‹ Les contrées mystérieuses et les peuples inconnusChapitre 44 sur 56 · PRES · texte numérisé non relu

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Fig. 232, — Armes, outils, ustensiles, ornements.

Le major Serpa Pinto a trouvé les Loûenas du Zambèse en possession de quantité de fusils à percussion fabriqués en Angleterre et apportés par les commerçants du Sud. Les indigènes avaient aussi des mousquets à pierre de fabrication belge vendus par les Portugais de Benguela. Le même voyageur à vu aussi quelques carabines rayées. Ces armes européennes font un peu abandonner les armes du pays : les sagaies barbe-

lées, les massues et les petites hachettes. Comme armes défensives en harmonie avec ces dernières se trouve le grand bouclier ovale, fait en bois et recouvert de peaux de bœuf,

Les Dahomyens, s'ils n’ont pas de projectiles pour leurs canons, sont équipés de fusils, de flèches, de sagaies et de sabres. Ils se servent maladroitement du fusil : ils tirent sans épauler. En revanche, ils manient très bien leurs longues sagaies. N’oublions pas les amazones du roi de Dahomey, habiles à lancer les flèches et à manier le lacet : elles emploient le lacet pour faire des prisonniers.

Les armes des Damaras sont la sagaie, le « kierie », massue que les indigènes savent lancer au loin avec une dextérité surprenante contre

Fig. 233. — Petit fusil des Sarracolas (haut Sénégal).

les quadrupèdes et les oiseaux; enfin l’arc et les flèches, et quelques fusils dont ils ne savent pas encore se servir.

Les habitants du Manyéma sont armés de lourdes piques et de bouchers ; ils ne connaissent ni les arcs ni les flèches.

Sir Samuel Baker a porté sur les Noirs de l’Afrique deux jugements contradictoires, qu’il est utile de rapprocher.

Voici le premier : « Je voudrais que les négrophiles d'Angleterre pussent voir, comme moi, le cœur même de l’Afrique ; leur sympathie pour les Noirs en serait fort diminuée. La nature humaine, vue dans son état de crudité tel que nous le montrent les sauvages de l’Afrique, est au niveau de la brute et ne soutiendrait pas la comparaison avec le noble caractère du chien. On ne trouve chez eux ni gratitude, ni pitié, ni affection, ni désintéressement ; aucune idée du devoir, point de religion, mais seulement la cupidité, l’ingratitude, l’égoïsme et la cruauté. Ils

sont tous voleurs, paresseux, envieux et prêts à piller et à faire esclaves leurs voisins. »

Peu de jours après, le voyageur écrivait :

&« Le Nègre est’une curieuse anomalie. Chez lui, les côtés bons et les côtés mauvais de l'humanité percent spontanément, comme les fleurs et les épines sur les buissons de ses solitudes. Créature toute d’impulsion, rarement influencée par la réflexion, le Noir nous pétrifie par sa complète stupidité, et soudain nous confond par des marques inattendues de sympathie. Dans sa sauvage patrie, l’Africain est méchant, mais non pas autant que le seraient, — je crois, — les blancs dans des circonstances analogues. Il est dominé par les passions mauvaises qui sont inhérentes à la nature humaine ; mais chez lui, le vice n’est pas exagéré comme cela se voit chez les nations civilisées, ete. »

Le second jugement adoucit quelque peu la sévérité du premier ; malheureusement les appréciations rigoureuses de sir Samuel Baker fortifient l’impression peu favorable que fait naître la lecture des relations des explorateurs contemporains.

Stanley a décrit ses impressions à la vue d’un rassemblement de sauvages trépignant d’impatience de se ruer sur lui et son escorte. Des roulements de tambours les appelaient au combat. Ils brandissaient leurs lances, bandaïent leurs arcs en jetant sur le voyageur et les siens des regards furieux ; une animation cruelle était peinte sur leurs visages ; de leurs armes ils frappaient le sol ; la bouche écumante, grinçant des dents, fouettant l’air avec leurs lances, ils piétinaient de rage d’être obligés de différer d’en venir aux mains.

