‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 42 sur 112 · CHAPITRE IV. 9r · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 9r

de sa visile à Norfolk, se ressent de Témotion naturelle qu'il a éprouvée en cette circonstance; ministre du Dieu d'indulgence et de paix, il n'a pas pu voir sans douleur le châtiment rigoureux auquel sont trop justement soumis les déportés de cette classe. Voici en quels termes il raconte sa visite : ^ En 1835, je me rendis dans l'île pour assister, à leurs derniers moments, ceux des criminels qui appartenaient à la religion catholique. J'y arrivai de nuit et à une heure assez avancée. Ha présence inattendue leur parut un songe. Je les trouvai renfermés dans trois cachots, si étroits qu'ils ne pouvaient se coucher que les uns après les autres; la chaleur qu'ils y éprouvaient les obligeait à quitter une partie de leurs vêtements. Depuis six mois, ils étaient dans l'attente de leur sort. Je leur apportai leur grâce, excepté à treize d'entre eux, qui étaient condamnés à mort. Après avoir préparé ces derniers à entendre cette triste nouvelle , je me décidai à la leur annoncer : tous à l'instant tombèrent à genoux et, sans répandre ime larme, rendirent grâce à Dieu de ce qu'ils allaient être bientôt délivrés de cet horrible séjour, tandis que les prisonniers à qui on laissait la vie faisaient éclater leur douleur par des gémissements et des sanglots. L'émotion que j'éprouvai en ce moment est impossible à rendre. Dans le nombre des condanmés à mort, trois seulement étaient catholi-

^es; quatre protestants eurent recours a%«ec eux à mon ministère. Pendant les cinq jours qui m'avaient été accordés pour les disposer à la niort, ils témoignèrent les plus vifs sentiments de repaitir. Le jour de l'exécution , on vint de bonste heure leur lire leur sentence; ils l'écoutèrent à genoux, pour mieux témoigner leur résignation parfaite aux volontés de Dieu. Au moment où on leur ôta leurs fers, on les vit se prosterner et, dans un transport de reconnaissance, baiser les pieds do prêtre qui était venu leur apporter la parole àt paix et de miséricorde. »

Le régime de ce carcere duro de rAngleterre varie selon la nature des expériences que sont sAm à faire sur ces âmes viles les fonctionnaires préposés à leur direction. Le travail à la chaîne et eu silence, sous la surveillance continuelle de gardiens et de soldats , les punitions fréquentes , h dureté du commandement, la privation de tontes distractions, la défense d'employer de l'encre et du papier, de se servir de lumière après le coucher du soleil, de lire des livres autres que la ffiSsle; tel est le fond de cette épreuve , qui devient rigoureuse surtout par la durée , et qui finit par jeier le désespoir dans l'âme des criminels. En outre, on réserve pour cette catégorie de convicls les travaux les plus pénibles. Les uns sont employés à recuefllir du charbon de terre, les autre» fabri-

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quent de la -chaux avec des coqu'dlages dont la poussière , pénétrant dans les poumons , y entretient une violente inflammation bientôt suivie de moct. Le fouet fait justice de la moindre infraction au règlement. Jamais les prisonniers n'entendent une parole de bienveillance ou d'encouragement. Autour d'eux tout est défiance, mépris et haine. Le gouverneur habite derrière un rempart de canons; les miUtaires chargent chaque jour leurs armes en présence des condamnés. Ceux-ci se détestent entre eux parce qu'ils se connaissent bien.

Un gouverneur a essayé de gagner par la doucem* ces âmes perverties. C'était M. Maconochie. U a été payé de sa philanthropie par la plus odieu^?*ingratitude.

Les pénitenciers destinés aux condamnés incorngibles sont ceux qui fournissent le plus de coureurs de hois (buskrangers) à la colonie. Les malheureux . qui se sont attiré une condamnation à vie dans un de ces établissements finissent toujours d'une manière violente , soit que le glaive de la loi les atteigne, soit qu'ils périssent dans les bois sous le feu de la police à cheval. Les plus heureux sont ceux que la maladie emporte après quelques années passées dans ces terribles demeures , à l'entrée desquels on pourrait écrire aussi : Lasciate ogni speiianza voi ch'intrate.

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