CONTE DE FÉES
Alors, comme la fin de reochantement était venue, la princesse s'éveilla; et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre : Est-ce vous, mon prince? lui dit-elle: vous vous êtes bien fait attendre.
PlARAOLT.
Je sais une belle princesse Qui sommeille en son château fort ; Depuis bien longtemps elle dort Et quoiqu'on Tappelle sans cesse
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Elle n'ouvre jamais les yeux; Si ses paupières toujoure closes Soulevaient leurs doux rideaux roses, On verrait un regard plus brillant que les cieux!
Dans le brocart elle est couchée Sur un oreiller de satin, Et, plus fraîche que le malin, Sous la dentelle elle est cachée ; Ses longs cheveux blonds répandus, Plus légers qu'une aile d'abeille, Sur sa jeunesse sans pareille Semblent pour la garder des filets d'or tendus!
Des soldats dans la citadelle Donnent aussi d'un sommeil lourd ; Leur repos à tout bruit est sourd ; Ils sont là, couchés autour d'elle,
Comme des morts sur leurs tombeaux, Froids, rigides comme des pierres, Mais dans des tournures si fières Qu'on n'ose les toucher, tant on les trouve beaux !
Quelquefois l'un d'eux se soulève Ouvrant ses yeux étincelants ; Il se dresse et marche à pas lents, La main appuyée à son glaive ; 11 pousse la fenêtre 'd'or, Et, voyant le ciel plein de brume.
Il sanglote avec amertume, Se recouche et s'écrie : Il n'est pas temps cncor 1
La tour de créneaux couronnée. Où flotte un ancien étendard, Est bien close de toute part.
On la dirait abandonnée ;
Les chapiteaux avec les fûts Sont renversés dans h poussière , Les remparts sont en proie au lierre, Et les canons rouilles ont brisé leurs affûts !
Tous ceux qui frappant à la porte, Heurtant à grands coups de marteau, N*ontpu pénétrer au château, Pensent que la princesse est morte ; Alors ils sont désespérés, Et souvent, lassant leur courage, S'en vont pleurer sur le naufrage De celle qui gardait tous leurs rêves sacrés !
Elle vit encor ! patience^ Car c'est la Belle au bois dormant !
Un jour un jeune homme charmant, Tout éblouissant de science,
Tout resplendissant de beauté,
D'allégresse et de vertu sainte,
Sans efforts franchira Venceinte
Et passera les ponts du château redouté.
En entendant sa voix amie, Les gardes se réveilleront.
Et devant lui baissant le front.
Près de la princesse endormie ' Ils le conduiront en chantant; Alors se dressant sur sa couche, Elle ouvrira sa rose bouche, Et lui dira : Seigneur^ c'est vous que Ton attend !
Le prince, charmé de sa grâce.
Dira, plein de ravissement :
« J'ai brisé ton enchantement, A nous le temps ! à nous l'espace !
Allons, mettons-nous en chemin!
Depuis bien longtemps on t'appelle, Viens bénir ton peuple fidèle ! »
£t puis ils sortiront, en se tenant la main !
Leurs noces seront éternelles, Jamais rien ne les troublera.
Et leur amour nous guidera Vei'sdes espérances nouvelles!
Autour d'eux grandiront leurs fils.
Forts de vertus et de vaillance, Qui, brisant toute défaillance.
De l'univers heureux feront un paradis!
Nous irons avec des fanfares Pour honorer les deux époux; Sur leur front glorieux et doux.
On piettra les triples tiares ;
Leur dais par nous sera porté, Nous crierons leur nom à la terre, Et nous commencerons ton ère, Belle au bois dormant! 6 sainte Vérité!
Arrll 1856.