Un Italien, M. Bolognesi, raconte ce qu’il à vu dans des villages du haut Nil. Des ossements entassés sous un arbre témoignaient d’une exécrable coutume : à la suite de chaque engagement avec leurs ennemis, les vainqueurs s’emparaient des cadavres du parti vaincu et les promenaient dans les campagnes. Après plusieurs jours d’orgies, les triomphateurs attachaient à des arbres ces cadavres et les y laissaient jusqu’à ce qu'ils fussent réduits à l’état de squelettes. C’est alors qu’on apportait les ossements sous l’arbre des trophées de guerre. M. Bolognesi vit sous un de ces arbres une telle quantité d’ossements entassés qu'ils s’élevaient Jusqu'à la moitié de la hauteur du tronc. Que voilà d’aimables gens! Et

que dire de la générosité de ceux qui entreprennent d’assouplir de si ingrates natures ? |

S'agit-il des Nubiens? le vol est en aussi grand honneur chez eux que jadis à Sparte où dans l'Italie avant les Romains. Des Cafres ? Ils sont menteurs, paresseux, voleurs, — et voleurs pleins de ruse, — voraces jusqu'à la gloutonnerie. Ajoutez qu’il n’y à chez eux aucune pudeur naturelle.

Parle-t-on des Pahouins des deux Guinées? Ils sont voleurs, menteurs, querelleurs, avides, rusés, toujours en guerre entre eux. Des Ouadaïens, visités par le docteur Nachtigal? Ils sont, il est vrai, très courageux, mais aussi très orgueilleux, très entêtés, barbares, hostiles à tout ce qui vient du dehors, — hommes et choses. Ainsi des autres!

Cependant, pour être juste, il faut dire qu’il y a quelques exceptions agréables à constater. Ainsi, pour ne parler que d’eux, les Zoulous sont gas, hospitaliers, expansifs (au point d'accompagner leurs paroles d’une mimique très expressive ). Leur énergie et leur moralité leur assurent une supériorité sur tous leurs voisins. Ils ont la prétention fondée de fournir les plus braves guerriers de l’Afrique australe. Enfin ils savent observer la discipline.

Au nord du continent africain l’islamisme étend sa diffusion. Il domine dans certaines régions. Il y a des populations entières qui sont musulmanes : les Ouolofs du Sénégal, les Peuls et les Toucouleurs ; à lorient, les Somalis, cruels et fourbes, ont été récemment fanatisés par une confrérie religieuse musulmane, au point que l’accès de leur territoire n’est plus permis qu’à des forces supérieures.

En dehors de l’islamisme, certains peuples africains croient en un dieu; les autres, et c’est le plus grand nombre, n’ont pas la plus légère notion d’un être suprême. Ils sont adonnés à des pratiques superstitieuses ; ils attribuent volontiers un pouvoir occulte aux chefs qui les régissent aussi bien qu’à des êtres invisibles qui disposent suivant leur caprice du sort des hommes.

Les Pahouins admettent l’existence d’un dieu créateur du monde, qu'ils appellent « Agnama ». Ils ont aussi ane idée vague d’une vie future. Point de culte. Ils n’attendent de Dieu ni bien ni mal. Les malheurs

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qui leur arrivent, tels que la maladie, la mort, ils les attribuent aux maléfices, aux sortilèges de leurs ennemis. Chez eux le féticheur, #gan, est aussi le médecin. Il sait se faire payer, et c’est un proverbe dans le pays que nul médecin ne va à sa besogne sans un sac vide.

Les Nouers, de la région du haut Nil, ont un dieu qu'ils appellent Nav. Le prêtre qui est son représentant, ou plutôt sa représentation vivante, est une sorte de Grand Lama, comme au Thibet, pour lequel on professe une vénération voisine du culte. Il est immortel et exempt des servitudes inhérentes à la nature humaine. Donc jamais ses fervents n’entendent parler de sa mort et un des prêtres de son entourage est toujours là pour se substituer à lui et prolonger son existence. La supercherie se renouvelle indéfiniment.

