INTRODUCTION
Si les forces économiques étaient livrées à ellesmêmes, sans frein ri règle, l’état d'antagonisme vers lequel elles tendent spontanément dégénérerait rapidement en une lutte qui ne serait pas seulement dangereuse pour la paix et la sécurité sociales, mais qui serait en outre stérile pour les combattants euxmêmes. En effet, la prospérité matérielle, le développement de la richesse seraient singulièrement entravés, de telle sorte que les uns ne retireraient de leur travail que les salaires suflisants pour des consommations restreintes au minimum, et les autres ne retireraient des capitaux et des instruments de production, dont ils disposeraient d’une manière oppressive, que des bénéfices limités par la restriction même de la consommation et de l’ac-
tivité économique générales.
C'est pourquoi, après avoir donné aux divers facteurs humains de la production de la richesse de puissants moyens de défense ou de conquête respectives, par la liberté des coalitions et des grèves, par la création des organismes syndicaux, il était indispensable que l'autorité supérieure de l'Etat, planant au-dessus des conflits individuels, intervint pour poser des limites, pour réglementer la mise en œuvre des revendications, pour canaliser enfin, dans des formes légales et régulières, le déchaîinement des immenses forces qu'on venait de libérer.
De ces principes découlent les lois qui assurent la liberté du travail, réglemententles heures de travail, la police des ateliers, l’assurance des accidents, le repos hebdomadaire, etc.
Ainsi, diverses aspirations du monde salarié ont trouvé leur satisfaction par l’autorilé mêmede la loi ; et, du même coup, ce sont autant de sources de conflits qui ont été ou qui seront progressivement taries. Le législateurinterviendra encore sur de nombreuses questions qui sollicitent son attention ; maisil ne faut pas se dissimuler que son action trouvera rapidement ses limites, soit dans la complexité croissante de l’industrialisme moderne, soit dans la nécessité fondamentale de laisser à l'initiave et à la liberté individuelles la part la plus large possible et la plus compatible avec les mesures de protection et de justice sociales, dont il a la responsabilité,
Aura-t-il cependant épuisé son rôle et ne lui restera-t-il rien à faire en dehors d'une réglementation directe, dont l'abus peut si facilement opprimer ceux qu'onsonge à protéger ? Non, certes.