CHAPITRE III
foule se mêlent avec le tintement des sonnettes. La salle de vente est encombrée , comme ici , d’objets de toute espèce ; elle ressemble assez à la boutique d’une marchande à la toilette ou d’un vendeur de bric-à-brac. A l’une des extrémités est un bureau derrière lequel se tient le commissaire-priseur et le commis chargé des écritures. Ici l’on débite des objets mobiliers et des articles de consommation ; là on vend des maisons et des terres. Le commissaire-priseur en expose avec une verbeuse éloquence les beautés et les mérites qui n’ont jamais existé que dans son imagination , et les enchères montent avec d’autant plus de rapidité que la cupidité ou l’amour-propre des assistants se trouvent plus excités.
De pauvres diables d’émigranls, assez naïfs pour prêter l’oreille à ces descriptions fantastiques, croient souvent avoir acheté des domaines précédés de nobles avenues , entourés de parcs aux épais ombrages, et ils ne trouvent sur leur terrain qu’une forêt de broussailles. Quant au cours d’eau qui soidisant devait le traverser, il n’en existe aucune trace. C’était un embellissement que le crieur a jugé à propos d’ajouter au prospectus; mais, par malheur, le marteau du vendeur à la criée n’a pas, comme la baguette de Moïse, le pouvoir de faire jaillir de l’eau du rocher.
Heureux d’échapper au bruit continuel des
clics, je me dirigeai vers le marché qui est situé sur un point culminant dans George-Street. C’est un édifice soutenu par des arches ; chacune des deux ailes est consacrée à une espèce différente de comestibles. Ici sont les étaux des bouchers , où l’on voit étalés les morceaux de choix parmi les viandes inférieures. Les bouchers de Sidney ne le cèdent en rien à ceux de Londres, quand il s’agit d’adresser aux passants de véritables vociférations pour fixer leur attention sur la marchandise et en détailler les qualités; l’éclair des coutelas, le grincement des scies, et le bruit du couperet tombant sur le billot, me prouvèrent qu’il régnait une grande activité dans ce laboratoire sanguinolent, et je pris en toute hâte la première porte qui me donna le moyen de me soustraire à un spectacle si révoltant.
L’aile consacrée à la vente des fruits et des légumes offre un aspect beaucoup plus agréable. Les proportions de quelques-uns de ces végétaux sont réellement surprenantes. Le premier homme a été tenté par un fruit qu’Ève lui présentait. Je me laissai séduire par les offres d’une jeune fille qui vendait de belles pèches, et je les savourai avec délices en narguant la dyssenterie. Le marché aux fleurs contient les plus magnifiques produits qu’il soit possible d’imaginer. C’est là que les belles et les beaux de Sidney viennent, chaque jour, chercher