Les Nègres de la Guinée méridionale reconnaissent un être supérieur, une puissance occulte : le « Zambi ». Mais ils sont surtout entichés de leurs génies bienfaisants où malfaisants, qui prennent à leur gré toutes sortes de formes : tantôt arbres, rochers ou cailloux et griffes de tigres, voire même bouchons de carafes. Il y a chez eux des fétiches portatifs ; il y en a d’autres ayant la forme d’une statue ; un coin des huttes est réservé à ces fétiches comme des dieux lares. Il y a enfin des fétiches d’importance, logés dans une case qui est un diminutif de temple et confiés à la garde de sortes de prêtres. Ces fétiches-là passent pour savoir découvrir les coupables, décider de la victoire et disposer même de la pluie; et cependant il ne leur est rendu aucun culte. Les fétiches africains affectent, du reste, toutes sortes de formes. Outre les statues grossièrement ébauchées, il y a encore des têtes d'animaux, des morceaux de fer, des boules de terre ornées de plumes. Chez les Achantis, nombre d'arbres sont fétiches, par exemple tous ceux de Coumassie, la capitale.

Dans d’autres parties du continent noir, on possède des figurines que les femmes serrent sur la poitrine. pour se préserver de la stérilité ; d’autres sont portées par les enfants pour les faire grandir; certains fétiches donnent de lembonpoint à ceux qui les gardent sur eux. On a des figurines blanchâtres, — représentant les hommes blancs, — implorées pour éviter de tomber entre les mains des trafiquants égyptiens ou portugais et se préserver de l’esclavage ; quelques figurines se suspendent au bras en signe de deuil. La corne du rhinocéros se place à l’en-

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trée des cases pour les garantir du € mauvais œil » ; les cornes d’antilope jouissent de la même autorité et du même prestige ; enfin, en guise de & porte-bonheur », en bien des lieux on attache à son bras des gris-gris en dents d’hippopotame, en ivoire et autres matières.

Dans les pays musulmans, les marabouts font un commerce fructueux de gris-gris ; ils vendent aussi des amulettes pour la préservation de tous les dangers : ce sont généralement des versets du Coran, logés dans une épaisse et volumineuse enveloppe de cuir.

Les indigènes de l’Afrique équatoriale n’ont aucune idée précise de la divinité. Mais, comme les autres, ils sont extrêmement superstitieux ; ils croient à des sorts défavorables qu’on peut leur jeter. Ainsi les Houmas du Karagoué refusaient de vendre du lait aux voyageurs anglais, sachant que ceux-ci faisaient usage de porc, de poisson, de volaille et d’une espèce de fève appelée « maharagoué », et craignant, par suite, pour leurs troupeaux, des influences fanestes.

Les populations, quand elles échappent à la tyrannie des chefs militaires, tombent sous celle de grands magiciens, qui exercent une réelle autorité dans certaines provinces.

Devins et sorcières s'imposent à la simplicité du commun de leur race. Les explorateurs ont trouvé à la cour de Kamrasi des sorcières, figurant dans toutes les cérémonies, la tête couronnée de racines entremêlées de lézards desséchés, de dents de crocodile, de griffes de lion, de petites carapaces de tortue. Les sorciers de tous les pays s’entourent du même bric-à-brac. Ces sorcières noires, — et laides, on peut le croire, — confectionnent des baguettes charmées.

Mtésa avait aussi les siennes, rusées commères affectant de parler avec des intonations aiguës. Elles ceignaient leurs reins de tabliers de peaux de chèvre très petits, bordés de clochettes, et étaient armées de petits boucliers et de lances décorées d’une houpe de filasse.

Les premiers explorateurs européens, avec les moyens dont ils disposent, fusils, revolvers, montres, boussoles, ont été pris par les indioènes pour d’habiles magiciens. Le roi Roumanica n’eut rien de plus pressé que de prier Speke d’user de sa puissance occulte pour tuer son frère Rogéro, qui était pour lui un compétiteur embarrassant.

Le même voyageur trouva le lac Victoria habité par un « mgussa »,

ou esprit, ayant pour interprète un sorcier respecté qui avait établi son domicile dans une île du lac. C’est là qu’étaient données des consultations, au milieu d’un appareil rappelant celui des sorcières de la cour; mais avec cette particularité que le sorcier et sa femme prenaient des airs cassés de vieillards, toussant, parlant en tremblotant, et se traînant avec peine.

