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LASSITUDE

Que fossiez-yous plus tost

Conduisant les taut^aux, menant les troupeaux palstre Par les froideurs d'hyver, par les chaleurs d'esté, Roulant vos libres iours en libre pauvreté.

Robert Gârnier.

Eh quoi ! toujours rouler le rocher de Sisyphe ; Quoi l foùjôurs déchiffrer l'ardent hiéroglyphe Que le doigt du Seigneur sur le mur a tracé!

Être toujours conduit de Pilate à Caïphe, Poussé par l'avenir, tiré par le passé !

Eh quoil ne recueillir que lâche calomnie, Entendre les si£Qets du railleur qui vous nie, Donner son àme en pleurs, donner son cœur en feu, Et pour tous ces efforts n'é\eiller qu'ironie Dans les échos du monde, est-ce vivre, 6 mon Dieu!

Jusqu'au fond de mes os je sens ma peine affreuse Qui me ronge en pleurant et qui lentement creuse Le sépulcre où mon cœur dormira froid et mort. Lorsque j'aurai vidé la coupe douloureuse Où bouillonne le fiel qui monte jusqu'au bord!

Je suis las, je suis faible, et mon âme en détresse, Comme un vaisseau battu par le vent qui le presse, Sent craquer sa membrure et navigue au hasard, A travers tes rumeurs, ouragan de tristesse, Où se perd l'horizon que cherche mon regard.

Notre ciel est de plomb ! L'atmosphère me pèse 1 J'entends crier en moi des maux que rien n'apaise 1 Âh! je voudrais, marchant vers mon rêve choyé. Quitter cette patrie où je suis mal à Taise, £t rejeter le deuil dont mon cœur est noyé.

Je voudrais m'en aller, libre, à travers le monde, Gravir les monts ardus que le soleil inonde.

Écouter des flots bleus parler la grande voix. Chanter avec l'oiseau dans la campagne blonde, Et sentir au matin le frais parfum des bois !

Quand reverrai-je donc, rêveur et solitaire^ Lentement balancé sur mon haut dromadaire, L*aurore se lever sur un désert lointain ; Quand m'en irai-je donc, exilé volontaire.

Suivre ma longue route et mon but incertain?

Quand mouillcrui-jo donc mes lèvres desséchées Et mon front en sueui' aux fontaines cachées Où les fauves guépards viennent boire sans bruit, Se gUssant, à pas lents, sous les feuilles penchées Qu'endorment dans les airs le silence et la nuit ?

Quand donc pourrai-je enfin, la tête sur ma selle Et mon corps sur le sable où la lune étincelle. Dormir le bon sommeil des voyageurs hardis, Et voir, ouvrant les yeux, le ciel bleu qui ruisselle D'étoiles au front d'or et d'astre& agrandis?

A Beyrouth ! à Beyrouth! C'est là que va mon rêve; C'est à côté des flots baisant sa blonde grève, Auprès du bois de pins sur le mont relégué.

Que je voudrais, avant que mon destin s'achève. Aller bâtir mon nid, pauvre oiseau fatigué.. •

C'est là que vont mes vœux emportés par la brise ;

C'est mon futur Éden ! C'est ma terre promise !

C'est là que va mon cœur quand mes soucis trop lourds

Font hésiter en moi ma pensée indécise ;

C'est là qu'est mon refuge et j'y pense toujours!

Ah! c'est là que j'irai, poussé par l'espérance. Sortant, enfin calmé, de ma lente souffrance, Comme on sort de la nuit, le matin, au réveil, Et sans me retourner vers le seuil de la France, J'irai livrer ma vie aux pays du soleil !

Et je resterai là dans une paix immense.

N'aimant plus que le ciel, les arbres, le silence. Et la mer où s'ébat l'aile des grands oiseaux. Jusqu'au jour où, partant pour ime autre existence, La mort m'emmènera vers des pays nouveaux!

Octobre 1856.

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