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S.et B. Webb, Industrial democracy, p

siers, tailleurs de pierre, forgerons et manœuvres (1). Depuis que ce contrat est intervenu en novembre 1892, sur toute la surface de l'Angleterre les ouvriers du bâtiment signent des marchés collectifs, qui prennent le caractère d’un règlement général, obligeant même les tiers, les administrations publiques, les municipalités. Sur le modèle du contrat des masters-builders a été rédigé le contrat entre l'union des ouvriers plâtriers de Manchester et l’association des entrepreneurs de Manchester, en juin 1895. Des traités analogues ont encore été conclus en 1894 entre les patrons et les ouvriers du bâtiment, à Belfast et à Oxford.

Les unions de l’industrie du textile en Angleterre ont aussi admirablement compris la nécessité des conventions collectives de travail, notamment dans le Lancashire où les groupements ouvriers et patronaux sont parfaitement organisés. Dans leurs rapports avec les patrons, les unions d'ouvriers du coton du Lancashire ont obtenu des succès extraordinaires, surtout en ce qui concerne les tarifs de main-d'œuvre qu’elles sont parvenues à régulariser et à améliorer.

Il convient de citer enfin les fameux comités de salaires dans les mines anglaises (2). Aucun texte législatif précis n'existe, les concernant ; et, malgré cela, leur institution s’est constituée, a grandi d’une facon extraordinaire par la seule initiative des inté-

1. On trouvera le texte de ce contrat dans la Labour Gazelle, novembre 1894, pages 336 et 337. M. P. des Rousiers en a donné une traduction,

Le trade-unionisme en Angleterre, p. 57.

2. Mémoires du Musée social, 1905, numéro d'avril, Les comilés de salaires

dans les mines anglaises, par Raynaud.

ressés. Leur développement a eu comme conséquence d'établir et de maintenir dans l’industrie des mines la réglementation du travail par des conventions collectives. De l’aveu même des industriels, l’absence de grèves depuis dix ans est un des bienfaits les plus certains de l’extension qu’a prise la convention collective de travail dans les mines anglaises. On peut affirmer, sans crainte de se tromper, que la paix sociale en Angleterre est due en grande partie aux conventions collectives de travail.

Les États-Unis d'Amérique connaissent, eux aussi, la convention collective de travail (1). Dans ce pays privilégié au point de vue du développement économique et industriel, le droit d'association est né avec la constitution fédérale. Aussi nous ne trouvons pas de période de combats et de luttes à l'origine de l’histoire syndicale américaine.

La plus ancienne trace d'organisation ouvrière aux États-Unis remonte à 1798. On a conservé deux registres d’une Fraternité des charpentiers, créée en 1798 et qui se réunissait à Arcadia en Nouvelle- Écosse. Elle comptait une centaine de membres. Le mouvement s’accentue dès le début du xix° siècle, Les charpentiers de navires font enregistrer leur union en 1803, les charpentiers de bâtiments et les tailleurs de New-York en 1806. Une union de clou-

1. Cf. Isidore Finance. Les syndicats ouvriers aux États-Unis (Rapport des délégués ouvriers à l'exposition de Chicago) ; — American Federation of Labor, Reports of the proceedings of the 24 th and 25 th annual convention; — J. Strong, Social progress, pp. 288 et suiv. ; — Ashley, The adjustment of wages, pp. 95 et suiv.; — Mitchell, Organized Labor ; — Report of the United States Industrial Commission, t. XVILet XIX. — Levasseur, L’ouvrier américain, t, 1, PA207.

tiers date de 1820. Enfin les unions locales d’imprimeurs typographes se fondent à Philadelphie et à Baltimore en 1831. Toutes ces unions vivent avec leurs patrons et entrepreneurs sous le régime des conventions collectives.

En 1837, une crise fit disparaître la plupart des organisations ouvrières. Mais dès que la situation industrielle redevint plus prospère, le mouvement reprit avec une nouvelle vigueur’et en 1848 les unions étaient plus nombreuses qu’elles ne l'avaient jamais été.

La guerre civile (1861-1865), en surexcitant l’activité et en disciplinant les hommes, fut loin de nuire au développement syndical aux Etats-Unis. La nécessité d’étudier en commun les questions qui intéressent l’ensemble des travailleurs conduisit les unions professionnelles à chercher des moyens d’entente entre elles. Au printemps de 1866, un grand congrès national ouvrier fut organisé. Il se tint le 20 août, à Baltimore.

Enfin, pendant l'hiver de 1869, fut fondée à Philadelphie la célèbre association des Chevaliers du Travail : et, en novembre 1881r,la Fédération Américaine du Travail qui a remplacé aujourd’hui la précédente et qui commande à plus de deux millions de syndiqués (1).