Fig, 234. — Le Temple des serpents à Wydah,

La sorcellerie est le plus souvent inséparable de la médecine. Il en est ainsi chez les Cafres, qui ont une connaissance assez étendue de la propriété des plantes, — bien qu’ils administrent leurs médicaments à si forte dose qu’ils tuent souvent leurs malades avec ce qui aurait pu les guérir. Ils accompagnent leurs prescriptions médicales d'un sacrifice. C’est une chèvre, un mouton, un bœuf qu'il convient d’immoler aux mânes des ancêtres pour se les rendre favorables.

Les Nècres de la Côte d'Or sont aussi adonnés au fétichisme. Ils croient néanmoins à une autre vie. Leurs superstitions se ressentent du contact avec les populations musulmanes. Ils ont une croyance légendaire qui ne manque pas de grâce; c’est l’existence d’un enfant divin antérieure à la création du monde. Cet être surnaturel, dont l’enfance demeure éternelle, ne boit ni ne mange. Des démons désignés sous le nom de & woodsi » occupent aussi une place importante dans leur métaphysique. Ils se font de l’âme humaine, kra« ou la, une idée assez originale. Le ka existe avant le corps et peut être transmis d’un corps à l’autre ; il est en quelque sorte distinct de l’homme charnel, auquel il donne des avis et peut en recevoir des hommages et des offrandes. Cela ressemble à un démon familier ou à un ange gardien et protecteur ; mais le kla constitue une dualité mâle et femelle, une association des deux principes du mal et du bien.

Tout cela est inoffensif et préférable de beaucoup aux pratiques sanguinaires de cultes barbares, comme dans le Dahomey et chez les Achantis, où le prêtre est un bourreau, et le sang de nombreuses victimes, l’holocauste. Nous avons parlé de la cruauté exceptionnelle de ces peuples de la portion occidentale du continent africain. Nous n’y reviendrons pas, car c’est un sujet trop attristant. Qu'on nous permette toutefois de mentionner cette étrange particularité de temples consacrés par les indigènes aux serpents. Ces reptiles sont honorés par eux.

À Whydah (Dahomey) il existe un de ces temples, où les indigènes apportent avec un soin infini les serpents qu’ils rencontrent, au lieu de les détruire. On les compte par milliers dans ce sanctuaire hospitalier.

Le docteur Répin à vu cet asile vénéré des serpents fétiches , situé non loin du fort, dans un lieu un peu isolé, sous uu groupe d’arbres magnifiques. « Ce curieux édifice, dit-il, consiste simplement en une sorte de rotonde de dix à douze mètres de diamètre et de sept à huit de hauteur. Les murs en terre sèche, comme ceux des cases des habitants, sont percés de deux portes opposées, par lesquelles entrent et sortent librement les divinités du lieu. La voûte de l’édifice, formée de branches d'arbres entrelacées qui soutiennent un toit d’herbes sèches, est constamment tapissée d’une myriade de serpents. Tous appartiennent, comme

doit bien le supposer le lecteur, à des espèces inoffensives, car ils sont dépourvus des crochets canalicules dont la présence caractérise les serpents venimeux. Leur taille varie d’un à trois mètres. »

Devant cette absence presque complète d’idées religieuses tant soit peu avouables, les missionnaires chrétiens ont vu dans l’Afrique un immense champ de labeur. C’est peut-être de leur part une généreuse illusion. Dans tous les cas la tâche est ingrate.

Il y a des pays, — comme le pays des Matébélis dans l'Afrique australe, — où les missionnaires anglais établis depuis nombre d’années n’ont pas fait une seule conversion durable. Et voici pourquoi. Lorsqu’à la mort d’un chef converti, son successeur se montre rebelle à la religion nouvelle, tous les catéchisés de ses États disparaissent comme par enchantement ; c’est à qui se compromettra le moins : le christianisme ne fera jamais de martyrs parmi les peuples de la race noire.

