‹ Les convicts en AustralieChapitre 114 sur 119 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

sur ma couche, je me croyais en droit de penser que je ne serais soumis pendant le reste de la nuit à aucune interruption nouvelle, lorsque ma porte fut encore une fois violemment ébranlée, tandis que le corridor extérieur retentissait du bruit de voix avinées. Des visiteurs nocturnes demandaient entrée dans la chambre, ou plutôt ils adressaient du dehors à mon compagnon l’ivrogne l’invitation de passer le reste de la nuit à boire. C’étaient des Irlandais :

« Shamus, mon garçon, disait l’un ; Shamus, estce que vous dormez ? levez-vous et venez prendre un verre de wiskey, allons, mon brave, allons. »

Le bruit finit par éveiller Shamus, qui s’écria :

•< Est -ce vous, Mieky? allez à tous les diables! Ne pouvez-vous laisser reposer paisiblement un homme rangé? »

Cependant leur importunité eut enfin raison du sommeil de mon compagnon; il se leva; mais heureusement il était trop ivre pour pouvoir trouver le trou de la serrure. Pendant qu’il le cherchait, ses jambes se dérobèrent sous lui et il tomba au pied de mon lit; je le poussai à terre, où il resta étendu et plongé jusqu’au lendemain matin, dans un profond et bruyant sommeil.

Les dérangements de cette nuit malencontreuse ne devaient pourtant pas finir avec cet épisode. J’ai dit que notre chambre avait une fenêtre ouvrant

sur la cour. Ce terme est impropre. C’est du mot lucarne que j’aurais du me servir. Les amis de Shamus, irrités de sa persistance à refuser leur invitation, introduisirent par celte ouverture une longue perche, et je reçus pour le compte de mon camarade de lit plusieurs coups bien appliqués, avant d’avoir pu parvenir à convaincre ses compagnons de leur erreur. Le reste de la nuit se passa sans autre tapage.

A six heures et demie, un Africain, noir comme un chaudron, vint crier à ma porte et frapper sur un gong pour m’avertir qu’il était temps de se lever. Son invitation était fort péremptoire. Pour me conformer à la règle de cet établissement bien ordonné, je me jetai à bas du lit, et, après avoir fait mes adieux à mon hôte, je me remis en chemin.

Nous passâmes la nuit suivante à la belle étoile , en compagnie d’autres voyageurs. Le lendemain , une heure après le lever du soleil, nous entrâmes dans une espèce de ravin , qui me rappela la vallée aux loups de « der Freyscliutz. » A l’autre extrémité retentissait un bruit semblable au tic-tac d’un moulin. 11 y avait là quatre hommes et une femme occupés à laver l’or au moyen d’une machine.

C’était le commencement des mines du mont Alexandre. J’avais encore cinq milles à faire avant d’arriver à la tente où je devais recevoir l’hospitalité. Bien qu’on n’eût jamais vu dans une étendue

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