CHAPITRE IX
de plusieurs lieues à la ronde une brique ni une auge à morlier, notre chemin , à partir de ce moment, nous conduisit à travers une ville populeuse : ville de tentes , qui pourtant présentait à l’œil du voyageur mie grande variété d’aspects ; ville dont l’opulence devait exciter la surprise, et qui, vu la faiblesse numérique des agents de sa police et le caractère de sa population , composée en grande partie de déportés, était singulièrement calme et paisible.
On voit sur le terrain la marquise du gouvernement, ornée de YUnion-jack, dont les couleurs flottent à son sommet ; elle est entourée d’un groupe de tentes plus petites et ressemble, dans cette situation, à un castel féodal dominant les maisons du village, pressées au pied de ses murailles. Plus loin s’étend, sur un large espace, la lente du principal négociant du lieu. Elle n’a pas moins de trente à quarante pieds de long, et elle renferme toute espèce de marchandises. On dit même qu’il existe par derrière une ouverture étroite et basse, dissimulée autant que possible, par où s’introduisent les gens qui ont l’habitude de boire leur grog sans eau. Le plus proche débit de spiritueux est à la distance de vingt-cinq milles, de sorte qu’il n’existe , sur le terrain des mines , aucun établissement natenté pour favoriser l’ivrognerie.
L’habitation du médecin n’est pas éloignée. On la distingue à cause de son enseigne parlante : un pilon sur un champ d’argent. D’ailleurs cette peinture symbolique est en outre accompagnée d’une inscription explicative. Le docteur ne doit pas manquer de clients, car l’élévation de la température, les fatigues d’un travail très-pénible, la mauvaise qualité de l’eau , l’irritation causée par les piqûres des insectes , occasionnent de nombreuses maladies, entre autres une sorte d’ophthalmie.
Une des tentes portait cette inscription mystérieuse : « Chirurgie, cigares, tabac, etc. » Que pouvait signifier cet etc. P La seule explication que je pus trouver à cette énigme , c’est que le praticien administrait à ses malades des doses homœpathiques d’eau-de-vie, uniquement comme remède, bien entendu.
Citons encore la tente du marchand d’or : c’est une profession lucrative. L’or se vend sur le terrain de cinquante à cinquante-trois schellings l’once ; et à la ville, de soixante à soixante-sept schellings, attendu qu’il faut courir les risques du transport sur des routes peu sûres. On voit qu’il y a de beaux bénéfices à réaliser pour celui qui, achetant l’or aux mines, sur le lieu même de l’extraction, l’échange à la ville avec un gain de dix à quinze schellings par once.