A la tête des missions catholiques nommons la mission française fondée par les Jésuites à Bagamoyo, qui est un petit port situé sur l’océan Indien, en face de Zanzibar. Cet établissement ressemble à un village. Il y à là, dans seize corps de logis séparés, dix religieux, dix religieuses et deux cents élèves, garçons et filles. La mission de Bagamoyo à été d’un grand secours pour tous les explorateurs qui ont tenté de pénétrer dans l’Afrique par le Zanguebar.

Des missionnaires catholiques sont allés aussi s'établir dans l'Ouganda, en 1879. Le roi Mtésa leur fit un bon accueil ; il leur donna une propriété de l’étendue d’un hectare toute plantée de bananiers ; il leur fournit même des ouvriers pour y construire leur modeste résidence de roseaux.

Les Anglais étendent leurs anciennes missions de l'Afrique australe à toute l’Afrique équatoriale. Ces nouvelles missions protestantes, soutenues par de puissants capitaux, ont dans leur personnel des officiers de marine et des matelots, des médecins, des ingénieurs, des charpentiers, des forgerons, des agriculteurs, des tisserands et même un imprimeur. On voit que l’Angleterre songe tout à la fois au salut des âmes et aux satisfactions que peut procurer l’industrie et les arts des peuples civilisés. Les Noirs de l’Afrique doivent être surpris de tant de

sollicitude, — à moins qu'ils n’aient soupçonné des vues intéressées chez leurs bienfaiteurs, — ce qui est probable.

L'Église écossaise à créé près du lac Nyassa la mission de Livingstonia.

La Société britannique des missions des Universités a fondé en 1864, à Zanzibar, un établissement destiné à recueillir les enfants esclaves hbérés par les croiseurs anglais, et secourir aussi les esclaves adultes. Cette société compte étendre son action dans toute la Nigritie méridionale.

Sur la côte occidentale d'Afrique la propagande catholique a moins de succès que celle des missions protestantes des Anglais. Mais bien plus grande encore est l’influence du mahométisme, qui envahit le pays en refoulant le fétichisme, et transforme les villages et les campagnes par l’agriculture. « Le rejet de l’idolâtrie par le Coran est incessant, rapide, fatal. Partout l’islamisme souffle sur les Noirs la haine des chrétiens, il pénètre, protégé simplement par son prestige, dans les tribus les plus sauvages des golfes de Biaffra et de Guinée ; il fonde l’empire de Haoussas, il est dans le Bambara, suit le cours du Niger, et descend les montagnes de Kong jusque dans les criques les plus inaccessibles de la Côte d'Or. Trois ou quatre marabouts, avant-garde d’une tribu d’émigrants du Fouta, rencontrent-ils dans un beau site un village nèore aux huttes chancelantes, aux habitants nus ou couverts de peaux, ils s’y arrêtent, catéchisent les enfants et leur apprennent à déchiffrer avec une patience admirable les caractères arabes. Les fétiches peu à peu font place aux gris-gris renfermant les versets du livre saint. Arrive bientôt la tribu colonisatrice, escortée par quelques chefs à cheval, qui, le sabre à la main, forcent, s’ils s’y refusent, les Nègres à travailler, à défricher la terre et à l’ensemencer. Si le Noir veut résister il est tué; s’il échappe pour aller se cacher dans les forêts de la côte, on court à sa poursuite. Au bout de peu d'années, le sol, étouffé jusquelà par une végétation désordonnée, se couvre de cultures ; les ânes, les bœufs, les chèvres, les chevaux emplissent aux portes des villages les enceintes fortifiées où ils dorment à la belle étoile ; les Nègres portent désormais avec orgueil le « boubou » sénégambien, le fusil, le sabre, tout ce qui caractérise l’homme libre; les femmes ont répudié leur ancienne

nudité, et ne se montrent plus aux étraugers que le corps entouré d’un pagne bariolé aux couleurs éclatantes. Nos missionnaires européens ne peuvent lutter contre ce système des marabouts presque toujours et partout triomphant. Il leur faudrait user du sabre, donner sur terre le paradis de Mahomet et le promettre aux Nègres même encore après leur mort (1). »

