‹ Les convertis d'hierChapitre 23 sur 25 · Pensées, art · texte numérisé non relu

Pensées, art

et, se rappelant les dernières productions de nos convertis, jugeront que leurs nouveaux écrits ont une allure tout autre, à la fois plus touchante et plus large, que les anciens.

Si F. Goppée a produit moins de vers dans ses dernières années, n'en accusons, hélas ! que les glaces de l'âge, et les douleurs lancinantes delà maladie. Mais La Bonne Souffrance est un livre plus émouvant que tous ses aînés.

Quelle décadence a-t-on pu signaler dans le talent de F. Brunetière, depuis la « Visite au Vatican » ? Avec une érudition toujours aussi ample et aussi nourrie, n'avait-il pas la même vigueur de raisonnement, une logique aussi éloquente, une pensée tout aussi incisive et tout aussi ferme, et plus de chaleur de conviction? Son intelligence, au lieu de s'affaiblir, s'était élargie, et son cœur avait puisé dans la foi une ardeur nouvelle qui se communiquait à ses auditeurs et à ses lecteurs dans ses discours et dans ses livres.

Le catholicisme n'a fait qu'affiner, en P. Bourget, le psychologue. Sans doute, l'auteur, depuis son retour à Dieu, a résolu moins de cruelles énigmes et raconté peu de crimes (V amour. Mais, dites-moi, qui songe à s'en plaindre ? Ses romans sociaux, comme L'Étape, Un Divorce, V Émigré, sont de nature à nous en consoler abondamment. Si ces livres étaient

sans portée, s'y attaquerait-on de toutes parts avec l'acharnement qu'on y met?

Quant à J. K. Huysmans, s'il avait gardé quelques défauts, presque tous ses défauts d'autrefois, comme ses qualités éclataient, plus vigoureuses et plus chaudes, dans ses derniers ouvrages! La Cathédrale, Sainte Lydwine, VOblat, et surtout Les Foules de Lourdes, contiennent des pages substantielles, savoureuses, éloquentes, toutes vibrantes de vérité, toutes ruisselantes de vie.

Nous autres, catholiques, nous pouvons en avoir quelque fierté : notre foi, loin de nuire à l'art, le purifie et l'exalte; elle lui ouvre de nouveaux horizons ; elle lui donne un son plein et fort, une ampleur et une éloquence prestigieuses qu'il ne se connaissait pas, un coloris frais et vif à faire sécher de dépit toutes les Loges de l'univers.

Il est temps peut-être de conclure.

L'Eglise a raison d'être joyeuse, autant que fière, de ces recrues qui viennent grossir son armée. En se levant ainsi continuellement, dans tous les siècles, pour se ranger sous son drapeau, elles sont une preuve péremptoire de sa vitalité divine, et aussi de cette plasticité

merveilleuse qui la fait, malgré l'immutabilité de ses dogmes et de sa morale, s'adapter à tous les temps, à toutes les races, à tous les climats, à toutes les civilisations, à toutes les intelligences et aux tempéraments les plus divers. Elle s'en va par le monde, prêchant à toute créature, selon la recommandation de son divin Fondateur, une doctrine qui paraît dure — durits est hic sermo j — parce qu'elle dépasse notre raison et s'oppose à nos passions impérieuses. Cependant elle est écoutée; et les plus belles intelligences, pourvu qu'elles ne soient pas rongées par le cancer de l'orgueil, se mêlent, au pied de ses chaires, à la foule croyante des petits et des ouvriers, et obéissent à ses commandements. C'est que le Christ est toujours jeune, vivant et conquérant: Il était hier, Il est aujourd'hui, Il sera demain ; et l'Eglise catholique, l'œuvre du Christ, que ses ennemis proclament toujours mourante, participe à son immuable jeunesse et à son action. Elle se venge même très noblement de ses adversaires, en priant pour eux, puis en faisant chez eux de magnifiques conquêtes.

Ces recrues de choix sont une réponse topique à l'affirmation erronée, mais assez répandue, d'après laquelle « le croyant croit et ne pense guère ». « Car, dit-on, même intelligent,

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