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bruns. Ces vagues finissent par former une sorte de muraille liquide qui s'effondre avec un énorme fracas, produisant sur le rivage une commotion qui se fait sentir au loin.
Un cours d’eau qui a aussi une importance considérable, moins par son volume que par le rôle qu'il est appelé à jouer, comme voie de communication, c’est l’'Ogôoué, qui est presque à la ligne de partage des deux Guinées. On connaît les expéditions successives du marquis de Compiègne accompagné de M. Marche, l'expédition allemande du docteur Lenz et surtout celle de MM. Savorgnan de Brazza et Alfred Marche. M. de Brazza a mené à si bonne fin sa première expédition qu’il a obtenu l’appui du gouvernement français pour en entreprendre une seconde beaucoup plus importante. Nous allons en parler.
Le Congo ou Zaire est le fleuve-roi de la côte occidentale d'Afrique, — bien qu'il n'arrive qu’en troisième ligne parmi les fleuves de ce continent. Son embouchure est immense : elle a plus de 11,000 mètres.
Cameron compare cette embouchure à celle de l’Amazone et du Yang- Tse-Kiang pour la majesté, la rapidité du courant et le volume.
Le Congo est le seul fleuve de la côte occidentale d'Afrique qui n’ait point de barre à son entrée. Il débouche dans l'Océan avec une telle impétuosité qu'à dix lieues au large la mer est encore colorée par ses eaux, dont le volume est si considérable qu’elles adoucissent les eaux de l'Atlantique.
Le Loualaba, ce cours d’eau du centre de l'Afrique qu’on n’a pas encore pu suivre jusqu’à son embouchure, n’est autre chose, selon toute apparence, que le Congo ou Zaïre sous un troisième nom. Coupant la large ceinture de montagnes situées entre le grand plateau central et le littoral, il descend par une trentaine de chutes et de rapides furieux jusqu'au grand fleuve qui se trouve entre les cataractes de Yellala et la mer. Le Loualaba est semé d’îles et malheureusement aussi de cataractes infranchissables qui obligèrent maintes fois Stanley et ses compagnons à descendre sur la rive et à trainer leurs embarcations sur le sol.
Le grand Loualaba varie dans sa largeur entre quatre et seize kilomètres. Il a été mesuré par Cameron au dernier point reconnu par Living-
stone en 1571 (Nyangoué). Ce fleuve avait dans cet endroit 932 mètres, CONTRÉES MYSTÉRIEUSES, 89
d’un courant très rapide. Le lieutenant Cameron a calculé qu’à l’étiage, le débit du Loualaba était de 126,000 pieds cubes par seconde, c’est-àdire que ce cours d’eau avait un débit égal à plus d’une fois et démie celui du Gange en temps de crue et à trois fois celui du Nil à Gondokoro.
Lorsqu'on pénètre dans le Congo par son embouchure, les rives apparaissent bordées d'îles couvertes de palétuviers aux racines énormes enchevêtrées de lianes, au travers desquelles serpentent un grand nombre de petits bras. Au milieu de ce delta s’ouvre la voie navigable; à trente mille de l'embouchure le fleuve change d'aspect. A partir de là se succèdent de vastes îles couvertes d'herbes hautes et serrées, pâturage ordinaire des hippopotames et qui ne montrent que de rares bouquets d'arbres. Ces îles, formées de terrains d’alluvion, se détachent parfois au moment des hautes eaux par morceaux de 1,000 mètres et plus qui descendent le cours du fleuve et s’en vont, flottant avec les végétaux et les animaux qu’elles nourrissent, se désagréger en pleine mer.
Enfin on aperçoit derrière de véritables murailles de végétation, quelques hauteurs, les premières ; au loin les sommets dénudés des montaones apparaissent lésèrement teintés de bleu. Puis, sur la rive droite, la montagne se rapproche, nue, plaquée d’énormes blocs étincelants de mica. l'estuaire du Congo prend fin et le paysage change encore d'aspect; les iles deviennent montueuses. Bientôt tous les bras du fleuve se réunissent en un seul, large de 1,800 mètres et qui coule entre de hautes montagnes descendant sur les rives par des plans très inclinés. Le fleuve, dit M. Charles de Rouvre, « gronde comme un gigantesque torrent au milieu de passes étroites bordées d’une opulente végétation ; les immenses murailles qui le resserrent s’entr'ouvrent par places pour laisser apercevoir de riants vallons. Le paysage est d’un aspect à la fois pittoresque et grandiose. » Tel est le Congo jusqu'aux cataractes ou plutôt jusqu'aux rapides de Yellala.
