‹ Les convictionsChapitre 13 sur 34 · LA MAISON DÉSERTE · texte numérisé non relu

LA MAISON DÉSERTE

Puisse avenir, qu'une fois je me vange De ce penser, qui dévore mon cœur, £t qui toujours, comme un. lion voinqueur.

Sous soi rétraogle, et sans pitié le mange.

Ronsard.

Sur les pans crétacés de la morne colline La déserte maison contre un rocher s'incline. La fenêtre est sans vitre, et, sur ses gonds rouilles, La porte bat les murs aux plâtras écaillés ; Le chaume, dévoré par les mousses sauvages.

S'envole au gré des vents quand soufflent les orages;

Les degrés descellés, renversés sur le seuil, Disparaissent cachés par les lichens en deuil ; Sous rhaleine du temps, la basse cheminée, Pierre à pierre, le long du toit s'est égrenée ; Les euphorbes croissant auprès de la maison, Comme une lèpre impure ont rongé le gazon ; Les oiseaux semblent fuir loin de cette demeure Près de laquelle, In^las! rien ne rit et tout pleure !

Dedans, c'est plus affreux; les humides pavés Répandent autour d'eux, par leurs bords soulevés, Le parfum neutre et froid des blanches moisissures ; De larges trous rugueux, comme des flétrissures. Effondrent les parois et marquent le plafond; Les meubles sont brisés, et dans t'àtre profond L'eau du ciel a coulé par longs ruisseaux de pluie Qui maculent le sol et que le vent essuie ; Nul homme n'oserait s'approcher de ce lieu Sur qui semble planer la colère de Dieu ; C'est noir, triste et navrant; toute décrépitude Paraît assise au seuil de cette soUtude !

MHMHW

Au milieu des débris , seul uu hibou hagard, Lançant par ses yeux d'or un sinistre regard , Accroché de la griffe à ces murs redoutables, Redit, sans se lasser, ses plaintes lamentables I

Ecrasé, désolé, terne et sans horizon.

Le cœur est bien souvent comme cette maison ; C'est le vide, le deuil et la désespérance ; Dehors pas de soleil, au dedans la souffrance. Partout la nuit profonde, et pour seul habitant. Quelque vieux sou venii' qui cbinte en sanglotant!

Avril 1856.

ou DONC?

Homme, la saison de ta migration u'cst pas encore venue.

GaATTUIIBRlA?!!).

Connaissez-vous, vertes Océanides, Vous qui nagez dans les océans bleus, Vous qui dormez sous les grettes humides , Sur des fucus moins longs que vos cheveux ;

Vous qui chantez de vos voix indécises Ces chœurs lointains, paisibles et charmants Qui, chaque soir, sur les ailes des brises S'en vont mourir vers les grands bois dormants;

Connaissez-vous, reines des coquillages, Des durs coraux et des Tritons squameux, Vous dont le pied foule toutes les plages, Les antres frais et les rochers brumeux ;

Vous qui courez de Téquateur aux pôles, Parlant d'amour aux oiseaux voyageurs, Et qui fendez de vos blanches épaules Les flots couverts par les algues en fleurs ;

Vous qui, perçant l'horizon de nos rêves.

Levez au ciel vos yeux étincelants, Vous dont le souffle amène vers les grèves Les naufragés aux cheveux ruisselants ;

Connaissez-vous sur la mer sans limite , Vers le pays des désirs éperdus, Aux régions que nul homme n'habite , Bien loin du monde et sous des cieux perdus;

Connaissez-vous une terre propice, Un vallon pur, un horizon \ermeil, Une île, un port, un rocher où je puisse, En liberté, vivre seul, au soleil?

Mai 1857.

Ml

Page 1