CHAPITRE Yll
oit, (wwé de planches très-minces s'avançait, au* lessus de la façade de manière à permettre la coiir itruction d'une véranda, signe distinctîf de Tapmrtement du propriétaire. Les nombreux édifices !levé& à. l'entour ne méritaient pas mieux que le lom de buttes; ils n'étaient pas blanchis et avaient )our couverture des écorces d'arbre. Répandu ^ et là, sans beaucoup d'ordre, ils occupaien m vaste espace de terrain et donnaient l'idée d'un le ces villages groupés, au temps du moyen âge, lutour des demeures fortifiées. Â quelque dis* anee, un bâtiment très-vaste attirait le regard. C'était la grange à serrer la laine; édifice beaucoup plus long que large, percé de plusieurs portes qui s'ouvraient sur des cours séparées les mes- des autres, et destinées à recevoir le troupeau par parties à l'époque de la tonte. Une presse il laine et tme table sur laquelle sont empilés les t)allots forment tout le mobilier de ces bâtiments. Plus loin était un autre enclos avec un hangar où ['on trait les vaches, où l'on attelle les bœufs de travail, où sont déposés les harnais des chevaux.
Le même endroit servait d'abattoir. A cet effet , m y voyait-une espèce de pot^iee formée de deux jeunes arbres hauts de vingt pieds environ et fourchus au sommet. Une forte pièce de bws était plapée en travers; elle servait à suspendre la carcasse Je ranimai^ qu'on hissait au moyen d'une poulie
lii LES CONVIGTS EN AUSTRALIE.
tixée à la muraille. La viande restait ainsi exposée à la traieheur de la nuit.
Dans toutes ces fermes on distribue le troupeau par bandes sur une vaste étendue de terrain , et l'on sépare avec soin les différentes espèces, car elles ne peuvent se mêler qu'à leur mutuel délriment. Les chevaux et les bétes à cornes partagent sans difficulté le même pâturage ; mais les uns et les autres ont horreur des moutons, et il suffit pt)ur les chasser d'une prairie d'y jeter un troupeau de ces animaux.
A notre arrivée^ je voulais examiner en détail ces établissements si nouveaux pour moi. Campbell s'y opposa, et me dit qu'en qualité de médecin il m'ordonnait avant tout de faire un bon souper. Les préparatifs n'en furent pas longs ; une demiheure après, nous étions assis devant une montagne de côtelettes flanquée de quelques bouteilles de claret. La variété n'est pas le caraclère distinctif de l'alimentation dans l'intérieur. La viande de mouton et quelques pâtisseries grossières, du bœuf frais, mais plus fréquemment salé , en composent tout le menu. Dans les rares occasions de la venue d'un étranger, on voit apparaître quelques conserves sur la table; mais tpule l'industrie des colons étant appliquée à l'éducation des bestiaux , les vergers sont peu nombreux dans l'intérieur. Quand nous eûmes satisfait notre appé-
CRAPITRE TH. 14S
tit et qu'un bol de punch flamba devant nens, Campbell me dit :
« Maintenant vous pouvez me faire lentes les questknis possibles : je suis prêt à vovis répondre , à. moins que notre promenade ne vous ait trop fa* tîgué. Hans ce cas nous lèverions la séance et je vous conduirais à votre chambre.
— Non pas, répliquai-je. Je ne connais pas de moment phis agréable que cdui-ci pour la conversation; et, pour commencer, je vous demanderai combien vous avez de domestiques, et sMls sont tous des convicts.
— Je dois en avoir une vingtaine. La majeure partie a été prise parmi les déportés; seidement vous saurez qu'on ne leur donne pas ce nom , ni celui de convicts. Ce serait une injure : on les appelle hommes du gouvernement.
— Je ne l'oublierai pas. D'après l'échantillon que nom avons vu ce malin , des serviteurs de ce caractère doivent vous donner bien peu de satis^ faction.
— Ils sont moins mauvais qu'on ne pourrait le supposer d'après leurs antécédents. Considérez que ces gens-là n'ont pas été élevés pour mener la vie pastorale ; ils ont été ramassés dans les rues de Londres; ils sont nés et ils ont vécu à la lumière ^u gaz. n faut donc métamorphoser des escrocs, des faussaires, en bergers, en bouviers ou gar-
çons de ferme , et cette expérience n*a pas de trop mauvais résultats , puisque la colonie a pris un si grand essor. Quant à moi personnellement , je serais injuste de m'en plaindre, car mon habitation est en pleine prospérité. Je n'ai même pas la peine de la diriger; j'en laisse le soin à Paddy, qui gère cette affaire à merveille.
— Vous avez eu, sans doute, la liberté de choisir parmi les condamnés ceux dont la profession et le caractère vous ont paru les meilleurs ?
— J'ai fait comme tous les autres colons ; je les ai pris au hasard. Le gouvernement ne donne aucune information sur la vie antérieure des déportés. Une fois débarqués dans la colonie, ils sont regardés comme des hommes nouveaux, à qui toute latitude est donnée de commencer une vie honorable. L'administration réserve d'abord les hommes qui conviennent à ses travaux; elle met ensuite à part ceux qui lui paraissent trop dangereux pour être livrés aux colons , et ceux-eî ont à choisir parmi le reste, sans autre guide que la physionomie des convicts et leurs réponses plus ou moins satisfaisantes.
— Le gouvernement accorde-l-il indistinctement à tout le monde la faculté de prendre des déportés en senicc?
— Non. Il examine les demandes qui lui sont adressées et les rejette toutes les fois ([ue le signa-