement en roseau. Ernest Linant a vu une femme portant un ornement de ce genre de la longueur de trente centimètres, qui, à chaque mouvement de la tête, venait lui frapper les seins.
Le bonheur des femmes Bongos est de se distinguer par des ornements du même genre que le mariage leur donne le droit de porter. Elles se percent la lèvre inférieure et y font pénétrer des chevilles de plus en plus groses. De cette facon cette lèvre s’allonge démesurément, horriblement, et dépasse l’autre, qui est également trouée, mais ne reçoit qu’une
Fig, 231. — Coiffures des tribus voisines du Tanganyika.
chevillette de cuivre, un brin de paille, parfois un anneau, à moins qu’on ne préfère passer cet anneau dans la cloison du nez. Les oreilles de ces beautés sont ourlées d’anneaux et de croissants de métal; la conque -même est trouée, et Jusqu'à une demi-douzaine de petites boucles de fer sont suspendues au lobe.
Chez les Mittous, voisins des Bongos, les femmes introduisent des objets dans les deux lèvres, comme si elles se proposaient de donner à leur bouche la forme d’un large bec. Rien d’affreux comme cette rondelle
insérée dans la lèvre supérieure et ce cône de quartz ou de corne qui pend à la lèvre inférieure. La femme ainsi parée doit, lorsqu'elle veut boire, relever sa lèvre supérieure avec ses doigts et se verser le breuvage dans le gosier. Quel supplice. si ce n’était le comble de l'élégance!
Autre supplice : le carcan perpétuel! Dans le pays des Madis, les hommes portent des hauts colliers de fer, composés d’anneaux superposés, d'autant plus nombreux que leur possesseur a été plus heureux à la guerre ; certains guerriers comptent une douzaine de ces anneaux ; mais alors ils ne peuvent que difficilement remuer le cou.
De lourds colliers de fer, encerclant étroitement le cou et rivés par le marteau du forgeron, sont portés avec grâce par les femmes des Niams- Niams.
À propos des Niams-Niams, disons que la queue qu’ils portent, — et qui longtemps a fait le sujet de savantes dissertations, — n’est autre chose qu'un ornement un peu égaré. Cet appendice en cuir, assez curieusement ouvragé, retenu devant par la ceinture, passe entre les jambes et s’épanouit par derrière en éventail.
Dans plus d’une partie de l'Afrique, hommes et femmes se tatouent affreusement. Mais chez les Zoulous les tatouages qui s’étalent sur la poitrine des guerriers sont des distinctions enviées et parcimonieusement octroyées par les chefs.
En fait de colliers, tandis que les femmes d’une région ou d’une autre se chargent la poitrine de colliers de verroteries, de coquilles, de grains de corail, de perles de terre, et même de simples morceaux de quartz, les hommes suspendent à leur cou des chapelets formés de petits morceaux de bois travaillés, alternant avec des racines, des serres d’oiseaux de proie, des dents de chien, de crocodile et de chacal, de petites écailles de tortues, et d’une infinité d’objets analogues. Les officiers du roi d'Ouganda portent à leur cou, autour des bras et aux chevilles des pieds soit des ouvrages de bois, — sortes d’amulettes, — soit de petites cornes garnies d’une poudre magique. |
D'autres anneaux de pied sont en cuivre, en fer et quelquefois en argent. Dans la Guinée méridionale, on porte de ces anneaux en cuivre qui pèseut jusqu’à deux et trois kilogrammes.
Quant aux bracelets, il y en a d'énormes en ivoire, comme ceux que
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mettent au-dessus du coude les Diours et les Dinkas; il y a des anneaux de fer pour l’avant-bras, des tresses de ficelle, des bracelets en os, etc.
Parfois les pagnes coloriés des femmes se distinguent par un luxe de coquilles, de verroterie et d’ornements de fer disposés avec assez de goût.
On connaîtrait mal tout sauvage si on ne le voyait pas dans son attirail guerrier. En Afrique, il y a une assez grande variété d'armes, depuis la sagaie du Zoulou jusqu'aux canons, — sans munitions, — du roi de Dahomey.
Les Latoukas ont pour armes la jance, une massue, un coutelas et un vilain bracelet de fer hérissé de lames de couteau. Ce bracelet sert à se défendre alors qu’on a perdu ses autres armes, et aussi à déchirer son adversaire dans une lutte corps à corps. Les boucliers (d’une trop grande dimension), sont en peau de buffle où en peau de girafe, celle-ci plus estimée que l’autre pour cet usage, comme étant plus légère.
