CHAPITRE lY
çrer le reste de mes jours , et vous arracheriez un malheureux à la mort. »
Vue de Norfolk est un autre Jieu de détentUm pour les coudanmés endurcis. C'est un coin de terre favorisé de tous les dons de la nature et du ciel , doué d'une fertiUté admirable : un véritable paradis terrestre, avec cette différence qu'il est habité par le crime et le désespoir. A l'époque de la fondation de la colonie pénitentiaire, on fit de l'île de Norfolk , qui est voisine du continent australien, un lieu de dépôt pour un certain nombre de déportés. L'extrême richesse du sol avait fait espérer avec raison qu'il nourrirait promptement ses habitants. Ce calcul ne fut pas trompé : pendant plusieurs années, cette petite île fut le grenier de la colonie ; mais, lorsque Sidney fut entré dans une ère de développement prodigieux, la grande colonie étouffa la petite. Les quelques familles qui s'y étaient établies avec l'encouragement de l'autorité ne trouvèrent plus de débouché pour leurs produits , et le gouvernement , sensible à leurs plaintes, racheta leurs terres et les indemnisa. C'est ainsi que TUe tomba au rang de prison pour les déportés vicieux.
Dans ce séjour, où la nature étale tout le luxe de la végétation tropicale, l'homme, exaspéré par les mauvais traitements, forme le contraste le plus repoussant avec le paysage qui l'entoure. Conti-
nuellement chargés de chaînes, les malheureux habitants de Norfolk, qui n'ont plus rien d'humain que la forme , montrent sur leurs fronts tous les symptômes de la rage impuissante et de Forgueil dans la dégradation. Jamais, dit un missionnaire, on ne vit renversement plus complet du cœur et de la conscience. L'excès de la corruption parmi les prisonniers passe toute mesure; leurs souffrances sont telles qu'ils ont été jusqu'à commettre le meurtre de sang-froid, sans en vouloir à leurs victimes , mais uniquement dans Tespoir d'échapper momentanément à la sévérité de leurs gardiens , et d'être conduits hors de l'île devant les juges de Sidney. Quelquefois il leiu* arrivait de tirer au sort à qui commettrait un assassinat. Les autres restaient là comme témoins du crime , dans le seul but d'être appelés à comparaître à Sidne} pour y faire leur déposition. Aussi a-t-on pris le parti de les traduire devant une commission militaire qui se réunit dans l'île. Cette mesure a suffi pour diminuer le nombre des meurtres.
En 1834, les prisonniers avaient formé le complot d'exterminer la garnison ; leur projet fut découvert, et trente et un de ces malheureux furent condamnés à mort. Plusieurs étaient catholiques. Un missionnaire, M. UUathome, vicaire général en Australie, fut appelé pour préparer les coupables au dernier supplice. Le récit, d'ailleurs très-court,