Fig. 235. — Culte du Woudou à Wydah,

Qui se chargerait de réunir en un corps d'ouvrage les us et coutumes, ayant force de loi, chez les cent nations de l’Afrique ? Celui-là se livrerait à une entreprise laborieuse, — et vaine. On ne pourrait pas procéder par région, ni par groupes, — où les affinités seraient peut-être insaisissables ; — l’ethnographie ne fournirait point de fil conducteur et il serait 1llusoire de compter sur les douteuses analogies qu'offrent les lan-

() Edm. Plauchut.

gues, car souvent, sur des territoires contigus, il est parlé des idiomes qui n’ont entre eux aucune parenté : ce ne sont pas des dialectes divers d’une même langue, mais des langues essentiellement distinctes.

De même les mœurs, les usages et coutumes varient d’une peuplade à l’autre. Pour la morale de ces Noirs, ce qui est « le bien » en amont... de la cataracte d’un fleuve, devient « le mal » lorsque le cours d’eau à repris son écoulement paisible. On dirait même que dans la crainte de se confondre avec les tribus voisines, chaque tribu donne du relief, de l’exagération aux caractères qui lui sont particuliers, de telle sorte que les oppositions se trouvent, de jour en jour, plus nombreuses et plus marquées. Nous avons déjà vu quelque chose de semblable chez les Indiens des deux Amériques, et un peu ailleurs.

Nous nous bornerons donc à noter quelques particularités intéressantes, butinées çà et là dans les relations des voyageurs.

L’'Ouroua, qui forme à l’ouest de la région des lacs un vaste et puissant royaume, à été visité par Cameron, qui eut des difficultés avec le roi Kasongo. Ce roi possédait deux capitales, l’une accessible à tous, Pautre peuplée de trois mille femmes et interdite aux hommes ; les enfants mâles en étaient éloignés quelques jours après leur naissance.

Voilà certes une curieuse organisation politique ; celle du Dahomey l’est davantage encore. Qu’on en juge.

Le roi du Dahomey est doué d’un double nom, d’un double caractère, d’une double fonction. Une moitié de lui-même administre la ville ; l’autre moitié régente les campagnes. A la dualité dans la personne du monarque correspond la dualité dans l'État. Toutes les charges sont masculines et féminines : il y a un grand prêtre femelle et un grand prêtre mâle, un premier ministre femelle et un premier ministre mâle, un généralissime femelle et un généralissime mâle. Autour du roi se pressent des courtisans femelles et des courtisans mâles, ces derniers ne pouvant jamais entrer dans le gynécée, et les premiers ne pouvant jamais en sortir, sauf dans les grandes occasions. Les officiers des deux cours sont égaux en fonctions et en prérogatives, sauf pourtant qu’un certain offcier femelle porte le titre de Mère des hommes. Üe matronat nous parait l’une des plus singulières institutions que l’on connaisse.

Dans beaucoup de parties de l'Afrique, les filles sont censées appar-

tenir au roi du pays. C’est à lui qu’on demande une femme. Lorsque le hasard ne préside pas à la distribution, le sujet doit savoir gré à son souverain d’avoir tenu compte, dans le choix qu'il a daigné faire, des services rendus, du rang et des qualités personnelles du postulant.

Lorsqu'un Zoulou se marie, — ne l’avons-nous pas dit ? n’importe! il faut le répéter pour l'originalité de la chose, — on lui rase la tête et on lui en couvre le sommet d’une sorte de gâteau gommeux dont l’entretien n’est pas une mince affaire.

Chez les Zoulous, dans l’organisation des forces militaires, les hommes mariés forment des régiments distincts des régiments des célibataires, et reconnaissables à la couleur des boucliers. Chez eux encore les hommes se réservent le soin de traire les vaches. Il est expressément interdit aux femmes de s’en mêler, sous peine de mort, dit-on. Les jeunes garçons du pays sont soumis, à l’âge de quatorze ou quinze ans, à une initiation à la vie des guerriers, dans une cérémonie où les hommes du village leur administrent, tout en dansant, des coups de baguettes qui font jaillir le sang de leurs corps nus.

