‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 39 sur 112 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tiécouragèrent nos aventuriers jusqu'à ce qu'un déporté lettré les tira de leur torpeur en s'offrant pour les conduire. Cet homme avait acquis une expérience assez profonde , disait-il , dans l'art de la navigation ; ensuite il se munit d'une gravure qui représentait une boussole et qu'il avait arrachée à wi livre, pour le guider : par malheur, la boussole de papier n'avait pas de vertu magnétique , et il fallut revenir.

« Le plus habile de tous nos voyageurs par terre fut un matelot qui s'adjoignit une troupe munie fie fusils et de provisions de toute espèce, ainsi que île bestiaux , d'instruments et de tout ce qui était nécessaire à un établissement. Ils se dirigèrent alors vers les montagnes Bleues; mais, s'étant perdus dans les défilés , ils furent repris par des soldats.»

Un nombre assez considérable de convicts s'échappe chaque année en se cachant dans les bâtiments prêts à quitter la colonie. Un jour il me sembla remarquer quelque tumulte sur le port. Des soldats conduits par un caporal fendaient la foule et se disposaient à monter sur une chaloupe dont la proue était tournée vers un navire stationné à une certaine distance des quais. Ce navire était sons voiles et prêt à partir. Je me mêlai au rassemblement; les prisonniers du gouvernement y étaient en majorité. J'eus {bientôt distingué dans

le nombre plusieurs de mes aucieBses ccmiiaii^saîDces, entre autres le fameux trio composé des trois illustres homonymes de Wellington , Nelson et Blûdier. Hs avaient la physionomie assez ptl^ose dans leurs vêtements jaunes, et pourtant ri^txfké de leur esprit, cette activité qui distingue les tafants du peuple dans toutes les capitales dm TEurope, n'avait pas été éteinte parle sentimexit de leur dégradation. Us me saluèrent humblement, et leur conversation m'eut bientôt instruit de ce qiii se passait.

« L'ont-ils trouvé ? disait l'un,

— Non. Voilà l'infanterie qui se met à reau pour le chercher.

— Cherche, cherche, dit le troisième, du ton qu'on prend pour exciter un chien.

— Sois tranquille, tu vas le trouver, mon bonhomme. Ont -ils l'air gauche et lourd, ees soldats! reprit le premier interlocuteur, en faisant avec les deux mains étendues en sens contraire et appuyées sur le bout du nez un geste comouctn am gamins de tous les pays.

— Les constables ont bouleve^rsé le nampe de fond en comble ; ils ont mis le nez juscpie dans les trous de souris ; mais ils ont perdu leur peine : Bob n'est pas homme à se laisser prendre au piège. Ni vu ni connu, mseo. Les coi^tabtes sont revenus l'oreille basse.

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. — Oui, mais il parait qu'on va enfumer le navire.

— Voilà qui ya le faire étemuer. fl n'y a rien' de tel que d'enfumer un bâtiment pour en faire sortir «a évadéu

— Sait-on comment il s'est enfui ? dis-je à mon Umc.

— n parait, monsieur, qu'il s'est blotti dans ua tonneau. On l'a enlevé à bord comme une pro?ision. de cochon salé; il avait sans doute guigné quelqu'un de l'équipage. '

— Quelle sera sa punition si on l'attrape ?

— Le shérif prendra la mesure de son cou.

— On ne le pendra pas, je suppose ?

— Non , on se gênera. Peut-être se bornera-t-on à l'envoyer à Norfolk ou à Port-Macquarie, où Ton conduit les prisonniers dits incorrigibles. Mais il vaut mieux danser au bout de la corde roide , avec le chapelain pour cavalier, que d'aller dans ces endroits maudits où l'on vous tue un homme en détail.... Voilà les soldats qui abordent le navire , ils se rangent sur le pont : face au parterre. La pièce commence. »

Mes yeux restèrent attachés sur le bâtiment pendant près d'un quart d'heure; après quoi une petite colonne de fumée sortit par les écoutîUes de Fâ^vant. Des signaux furent échangés entre le na* vire et la terre ; puis il se fit. un mouvement sur le

pont, tandis qu'un autre détachement de soMab faisait évacuer Tendroit où Ton supposait que le condamné allait débarquer. Quelques minutes après, un individu fut jeté plutôt que porté dans Tembarcation qu'on ramena immédiatement au rivage.

« C'est bien maître Bob lui-même , dit un de mes trois drôles : le voilà pincé ; son affaire est faite. C'est fini : de profanais. »

Deux constables s'emparèrent du prisonnier, qu'ils prirent chacun sous un bras. Il semblait suffoqué par la fumée et si exténué qu'il pouvait à peine se soutenir ; mais sous ses paupières brillait le feu d'une sombre intelligence et d*une nature indomptable. Lorsqu'il passa devant ses camarades, dont il avait entendu les dernières et charitables réflexions , un éclair parti de ses yeux sembla leur dire :

• Je vivrai assez longtemps pour vous voir pendus tous les trois. »

Les déportés fugitifs n'ont quelque chance de conquérir leur liberté que s'ils parviennent à dérober leur évasion jusqu'au moment où le navire entre en pleine mer; d'ailleurs, s'ils échappent aiw autorités de Sidney, ce n'est souvent que pour tomber entre les mains de la magistrature métropolitaine, n ne leur suffit pas, en effet, d'obtenir la connivence d'un matelot; les officiers du bord

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