CHAPITRE VIII. m
per aux poursuites, la joie d’avoir conquis notre liberté soutenaient nos forces.
« Nous arrivâmes sur le bord d’une rivière qu’il fallut traverser à la nage. Sur l’autre rive s’étendait une épaisse forêt d’eucalyptus. Cet abri eût été bien précieux pour nous les jours précédents; mais, ainsi qu’il arrive toujours, il nous fut inutile; car, au moment d’entrer sous le couvert de la forêt, le soleil se montra.
» Nous saluâmes ses rayons avec bonheur. Le bain forcé que nous venions de prendre nous avait débarrassés de la boue dont nous étions couverts ; nous tîmes sécher nos vêtements au soleil , et ce fut avec un véritable plaisir qu’en les endossant nous reprîmes l’aspect d’hommes civilisés.
« Il est inutile de raconter, jour par jour, les incidents de notre vie solitaire. L’auteur de Robinson Crusoé a décrit toutes les petites industries de l’homme livré à lui-même au sein de la nature vierge. Notre marche était dirigée vers la mer: une fois arrivés sur la côte, nous espérions nous emparer de quelque bateau qui nous conduirait à Sidney; mais nous avions plusieurs centaines de milles à faire avant d’atteindre le rivage. Un jour, au moment de nous engager dans une clairière , nous vîmes tout à coup se dresser devant nous deux individus à la distance d’une portée de fusil : 3’un portait une casaque de gardien de convicts ;
les boulons en inélal de son uniforme reluisaient au soleil ; dans ses mains brillait le canon de la courte carabine dont les agents de police sont armés. Il avait la tète entourée de bandes d’étoffes tachées de sang. Son compagnon était un jeune garçon de petite taille, vêtu d’un pantalon et d’une veste de matelot , et portant une hache à la ceinture. On fit halte des deux côtés : avions-nous à faire à des amis ou à des ennemis? Notre premier mouvement fut de nous coucher ventre à terre derrière un arbre :
— Oui êtes-vous ? dit l’homme aux boutons de métal.
« Nous ne fîmes aucune réponse.
— Montrez-vous et dites qui vous êtes , ou je fais leu, répéta le même individu. En même temps, nous vîmes s’abaisser , dans notre direction , le canon de sa carabine. Je réfléchis que nous viendrions facilement à bout de lui lorsque son arme serait déchargée, et, dans la position que nous occupions, je ne croyais pas qu’il pût nous atteindre.
— Pas tant de paroles, dis-je, et tire si tu veux.
« Le coup partit aussitôt. Contre mon attente , la balle bien dirigée vint me frapper à la jambe et me rendit incapable de me lever. Mon compagnon, seul contre deux , et sans autre arme que le poignard . qui était tombé de ma main , ne pouvait espérer de se défendre avec avantage. Déjà notre adversaire