Si nous voulions énumérer les supplices de ces peuples barbares, ce serait à ne plus en finir : la décapitation, les longues tortures avant l’exécution, les joues traversées d’un couteau qui paralyse la langue, l’enterrement vivant, l’'empalement, les criminels livrés en pâture aux fourmis de l’Afrique australe, la dent des cannibales, la section des doigts ou du poignet, etc., etc.

Au Congo, il existe une sorte de jugement de Dieu. Dans les cas d’accusation grave entre deux individus et dans l'impossibilité de découvrir de quel côté sont les torts, les gardiens des fétiches administrent aux deux parties, aux deux adversaires, un poison, — la « casca», — qui doit tuer celui qui est coupable. Cette même facon de procéder se retrouve au pays des Achantis ; là c’est un fragment de l'écorce d’un arbre appelé « odum » que l’on fait mâcher à l’accusé en lui donnant une grande quantité d’eau à boire. — La casca est aussi administrée à haute dose à des criminels voués à une mort à peu près certaine, et il paraît que le spectacle d’une de ces exécutions est réellement horrible. Dans ce même pays 1l est certains accommodements avec la loi : celui qui est puni de

mort peut livrer en son lieu et place un de ses esclaves pour être exécuté. CONTRÉES MYSTÉRIEUSES . 84

C’est assez commode, et les adversaires de la peine de mort n’ont pas songé à cette substitution par voie de contrainte ou de persuasion.

Chez les Nouers, où l’on coupe le cou aux voleurs, l’assassin est à la merci des parents du mort; ils ont le droit d’exiger de lui autant de vaches qu’il a de doigts aux pieds et aux mains.

Ce qui semble commun à tous les Africains, c’est leur penchant à jaser, rire, se livrer avec frénésie à des danses entremêlées de mascarades grotesques. Naissances, mariages, funérailles sont l’occasion de chants et de danses.

Danses et chants s’exécutent aux sons d’une musique qui présente une assez grande variété d'instruments. C’est une suite de tambours dont les sons gradués produisent une échelle de tons se rapprochant assez de la gamme ; ce sont des clochettes en fer à timbres gradués aussi, des castagnettes également en fer. En fait d'instruments à vent, ils ont des espèces de musettes formées d’une calebasse dans laquelle le musicien souffle au moyen d’une corne d’antilope percée par le petit bout. Ces instruments sont de diverses grandeurs et produisent chacun une note différente. Ils ont aussi des flûtes et de vrais hautbois, en guise de pipeaux rustiques. Dans les instruments à cordes se trouve la lyre antique, formée d’une carapace de tortue couverte en peau de girafe, garnie de deux montants, avec les cordes. Pour d’autres, la carapace de tortue est remplacée par un morceau de bois creusé.

On devine que dans ces réunions bruyantes les libations ne sont pas épargnées. On s’y enivre de « pombé », boisson fermentée faite avec le grain du sorgho ou blé cafre, de « mérissa », ou d’autres sortes de bières ; de vin de palmier. Une ivresse artificielle s’y ajoute parfois : dans le Barozé, elle est puisée dans l’emploi du bangué, qui est une sorte de chanvre qu’on fame dans des pipes.

La guerre et le pillage, — une guerre sans miséricorde suivie de supplices pour les prisonniers, — remplit le reste de leur temps en dépit des soins que réclamerait l’agriculture. Ajoutons-y les exercices militaires pendant lesquels, courant les uns sur les autres, la lance au poing, la tête surmontée de cornes menaçantes, les guerriers font semblant d’en venir aux mains entre eux. Mais c’est forfanterie pure, comme on s’en

apercevrait vite s'ils étaient véritablement en présence d’un ennemi.

Il nous reste à dire un mot de quelques singularités concernant les funérailles. Chez les Bassoutos de la Cafrerie, on se débarrasse des morts le plus tôt possible. Après avoir creusé une fosse et lorsque le soleil est couché, on y apporte le cadavre, ficelé de manière qu’il demeure accroupi et qu'il tienne sa tête dans ses mains. Il est déposé dans la fosse,

Fig. 236. — Arrivée de la fiancée,

la tête au niveau du sol et la face tournée vers l'Orient. Et pour que le défunt ne revienne pas tourmenter les vivants, on jette dans la fosse quelques grains de mabélé et de maïs, quelques haricots et quelques pépins de courge, plus un paquet de chiendent. — Bon voyage!

