‹ Les convertis d'hierChapitre 18 sur 25 · Ferdinand Brunetière, p · texte numérisé non relu

Ferdinand Brunetière, p

bon disciple du savant consciencieux que fut Claude Bernard, l'amour du fait, montra, par les faits, que, si la question sociale est une question morale, il est impossible de séparer la morale de la religion, et que la question morale est donc une question religieuse. Mais alors, avant la visite au Vatican, c'est-à-dire pendant plus de vingt années de production littéraire, de 1873 à 1894, il tâtait le terrain; il se documentait par des lectures innombrables, par une étude comparée des religions, et surtout des religions chrétiennes, grecque, protestante, catholique ; il interrogeait la terre et le ciel. Déjà, cependant, cherchant à établir ia morale, et la morale sociale, il avait vu que la science et la philosophie ne pourraient la constituer, et que seul le catholicisme l'avait réalisée1. Au penseur, qui était sincère et qui aimait la vérité, le ciel répondit, par une lumière qui se fit, de jour en jour, grandissante. L'occasion fut un voyage en Italie (1894). « Simple voyage d'agrément et de curiosité, quoi qu'on en ait pu dire » — ainsi s'exprime une note inédite qui nous résume son entretien avec Léon XIII et qu'il faudra bien publier quelque jour2, — mais voyage qui se termina

1. Il revenait encore sur cette idée, en 1905, dans la Préface au livre de l'abbé L. Picard ^pp. xi-xiv;.

2. Elle a été publiée par M. V. Giraud dans la Revue des Deux- Mondes, n° du 1er avril 1908.

4a LES CONVERTIS d'hIER

par une visite au Vatican. L'impression produite par la vue et la parole de « ce grand vieillard » fut profonde : ce fut la « chiquenaude » initiale qui détermina l'ébranlement moral décisif, lequel avait été déjà préparé sans doute, comme il arrive toujours en pareil cas, par les mille menus faits de la vie intérieure et subconsciente. On sait le reste1. »

Le reste, ce fut d'abord l'article qui suivit la visite, coup droit porté à une science infatuée d'elle-même et incapable de tenir d'exorbitantes promesses : « Les temps ne sont pas très éloignés de nous où l'incrédulité savante passait communément pour marque, ou pour preuve, de supériorité d'intelligence et de force d'esprit2... » Le ton était une éloquence contenue, mais aussi, par moments, une ironie grave et cinglante. Dans un banquet célèbre, Marcellin Berthelot protesta au nom de la science ; et, sans banquet, quelques théologiens, pour d'autres motifs que M. Berthelot.

Lé reste, pendant cette polémique très bruyante et à la suite, ce fut la conquête, par

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