‹ Les convicts en AustralieChapitre 21 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Blücher, le troisième Wellington. Ces noms, choisis par eux -mêmes, représentaient la célébrité que chacun d’eux croyait avoir méritée dans l’exercice de sa coupable profession. Leurs bonnes histoires de vols nocturnes avec escalade, effractions et le* reste étaient des titres incontestables au respect de leurs compagnons. Ils employaient consciencieusement leur influence pour répandre parmi les autres convicls les plus détestables principes. Gens d’esprit tous trois, d’ailleurs, pleins d’imagination et de ressources, l’autorité dissimulée, mais bien réelle, qu’ils exerçaient sur les autres condamnés , contribuait plus que toute autre chose à corrompre ceux qui n’étaient pas entièrement pervertis. Campbell désirait vivement combattre leur action pernicieuse. Mais que faire, et comment empêcher a diffusion de mauvaises doctrines qui se propagent par la conversation, et qu’on ne peut saisir au passage partout où il est si facile de les prêcher : à table, au lit; le jour, pendant les heures de repos; la nuit, durant le temps qui devrait être consacré au sommeil, et que les convicts emploient souvent à comploter, malgré le règlement qui ordonne le silence ? Campbell fit part de son embarras à Paddy, dont les conseils lui avaient été plusieurs fois utiles :

« Il faut les distraire, dit le capitaine du pont. Faites-leur jouer la comédie.

— Eh ! quelle pièce choisiront - ils ? reprit Campbell surpris. Ali-Baba , sans doute.

— Ou les Quarante voleurs , répondit notre Irlandais en riant avec bonne humeur. Il ne manquera pas d’acteurs parmi nous, monsieur. Mais n’importe! ne repoussez pas mon idée parce qu’elle vous paraît étrange. Il ne suffit pas d’exercer le corps des convicts , il faut encore leur occuper l’esprit et donner de l’emploi à leurs facultés. »

Campbell alla tout aussitôt trouver le capitaine. M. Brown fut tellement stupéfait, qu’il resta les yeux fixés sur le docteur sans trouver un seul mot pour peindre ses sentiments. Sans nul doute, s’il se fût livré en ce moment à ses impressions, il eût tenu un langage des plus énergiques; mais il fit un violent effort sur lui- même et il réussit à se maîtriser , pas assez pourtant pour ne pas montrer de quel œil il envisageait la proposition du chirurgien.

« Sur ma parole, Campbell, dit-il, je crois que vous prenez ce bon navire pour Bedlam et le capitaine Brown , qui est devant vous, pour le directeur d’un hospice d’aliénés. Vous êtes un homme sensé et bien élevé; mais j’imagine qu’il y a quelque case vide dans votre cervelle. Vous savez si cela est possible, vous qui ôtes de la faculté. Le fait est que vous n’êtes plus reconnaissable quand il s’agit des coquins que nous avons à bord ; vous

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