Ce qui facilite beaucoup les ententes collectives aux États-Unis c’est le sentiment du patron américain que les relations du capital et du travail sont

1. Cf. le dernier rapport annuel de la Fédération, par S. Gompers, son président. En 1904, le nombre des membres de la Fédération était

de 1.850.000.

une affaire où chacun s’efforce d’obtenir les meilleures conditions possibles. De même que lui, patron, crée des syndicats et des trusts, il comprend que l'ouvrier s'organise en syndicats et en fédérations de syndicats, De part et d'autre, il n’y a aucune haine de classes, aucune idée de révolution ou de renversement des bases de la société; chacun défend son intérêt propre, et cette préoccupation n'empêche en aucune façon des sentiments de cordialité mutulle (#):

Il y a aux États-Unis une association patronale, « The National Civic Federation », fondée à Chicago en décembre 1900, qui élit chaque année un comité de douze membres, chargé de faire la propagande pour les arrangements collectifs et pour les instilutions arbitrales et de conciliation. De 1901 à 1904, ce groupement a eu à examiner plus de 300 cas de conventions collectives. Il a abouti à un succès complet, sauf pour 18 cas. À un grand congrès, tenu par la National Civic Federation à New-York, le 5 mai 1904, on a compté que plus de 2.500.000 ouvriers étaient représentés. Ces chiffres sont plus éloquents que les meilleurs arguments (2).

Les conventions collectives aux États-Unis englobent toutes les conditions d'organisation du travail qu'eiles réglementent ordinairement pour un an, avec renouvellements successifs. Les principales de ces

MAC Mémoires du Musée social, janvier 1902. La situation économique et sociale aux Eluls-Unis, par J. Siegfried.

2. Ces renseignements nous ont été fournis à Chicago par le secrétaire de l'association qui publie chaque année un rapport des plus détaillés et des plus instructifs,

conventions, en vigucur, à l'heure actuelle, méritent d’être signalées (1).

Dans l'industrie métallurgique, l'Amalgamated association of iron and steel workers et V'United States steel corporation ont passé leur premier contrat en 1865 ; il s’est maintenu depuis avec quatre interruptions seulement par suite de grèves ou lockout.

Depuis 1899, il existe des conventions collectives entre les éditeurs de journaux et l’/nternational typographical union (2). Depuis 1900, les Railroad brotherhoods se sont engagées par des contrats, calqués tous sur le même modèle, avec les compagnies de chemins de fer. Dans l’industrie du bâtiment, il y a plusieurs centaines de conventions locales ; les poseurs de briques et les maçons ont commencé cette pratique à New-York en 1884.

Dans l’industrie du chauffage, la Vational founders association, composée des six cents plus vastes entreprises de ce genre aux Etats-Unis, a maintenu pendant quinze ans sa convention collective avec la National iron moutder's union (3). Et cependant cette convention coit être renouvelée chaque année et la profession qu’elle réglemente a eu à traverser des crises de hausse et de baisse de salaires.

Tout aussi remarquable est l’ensemble des conventions intervenues en 1895 entre les /ongshoremen, marine and transport workers et les associations de

1. On en trouvera le texte dans le Bulletin du bureau de travail américain à Washington et dans l'American federationist, journal de la fédération américaine du travail.

2, L'historique détaillé de ces conventions collectives se trouve dans le numéro de novembre 1905 du Bulletin of the bureau of labor, de Washington. * 3, Cf, Bulletin of the bureau of labor, janvier 1906, pp. 124-196,

transport des grands lacs, du golfe du Mexique et du Pacifique.

La discipline du gouvernement des longshoremen est telle que les employeurs qui contractent avec eux savent exactement sur quels services ils peuvent compter de leur part. Sans l'influence régulatrice de ces groupements, l'industrie du transport sur les grands lacs aurait subi un véritable désastre depuis 1900 à la suite d’une crise aiguë de la maind'œuvre (1).

Mais l’exemple le plus typique des conventions collectives aux Etats-Unis nous est fourni par le système des «joint agreements », qui, depuis près de dix ans, règle la situation des ouvriers vis-à-vis des grandes compagnies minières des quatre Etats de Pensylvanie, Ohio, Indiana et Illinois. Il y a là 125.000 mineurs dont la vie est assurée sans grèves ni conflits depuis 1898 (2). En 1898, à la suite d’une grève monstre, se fondait l’'United Mine workers, la plus importante des unions de mineurs. Chaque année, une assemblée a lieu, où les délégués des mineurs rencontrent les délégués des patrons (2). Ces délégués élisent un comité mixte de trente-deux membres, soit huit pour chaque Etat, dont quatre mineurs et quatre patrons.

Le comité rédige un rapport général sur l’année écoulée et fixe les bases d’une convention collective valable pour l’année suivante, d’après les résultats de l’année écoulée. Ce rapport et cette convention

1. Cf, la déposition d'Harry Coulb;, manager des flottes lacustres des États-Unis dans le Report of the U. S. Industrial Commission, t. XVII.

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