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ROSÉE

Le monde est toujours du parti des opprimés et le< monde a raison.

Ali-Tipileni.

soleil! que vois-tu sur TOcéan sans bornes?

•—Je vois un vaisseau noir qui glisse sur les flots ; Il se hâte ! il se hâte ! et j'entends les sanglots Oui, vers le ciel voilé, montent de ses flancs mornes.

Du haut de ses plats-bords je vois tomber des pleurs Qui brillent en roulant comme des perles fines, Ils s'en vont rebondir sur les vagues marines * El restent suspendus aux goémons en fleurs.

— soloil ! Quo fait-on des sanglots et des larmes?

— Le vent prend les sanglots sous le Ideu firmament, Puis il va les porter comme un gémissement

Doux, plaintif et lointain aux mères en alarmes;

Alors en entendant ces lamentables cris

Qui réveillent l'écho des choses envolées,

Assises près du feu, les mères désolées

Pensent, le cœur en deuil, à leurs enfants proscrits !

Sur les plus purs rayons de ma flamme irisée Je fais monter les pleurs dans mon sein fécondant ; Je les garde en secret, et, de mon souffle ardent. Pour obéir à Dieu, je les change en rosée ;

Et je vais les verser sur l'arbre de douleur Où jadis on cueilUt la couronne d'épines Qui s'abreuva de sang sur les tempes divmes De cehd qui disait : Mon Dieu ! Pardonnez-leur !

1" mai 1856.

YOX AUDITA

Oui, tout vit, tout MSDt H tout aime.

MiCHBLET.

Les vagues, eu longs sillages, Sur les sables éclatants Où roulent les coquillages Et les goémons flottants,

Sous le souffle bleu des brises Qui glissent à Thorizou , En paroles indécises Disent tout bas leur chanson !

Dans les bois la feuille alerte En haut de l'arbre mouvant, Dit aussi sa chanson verte Qui s'envole avec le vent; Pensif, le sapin murmure, Et, comme un prêtre à l'autel.

Le chêne, dans sa ramure, Dit son cantique éternel !

Les abeilles intrépides, Dans les jardins constellés.

Volent, roses et rapides.

Comme des rubis ailés;

Hannetons et cicindèles Causent sur les arbrisseaux, Et les vertes demoiselles Content fleurette aux roseaux !

Sous le vieux toit qui s'écroule L'hirondelle a fait son nid , L'amoureux ramier roucoule Et la chouette gémit ; Le rouget-gorge à toute heure Chante, vaillant et dL<«pos, Et le rossignol qui pleure Jette sa plainte aux échos!

Les moutons à blanche laine S'en vont bêlant tristement, Et les taureaux dans la plaine Poussent un long beuglement ;

Dans les bois sombres serpentent Les crotales aux dos roux, Et les tigres se lamentent Dans les jungles de bambous !

L'homme en son labeur austère, L'œil en flamme et les bras nus.

Amoureux de tout mystère , Chante les cieux inconnus ; Dans son berceau l'enfant crie ; Et, s'enivrant à son cœur.

Au rouet la femme prie.

Disant : Amour et bonheur!

Tout ce grand bruit qui ruisselle, Plein d'amour et plein de foi , C'est la vie universelle, Seigneur, qui monte vers toi !

C'est, le chant de la natiirr Qui grandit sous le ciel bleu, Et dans chaque créature, Je te sens vivre, ô mon Dieu!

Vlncuil, 5 novembre 1857.

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