‹ Les convicts en AustralieChapitre 113 sur 119 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

donnerai un schelling, dit en ma présence un chercheur d’or à un autre mineur.

— Nouez les cordons de mon soulier, répondit celui-ci, et je vous donnerai une demi-couronne. «

Sur la route, je fus obligé d’entrer dans une taverne. Je portais le costume de rigueur, c’est-à-dire une chemise de laine et un chapeau de paille.

La salle d’entrée était pleine de voyageurs; un fumet savoureux ayant séduit mon odorat, je demandai à dîner, et l’on me conduisit dans une espèce de long réfectoire : des tables mal rabotées , de la vaisselle graisseuse, des couteaux malpropres, en un mot tout l’appareil d’un repas grossier était préparé pour une société plus grossière et plus repoussante encore. Le premier aspect de ces apprêts m’enleva tout mon appétit. Mais lorsque je vis un garçon aux mains sales et aux vêtements crasseux, le factotum de l’établissement, m’apporter un plat de pommes de terre qu’il avait auparavant façonné avec ses mains, en laissant les traces palpables de ses doigts à la surface, j’eus toutes les peines du monde à me décider à y mettre la dent, et je n’y aurais certainement pas touché sans la présence des autres convives qui suivaient tous mes mouvements. Il est juste de dire qu’ils payaient de leur personne et faisaient le plus grand honneur au repas.

Me sentant fatigué, je voulus me retirer de bonne

heure. Le domicile qui me fut destiné était une chambre à deux lits dont la fenêtre s’ouvrait sur une cour carrée , entourée des quatre côtés par des appartements de même espèce, qu’on pouvait comparer, sans injustice, à de spacieuses niches à chiens. A l’exception de deux lits, il n’y avait dans la chambre aucun meuble, ni quoi que ce fût de portatif. La clef était à la porte, et le valet qui me conduisit montrait l’intention de m’enfermer. Je ne pus l’en empêcher qu’en lui assurant que je n’étais pas dans l’intention de m’enfuir sans payer la carte. D’après cette promesse, on me laissa l’usage de la serrure, que je fermai en dedans. Mes propres couvertures étaient infiniment préférables à celles dont mon hôte m’avait gratifié. Je m’en servis et je me jetai sur le lit, où je ne tardai pas à m’endormir.

Vers onze heures on frappa lourdement à ma porte; je m’éveillai. C’était le garçon qui disposait de la moitié de ma chambre en faveur d’un nouveau locataire. J’eus beau protester, il ne voulut pas entendre raison; et, comme il menaçait de ne pas me laisser dormir, je consentis, bien malgré moi , à donner entrée au compagnon inconnu qu’on m’amenait. Le malheureux était tellement ivre qu’il tomba sur le lit, où il s’endormit immédiatement sans quitter ses vêtements ni ses bottes. Je donnai un double tour à la serrure, et, après m’être rejeté

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