DEBOUT
C'est le cœur de nos cœurs et Tàme de nos âmes. Qui, comme un feu divin, tend toujours vers les cieux ; Hercule en se brûlant s'assit au rang des dieux Et, pour estre immortel, il faut sentir ses flammes.
MONTGRESTIEN.
Paix aux rêves, manœuvre ! allons, reprends ta tâche, Ton espérance est foUe et ton désir est lâche ; Au travail ! au travail ! Les abus sont debout! Saisis ton glaive en main et combats sans relâche, lia lutte ccmtinue et la gloire est au bout!
Laisse bleuir au loin le pays des mirages, Son soleil ne vaut pas l'éclair de nos orages ; Relève Ion front morne et ton œil obscurci :
Il est passé pour toi le bon temps des voyages; Si ton rêve est là-bas, ton devoir est ici !
Ton devoir est ici, debout auprès du gouffre, Mêlant ton âme ardente à toute àme qui souffre. Ramassant les blessés, consolant les vaincus. Traversant sans pâlir les bûchers et le soufre Et marchant d'un pas ferme à nos droits survécus !
Tu désertes, soldat, au fort de là bataille!
Compte tes amis morts couchés sous la mitraille. Pense au drapeau sacré que tu tiens dans ta main, Pense aux assauts futurs de la haute muraille, Pense aux portes de fer qu'on brisera demain 1
Le poète ici-bas, comme uae sentinelle, Doit plonger dans la nuit sa brûlante prunelle, Et, tout prêt aux périls, aller le front levé ; Va&-tu donc avoir peur, sur ton àme éternelle! El quitter le grand œuvre encore inachevé?
Vide, sans murmurer, jusqu'au fond ton calice, Sèche ta lèvre amère et rentre dans la lice.
Sans jeter vers le ciel tes désirs insensés; Le monde fait silence et Tinstant est propice, Raconte tous les vœux dans nos cœurs amassés;
Raconte les efforts de ceux qui vont dans Tombre, Méconaus et pensifs, écrasés sous le nombre, Cherchant au fond du ciel Tastre de nos destins. Et qui, toujours perdus dans notre foule sombre. Promettent le triomphe à nos espoirs lointains I
Raconte les douleurs de la pensée active Qui se traîne à genoux, méprisée et captive, Qu'on bâillonne de force et qui jette un appel A ce jour espéré qui lentement arrive Pour dresser à jamais son culte solennel I
Raconte nos grandeurs, nos doutes, nos tempêtes, Nos bras toujours ouverts, nos âmes toujours prêtes; Raconte notre foi que rien n'a pu ternir, Et les nuages d'or où nous cachons nos têtes Pour parler avec Dieu des choses d'avenir !
Si tu veux voyager, ils sont grands les domaines Où germent dans les pleurs les misères humaines, Va-t'en les parcourir, ces pays opprimés; Ouvre ton cœur à tous, et, de tes deux mains pleines, {^^isse tomber la manne à tous les affamés.
Va chercher l'espérance et la foi qui console, Va secourir celui que Tinfortune isole,
Va chercher les souffrants, les faibles, les maudits,
Va leur porter la joie et la bonne parole,
Et s'ils disent : L'Enfer ! dis-leur : Le Paradis !
Exhorte ce qui meurt, relève ce qui tombe !
Montre l'horizon bleu qui brille après la tombe ; Ramène les douteurs et les désespérés, Tends un bras toujours fort à celui qui succombe, Et guide les vaillants à nos combats sacrés !
Au travail ! au travail ! Marche, voici ta route ! Au Ueu de suivre encor tes rêves en déroute.
Monte, sans t'arrêter, si haut que tu pourras. Monte au delà du Mal, monte au delà du Doute, Alors, mais seulement, tu te reposeras!
Octobre i«^.