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À mesure que l’on approche de l'équateur en remontant le Nil, la végétation se développe de plus en plus. Jusqu'à Gondokoro, la navigation sur le fleuve ne laisse apercevoir que des marécages sans fin, s'étendant à perte de vue, habités par les hippopotames et infestés de moustiques. Le fleuve, dont les eaux sont grises, charrie des herbes, des roseaux, des troncs d'arbres, sur lesquels sont perchées des cigognes et des grues. Mais, après avoir dépassé Gondokoro, l'aspect du pays se modifie sensiblement. Bientôt on trouve des campagnes magnifiques,
où les plaines gazonnées alternent avec les bois, et rappellent, en les écrasant de leur supériorité, les créations des jardiniers paysagistes. Le pays de Médi offre dans son entier l'image d’un véritable parc naturel. Le vert des prairies y est piqué de bouquets de tamarins gigantesques au feuillage sombre.
Fig- 253. — Crocodile la nuit.
L’Ounyoro se présente ensuite avec ses vastes plaines, basses et marécageuses, rendues impénétrables par d’interminables forêts de menus arbres, de broussailles et de hautes herbes. Quelques rares collines, d’une forme conique, ne suffisent pas à rompre la monotonie des sites. Les bananes, les patates douces, le césame et le millet forment la maigre culture des terres.
Les habitants, à l’unisson avec le pays, se couvrent d’une façon sordide de peaux de bêtes, et se réunissent dans de misérables villages, aux huttes étroites et malsaines. En fait de bétail, ils ne possèdent guère que des chèvres, rarement des vaches. Mais, dans ces latitudes, les extrêmes se touchent. Au cœur même de l’Ounyoro, à Rondogani, sur les bords du Nil, les plus riantes perspectives s’offrent à la vue.
Le fleuve coule largement entre deux rives verdoyantes, distantes l’une de l’autre de 600 à 700 mètres. Du milieu de son lit, s'élèvent des îlots habités par les pêcheurs, ou des récifs sur lesquels s’abattent hirondelles de mer, floricans et pintades, et où les crocodiles se chauffent au soleil, tandis que les hippopotames bruissent à travers les roseaux.
Au delà des berges, errent de nombreux troupeaux d’antilopes. Le Soga, qui est une province de l’Ounyoro, semble appartenir aux bêtes sauvages. Les éléphants s’y promènent par bandes. Les jardins de bananiers y sont remplis d'hippopotames et les jungles d’antilopes. Les lions s’y montrent fréquemment et sont d’une très grande férocité. Il y a des régions d’une fertilité exceptionnelle, aux environs des chutes de Ripon, situées non loin du point où une branche du Nil sort du lac Victoria.
Le Nil présente un phénomène curieux. Depuis le confluent de la Saubat jusqu'au lac Nau, le fleuve, qui a de 1,800 à 3,000 mètres de large, est littéralement couvert par la végétation. Un arbuste, que les Arabes appellent ambatch et dont le bois est plus léger que le liège, émet ses racines dans l’eau; le vent les arrache de la rive et les jette dans le courant. Quand un obstacle les arrête, elles s’entassent ; des papyrus et d’autres plantes se mélent à l’ambatch, et bientôt le Nil coule sous un parquet de verdure. — Nous avons vu quelque chose de semblable dans Les grands lacs.
Le Nil Blanc, qui est un des affluents Les plus considérables du grand fleuve africain, est par lui-même si puissant, si large, qu’à 1,000 milles de la mer il ressemble à un lac. Tout ce qu’on y voit y en est rapport avec ses proportions gigantesques. L’hippopotame dresse sa tête à la surface des eaux et se roule dans les courants qui aboutissent au fleuve. D’énormes crocodiles se montrent, la gueule béante, sur le rivage ; des
Fig. 254, — Chef Bambarra en costume de guerre, (Haut Sénégal.)
troupeaux d’éléphants jouent dans les pâturages ; entre les hauts palmiers marchent fièrement la girafe ; des serpents, gros comme des troncs d'arbres, reposent dans les marais, et des monticules de fourmis, de dix pieds de hauteur, s'élèvent an milieu des jones. Dans les vastes et épaisses broussailles obstruant les rives, les lions affamés rugissent, et les Noirs apparaissent au loin brandissant leurs lances.
A l’endroit où le Nil Blanc se joint avec le Bahr-el-Gazal (Fleuve des Gazelles), affluent occidental du Nil, leurs eaux réunies forment ce lac Nau, que nous venons de nommer, sans l’avoir compté toutefois parmi les lacs africains : c’est à proprement parler un débordement permanent des deux fleuves. Cette nappe d’eau a une lieue de circonférence; elle
entoure une île couverte d’une végétation toute tropicale. La ligne blanchâtre du fleuve Blanc se dessine distinctement dans cette eau
calme, d’une limpidité si parfaite qu’on peut voir les poissons nager parmi les plantes aquatiques qui tapissent le fond du lac. Ce vaste miroir reflétant le bleu du ciel n’est troublé à sa surface que par les ébats des hippopotames.
Passons au versant de l'Atlantique.
Le NSénégal est le fleuve le plus important de notre établissement colonial sur la côte occidentale d'Afrique. Ce fleuve s’avance vers la mer après avoir traversé de rares collines et un pays plat.
A la saison des pluies, qui commence vers le 1°' juin, le fleuve inonde la partie basse du pays. Quand les eaux se retirent, elles laissent de larges espaces inondés qui ne peuvent sécher que par l’évaporation. A ce moment pullulent les moustiques. Pendant la saison sèche le fleuve coule entre des berges qui deviennent de plus en plus élevées à mesure qu'on le remonte : c’est à cette époque que les hirondelles d'Europe viennent chercher un refuge au Sénégal; elles creusent les berges du fleuve pour y établir leurs nids. Le Sénégal, comme la plupart des fleuves de la côte d'Afrique, se jette à la mer par une embouchure qui est obstruée par une barre de sables mobiles, et rendue impraticable durant les basses eaux.
Le Niger ou Dhioli-Ba, est le second fleuve de l'Afrique. Dans un parcours navigable de plus de 3,000 kilomètres, il reçoit près des trois quarts des innombrables affluents alimentés par les pluies périodiques qui se produisent à époques fixes dans le Soudan, comme dans toutes les régions de la zone équatoriale ; le restant de ces eaux se réunit à l’est dans une mer intérieure, sans issue connue : le lac Tchad. Malheureusement la région inférieure des bouches de ce puissant cours d’eau est d’une insalubrité proverbiale : de nombreux marécages tour à tour submergés par les eaux douces et les eaux de la mer y produisent des émanations pestilentielles.
À l’embouchure de ces fleuves africains du versant de l’Atlantique se produisent, avec plus où moins d’intensité, des raz de marée d’une durée de plusieurs jours. La houle se jette sur la côte en vagues rapides de pius en plus hautes et qui, blanches d’écume et grondant comme un tonnerre lointain, courent les unes sur les autres et tourbillonnent en bouillonnant sous un ciel de plomb, au milieu de la brume des em-