Dans l’Ounyamouési, les hommes sont armés soit d’arcs et de flèches, soit d'excellents fusils de munition, à pierre, provenant de l’armée anglaise des Indes et qu'on vend à Bagamoyo de 17 à 21 francs.
Les Baris ont des sabres et des poignards. Dans la région du haut Nil qu'ils habitent, les Noirs s’arment aussi de lances, au fer très allongé ou ovale ; ils ont des sagaies de différentes sortes : l’une, dont le fer en forme de spatule est emmanché au bout d’un bâton, se lance au loin ; l’autre, de forme bizarre, en fer mince et aplati, présente plusieurs lames divergentes et tranchantes de tous côtés ; celle-ci, garnie d’une courte poignée, se lance également à distance ; des haches emmanchées sur des espèces de fourches, dont la forme varie suivant les tribus ; des ares, des flèches aux dards acérés et trempés dans un poison subtil qui est le suc laiteux d'une euphorbe. Leurs flèches à pointes de fer sont seules empoisonnées, d’autres à pointes d’ébène servent à la chasse. Les boucliers sont de formes et de matériaux variés : en peau de girafe ou d’hippopotame, ou même en carapace de tortue et en peau de crocodile. Les masses d'armes sont en ébène et autres bois durs. Ajoutons, pour complèter cette énumération, les bâtons de chasseurs que les Nègres pasteurs lancent sur le menu gibier.
Les Makololos de la Cafrerie intérieure ont pour armes des lances très légères qu'ils jettent comme une javeline. Ils sont capables d’atteindre leur but à une distance de quarante et même de cinquante pas. La javeline lancée en l'air retombe ensuite de tout son poids sur l’ennemi contre qui elle est dirigée.
L’arme favorite des Zoulous est aussi la javeline, ou plutôt la sagaie. Ils portent toujours avec eux cinq ou six de ces dards, au maniement desquels ils sont exercés dès l’enfance. Bien qu’ils possèdent des fusils et qu'ils sachent s’en servir, ils abordent l’ennemi avec leurs sagaies : ils en ont de longues qu’ils lancent avec adresse, et de courtes dont ils tirent un grand parti dans la lutte corps à corps. Ils n’ont pas renoncé non plus au & knobiri » en bois de laurier, employé comme massue à la ouerre et à la chasse.
Les armes du guerrier de l'Ougogo (entre le lac Tanganyika et l’océan Indien) sont faites avec beaucoup d’art. Elles se composent d’un arc, de flèches barbelées, d’une couple de sagaies, d’une lance dont le fer ressemble à la lame d’un sabre, d’une hache d’armes et d’une petite massue. « Doit-on se battre, dit M. Stanley, le messager du chef court d’un village à l’autre, en soufflant le bruit de guerre dans sa corne de bœuf. — À cet appel le Mgogo jette sa houe sur son épaule, revient à la maison, et ressort l'instant d’après en costume de combat : des plumes d’autruche, d’aigle ou de vautour se balancent sur sa tête; un long manteau rouge flotte derrière lui. À son bras gauche est un bouclier de peau d’éléphant, de rhinocéros ou de buffle, orné de dessins blancs et noirs; il tient sa lance d’une main, de l’autre ses javelines. Son corps est peint de la couleur de guerre ; il a des clochettes aux genoux et aux chevilles ; aux poignets de nombreux anneaux d’ivoire qu’il entrechoque pour annoncer sa présence. Il a quitté à la fois la houe et l'allure du cultivateur ; c’est maintenant un guerrier plein de fierté et d’enthousiasme, bondissant comme un tigre et flairant le champ de bataille. »
Sur le littoral de la Guinée méridionale, l’armement se compose du fusil à pierre et de sabres importés d'Europe. L’arc et les flèches ne se retrouvent plus qu’assez avant dans l’intérieur, et de même les boucliers et les sagaies. Les Noirs ont encore un fort bâton quadrangulaire en bois très dur faisant oftice de casse-tête. Il y a aussi des espèces de
petits yatagans de formes très variées, produit de l’industrie du Mayumbo : les Nècres de cette partie de la Guinée ne fondent pas le fer, ils l’achètent dans les comptoirs des Européens établis sur le littoral et le transforment en instruments et en armes par le travail de la forge.
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