CHAPITRE VIII
plaintes, ni mes injustices. Les mauvais traitements même ne lassaient pas sa patience. Un chien n’aurait pas été plus soumis et plus affectionné. J’avoue qu’à partir de ce moment je lui devins très -attaché. Heureusement notre solitude ne fut pas troublée. L’Australienne avait élevé une espèce de hutte en branchages qui suffisait pour me garantir d’une ondée subite. La vigilance de ses soins hâta la guérison de ma blessure. Dix jours après l’avoir reçue , j’étais en état de me lever et de faire quelques pas.
« Sur ces entrefaites, mes compagnons de fuite, Dirck et Bob Anderson, revinrent subitement près de nous. Après avoir erré en différentes directions, ils avaient définitivement perdu celle qu’ils voulaient suivre jusqu’au bord de la mer. J’avais souvent dit à Dirck que je connaissais le chemin de la côte. Il se souvint de moi , quand il se vit égaré , et il lit part à son compagnon de scs réflexions sur l’utiüté probable de mes conseils. Les deux associés se consultèrent; la conclusion de leur délibération fut que j’étais mort ou vivant! Mort, ils n’avaient rien à appréhender de moi et pouvaient au contraire recueillir mes effets; vivant, ils pourraient toujours me maîtriser au moyen de leur arme à feu , et obtenir de moi les renseignements dont ils avaient besoin.
« Ils ne s’attendaient certainement pas à me trou-
ver debout et prêt à me mettre en route. En les voyant, je dissimulai mon ressentiment et je les accueillis avec toutes les apparences de la cordialité. Deux jours après, ayant recouvré toutes mes forces , je me mis à leur tète , et trois semaines de marche nous suffirent pour arriver -sur les bords de la mer.
« Cachés dans le creux d’un rocher, près d’une petite anse, nous attendîmes longtemps l’occasion de nous emparer de quelque embarcation. Vers le matin du seizième jour d’attente, j’aperçus avec joie un canot amarré au rivage ; deux hommes y dormaient; ils étaient sans armes. Mes compagnons étaient également ensevelis dans un profond sommeil. Selon son usage invariable , Bob , en se couchant à terre, avait gardé entre les mains sa carabine; mais le sommeil avait mis en défaut sa vigilance ordinaire ; l’arme était tombée à côté de lui. Je m’en emparai, et je courus vers l’embarcation. L’Australienne me suivit avec l’indifférence calme qui est le caractère distinctif des races inférieures. Une fois entré dans l’embarcation, rien ne fut plus facile que de contenir avec ma carabine ceux à qui elle appartenait. Je leur ordonnai de prendre leurs rames et de s’éloigner du rivage. A ce moment, Bob et Dirck, éveillés par le binait , sortirent en courant de leur tanière. Ils s’avancèrent dans l’eau jusqu’à la ceinture , avec des cris