‹ Les convertis d'hierChapitre 4 sur 25 · S. Luc, ch. xvi, v · texte numérisé non relu

S. Luc, ch. xvi, v

l'allégresse de la conquête, on dirait que volontiers elle oublie, elle aussi, les âmes justes après lesquelles il n'est pas besoin de courir. Mais ses fidèles, ceux qui sont demeurés justes, comprennent parce qu'ils aiment, et ne peuvent lui savoir mauvais gré de ce sentiment maternel. N'ont-ils pas appris, à l'école de Jésus, que nous avons tous le devoir d'être apôtres et de nous sacrifier pour nos frères pécheurs?

A cette joie toute céleste, se mêle une consolation pleine de saveur : consolation, en effet, d'autant plus savoureuse et réconfortante qu'elle arrive en un moment plus critique. Gomme aux jours les plus sombres de son passé, la tempête est, à nouveau, déchaînée contre l'Eglise. Ses ennemis, qui poursuivent en elle, d'une haine satanique, l'œuvre de Jésus-Christ, se sont promis de l'anéantir. Pour cela, ils s'en prennent à ces nations latines, où elle s'est implantée si longtemps et si fortement; et surtout à la France catholique, sa fille aînée, qu'elle avait pétrie de sa doctrine et de sa morale, qu'elle avait façonnée avec prédilection pour en faire, dans le monde, le missionnaire de la civilisation évangélique et le chevaleresque sergent du Christ : bien convaincus que, si elle croule, elle entraînera dans sa chute tout l'édifice chrétien, Ils font le siège

de l'Église de France, très savamment, et par tous les moyens, avouables ou non : par les journaux, dont ils sont les maîtres à peu près absolus, et où ils déversent sur elle l'insulte et la calomnie; par l'enseignement à tous les degrés, qu'ils emploient trop souvent à déchristianiser l'âme des petits enfants et des jeunes gens... Leur plan, élaboré dans les arrière-Loges, et qu'ils exécutent lentement, petit à petit, comme on donne un poison à faibles doses pour ne pas éveiller l'attention du malade qu'on veut tuer, est d'enlever à cette Eglise, après l'avoir dépouillée de ses biens et de ses honneurs, tout prestige intellectuel et toute influence sociale. Ils prétendent faire, autour d'elle, le vide et le silence. Mais voilà que celle que l'on croyait morte, ou près de mourir, se ranime et agit, et qu'elle fait des prosélytes jusque dans le camp des adversaires. Et des voix aimées et admirées, en qui on saluait le son du talent, de la science et de l'éloquence, s'élèvent en faveur du Christ et de sa doctrine. Les ennemis sont dans la stupeur. L'Eglise militante écoute avec joie, sourit, à travers ses larmes, à ces enfants qui viennent la secourir, et elle éprouve, à les entendre, un sentiment de fierté...

Oui, de fierté. Le mot n'est pas trop fort. Car ce mouvement des hommes d'esprit vers le

catholicisme, précisément à l'heure où toutes les troupes de la libre pensée se coalisent, au nom de la Science, pour lui livrer le plus formidable des assauts, est un hommage éclatant rendu à la vitalité de l'Eglise catholique. Je connais bien, et elle aussi, la parole du Christ, que l'on pourrait parfois lui objecter, pour rabattre sa fierté si légitime : « Je vous bénis, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et de ce que vous les avez révélées aux petits. Oui, Père, je vous bénis de ce que vous l'avez ainsi voulu1. » Ou cette autre de saint Paul, qui en est voisine : « Considérez votre vocation, mes frères : il n'y a parmi vous ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais ce que le monde tient pour insensé, c'est ce que Dieu a choisi pour confondre les sages2... » Mais, en bonne logique, ni Jésus-Christ ni saint Paul n'ont entendu, par là, donner un brevet d'ignorance à l'Eglise, ni exclure de son sein les gens d'esprit et les savants. Jésus enseigne, simplement, que les prudents et les sages doivent se faire humbles et petits pour être instruits par le Père céleste et entrer dans son royaume. Saint Paul répudie la sagesse

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