Associalions professionnelles, 1. IV, p
5. Statistique des grèves, année 1894, p. 165 : « Chaque ouvrier doit être muni d'un livret sur lequel seront inscrits les marchandises qu'il aura reçues et le prix de son salaire », Statistique des grèves, année 1893, p. 188 : « Que chaque ouvrier reçoive un bulletin de paye portant les sommes gagnées, »
bre de critiques (1). On a voulu voir là notamment l’organisation d’un salaire collectif, c'est-à-dire de quelque chose d’absolument opposé à la loi naturelle, d’après laquelle le salaire s’établit dans chaque cas particulier par le libre jeu de l'offre et de la demande.
Pour étayer cette théorie, on a comparé le travail à une marchandise et le salaire au prix de cette marchandise. Mais cette comparaison est tout à fait erronée. Il suffit de considérer en effet que le vendeur d’une marchandise s'inquiète peu de l’usage que l'on en fera, tandis qu'un ouvrier s'intéresse principalement à l'emploi et au mode d'emploi de sa marchandise-travail. Peu importe au vendeur de pierres que celles-ci servent à la construction d'une maison ou d'un pont, tandis qu'il importe au premier chef au maçon de savoir si on l'emploie dans des constructions souterraines, ou en plein air, ou à linléricur de fabriques. La marchandise est une chose, le travail est une puissance qui est inséparable de la personne de son possesseur.
On ne peut donc pas comparer le marché du travail à un marché économique quelconque. Celui-ci estextrêmement sensible et soumis à des fluctuations journalières ; le marché du travail, au contraire, est plus stable et l'équilibre tend à s'établir entre l'offre et la demande. Il est donc possible de donner aux salaires une certaine fixité pour une période déterminée. Or, c’est là précisément le but des conventions collectives de travail qui, en réglementant les salaires, s'efforcent de suivre les courbes du marché du
1. Cf, T.S. Crée. Evils of collective bargaining. Gerlaines de ces critiques ont été reprises par M, Caïlleux dans un article de la Revue de l'Ecole des seicnces politiques (11,04).
travail,en adoucissant leurs contours et en prévenant les changements subits pour assurer les rapports quotidiens des employeurs et des employés. En limitant les fluctuations du marché du travail par un tarif de salaires et par une série de dispositions concernant les salaires, les conventions collectives reconnaissent ces fluctuations, el par conséquent les effets de la loi de l'offre et àäe la demande.
Il est également faux de prétendre que les conventions collectives exagèrent le taux des salaires au profit des ouvriers. Elles établissent au contraire le taux normal des salaires par une évolution graduelle et conciliatrice entre un minimum et un maximum (1): le minimum c'est le salaire suffisant pour l'entretien de l’ouvrier et de sa famille; le maximum, c'est le salaire égal au prix que le produit du travail représente pour le patron. Remarquons d’ailleurs que la hausse des salaires n’est pas toujours due aux demandes des ouvriers, car elle est parfois une conséquence de la politique maladroite des patrons, qui pour résister à un syndicat ouvrier par exemple, font de la surenchère auprès des non-syndiqués, ou qui uniquement pour concurrencer leurs collègues, payent des salaires plus élevés que le voisin. La hausse des salaires n’est pas alors une conséquence de la convention collective. C’est au contraire une conséquence de la violation de la convention collective.
On a reproché aussi à la convention collective de supprimer, par lPunificalion des salaires, l'émulation
1. Cette théorie à été brillamment développée par B. et S. Webb. Les Trade-unions anglaises sont en effet arrivées par leurs conventions collecti-
ves à établir, dans leurs diverses industries, un salaire moyen par échelle
mobile qui fait coïncider Le taux des salaires avec le cours du marché.
des ouvriers entre eux (1). On a prétendu que puisque la convention collective assignait à chacun des contraclants un salaire déterminé, chaque individu n’avait plus aucun intérêt à perfectionner son travail. La convention collective serait alors comme une sorte de préparation au communisme par la suppression de tout intérêt individuel.
Au premier abord, cette objection paraît fondée. Mais :l faut considérer que la réglementation du salaire n'est pas l'unique objet des conventions collectives. Il faut observer surtout que parmi les conventions collectives existantes, il en est un grand nombre qui sont basées sur le salaire à la tâche, c’est-à-dire sur une rémunération individuelle du travail. Chaque ouvrier peut ainsi parvenir à une situation plus élevée que celle de son voisin. Les tarifs des imprimeurs dans les divers pays sont presque uniquement basés sur le salaire à la tâche (2).
Mais, même avec le salaire au temps, il y a dans les conventions collectives un certain jeu pour la différenciation des salaires. Il existe en effet dans l'échelle des salaires établie par la convention un salaire minimum prévu comme garantie pour les ouvriers et un salaire maximum prévu comme garantie pour les patrons.
Entre ces deux limites, le salaire varie d'après le genre de travail accompli, avec des salaires spéciaux pour lesouvriers qui fournissent un travail supérieur au travail normal. Il y a aussi des distinctions à faire
1. Cf. Schmoller, Volkswirischaftslehre, & W, p. 312. La réponse à l'argumentation de Schmoller se trouve dans Bernstein, Æinige Reformversuche im Lohnsystem (Brauns Archiv., 1902, p. 309).