Cf. le sermon de Fénelon pour le jour de l'Epiphanie
l'Église catholique, en qui circule la vie de Dieu, répare incessamment ses ruines ; et, plus puissante que la nature, elle peut ouvrir les tombeaux pour ressusciter des morts. Ces résurrections s'appellent des conversions. Les enfants égarés, qui reviennent « du diable à Dieu1 », selon l'énergique expression d'Adolphe Retté, sont plus ou moins nombreux, suivant les époques. Il semble toutefois que, par une compensation providentielle, ces retours soient plus pressés ou plus éclatants dans les jours où l'Eglise est plus persécutée : les souffrances et le sang des martyrs ne sont-ils pas la meilleure semence de chrétiens? Nous ne les connaissons jamais tous : beaucoup de ces ressuscites demeurent dans l'ombre, ou par humilité, ou par une certaine pudeur qui les retient, ou encore par l'incapacité où ils sont de se raconter au public. Les autres — une toute petite minorité — nous révèlent leur âme, nous font part des moyens dont Dieu s'est servi pour les ramener de si loin, et, dans des confidences brèves ou longues, dans un livre ou dans un coin de discours, exposent largement, ou jettent d'un trait, les motifs de leur conversion. C'est sur les plus récents et les plus connus de ces convertis — pris dans le
1. C'est le mot de saint Paul, dans les Actes des Apntres (xxvi, 18) : ut conceriantur... de potestate Satanse ad Deum.
LES CONVERTIS d'hieh 3
monde des lettres — sur ce qu'ils nous apprennent d'eux-mêmes, et, par contre, sur ce qu'en disent nos adversaires dépités, que je voudrais présenter quelques idées à mes lecteurs.
Dans ces dernières années, l'Église a donc vu venir, ou revenir, à elle des lettrés d'une réelle valeur : Ferdinand Brunetière, Paul Bourget, Joris-Karl Huysmans, François Coppée, Adolphe Retté... A ces noms faut-il joindre ici, comme le font quelques-uns des nôtres : Paul Verlaine, « ce pauvre Lélian » qui, entre ses crises étranges, chanta si bien « ma mère Marie »; et Francis Jammes, le candide poète symbolisteà la manière tourmentée, qui s'égara d'abord dans la forêt ténébreuse, mais se tint quand même assez près de la petite église « habillée de feuilles » pour entendre tomber de son clocher rustique l'Angélus de Vaube et V Angélus du soir, et, gagné par cette voix, rentra dans l'intérieur de l'église, où il trouva, par l'Eucharistie, la certitude et la paix? L'un et l'autre ont eu des mouvements pieux et de doux chants. Mais laissons, si vous le voulez, ces deux poètes, dont le cas est moins clair, pour nous en tenir aux autres écrivains.
De ces conversions, et des autres, l'Église ressent une joie profonde : tout comme le père qui voit rentrer l'enfant perdu, dans le récit évangélique. Quand le prodigue, revenu du lointain pays des erreurs et de la passion, rentre à la maison familiale, il n'est sorte d'attentions et de caresses que son père ne lui fasse, jusqu'à paraître en oublier l'autre fils qui ne l'a jamais quitté, et que ces démonstrations étonnent. Et Jésus, qui voulait nous montrer dans le père très aimant l'image de notre Père qui est aux cieux, lui faisait répondre aux objections : « Ma joie est toute naturelle : car ton frère était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et le voilà retrouvé! » D'ailleurs, pour amener cette histoire touchante, après avoir raconté la parabole de la brebis perdue et retrouvée, Jésus concluait : « En vérité, je vous le dis, il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui fait pénitence que pour quatrevingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pardon1. » L'Église de la terre fait écho, tout naturellement, à l'Église du ciel. Parce qu'elle a été envoyée, comme le Christ et par Lui, vers les brebis perdues de la maison d'Israël et de toute l'humanité, le retour de l'errant et du pécheur émeut son cœur de mère. Et, dans