On sait ce qui a été tenté sur l’initiative de M. de Brazza pour faire prévaloir l'influence française dans les vallées de l’Alima et de la Niari, ainsi que pour assurer le libre parcours des voies de l’Ogôoué et de l’Alima. Notre chambre des députés a voté en 1882 un crédit de 1,275,000 francs pour subventionner la mission de M. de Brazza et lui permettre d'établir huit stations principales reliées par douze postes, et devant former les
étapes d’une double route vers le grand fleuve africain, — du Gabon, par l’Ogôoué et l’Alima, et de la mer par le Quillion et la vallée de la Niari, — ces deux routes aboutissant au point où le Congo cesse d’être navigable lorsqu'on remonte son cours.
De son côté, Stanley, repris soudain du désir de retourner en Afrique, et soutenu par l'Association internationale africaine, a déployé une
Fig. 255, — Sur les rives du Congo,
activité capable d'exercer une grande influence sur la contrée que traverse le Congo. Et bientôt plusieurs baleinières à vapeur ont pu faire sur ce fleuve un service quasi régulier entre Isanghila et Manyanga. Les petits steamers remontant le fleuve africain à partir du Stanley-Pool, qui est la partie où il devient navigable, pouvaient sans obstacle sérieux pénétrer jusqu’au cœur du continent noir. L'Association internationale a fondé plusieurs stations au delà du Stanley-Pool. Pour tenir tête, au besoin, aux indigènes, le célèbre explorateur américain a cru prudent de faire venir de Zanzibar deux ou trois cents hommes bien armés ; les
cadres de cette petite troupe ont été formés des survivants des expéditions précédentes et de quelques compagnons de Livingstone, de Spple et de Grant.
Il se fait un grand commerce sur cette partie du littoral africain et un certain nombre de factoreries françaises échelonnées sur la rive gauche y représentent des intérêts sérieux.
Sur le versant de l’océan Indien, le Zambèse présente l’apparence d’un magnifique cours d’eau, de plus de 1,600 mètres de largeur ; mais il est si peu profond, que pendant plusieurs mois de l’année, la navigation n’est permise qu'à des canots d’un faible tirant d’eau. À son embouchure, la côte, couverte de palétuviers, a un aspect lugubre ; une barre formidable, sur laquelle vient se briser un violent ressac, ne permet pas de considérer le Zambèse comme une grande voie commerciale.
En remontant le fleuve et pendant les cent premiers milles qu’il parcourt, le pays a un aspect des plus monotones. Sur l’une et l’autre rives s'étend une plaine couverte d’herbes gigantesques, sans une colline, presque sans arbres. Le sol ne commence à s’accidenter qu'au mont Morumbala ; alors la végétation prend quelque force ; les arbres se multiplient ; les deux rives se bordent de collines. A la plaine nue et monotone a succédé un terrain couvert d’une végétation luxuriante. Le sable blanc des rives fait place à un terrain volcanique; de gros blocs de basalte forment les bords du fleuve. Dans cette région le fleuve commence à être pointillé d’ilots couverts d’une magnifique verdure.
La cataracte de Gogna, en aval des rapides de la Sitoumba, interrompt la navigation du Zambèse. Il faut alors transporter par terre les canots jusqu’à un endroit nommé le Mamoungo. Il y a encore d’autres cataractes et d’autres rapides, jusqu’à la grande chute de Mosi-oa-Tounia (la Fumée qui monte), nommée par Livingstone cascade de Victoria ; « une auge, une crevasse gigantesque, » selon l’expression du major Pinto. C’est un abîme profond par lequel le Zambèse se précipite : sur une largeur de plus de 1,800 mètres.
D’après la relation du major Serpa Pinto, le Panne se jette dans la crevasse qu’il rencontre par trois cataractes grandioses : le courant est divisé en trois bras par deux grandes îles. La chute perpendiculaire est de 80 mètres. L'une de ces îles est couverte de la végétation la plus riche.
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