‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 14 sur 112 · CHAPITRE II. i\i · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. i\i

leinent avoir votre opinion. Il me serait même agréable, capitaine, ajouta-t-il, de consulter le plus vieux matelot de votre bord.

— Comme il vous plaira , docteur , répondit M. Brown; mais, en vérité, c'est faire beaucoup de bruit pour peu de chose. Faites venir Breadman, » dit-il ensuite au matelot qui lui servait de domestique.

Le maître timonier arriva bientôt , et prit place sur une chaise que le capitaine lui désigna d'un geste.

« C'est une situation très-pénible que la mienne, nous dit alors Campbell. Voici que se présente une occasion de faire usage dans toute leur étendue des pouvoirs que les lords de l'amirauté m'ont délégués en me confiant la conduite des déportés embarqués sur ce navire. Or ces pouvoirs ne sonl pas parfaitement définis, et je crains d'en abuser. Ils n'ont, à vrai dire, d'autre loi que celle d'assurer le salut du bâtiment. Un esprit de rébellion souffle parmi nos condamnés ; ils ont assailli l'homme qui est dépositaire d'une partie de mon autorité, et qui s'est montré digne de ma confiance. Il est nécessaire de soutenir le capitaine du pont et de réprimer les excès dont il finirait par être victime. Je crois qu'il faut faire un exemple ; mais il est de ces nécessités qu'on ne subit pas sans peine. Je suis l'adversaire décidé de certains châtiments aux-

:^t LES CONVICTS EN AUSTRALIE.

quels cependant il peut deyenir indispensable dV voir recours. Bien déterminé à supporter seul Ja responsabilité de mes actes, je vous demande conseil pour l'acquit de ma conscience, et pour savoir quel est, dans la circonstance qui se présente, l'avis de gens d'honneur et de cœur, de loyaux Anglais.

— En un mot, docteur, dit M. Brown qui supportait mal les longs préambules, vous voulez avoir notre' opinion sur le châtiment qu'il convient d'infliger au scélérat que nous avons arrêté hier soir?

— Précisément, capitaine, reprit Campbell. E( je prierai d'abord M. Breadman de vouloir bien me dire ce qu'il en pense. »

J'ai dit que notre capitaine du pont avait les sympathies de l'équipage. x4.ussi la réponse du timonier ne se fît- elle pas attendre. Tirant du fond de sa gorge de rauques accents , il répondit sans tergiverser :

« Ce que je pense, monsieur le docteur, ne sera pas long à dire. Si le misérable coquin dont vous parlez s'en tire avec cinquante coups de fouet^ mon opinion est qu'il devra beaucoup à l'indulgence de votre honneur.

— Dites cent coups, Breadman, s'écria le capitaine, incapable de se contenir plus longtemps. Dites cent coups , mon vieux camarade. Le scélérat a mérité cent coups de fouet , et , si cela dépendait

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