mars, 1«« avril, 15 avril, 1M mai
3. Cf. Discours de combat, nouvelle série, pp. 20-23. Cf. Science et Religion. Son horreur de la «philosophie » lui faisait dire que Dieu ne se démontre pas, qu'il est objet de croyance, non de « science ». Ne parlons pas, non plus, de son explication du symbolisme.
4. A M. E. Trogan, qui avait exprimé la même idée, Brunetière écrivait : « Je vous sais gré, tout particulièrement pour les lecteurs de bonne foi, d'avoir insisté sur ce qu'il plaît aux autres d'appeler ma conversion, et. qui en est bien une, si l'on veut, mais qui est autre chose aussi... » M. Trogan disait : éclosion. [Correspondant, 25 décembre 1906.)
le plus intéressant est de savoir comment se fit la chose.
M. Victor Giraud a eu grandement raison1 d'appliquer à l'écrivain et au penseur ce qu'il avait dit lui-même du xixe siècle : « On l'a pu croire agité d'autres soins et, en effet, il l'a été. Mais, si la question religieuse n'a pas toujours été la première et la plus évidente de ses préoccupations, elle en a été certainement la plus constante, et disons, si on le veut, par instants, la plus sourde, mais en revanche la plus angoissante. » Dès le collège, en effet, ou, sans remonter si loin, lorsque, répétiteur dans une « boîte à bachot2 », il commençait, en donnant toutes sortes de leçons sur les lettres, l'histoire, la philosophie, les sciences, et en particulier les mathématiques, d'acquérir une érudition universelle, son âme inquiète, j'allais dire son âme d'Alceste pessimiste, était tentée par le même problème qui tourmentait l'âme de Pascal : le problème religieux, qui « n'a pas cessé d'être celui qu'il faut que tout être qui pense, aborde, discute et résolve une fois au
1. Opuscule déjà cité (Bloud et G1"), pp. 2'i-25. Je l'ai pris comme guide dans les lignes qui suivent, et j'ai plaisir à le remercier des pages qu'il a écrites sur ce sujet. Cf. aussi Ferdinand Brunetière, par George Fonsegriye (même librairie).
2. L'Institution Lclarge, que M. Paul Bourget, pour y avoir travaillé trente-trois mois avec F. Brunetière, appelle « l'humble
asilede nos jeunes ambitions ». (Le Temps, du 11 décembre 1900.)
LES CONVERTIS D'HIER 3q
moins dans sa vie * ». Ecrivain, dans les articles très divers et très informés qu'il donne à partir de 1873 2, qu'il s'agisse de littérature, de langue, d'art, d'histoire ou de philosophie, son esprit sérieux est hanté par l'idée religieuse : on la sent qui perce, même là où on l'attendrait le moins, et sous quelque forme (pie ce soit, presque dans tous ses travaux. 11 lui arrive, en passant, d'asséner un coup de boutoir à l'Eglise et au dogme chrétien, au nom de cette science et de cette critique à (jLii,plus tard, il dira leur fait. Mais il n'y a nulle part de persiflage, à la manière d'un Renan ou d'un Anatole France : un Alceste ne saurait être un dilettante ! Sa curiosité, inlassable et insatiable, s'attaque, de préférence, aux livres religieux, catholiques ou protestants : il lit non seulement Bossuet, Bourdaloue, Pascal, Port-Royal, Fénelon, Massillon, Calvin,
1. Brunetikkk, Eludes critiques 3* série : De quelques travaux récents sur Pascal, p. 30. L'article était écrit en septembre 1885. En 1900, il répétait, avec plus de précision : « Croyonsnous ou ne croyons-nous pas que Dieu se soit incarné dans la personne de Celui qui s'est dit le Fils de Dieu?... C'est ici qu'une fois au moins dans notre vie tous, tantque nous sommes, nous derons répondre... » Discours de combat, nouvelle série, p. 42. Et en 1905, dans la Préface à l'ouvrage de M. l'abbé L. Picard sur la Transcendance de Jésus-C/irist, il disait : « La question religieuse est au fond ou, pour ainsi dire, à la base de toutes les autres, et il n'y a qu'une question religieuse, qui précisément est celle de la « transcendance du christianisme »(pp. xiv-xv).
2. D'abord à la Bévue politique et littéraire puis à la Bévue des Deur-Mondes.
Vinet, mais les meilleurs ouvrages des théologiens de nos jours : Perrone, Franzelin... ; il étudie — est-il, parmi nous, beaucoup de laïques, et même de prêtres, qui en aient fait autant ? — les Sommes de saint Thomas d' Aquin. L'histoire religieuse le passionne : surtout les travaux sur les origines du christianisme, ceux d'Havet, de Renan, de Burnouf... Il avouait à M. Giraud que Y Introduction à Vhistoire du bouddhisme, d'Eugène Burnouf, avait retardé d'une quinzaine d'années son accession au catholicisme1. En philosophie, il fut longtemps sous l'influence d'Auguste Comte, de Darwin, d'Herbert Spencer, même de Schopenhauer. Il goûta beaucoup, jusqu'à la fin, au moins Comte et Darwin ; et, comme « on revient toujours à ses premières amours » — c'est la chanson populaire qui le dit, et elle a raison, — vous savez comment, une fois converti, il prétendit utiliser en religion le positivisme de l'un, malgré les agrégés de philosophie, et en littérature la théorie sur l'évolution, de l'autre. Mais, avant sa conversion, il cherchait, dans le même courant d'idées, si le positivisme ne pourrait pas fonder une morale qui tiendrait la place des religions disparues ; vous savez encore que le philosophe devenu catholique, mais ayant gardé, en bon positiviste, en