C’est dans une attitude à peu près semblable, avec les genoux rapprochés du menton et maintenus par un lien que l’on iuhume les Bongos ; les hommes sont placés la face orientée vers le nord et les femmes du côté du sud. Pourquoi cette différence? Aux habiles de le dire,

Chez les Damaras, lorsqu'une femme meurt laissant un enfant qui aurait besoin de ses soins, il arrive souvent qu’on ensevelit vivante la pauvre créature aux côtés de sa mère.

Comme on le pense bien, c’est la hutte qui est l'habitation ordinaire des Noirs africains ; mais elle varie extrêmement de formes, ressemblant tantôt à une ruche, tantôt à un cube ; les matériaux sont divers. On em-

Fig. 237. — Huttes des Marawis.

ploie les tiges de dourra et d’autres herbacées, les roseaux, la terre ; presque partout les toits sont couverts de chaume.

Ces huttes légères qui forment un village, on plutôt un campement, sont souvent détruites par l'incendie, allumé accidentellement ou par suite de faits de guerre.

Dans les pays du Zambèse, le major Serpa Pinto a remarqué un genre d'habitation qu’il a mentionnée dans son livre : c’est une hutte ovale, donnant accès à une autre hutte demi-cylindrique. Les Louênas des

mêmes régions ont des bâtisses à cône tronqué élevées avec beaucoup de soin et de solidité.

Dans toutes les parties de l’Afrique que Schweinfurth a visitées, il n’a pas rencontré une seule tribu dont l’architecture n’offrît une disposition qui ne lui fût particulière, tant à l’intérieur qu’à l'extérieur. « Les cases des Diours, dit ce voyageur, ne ressemblent pas à celles des Chillouks, qui ont la forme des champignons, ni aux demeures des Dinkas, habitations massives que distinguent les appentis des porches. Elles ne peuvent pas non plus être confondues avec les huttes des Bongos, leurs toits n’ayant jamais les curieux appendices qui caractérisent ces dernières. Ce sont en général des constructions fort simples, sans ornements d'aucune sorte, mais présentant néanmoins dans leur structure, le soin et la symétrie que tous les Nègres paraissent apporter dans l’érection de leurs demeures. Un clayonnage, fait en bois où en bambou, et recouvert d'argile, constitue la muraille. La toiture est simplement une pyramide en chaume. » Ajoutons qu'il n’est pas rare que les cases des Dinkas, — rondes, fort grandes et solides, — aient jusqu’à une quarantaine de pieds de diamètre. La muraille, assez basse, est formée d’un mélange d'argile et de paille hachée ; le revêtement de la toiture conique est fait au moyen de couches de paille superposées qui donnent à la construction l’aspect d’une haute meule de blé. Ce toit a pour support un arbre planté au milieu de la case et auquel on a laissé ses branches. Cette construction peut durer de huit à dix ans.

Dans la Guinée méridionale l'habitation indigène est la « chimbèque », hutte dont les parois sont faites de loangos (sorte de jonc) reliés ensemble par des liens de palmier rotang et des lattes de branches de palmier bambou. Le toit est en herbes sèches ou en folioles de palmier raphia. Ces huttes ont de sept à huit pieds de façade, sur cinq ou six de profondeur. On emploie dans le Dahomey, pour édifier les cases, la terre glaise un peu ramollie dans l’eau et qui cuit sur place à l’ardeur du soleil : faire des briques donnerait trop de peine. Ces murs résistent tant qu’un toit les protège contre les infiltrations des eaux pluviales. Une enceinte renferme un certain nombre de ces petites maisons carrées appartenant au chef de famille. Elles n’ont d’autre ouverture que la porte, et sont couvertes d'herbes sèches. Le toit avance assez

pour former, au moyen

de piliers de bois, une galerie extérieure.

Abomey, la capitale du royaume, se présente ainsi à la vue des voya-

ur

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