décembre 1906, pp
lieu d'arguments. Je n'aurai garde de revenir sur ces accusations méritées. Je veux seulement appuyer sur deux points où l'écrivain anticlérical a mis plus de venin, ce semble, que dans ses autres affirmations. Je les note dans sa Préface et dans sa Conclusion, où il parle de tout, où il mêle tout1, comme pour tout obscurcir, même les questions les plus simples et les plus claires; et c'est en cela que consiste, à mon avis, sa plus grande habileté.
Au début de son étude, il se pose cette question, où l'on sent de prime abord l'attitude qu'il a prise et dont il ne se départira pas, et où l'on devine une sourde colère contre l'Église : « Quelle fureur pousse donc l'Eglise et la démocratie, ou du moins le parti démocratique, à se combattre sans cesse ? » La question est déjà mal posée en ces termes : à dessein, sans doute, pour aigrir le débat. Car je ne sache pas que l'Église ait jamais manifesté aucune fureur, je ne dis pas contre la démocratie, mais contre le parti démocratique : elle se défend seulement, avec douleur, contre les attaques injustifiées qu'on lui fait. Mais j'accepte la question ainsi formulée. L'auteur ajoute que,
1 . Le Syllabus, le Loysisme, l'enfer, le conflit de la religion et ;le la science, la séparation de l'Église et de l'Etat, la tradition, I - Etats-Unis, et cent autres affaires.
pour la comprendre et y répondre, il faut interroger les grands convertis actuels. Or, de l'enquête instituée, il ressort, dit-il, que le conflit entre le catholicisme et la démocratie est à la fois doctrinal et historique, c'est-à-dire fondé sur une doctrine et sur les faits.
1° Doctrinal. M. Sageret nous chante l'air connu : il fallait s'y attendre. Le parti démocratique, c'est la libre-pensée, et la libre-pensée, entendez-le bien, c'est la Raison et c'est la Science. La religion, l'Église catholique, au contraire, c'est la foi, c'est le dogme imposé aveuglément à l'intelligence, à la raison, « Le libre-penseur a l'avantage par la raison et par la science dont il dispose tout entières » (!) 1 , tandis que le croyant se prive en partie de leur aide pour obéir aux dogmes qu'il s'agirait précisément de défendre2. » Il y a longtemps qu'on oppose ainsi la religion à la science et à la raison : et je sais presque gré à M. Sageret d'avoir été assez généreux pour nous accorder que, nous autres catholiques, nous pouvons, en partie, nous servir de notre raison. Leur siège est fait, à lui et à ses confrères de la librepensée. Il ne servirait peut-être à rien de leur
1. Le point d'exclamation est pour lu langue autant que pour l'idée.