‹ Les convictionsChapitre 25 sur 34 · MARINE · texte numérisé non relu

MARINE

Le monde, dans son immensité, aiv partient au voyagenr.

F. RUGKIBT.

Souvent je suis resté longtemps sur une plage, Dekout au bord des flots qui frangent le rivage, Insensible à tout bruit, immobile et pensif, Sans voir les goélands qui, sur le noir récif Sorti du fond des eaux comme une étrange tête. Appellent de leurs cris le vent et la tempête ;

Sans écouter le chant des matelots hàlés Qui tournent lentement les câbles enroulés Au cabestan criard ; sans voir les jeunes filles Dans le sable mouvant enfoncer les coquilles Avec leurs beaux pieds nus que la mer a mouillés ; Sans voir lesblonds enfants, aux cheveux embrouillés, Jouer, sous le soleil qui brunit leurs poitrines, Avec les longs fucus et les algues marines ; Sans entendre la voix du clocher de granit Où la sombre corneille a déposé son nid, Et dont la cloche sainte en son triste langage Dit : Pensez aux marins sombres pendant l'orage ; Absorbé, le front haut, les cheveux dans le vent. L'œil fixe et comme mort pour le monde vivant,

Perdu dans ma pensée et dans ma rêverie Qui m'avait emporté loin de toute patrie.

Et suivant d'un désir plus fort que ma raison La voile d'un vaisseau qui passe à l'horizon !

ScheveniDgea, 15 février 1857.

Page 1